‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 140 sur 248 · Les · texte numérisé non relu

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Jean Dat subit le même supplice au Tonkin avec le mème courage le 28 août 1798. Tous les deux ont été déclarés Vénérables par Grégoire XVI, le9 juillet 1843 1.

La tête des missionnaires et des prêtres indigènes fut mise à prix à cent ligatures. Le P, Vinh se sauva dans les forêts du côté de Ké-bang': quelques paiens, l'y ayant vu seul, eurent pitié de lui, l’accueillirent dans leur maison, jusqu'à ce que les chrétiens fussent en état de lui offrir un asile. Le P, Tan s'échappa dans les forêts à plus d'une demi-journée de Huong-phuong. Le P. Chieu, le plus ancien des prêtres indigènes, s'enfun en Cochinchine, se faisant passer pour médecin, et le P. Hanh se déguisa en marchand d'arec, mais il joua mal son role, fut découvert et obligé de prendre la fuite.

M. Guérard creusa avec les mains dans les fakuses de Xom-che une petite grotte d'environ quatre pieds de long sur deux de large, il fit le toit avec ses vêtements suspendus à trois petits arbrisseaux, Un jeune homme, le seul qui connut son asile, lui apportt chaque jour. le riz nécessaire à sa nourriture. Cette situation ne désespérait pas les missionnaires: elle arrêtait même beaucoup moins leurs travaux qu'on ne l'eùt pu supposer.

Le 22 décembre de cette même année, Mgr Lamothe sortit de sa cachette pour faire une ordination qui fut l'occasion d’un péril gaiement évité. Malgré toutes les

| précautions, le secret avait été mal gardé. ‘Les satel-

lites, avertis de la présence de l'évêque, réussirent

| à le prendre, Ils lui lièrent les mains, puis le chef de la

1. Les 52 Von. Serviteurs de Dieu, vol. 1, p. 283, et vol. 2, p. 45.

bande, tout en menaçant de le livrer aux mandarins, ne négligea pas d'insinuer que ses sentiments d'humanite pourraient le porter à le mettre en liberté moyennant trois cents onces d'argent. Les chrétiens du village pl n'avaient pas pareille somme à leur disposition : ik demandèrent la permission d'aller faire une collecte dans les paroisses voisines. Les soldats y consentirent et promirent d'attendre: mais bientôt, craignant une surprise, ils changèrent d'avis et partirent avec leur prisonnier pour le prétoire, | « Sur la route, raconte le coadjuteur, les satellites ne laissaient approcher aucun homme; mais, cédant aux instances des femmes chrétiennes, ils me permirent de me reposer dans une maison isolée sur le bord du fleuve. Cette maison appartenait à des néophytes qui Pr'opesèrent de nous donner à diner, pendant que le chef des satellites était allé chercher le bac. Le passeur, un bon chrétien, eut la prudence de le couler à fond.

« Bientôt arrivèrent un grand nombre de femmes. qui embarrassaient fort les trois satellites, et presque en même temps plusieurs hommes armés firent Jouer de

| gros bâtons sur le dos de mes gardiens. Ceux-ci, ne pen- | sant plus qu'à chercher leur salut dans la fuite, me

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triomphe ; un palanquin m'attendait, et Je fus transporté | sur les montagnes aux acclamations d’un grand nombre de néophytes accourus à mon secours par des routes détournées. Ils arrêtèrent cinq satellites qu'ils forcèrent de rendre mes effets, »

Les battus paient quelquefois l'amende, au Tonkin | comme ailleurs. Les chrétiens ne se tirèrent pas de || cette affaire sans débourser un peu d'argent; mais les | satellites portèrent la cangue plus de trois mois et

dépensèrent quinze cents piastres pour sauver leur ln . vie.

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Es ne furent pas les seuls à se repentir d'avoir essayé d'arrêter des missionnaires.

Des pirates s'emparèrent de Mgr Longer et exigèrent, pour le relâcher, une forte somme d'argent, sinon, disaient-ils, ils Le livreraient aux mandarins, Instruit de l'arrestation de l'évèque qu'il aimait et estimait, le gouverneur de la province forma une escouade de soldats chrétiens et leur donna ordre de le délivrer, Ceux-ci s'empressèrent d'obéir; ils tombèrent à l'improviste sur les brigands, les battirent, les firent prisonniers et les conduisirent enchainés au tribunal. Le mandarin accabls les captifs de reproches sur leur piraterie, il les dénonca au vice-roi comme perturbateurs du repos public, et après les avoir retenus quelques semaines, leur fit donner une forte bastonnade, qui, à l'avenir, les rendit plus prudents même envers les proscrits étrangers.

Tous les mandarins n'avaient pas les sentiments de ce gouverneur. M. de la Bissachère s'était retiré sur un ilot montagneux, éloigné de quatre heures de barque de la côte et, disait-on, habité par le diable. Il y faisait, selon son expression, « société avec les oiseaux de mer et les oiseaux de proie », et était nourri par des pêcheurs qui tous les dix ou douze jours lui apportaient du riz; il resta sept mois dans cet asile. Lorsque les mandarins le surent, ils envoyèrent 17 barques et 300 soldats faire le blocus de l'ile et interdirent, sous peine de mort, au chef du port de mer le plus proche, de laisser sortir aucune barque de commerce ou de pêche. Au milieu d'une nuit sombre, plusieurs compagnies descendirent à terre le fusil à la main et la mèche allumée; elles firent le tour de l'ile, essayèrent de gravir la montagne hérissée de rochers et de buissons d'épines, pendant que d’autres cherchaient un second point de débarquement. À ce moment mème, sur le sommet de l'ilot, de la Bissachère célébrait la messe, offrant à Dieu

sa vie pour la persévérance des chrétiens et la conversion des païens. Le saint sacrifice achevé, il fit ses recommandations à ses catéchistes : « Allez voir de quel côté viennent les soldats, leur dit-il, et lorsque vous vous en serez assurés, fuyez du côté opposé. Quand je serai arrêté, on ne vous cherchera plus, vous reviendrez prendre les objets du culte et tout ce que j'ai caché ici, Vous retournerez ensuite sur le continent, et vous averlirez un prêtre indigène, qu'il vienne déguisé en mendiant me donner l'absolution au sortir d'un de interrogatoires, »

Ces précautions furent inutiles. Les soldats débarqués renoncèrent bientôt à leur pénible ascension, déclarant le lieu inhabitable ; ceux qui étaient restés sur leurs jonques, secoués par la tempête et éprouvés par le mal de mer, partagèrent leur avis. Furieux de leurs peines et de leur déconvenue., les mandarins s'en prirent à l'accusateur, qui, menacé d'être jeté en prison, se cacha pendant un mois. À son retour, les pêcheurs et les commerçants, sous l'impression de la perte que leur avait causée la défense de sortir du port, l’obligèrent à leur donner un dédommagement considérable.

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Telle était la situation des missionnaires au Tonkin. Elle n'avait jamais été bonne depuis le iomphe des Tay-son ; elle était évidemment plus mauvaise depuis l’arrivée des Francais en Basse-Cochinchine et les premiers succès de Nguyên-anh. Mais, au moins, leurs voisins, les apôtres de Cochinchine, l'évêque d'Adran en particulier, étaient-ils dédommagés de la haine des Tay-son par l'affection de Nguyèn-anh et par

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DES MISSIONS-ÉTRANGÈRES 329 le nier et à peu près faux de l'affirmer d'une manière absolue,

Les missionnaires avaient grandement espéré que Nguyèn-anh se convertirait. Plusieurs avaient prononcé le nom de Constantin, et puis, peu à peu, ils avaient vu la réalité moins brillante que le rêve ; ils pris que le prince annamite ne ser mais que probablement il ne se ferait jamais persécuteur, et que les catholiques jouiraient de la paix sous son règne, Envers Mgr de Behaine trait respectueux et reconnaissant et les suivait souvent.

Condamnait-il à mort un de ces Moments d'emporteme

avaient com- ‘ait jamais chrétien,

Nguyên-anh se mon- , il écoutait ses avis

ses officiers dans un de nt qui lui étaient si familiers, il différait l'exécution Jusqu'à ce que l'évêque e la cause; faisait-il peser sur le impôts, l'évêque obtenait le char

Avec son tact et sa finesse Mgr de Behaine disait tout, dire. Sur ses lèvres, une

ût examiné peuple de trop lourds igement du décret.

dignes d'un diplomate, parce qu'il savait tout COMparaison devenait un conseil; un sourire où un regard, un reproche sans aigreur; une allusion était un avis délicatement donné : (J'ai bien des défauts, di

du Vicaire apostolique,

a Nguyên-anh, après la mort

Mais si j'avais quelqu'un qui sût me les faire apercevoir avec la prudence et l'adresse du Grand Maitre, je le regarderais comme mon meilleur ami, »

Aussi chrétiens et Paiens ne prononcaient-ils qu'avec respect le nom de cet évêque français auquel ils devaient un Souvernement juste et humain. Dans l'entourage du prince, il n’en était pas de même: les mandarins trouvaient néfaste cette influence qui s’exertait en faveur des faibles et des opprimés, empêchait leurs concussions, mettait un frein à leurs violences, ct'arrêtait leurs vengeances.

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