‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 139 sur 248 · Nouv, Lett. édif., vol. 7, p · texte numérisé non relu

Nouv, Lett. édif., vol. 7, p

9, mort évêque de Castorie et

«La religion des chrétiens répand l'erreur depuis plusieurs siècles, et abuse les peuples de ce royaume: les personnes même lettrées et de bon sens s’y laissent prendre.

« Nous proscrivons cette religion et ordonnons à tous les officiers de rechercher, de poursuivre et de prendre en tous lieux ceux qui la professent, pour nous être livrés; quant à leurs temples, ils servirs it 2e caserres aux troupes. »

Par politique ou par bonté d'âme, ies mandarins hésitérent à exécuter ces ordres; plusieurs mêmes avertirent les fidèles de ne pas se préoccuper outre mesure. « Cachez tous les objets de religion, leur conseillèrent-ils, abandonnez les églises et les résidences de vos prêtres, changez-les de place et de forme, et vous, ne serez pas inquiétés. »

Les mandarins étaient-ils sincères? Peut-être, mais leur modération fut vite dénoncée aux Tay-son et taxée de lächeté, et pour éviter d’être condamnés eux-mêmes, ils condamnèrent,

Plusieurs païens s’'émurent de cet état de choses. Voulant sauver les chrétiens, parmi lesquels ils comptaient des parents et des amis, ils cherchèrent le moyen de calmer la persécution et conclurent à un projet assez extraordinaire. Ils furent d'avis qu'un missionnaire européen se présentât devant le vice-roi, répondit à ses questions et réfutat les calomnies contre la religion catholique. Ils chargèrent un catéchiste, procureur de la mission, d'exposer ce dessein à M. Lamothe.

Celui-ci le communiqua à quelques missionnaires et à des prêtres indigènes. La plupart d’entre eux crurent qu'il avait chance de succès, et après délibération, ils décidèrent que M. de la Bissachère! se dévouerait. Mais

1. Du diocèse d'Angers, parti en 1789, député au Séminaire de Paris en 1807, mort le 1‘ mars 1830.

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avant d'agir, ils en référérent à l'évêque, Mgr Longer était un homme très courageux, connaissant à fond les Annamites ; un jugement différent de celui de ses prêtres: il lui parut que le vice-roi « renard cruel et fourbe » ne serait point ébranlé dans ses résolutions par les explications et le courage d’un missionnaire, et que mieux valait garder le silence. La persécution continua comme par le passé. Le district de M. de la Bissachère, deux r'ésidences et äix-sept églises furent détruits. Ailleurs, les mandarins moins haineux ou plus avides se contentèrent de faire racheter les églises par les chrétiens, C'était une manière assez commode d'augmenter leurs revenus,

Le Roy, supérieur du collège, licencia ses élèves et se réfugia avec Langlois dans une petite station des montagnes ; Lamothe, évêque élu de Castorie, se cacha dans une paroisse près de Ha-noi ; Lepavec et Eyot quittèrent leurs paroisses, mais sans s'éloigner beaucoup

Un événement imprévu ramena la paix religieuse, Un complot contre le roi, tramé par le régent et par Je vice-roi du Tonkin, fut découvert et dénoncé par l’ancien vice-roi, qui avait refusé de persécuter les chrétiens, etle jour même de la Pentecôte, pendant que les missionnaires, dans leurs retraites, récitaient ce verset : ‘ Hostem repellas longius, Pacemque dones pratinus », «Repoussez loin de nous notre ennemi, et donnez-nous au plus tôt la paix », le régent fut jeté en prison, le vice-roi arrêté, enfermé dans une c les bras brisés, puis conduit dernier supplice.

Ces arrestations mirent fin à la persécution. Toutes les ordonnances précédemment rendues furent enle véess l'édit de persécution resta néanmoins affiché, parce qu'il était au nom du Souverain; mais les grands mandar généralement peu hostiles à la reli

mais très calme et il porta sur le projet

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cupés des événements politiques, défendirent à leurs subordonnés d'inquiéter les chrétiens jusqu'à ce que l'on connût clairement la volonté royale.

Ils prescrivirent même aux chefs des villages de restituer l'argent qu'ils avaient reçu pour le rachat des églises. Sur la proposition de M. Lamothe, une centaine des principaux catholiques de toutes les provinces allèrent offrir des présents au prince royal et au grand conseil, et les remercier d’avoir fait cesser la persécution. Cette démarche flatta l'amour-propre des mandarins, heureux de la reconnaissance qu'on leur témoignait. Sans doute, leur humanité envers les fidèles n'était que justice; mais il est bien des circonstances dans la vie où il faut savoir remercier d'un acte de justice comme d’une faveur, d'un droit comme d'un privilège; en outre, elle montrait les chrétiens soumis aux pouvoirs temporels, elle aidait à détruire la calomnie trop fréquemment répétée qu'ils voulaient relever uniquement de l'autorité d'étrangers.

La bienveillance des mandarins pour les missionnaires s’affirma davantage; le gouverneur de la province du midi invita M. de la Bissachère à venir le voir et lui permit de célébrer un service solennel dans l'in. térieur de la citadelle pour le frère d’un mandarin mort récemment.

Ce n'était qu'un court répit, à peine le temps de prendre haleine.

L'année 1798 n'était pas encore à moitié écoulée que la tempête se souleva de nouveau. Les Tay-son se vengèrent de leurs défaites dans les provinces du sud par la persécution en Haute-Cochinchine et au Tonkin. Les martyrs les plus célèbres de cette époque sont deux prêtres indigènes : Emmanuel Trieu et Jean Dat. Emmanuel Trieu eut la tête tranchée le 17 septembre (798, dans une paroisse voisine de Hué. Quelqnes

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