Du diocèse de Clermont, parti en
sant la couronne à son frère ; il fut forcé par les mandarins de reprendre les affaires en main, essaya de réorganiser l'armée et envoya contre les envahisseurs un corps de quinze mille hommes, qui fut complètement défait. IL leva alors deux nouvelles armées, construisit des fortins autour de la ville, et débarrassa le fleuve de toutes les boutiques élevées sur pilotis, qui gênaient les
mouvements de la flotte. Ne voulant négliger aucune de ses forces, il pria le Vicaire apostolique, Mgr Brigott, d'user de son influence sur les chrétiens pour les engager à combattre, « La demande du roi est très juste, répondit l'évêque, c’est le devoir des chrétiens de lutter pour la défense de la patrie. » Et ïl fit un appel qui fut entendu. « Le troupeau, docile à la voix du pasteur, se souvint que le Dieu de paix qu'il servait était aussi le Dieu des batailles ?. »
Plusieurs régiments, uniquement composés de chrétiens, reçurent la garde des bastions. Les derniers préparatifs étaient à peine achevés que les Birmans campaient à deux lieues de la capitale, après avoir brûlé tous les villages environnants et battu les troupes dirigées contre eux. Furieux de ces échecs et voulant se venger de ce qu'il appelait une trahison, et n'était en réalité que de la paresse jointe à de l'incapacité, le roi fit jeter en prison son père nourricier et son premier ministre. Cette vengeance ne changa pas la face des choses.
Afin de conserver des soutiens aux Missions de la Société, Mgr Brigot fit partir les élèves du séminaire général, sous la conduite de Kerhervé$ et de Martint, pour Chantaboun, au sud-est de Siam, sur les frontières du
4, D'Orléans, parti en 1741. =:
2, Histoire du royaume de Thai, par Mgr Pallegoix, vol. 2, p. 2#1. . De Quimper, parti en 1750.
. De Caen, parti en 1753.
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Cambodge. Un autre missionnaire, Sirout, prolita des troubles pour briser, sans que personne y fit attention, la pierre de scandale placée devant l'église.
Les assiégeants gagnèrent ‘apidement du terrain, ils incendièrent le collège de Mahapram, la factorerie hollandaise, capturèrent les galères royales dont ils se servirent pour piller la douane, couler à fond ou brûler quantité d'embarcations hoilandaises où chinoises. A plusieurs reprises, ils attaquèrent le vitlage de Saint- Joseph, mais ils furent repoussés avec perte par les chrétiens dont le courage, au dire des mandarins, contrastait grandement avec la pusillanimité des autres troupes. [ls approchèrent cependant des remparts, et bientôt ils s'établirent à portée de canon et bombardèrent la ville. Tout à coup, sans qu'on put deviner la aison de ce départ précipité, ils levèrent le siège et reprirent à marches forcées la route de Birmanie. Le lendemain, on eut l'explication de ce soudain éloignement : leur roi venait de mourir, et abattus par ce malheur, obligés par leurs coutumes d'aller lui rendre les honneurs suprêmes dans son propre pays, ils s'étaient éloignés, abandonnant toutes leurs conquêtes.
A la mission, Mgr Brigot était partagé entre la joie de la délivrance et la douleur que lui causaient les mauvaises nouvelles qu'il recevait sur le sort de Kerhervé et de Martin. Quelques Chinois étaient venus raconter à l’évêque que les deux missionnaires avaient été massacrés; le fait, assuraient-ils, était absolument certain, on avait vu les corps flotter sur le fleuve, et on les avait reconnus aux soutanes et aux tonsures. Tout portait à croire à ce malheur qui heureusement n’était pas vrai. C'était une de ces fausses nouvelles, comme il en court en tout pays, pendant les jours d’effroi, et elles sont tenues
i. Du diocèse de Séez, parti en 1753.
pour vraies dès qu'elles sont publiées. Les Orientaux plus encore que les Occidentaux, excellent à les inventer avec une sorte de bonne foi et à les répandre avec une rapidité étonnante.
Kerhervé, Martin et leurs élèves avaient échappé aux Birmans, ils n'avaient pas même eu le temps de se rendre à Chantaboun et étaient restés sains et saufs à l'embouchure du Ménam ; bientôt ils revinrent à Juthia, amenant par leur retour la joie dans tous les cœurs.
Le roi n'oublia pas la conduite de Mgr Brigot et l'intrépidité des chrétiens. Le premier ministre se fit l'interprète des sentiments du souverain, Dans une visite que lui firent l'évêque et les missionnaires, il les remercia d'avoir, dans la dernière guerre, rendu au royaume de Siam de plus grands services que ne l'avaient fait leurs prédécesseurs. Chaque chrétien reçut, en présent, une pièce d'étoffe et du riz, les élèves du collège de la toile. « Mais, dit une relation, le roi fut trompé à l'égard des écoliers, car il ne leur aurait certainement rien donné, s'il eût su qu'ils avaient fui au port. » Le peuple baptisa l'église française du nom d'église de la Victoire, il salua du nom de grand défenseur de la ville Mgr Brigot, qui, cependant, s'était borné à encourager les catholiques ; on prétend même que Chao-dok-ma-dua conçut quelque jalousie de la gloire de l'évêque, toutefois il ne le témoigna par aucune malveillance, et peu de temps après le départ des Birmans, il retourna définitivement à la vie monastique.
A la nouvelle de ces malheurs le Séminaire de
'aris s'était ému, moins pour la mission elle-même
que pour le séminaire général de Juthia. Aussi s'empressa-t-il de répondre, par une lettre adressée à tous les membres de la Société, à un, doute qui s'était élevé sur l'opportunité, soit de rétablir cette institution à Siam, soit de l'abandonner et de la remplacer par
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des séminaires particuliers dans chaque Vicariat apostolique! :
« Nous croyons, Nosseigneurs et Messieurs, qu'il ne faudra jamais penser à se retirer de Siam que dans la dernière extrémité. Ce lieu est l'entrepôt général de toutes nos missions orientales, et le séminaire de Siam a toujours été regardé comme le berceau, le fondement et l'espérance de tout le clergé par rapport à notre service, qui à pour but principal la formation d’un clergé tiré des naturels du pays. Si par le malheur des guerres, où par quelque autre fâcheux accident, on était forcé de se retirer de Siam, nous pensons qu'il serait très à propos de ne s'en éloigner que le moins qu'il se pourrait, et qu'on ne devrait rien omettre, ni rien négliger pour tàächer d'y rentrer.
«Le rétablissement du collège de Mapram nous parait un objet digne de votre zèle, et des plus importants de notre œuvre : mais avant de rien entreprendre à cet
égard, il faudra amasser les fonds nécessaires, et si nous
obtenons le payement des quatre années d'arrérages de
la gratification du Roy, cela pourra aider beaucoup à accélérer le rétablissement de ce collège. »
Mer Brigot n'eut pas le temps de donner suite aux désirs exprimés per les directeurs et qui étaient également les siens; une seconde invasion des Birmans apporta la désolation et la ruine dans sa mission.
A la fin de l’année 1764, les ennemis attaquèrent et défirent le roi de Thavai, tributaire de Siam, ils le suivirent ensuite à Mergui où le malheureux se réfugia.
L Arch. M.-E., vol. 62, p. 99.
Le 11 janvier 1765, vers 4 heures du matin, le bruit du canon annonça l'arrivée des vainqueurs, qui entrèrent dans la ville sans combat et la saccagèrent, La chrétienté de Mergui, dirigée alors par deux missionnaires, Alary'et Andrieux, comptait de 800 à 1,000 fidèles. Plusieurs d'entre eux, croyant leur dernière heure venue, cherchèrent ua asile dans l'église, et se jetèrent en larmes aux genoux de M. Alary, Le prêtre les exhorta au courage, à la résignation et leur donna l'absolution. Il avait à peine achevé de parler qu'un soldat se précipita sur lui et le saisit à la gorge. Sans s'effrayer de éette brutale agression, Alary expliqua qu'il n'était pas un combattant, mais un homme de paix, un maitre de religion. Le soldat ne répondit point, inspectant le missionnaire des pieds à la tête, il se demandait quelle partie de son costume lui plaisait le mieux ou lui servirait le plus, après quelques secondes de réflexion, 1l se décida : « Donne-moi ton chapeau, » fit-il, et avant que le prisonnier eût obéi, il prit le chapeau et s'en coiffa. En ce moment, avec de grands cris de bêtes fauves, d'autres soldats se jetèrent sur le missionnaire, le dépouillèrent de ses vêtements, ne lui laissant que sa chemise. Ils entrèrent dans la chambre de M. Andrieux, prirent le calice, les ornements, les livres, puis ils poussèrent dehors les prédicateurs de l'Évangile et mirent le feu à la maison.
Pendant l'incendie, les pillards ordonnèrent aux deux prêtres de descendre dans une petite barque attachée au rivage, ceux-ci se mettaient en devoir d'obéir lorsque le général birman les appela devant lui. Assis sur un tas de décombres, le général reçut les captifs avec l'insolence d'un vainqueur et la grossièreté d’un sauvage. I les fit frapper de coups de bâton sur