Nouv. Letl. édif., vol. T, p. 399, — 95 avril
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tèrent au roi ire, plein des fficiers, à l’'exsivement cone, indiscipline it, il demanda de ses adver- 1bale, lui dut cilleur de ses
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Mgr l'évêque our un prince ain que, si ce les Jours pour ochinchine un seraient bien | procurer aux er leur minisès du roi que her des maux illeurs, le roi rtainement il iter, tant que
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venait souvent à la cour pour faire des expériences devant le roi. Aux fêtes du Premier jour de l'an (1791), il lança un petit ballon, ce qui intrigua fort les Annamites; il fit ensuite plusieurs expériences, imitant le tonnerre et déchargeant un petit canon au moyen de l’étincelle électrique. Les mandarins profitèrent de ces faits fort simples Pour essaYer d'assouvir leur haine : évidemment un homme, qui disposait de la foudre, et pouvait sans feu décharger un canon, était dangereux, animé des plus mauvais desseins, et roulant dans son esprit les plus noirs complots contre la vie du roi. Lorsque le prince fut rentré dans Son palais, après avoir exprimé ses remerciments au missionnaire, les officiers se Saisirent de M. Boisserand, malgré ses protestations et ses cris, et parlèrent de le mettre en jugement, comme coupable de lèse-majesté.
Aussitôt prévenu, Neguyên-anh fut obligé d'employer toute son autorité pour lui sauver Ja vie. C'était là un indice, et un indice grave, d'une haine profonde et vivace; d'ailleurs, ce ne fut pas le seul,
Depuis des années, et même depuis des siècles, on racontait sur les missionnaires les calomnies les plus absurdes et partant les plus accréditées : la plus répandue était celle des prêtres arrachant les veux des malades, afin de préparer des remèdes efficaces contre toutes les infirmités : un mandarin affirmait avoir vu dans l'église d'un petit village un bénitier plein d'yeux, A la cour. on s’empressa d'accepter le fait comme très véridique.
Lorsque Mgr Pigneau vit que ce bruit prenait trop de consistance, il pria Nyuyên-anh de procéd'r à une enquête,
Le prince fit venir le grand mandarin en question, et lui promit de punir sévèrement les chrétiens, si l’accusation était prouvée; mais si elle était fausse, le calomniateur serait mis à mort. Aveuglé par la haine, le
mandarin accepte la condition. Aussitôt on nomme des commissaires pour faire l'enquête, et l'on somme l'accusateur de les mener au lieu indiqué. Celui-ci, se voyant pris à son propre piège, commence alors à tergiverser : « Je n'ai pas vu moi-même, J'ai entendu dire à un de mes amis... — Quels sont vos témoins? » Le misérable eut bien de la peine à les nommer. On le conduisit de force au lieu désigné par lui, et comme naturellement on ne trouva rien, le roi le condamna à mort, selon la condition posée et acceptée; mais il accorda sa grâce, à la prière de l’évêque d’Adran.
La calomnie eut-elle moins de crédit? Nous la retrouverons dans les accusations portées contre les chrétiens pendant les règnes de Minh-mang, de Thieu-tri et de Tu-duc; aujourd’hui encore elle a cours en Chine, et il ne serait pas impossible de l'entendre même en Basse- Cochinchine où la France est établie depuis plus de trente ans.
Les Français qui avaient accompagné Mgr d’Adran n'étaient pas, eux aussi, sans souffrir de la haine et de la jalousie annamite, Les mandarins discutaient leur mérite, quand ils ne niaient pas leurs services; ils les traitaient parfois avec une impertinence irritante, difficile à préciser, mais facile à sentir et dure à supporter. Nguyên-anh laissait faire et dire ses officiers, trop faible pour les blâmer, trop intelligent pour imiter leur conduite, mais trop orgueilleux pour ne point s’en réjouir secrètement, Et cependant les étrangers lui rendaient tous les jours de nouveaux et signalés services, ils organisaient l’armée, construisaient la flotte, fortifiaient les citadelles; ils commandaient des navires et entretenaient des relations commerciales avec les Indes, la Chine, les colonies espagnoles ou portugaises et faisaient flotter le pavillon d'Annam à Calcutta, à Manille, à Macao, à Canton.
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Surtout, ils l'aidaient à combattre ses ennemis les Tay-son. Pendant plusieurs années consécutives, Neuyên-anh avait pu, grâce à eux, entreprendre des expéditions assez heureuses en Moyenne-Cochinchine.
En 1799, eut lieu la cinquième expédition, qui fut dirigée contre Qui-nhon, le boulevard de la puissance ennemie ; le prince Canh en faisait partie, accompagné par Mgr Pigneau de Behaine. Pendant le siège, l'évêque missionnaire fut saisi par la maladie, qui le conduisit rapidement aux portes du tombeau.
Inquiet de son état, le roi lui envoya ses meilleurs médecins, et lui donna les soins les plus attentifs, s’arrachant aux préoccupations militaires, pour lui faire visite, Tout fut inutile. Mgr d'Adran était à cette heure, où le chrétien dépose son fardeau entre les mains de Dieu.
Il vit arriver la mort avec calme et même avec joie. « Me voilà donc enfin, disait-il à M. Lelabousse qui l’assistait, rendu au bout de cette carrière tumultueuse que, malgré ma répugnance, je parcours depuis si longtemps. Voilà que mes peines vont enfin finir, et mon bonheur commencer. Je quitte volontiers ce monde, où l’on me croyait heureux. J'y ai été admiré
des peuples, respecté des grands, estimé des rois: mais je ne regrette pas tous ces honneurs; ce n’est là que vanité et affliction. La mort va me procurer le repos et la paix, l’unique objet de mes désirs: Je l’attends avec impatience; si je suis encore utile sur la terre, je ne refuse pas le travail: je me soumets à toutes les croix que j'ai trouvées au milieu des grandeurs ; mais si Dieu veut bien m'appeler à lui, Je suis au comble de mes VŒuUx. Quoique je craigne ses Jugements terribles, J'ai la plus grande confiance en ses miséricordes. » Le médecin du roi, ayant en vain €
puisé tous ses remèdes, vint prendre congé du prélat mourant, « Mon ami, dit celui-ci en souriant, ne SOYez pas affligé si vous
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n'avez pu me guérir. Vous avez fait tout ce qui dépendait de vous; je vous en remercie. Retournez auprès du roi, et racontez à Sa Majesté ce que vous avez vu; diteslui bien que je n'ai ni inquiétude, ni frayeur, afin qu'il connaisse comment les Européens savent vivre et mourir. »
Lorsqu'il eut reçu les derniers sacrements, il demanda son crucifix, et l'ayant pris entre ses mains défaillantes avec l'accent de cette foi vive qui avait été l'âme de toutes ses actions, il prononça ces touchantes paroles : « Croix précieuse, qui, toute ma vie, fûtes mon partage, et qui, en ce moment, êtes ma consolation et mon espoir, permettez-moi de vous embrasser, pour la dernière fois. Vous avez été outragée en Europe; les Français vous ont renversée et rejetée de leurs temples, depuis qu'ils ne vous respectent plus; venez en Cochinchine. J'ai voulu vous faire connaître à ce peuple plus grossier que méchant, et vous planter en ce royaume jusque sur le trône des rois: mais mes péchés m'ont rendu indigne d'être l'instrument d'un si grand ouvrage. Plantez l'y vous-même, à mon Sauveur, et érigez vos temples sur les débris de ceux du démon. Régnez sur les Cochinchinois. Vous m'avez établi pour leur annoncer votre Évangile : aujourd'hui que je les quitte pour aller à vous, je les remets entre vos mains. Je vous demande pardon de toutes les fautes que j'ai commises, depuis trente-trois ans que j'en suis chargé, avec la grâce de mourir dans votre saint amour. »
Pigneau de Behaine mourut le 9 octobre 1799, à l'âge de 57 ans et 10 mois, après 29 ans d’épiscopat. Ses restes furent transportés à Saïgon, où ses funérailles furent célébrées le 16 décembre suivant, avec une magnificence royale. Quarante mille personnes suivaient le convoi. Nguyén-anh y assistait ainsi que sa mère, sa sœur, sa femme, ses épouses de second rang,
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e 1799, à épiscopat.
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ses enfants et toutes les dames de la cour, « qui crurent que pour un homme si au-dessus du commun, il fallait passer par-dessus les lois communes. »
Le roi prononca l'éloge de l'illustre défunt; il rappela ses services et ses qualités avec une vigueur concentrée, un accent ému, qui révélaient une conviction profonde.
« Je possédais un sage, l’intime confident de tous mes secrets, qui, malgré la distance de mille et mille lieues, était venu dans mes États, et ne me quitta jamais, lors même que la fortune m'abandonnait. Pourquoi faut-il qu'aujourd'hui qu’elle est revenue sous mes drapeaux, au moment où nous sommes le plus unis, une mort prématurée vienne nous séparer tout à coup?
Je parle de Pierre Pigneau, décoré de la dignité épiscopale, et du glorieux titre de plénipotentiaire du roi de France. Ayant toujours présent à l’espr
it le souvenir de ses antiques ver
tus, je veux lui en donner un nouveau témoignage. Je le dois à ses rares mérites, Si en Europe, il passait pour un homme supérieur, ici on le regardait comme le plus illustre étranger à la cour de Cochinchine.
€ Dès ma plus tendre Jeunesse, j’eus le bonheur de
rencontrer ce précieux ami, dont le car dait si bien avec le mien.
qui ait paru
actère s’accor- Quand je fis les premières démarches pour monter sur le trône de mes ancêtres, je l'avais à mes côtés, C'était pour moi un riche trésor, où Je pouvais puiser tous les conseils dont j'avais besoin pour me diriger. Mais tout à coup, mille malheurs
vinrent fondre sur le royaume, et mes pieds devinrent aussi chancelants que ceux de Thièn-khan de la dy-
nastie des Han 1. Alors il nous fallut prendre un parti
1, Empereur de Chine, qui vivait l'an 20
57 avant l'ère chrétienne. I] est célèbre dans les annales du pays par
ses malheurs.
qui nous sépara comme le ciel et la terre. Je lui remis entre les mains le prince héritier, et véritablement il était digne qu'on lui confiât un si cher dépôt, pour aller intéresser en ma faveur le grand monarque qui régnait dans sa patrie. Il réussit à m’obtenir des secours; ils étaient déjà rendus à moitié chemin, lorsque ses projets trouvèrent des cbstacles et n'allèrent pas au gré de ses désirs. Mais à l'exemple d’un ancien, regardant mes ennemis comme les siens, il vint, par attachement pour ma personne, se réunir à moi, pour chercher l'occasion et les moyens de les combattre. L'année que je rentrai dans mes anciens États, j'attendais avec impatience quelque heureux bruit, qui m'annoncçât aussi son retour. L'année suivante, il arriva au temps qu'il avait promis. ;
« A ,la manière insinuante et pleine de douceur avec laquelle il formait le prince, mon fils, qu'il avait ‘amené, on voyait qu'il avait un talent unique pour élever la jeunesse. Mon estime et mon affection pour lui croissaient de jour en jour. Dans les Jours de détresse, il nous fournissait des moyens que lui seul savait trouver. La sagesse de ses conseils, et la vertu qui brillait jusque dans l’enjouement de sa conversation, nous rapprochaient de plus en plus. Nous étions si amis et si familiers ensemble que, lorsque mes affaires m'appelaient hors de mon palais, nos chevaux marchaient de front. Nous n'avons eu jamais qu'un même cœur
» Depuis le jour que, par le plus heureux des hasards, nous nous sommes rencontrés, rien n'a pu refroidir notre amitié, ni nous canser un instant de dé-
plaisir. Je comptais que sa santé florissante me ferait
&oûter encore longtemps les doux fruits d’une si étroite union; mais voilà que la terre vient de couvrir ce bel
arbre. Que j'en ai de regrets ! Pour manifester à tout le
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monde les grands mérites de cet illustre étranger, et répandre au dehors la bonne odeur de ses vertus, qu’il cacha toujours, je lui donne ce brevet d'instituteur du prince héritier, avec la première dignité après la royauté, et le surnom d'Accompli : Hélas! quand le corps est tombé, et que l’âme s'envole au ciel, qui pourrait la retenir? Je finis ce petit éloge, mais les regrets de la cour ne finiront jamais. O belle âme du maitre, recevez cet hommage. »
Les prières de la liturgie catholique récitées, le clergé et les chrétiens se retirèrent ; le roi, demeuré seul avec les mandarins païens, offrit les sacrifices qu'on a coutume de faire aux mânes des défunts. Quelques jours plus tard, il dicta une inscription en caractères chinois qui fut gravée en lettres d’or sur le tombeau de l’évêque. En voici la traduction : « L'illustre docteur Pigneau Pierre, chrétien dès son enfance, fut versé dans toutes les connaissances des savants. Il était Jeune quand il vint dans notre royaume alors rempli de troubles. Le docteur fut pour nous un auxiliaire dévoué; il se montra non moins distingué par son instruction que par la prudence de ses conseils à cette époque difficile. ll voulut bien se charger de la mission importante de demander l'appui d'une flotte alliée dans un pays lointain, et il ne put nous l’amener qu'après avoir franchi les montagnes et affronté les périls des mers. Pendant plus de vingt ans, il travailla avec une ardeur constante, soit en recherchant les moyens de gouverner, soit en combinant les mesures à prendre pour reconquérir nos provinces et les pacifier. Toutes ses actions méritent d'être transmises comme des exemples à la postérité. Si notre royaume est parvenu au plus haut degré de splendeur, il le doit surtout au génie et aux soins du noble évêque. »
Le tombeau de Mgr de Behaine fut entouré
d’une
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garde d'honneur; et même aux plus mauvais jours de là persécution, quand le sang des martyrs, missionnaires ou simples chrétiens coulera sur la terre d'Annam. il demeurera l'objet du respect universel. Lors de |; conquête de la Basse-Cochinchine, Napoléon III essa va de payer la dette que la France devait depuis si longtemps à l’évêque d’Adran, il déclara sa tombe propriété nationale. Aujourd’hui, c'est auprès de ces restes précieux, rangés comme des soldats autour de leur chef, que reposent les prêtres de la Société des Missions- Etrangères, qui meurent à Saigon, après avoir consacré leur vie à l'œuvre rêvée par leur grand prédécesseur.
Avant d'apprécier le rôle politique de Mgr d'Adran. il n'est ni sans intérêt, ni sans utilité de dire quelques mots de ses vertus sacerdotales et apostoliques, Les vertus resplendissent plus brillantes et plus atti- ‘antes sous le rayonnement de la gloire humaine, et le parfum d'édification qu'elles exhalent parait à certains hommes plus fortifiant. Nous citerons deux lettres sur ce sujet.
La première est de M. Magny, missionnaire à Pondichéry; il dit en parlant de Mgr Pigneau, alors supérieur du collège de Virampatnam : « Notre ermite est tou- Jours plongé dans le tra ail, je ne comprends pas comment sa santé peut se soutenir avec les mortifications qu'il ne cesse de faire. Il jeûne trois fois par semaine, e{ il fait abstinence plus souvent encore. Je lui ai dit qu'il avait tort, mais il m'a répondu que, ne pouvant sauver autant d’âmes qu'il le désirait, il voulait au moins sauver la sienne, et depuis lors il continue. »
Dans une lettre du 1 mai 1800, M. Lelabousse
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Lelabousse
DES MISSIONS-ÉTRANGÈRES 339 résumait en ces termes l'existence intime de l'éveque 1 :
« Sa vie était laborieuse. Il était très avare de son temps et n'en perdait pas la plus légère partie, Toute la journée était partagée entre ses devoirs de piété, l'étude et le soin de la mission ou du bien du royaume, I n’en retranchait que ce qu'il donnait à un re frugal, à une récréation honnète, à un re On peut dire de lui que tous ses jour « Sa vie était réglée Toutes ses différentes actions, l'office divin comme le travail, le sommeil comme le repos, avaient chacune leur temps marqué dont il ne S'écartait jamais, même dans ses voyages avec le roi et le jeune prince. Il tenait à celte maxime : Serva ordirem et ordo servabit te : Gardez une règle et cette règle sera votre sauvegarde, «S'il avait de l’ordre dans toute Si
sa conduite, il le faisait aussi observer dans toute sa maison. Elle était com-
posée de plus de 200 hommes que le roi lui ava tant pour |:
de sa place :
pas pos modéré, s ont été pleins,
it donnés, garde de sa personne que pour l'honneur tout y était si bien disposé, si bien discipliné que vous l'eussiez prise pour
une de ces saintes demeures où la fr:
igile vertu vient chercher un asile contre les dangers du monde, La nuit, dont les téne couvrent tant de désordres, lui donnait une continuelle pour veiller sur ses domestiques. Sachant qu'il avait plus à répondre de leurs âmes qu'eux n'avaient à répondre de sa personne, il allait à différentes heures faire sa ronde, de peur que l'ennemi ne vint, pendant que tous dormaient, semer du mauvais grain dans le champ du père de famille.
(Voilà, en abrégé, la vie de Mer d'Adran :
deux mots sur sa vie souffrante. Qui pourr:
bres sollicitude
Je finis par ut raconter
!. Nouv. Lell. édif., vol. 8, p. 177.
toutes les épreuves par lesquelles il a plu à Dieu de faire passer son fidèle serviteur ? Sa vie a été une vie de croix continuelles. Sans parler de celles qu'il a eu à supporter avant mon arrivée en ce pays, le ciel lui en à tant envoyé depuis que j'y suis, qu'il fallait une âme aussi forte et une foi aussi vive pour ne pas succomber sous le poids... Il ne dormait que très peu d'heures, quoiqu'il se retirat toujours à neuf heures du soir dans sa chambre. Il se jetait sur son lit, mais comme les soucis, les inquiétudes, les peines chassaient le sommeil, il allait dans son jardin où il se promenait, portant sa croix, d'un bout à l'autre pendant des deux et troisheures entières et souvent davantage. Malgré cet état cruciliant, son caractère était toujours le même, gai, affable, poli, honnète, prévenant et cherchant à faire plaisir : quelle douceur envers ses missionnaires! Quelle attention à veiller sur leur santé ! Quelle charité ir génieuse à leur adoucir le poids du ministère apostolique ! Plus occupé de leurs petites peines que de celles qui déchiraient son cœur, il les consolait, les encourageait et les soutenait par toutes sortes de moyens. || était difficile de ne pas aimer un si bon chef. ou plutôt un si bon père, Pour lui, il ne cherchait de consolations que dans sa foi. C’est elle qui le dirigeait en tout et le faisait triompher de tout. Je ‘n'ai Jamais vu d'homme en qui elle fût plus forte : jamais aussi Je n'ai vu d'homme qui eût tant de courage au milieu de tant de peines de tout genre. »
Tel était le prêtre qui avait conçu la grande œuvre dont le triple but était : le développement du christianisme en Indo-Chine, l'extension de la France en Extrème-Orient et le rétablissement de Nguyén-anh sur le trône. Le dernierbut et le moins important fut seul complètement atteint; les deux autres ne le furent que partiellement.
Asi pri les flét les que trot nan est, qua larr ocu M liqu Chi
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Le protégé de Mgr de Behaine devint, sous le nom de Gia-long, souverain de tout l'Annam.,
La France fut crainte et respectée sur ces lointains rivages, et sans le vouloir, elle fit, par le traité de 1787, le premier pas vers l’Indo-Chine.
Le rôle politique de Mgr de Behaine a été noblement apprécié par tous ceux qui ont étudié la question de l'expansion coloniale de notre Pays; nos rivaux même lui ont rendu une éclatante justice,
« Adran fut un homme extraordinaire, écrit un Anglais, en 1813! ils'en manqua de peu qu'il ne fondât en Asie un empire supérieur au nôtre... Cet esprit d’entreprise, cette audacieuse activité que nous admirons chez les Anson, les Clive, les Cook, les Nelson, pourquoi les flétrissons-nous du nom d'ambition et d'intrigue dans les Poivre, les Labourdonnaye, les Adran! Est-ce parce que ceux-ci sont Français ou parce que la fortune les a trompés?.. Parmi ces hommes demi- barbares (les Annamites), le titre de compatriote de ce grand Francais est, aujourd'hui même, le meilleut sauf-conduit. Il y 4 quatorze ans qu'il est mort, et ils en parlent encore les larmes aux yeux. C’est un fait... J'en ai été le témoin oculaire, »
Mais la fin principale que se proposait l'évêque catholique, la conversion du prince, qui aurait incliné l'Indo- Chine orientale aux pieds de la croix, ne fut pas obtenue; l'Eglise annamite ne vit pas un nouveau Constantin s'asseoir sur le trône; seulement des frontières de la Chine à celles du Cambodge, elle eut trente années de
paix et de liberté pour panser ses blessures et se préparer à de nouveaux combats.
Enfin, en considérant le rôle de Mgr Pigneau sous un point de vue plus restreint, mais encore très important,