‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 13 sur 248 · Nous ne · texte numérisé non relu

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DES MISSIONS-ÉTRANGÈRES 39 Arabes, compagnons de la traversée des missionnaires, se doutaient plus ou moins de leur qualité et de leur projet.'Ils n'avaient cessé de les interroger sur ce qui les amenaient dans une contrée si pauvre et si misérable : ils avaient été jusqu'à vouloir les empêcher de descendre à terre et à les menacer de les transporter sur la côte de Coromandel.

Dupuy et Querville prirent leurs dispositions pour parer au danger, ils se munirent d'une outre, de quelques cordes, inspectèrent les bastingages du navire, résolus de gagner la terre à la nage, siles Arabes tentaient d'exécuter leurs menaces. Ils ne furent heureusement pas obligés d'en venir à cette extrémité, et réussirent à persuader au capitaine de laisser descendre l’un d'eux, tandis que l’autre resterait à bord comme otage. Arrivé à Tamret, capitale de l’ile, le missionnaire ! demanda une audience au gouverneur, déclina son nom, sa nationalité, sa qualité de médecin, et finit en sollicitant l’autorisation pour lui et pour son compagnon d'habiter Socotora et de se consacrer aux soins des malades.

Le gouverneur qui ne lui « parut pas un méchant homme » accorda tout Sans questionner autrement.

Dupuy et Querville se mirent done immédiatement à exercer la médecine, espérant gagner l’affection des habitants et découvrir peu à peu des indices de la présence des chrétiens que l’on Supposait dispersés à travers Les montagnes. [ls prodiguèrent les remèdes et opérèrent des suérisons, mais les marchands venus avec eux firent courir des bruits qui les rendirent suspects,

À toutes leurs demandes de renseignements, ils n’eurent que des réponses Yagues, contradictoires, parfois évidemment mensongères. Malgré ces ennuis ils se Préparèrent à s'avancer dans l'intérieur du pays ; l’un

l. Nous ne savons lequel des deux missionnaires descendit à terre,

d'eux, nous ne savons lequel, partit secrètement pendant une nuit d'orage. Il se dirigea vers le sud-ouest, pénétra dans une vallée fort longue, bordée de hautes montagnes ; il avait quelques provisions qui furent bientôt épuisées, il se nourrit alors de racines et de fruits sauvages; il passait les nuits à la belle étoile, les jours à errer sans rencontrer personne ; il revint à Tamret, mais son voyage n'avait pas tardé à être connu de tous, et à devenir la base de commentaires variés et malveillants ; son retour excita les imaginations, le gouverneur ordonna aux missionnaires de quitter l'ile au plus tôt, et joignant l’action à la parole, il fit prendre et transporter sur le rivage leurs vêtements, leurs remèdes, tout ce qu'ils possédaient. Résister était impossible, mais quitter cette terre de prédilection sembla si pénible aux prédicateurs de l Évangile, qu'ils essayèrent de s'enfuir dans les montagnes. Aussitôt poursuivis et arrêtés, ils furent jetés sur un navire en partance pour l'Inde. Ils étaient restés un mois dans l'ile; l'inutilité de leurs premiers efforts ne les découragea pas.

« Nous conservons toujours, M. Querville et moi, écrivait M. Dupuy 1, un grand désir d'entreprendre de nouveau la mission de So cotait , et nous espérons tout de la Providence de Dieu.

« Il faudrait qu’on nous obtint des pouvoirs qui durent toute notre vie, car si nous retournons à Socotora, nous y demeurerons peut-être le reste de nos jours sans avoir aucune communication avec les Européens. »

Après un court séjour à Pâte, ils allèrent à Pondichéry près du procureur des Missions-Étrangères M. Mathon, et recurent de lui des secours,

tentative; ils repartirent pour l'Arabie le 29 février

4, Arch. M.-Ë., vol, 356, p. 127. Socotora,

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Arrivés à Bassora et n'osant plus se fier aux Arabes dont ils connaissaient les dispositions hostiles, ils prirent le parti de s'embarquer seuls. Leur dessein était d'aborder dans quelque endroit désert de la côte :

« Là, disaient-ils, Dieu aura soin de notre nourriture et de notre vie Jusqu'à ce que nous ayons des chrétiens qui puissent nous secourir ».

Ils achetèrent une petite barque et mirent à la voile, envoyant, le 12 juin 1760, au Séminaire des Missions- Étrangères quelques mots pleins de confiance et de piété.

«C'est Dieu qui doit tout faire par sa Providence, et c'est ce qui augmente nos espérances et nos désirs. »

Cette lettre fut la dernière qu'ils écrivirent. Deux ans s'écoulèrent sans qu'on reçut aucune nouvelle des courageux apôtres.

Enfin, par une dépêche du 27 septembre 1762, MT. Perdreau, consul de France à Bassora, apprit aux directeurs la mort des deux missionnaires.

« Le respect que MM. Dupuy et Querville s’attiraient par une conduite des plus édifiantes me fait avec une vraie sensibilité vous confirmer la nouvelle de la couronne du martyre, qu'ils ont acquise en allant poui la se conde fois à Socotora : ce triste événement, arrivé depuis deux ans ne m'a été confirmé que depuis peu. Je vous avouerai, Monsieur, que je fis, lorsqu'ils passèrent, l’impossible pour les dissuader de leur entreprise, ayant une connaissance du local de cette isle ; mais leur zèle mit obstacle à mes représentations : ainsi étaient certainement les décrets de la Providence. »

Vers le même temps, le chef du comptoir de Surate, Anquetil de Briancourt, envoya quelques renseignements complémentaires.

«Une tempête, disait-il, avait obligé les deux missionnaires à se jeter à la côte où, à peine débarqués, ils avaient été massacrés par les Arabes. »

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