‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 127 sur 248 · Arch. M.-É., vol · texte numérisé non relu

Arch. M.-É., vol

les regards miséricordieux de la divine Providence. » Pendant ce temps, la mort frappait sans merci, faisant chaque année des vides qui n'étaient pas comblés, Les jeunes missionnaires du Tonkin et de la Cochinchine avaient été, nous l'avons dit, moissonnés avant l'heure.

Aux Indes, il en était de même pour Petitjean, Grandmottet, Bourgeois, Seveno:; leur supérieur, Mgr Brigot, les avait suivis dans la tombe en 1791. Son existence tourmentée à Siam par la guerre des Birmans, à Pondichéry par les rivalités des Français et des Anglais, s'était achevée dans une résignation toute céleste. Sur son ; lit de mort, entouré de quelques Indiens, assisté d’un

missionnaire, il prononcça ces paroles :

« Mon Dieu, je vous offre ma vie pour le salut des infidèles que j'aurais voulu convertir; je vous prie de leur être miséricordieux, d'éclairer leurs cœurs des rayons de votre grâce ; je vous prie et je vous supplie, malgré mon indignité, de me recevoir dans votre éternité. J'ai aspiré toute ma vie à vous servir et à vous aimer; ayez mes vœux pour agréables, et quoique j'aie commis beaucoup de fautes, ayez pitié de moi. »

Le Vicaire apostolique du Su-tchuen mourait à son tour le 28 septembre 1792. Ses vertus et ses travaux ont été racontés dans un volume récemment publié et intitulé : La Mission du Su-tchuen, Vie de Mgr Pottier, son fondateur. I était bon que cette existence fût étudiée à fond, car elle dépasse en grandeur bien des carrières d'apôtres.

Les prêtres éminents qui travaillaient sous la direction de Mgr Pottier ont loué son humilité, sa simplicité, son affabilité, son amour de la pauvreté, son zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes.

«€ C'est un véritable évêque d'or, écrivait M. Moÿe; il mène une vie toute apostolique : il essuie des travaux

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« Pour le coup, s'écriait M. de Saint-Martin. j'ai vu un évêque ; je n'ai jamais rencontré tant de simplicité et tant de grandeur; il partage avec ses missionnaires tout ce qu'il possède; il est vêtu comme le commun du peuple; il est toujours en course pour les missions: il fera quelquefois trois journées de chemin pour un seul malade.

« Cet homme admirable en tout est d'une simplicité et d'une humilité qui me couvrent de confusion, toutes les fois que je le vois ; il laisse la Eberté de tout dire, et il croit être le plus ignorant de tous les missionnaires. Certainement, je changerais bien quatre têtes comme la mienne contre la moitié de la sienne. toute fatiguée qu'elle est. »

Ces éloges s'adressent au missionnaire et à l'évêque, au soldat et au chef, Mgr Pottier en était digne. Arrivé dans sa mission en 1754, il y reste seul prêtre européen pendant dix années, donne ses soins à 4,000 chrétiens, la plupart ignorants, éloignés depuis longtemps des sacrements; pour l'aider, il n'a que deux ou trois prètres indigènes; il ne s’attriste nine se décourage. La situation lui parait dure, il ne s'en plaint pas, 1l met en pratique le mot qu'il a coutume de répéter : « Plus la barque périclite, plus on doit ramer. » 1] parcourt la province du Su-tchuen sans hâte comme sans lenteur, baptisant, prêchant, redressant les abus, prenant sur les fidèles, sur les catéchistes, sur les prêtres indigènes un empire absolu, par l'admirable beauté de sa vie. et par l'indisentable sûreté de son jugement.

Confesseur de la foi, jeté en prison et condamné à l'exil, il supporte courageusement des tortures que son humilité se refuse à révéler; et, comme e1 ‘ut, l'homme pratique ne le cède en rien au héros, il rachète l'ordre

d'exil qui l'a frappé, afin de continuer ses travaux.

Nommé évêque après quinze ans de cet infatigable

ministère, entouré de missionnaires d'une haute intel-

ligence et d'un zèle brûlant, il leur laisse toute liberté

d'action, se contentant de les conseiller et de les

modérer, si besoin en est, car il montre en toutes choses un bon seus supérieur et un esprit éminemment pondéré, remarquablement Propres au gouvernement : ce n'est pas un chef qui jette son épée dans la mêlée pour électriser ses soldats, c’est un chef qui sait mettre chacun à sa place, et combiner les mouvements nécessaires pour envelopper et vaincre l'ennemi,

D'un calme inaltérable dans la tempête aussi bien que dans les beaux Jours, il ne se départ ; prudence consommée; malgré 1 mandarins, malgré l'infériorité malgré l'émprisonnement de ses prêtres, il ne cesse de faire progresser sa mission. Sous son administration, tout marche de pair : instruction des fidèles, conversions d'adultes, baptêmes d'enfants. fondations d'écoles et de séminaire, réglements généraux du Vicariat. Quand il meurt, la mission du Su-tchuen, qui compte 25,000 catholiques est solidement établie, elle grandira, se développera, mais dans la direction que l'é lui a imprimée,

Assurément, sans les prêtres éminents qu'il recut pour collaborateurs, Mer Pottier n'eût accompli qu'un bien restreint: mais sans ce chef prudent, habile, sairt, lés prêtres n'auraient Pas Su employer avec le même art les éléments de leurs diverses créations. ils n'auaient pas obtenu cette justesse de proportions et cette symétrique harmonie qui en ont fait la force etassuré la durée. La fondation de la mission du Su-tchuen est Son œuvre plus que la leur: il est de toute justice que So nom Y reste attaché, comme le nom des

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aux monuments qu'ils ont construits, c'est là seulement qu'il reluit dans son véritable éclat, dans la pleine lumière de la gloire que, vivant, Mgr Pottier reportait toute à Dieu.

Les directeurs du Séminaire essayäient de combler les vides qui se faisaient dans les rangs des ouvriers apostoliques. Mais que pouvaient-ils?

Dispersés en France, en Angleterre, en Italie, à la merci d'événements terribles, ils priaient, suppliaient Dieu et les hommes. Les hommes étaient trop souvent sourds à leurs supplications, et Dieu ne faisait pas de miracles pour les aider. Ceux qui s'étaient réfugiés en Angleterre, avaient emmené quelques séminaristes avec eux. Après les avoir instruits, ils voulurent les diricer vers l’Extrême-Orient, mais ils se heurtérent à des difficultés multiples.

Jusqu'alors, les nations de l'Europe, catholiques ou protestantes, avaient presque toujours accordé le passage, sur leurs vaisseaux, aux prédicateurs de l'Évangile, mais à cette époque, coalisées contre la France, redoutant ses idées révolutionnaires et plus encore son esprit de conquête, craignant que la présence de nombreux missionnaires n'attiràt les Français dans leurs colonies ou dans leurs comptoirs, elles ne montraient plus la même bonne volonté. Quelques-unes même, comme le Portugal, jugeaient assez mal tous les Français pour obliger les prêtres, si par hasard il leur accordait le

passage, à signer une formule condamnant les horreurs de la Révolution.

Elle est instructive et singulièrement captivante la lecture des lettres que les directeurs écrivent, des réponses qu'ils reçoivent, ainsi que le récit des démar-

ches qu'ils font et des Moyens qu'ils emploient pour obtenir soit l'autorisation d'embarquement . soit des secours pour payer la traversée, [ls rencontrent devant eux les obstacles politiques qui s'ajoutent aux difficultés religieuses et aux embarras d'argent, mais, battus Sur un point, ils font une tentative sur un autre. Si l'Angleterre refuse, ils s'adressent au Danemark: si Je Danemark allègue quelque raison, il reste l'Espagne,

l’Autriche, le Portugal: si les évêques ne consentent

pas à laisser partir leurs prêtres, ils font intervenir la

Propagande, qui écrit au nonce de Madrid, à celui de Lisbonne, au chargé d'affaires du pape à Londres

Les efforts de M. Chaumont ceux de M. Boiret en Italie.

M. Chaumont s'adressa à la Compagnie des Indes, et se fit aider par M. Baillie, un banquier, et par M. Ed- &eworth de Firmont, « notre célèbre commensal comme :l l'appelle en souvenir de son séjour au Séminaire des Missions-Étrangéres. M. de Firmont le récommanda à un de ses amis, M. Hussey, « homme d'un grand crédit, d’un grand esprit et qui joint à cela un grand zèle pour la religion ».

Cette démarche n'étant Pas suffisante, Chaumont écrivit au ministre de l'intérieur d'Angleterre, et lui envoya la copie d'un mémoire adressé quelques semaines aupal'avant à la Compagnie des Indes, en le priant de vouloir

bien l'appuyer. 1 remit copie de ce mémoire à l'évêque de Saint-Pol, Mgr de La Marche. à Mgr Douglas, évêque de Centuries, vicaire apostolique de Londres, qui essayèrent d'intéresser Burke à cette affaire. Le grand orateur en parla au ministre qui lui répondit ne voir aucun inconvénient à ce que les vaisseaux anglais prissent à leur bord des prêtres français. La Compagnie fit les plus belles Promesses, mais quand vint le moment de les exécuter, elle déclara « que cette année on ne pouvait

à Londres s'unissent à

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accepter de missionnaires à cause de l'ambassade envoyée à l'empereur de Chine, qu'elle craignait qu'on ne sût, en Chine, qu'on a porté des missionnaires, et que ce ne fût un obstacle au succès de l'ambassade, » À cette objection, Chaumont répondit que, « si la Compagnie voulait accorder le passage, il promettait qu'aucun des missionnaires n'entrerait en Chine, qu'en conséquence, la Compagnie ne pourrait être compromise. » «Mais cette observation et cette promesse n'ont produit aucun effet, Que faire? Adorer les desseins de Dieu qui ne permet peut-être cette contrariété que pour le plus grand bien des missionnaires 1 », Une autre lettr

e de M. Chaumont prouve clairement, d'ailleurs,

que les raisons alléguées par la Compagnie étaient de simples prétextes. « Si on ent fait, dit-il ?, pour l'Angleterre ce qu'on a fait pour la France, nous serions assurés d'avoir le passage g

atis. La Compagnie des Indes sembler:

ut désirer que quelqu'un de nous püt servir d'interprète et rendre service anglais qui vont en Chine; à ce prix, le passage est non seulement gratis, mais accompagné de quelques gratifications. Nous ne pouvons entrer dans ces vues, fous pouvons seulement promettre que si un vaisseau abordait sur les côtes où nous avons des missionnaires, et qu'il fût exposé à des dommages de la part des habitants, nos missionnaires se fer sensible de leur rendre tous les services possibles, »

La Compagnie, en effet, voulait que les missionnaires acceptassent de servir l'influence anglaise ; le pouvaient : Rome, en effet, leur de se méler aux questions s'écartent de cette règle gé

aux vaisseaux

aient un plaisir

ceux-ci ne a toujours interdit politiques; si parfois, ils nérale, c'est qu'ils sont for-

1 Arch, M.-É., vol. 37, p. 101.

2, Id.

vol. 37, p. 27.

cés par de graves motifs où par une impérieuse nécessité, et surtout c'est qu'ils y voient la possibilité d'aider au salut des âmes ; dans la circonstance présente, il n'en était pas ainsi. Le pays dont on leur demandait de seconder les efforts était l'Angleterre ; or, travailler à développer l'influence anglaise, c'était aider le protestantisme et nuire à la France : aider le protestantisme, les missionnaires, prêtres catholiques, ne le devaient pas; nuire à la France, ils ne le voulaient pas; même | en ces heures de proscriptions, d'exils et de massacres, la France restait toujours leur patrie, ils lui gardaient un inviolable amour.

- M. Chaumont s'adressa alors à un capitaine de vaisseau marchand, en partance pour Chandernagor. Celui-ci demanda cent guinées par personne, « mais la Propagande! ne veut et ne peut donner cen{ guinées, ainsi pas plus de possibilité d'envoyer à Pondichéry qu'en Chine, »

Il tenta d'envoyer des missionnaires par l'Espagne. L'ambassadeur de ce pays à Londres lui répondit qu'il avait ordre de refuser tous les passeports. De son côté, | le préfet de la Propagande, averti par M. Boiret, envoya une lettre au nonce du Pape à Madrid, le priant 2? « d'obtenir de sa Majesté Catholique l'ordre d'embarquement et de faire son possible pour avoir, sur ses Vaisseaux, le passage d'un prêtre des Missions-Ét ‘angères de ’aris envoyé par ses supérieurs. » Le missionnaire don il est ici question était M. Montalant, docteur en théologie, ancien professeur de philosophie au petit Séminaire d'Angers. Il était alors à Orense, à 200 lieues de Cadix où il devait s'embarquer. Quand il voulut quitter Orense, on lui déclara qu'il était défendu à tout prêtre

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