‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 16 sur 248 · Du diocèse d'Albi, parti en · texte numérisé non relu

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les jambes, parce qu'ils ne s'asseyaient pas à la mode de Son pays, il les interrogea sur les navires européens mouillés à l'entrée du port et ordonna à M. Alary de prendre sept à huit jonques de guerre et d'aller les attaquer. Le missionnaire s'exeusa sur ce qu'il était prêtre et n'entendait rien à la guerre, Le général trouva heureusement la raison bonne, car on se demande ce que serait devenu le doux et humble M. Alary à la tête d'une flotte birmane. livrant bataille à des Européens.

Les captifs furent conduits, à travers les rues incendiées, au grand bazar de la ville, et pendant plusieurs heures, ils restèrent les témoins attristés des amusements sacrilèges des soldats qui paradaient avec les chasubles et les aubes et jouaient avec les vases sacrés, Grâce à l'intervention d'un pilote chrétien nommé Joseph, ils obtinrent enfin un peu de nourriture et un abri pendant les quinze jours que les Birmans séjournèrent à Mergui, attendant le retour de l'armée partie au pillage de Tenasserim. [ls profitèrent de ce délai pour briser la pierre de scandale, semblable à celle de Juthia, que l'on avait élevée devant leur église. Le général et son conseil ne prirent point garde à cet acte dont ils L'auraient pas compris l'importance, ils étaient beaucoup plus préoccupés de décider s'ils tucraient ou emméneraient les missionnaires ; après deux délibérations sur ce sujet, ils résolurent de les garder afin de les offrir au roi comme des esclaves de premier choix, et ils les conduisirent à Tavay. Un riche Mahométan de cette ville, Momosadec, les prit sous sa protection, leur donna des vêtements, et, à leurs pressantes sollicitations, racheta les Jeunes chrétiennes enlevées par les vainqueurs. L'influence de Momosadec ne parvint pas cependant à empécher le vice-roi de Tavay d'appeler les missionnaires à son tribunal,

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Avec l'astuce particulière aux Orientaux, le vice-roi commença par laisser croire aux captifs qu'il voulait leur rendre les objets volés et punir les pillards. Il avait fait poser près de lui le calice, les vases sacrés et les ornements, il tenait à la main la grande croix de l'église : « Reconnaissez-vous cette croix, leur demanda-t-il, et vous appartient-elle? — Elle nous appartient, répondit M. Alary. — Vous a-t-on pris autre chose et quelle somme d'argent avez-vous perdu?» La première question n'était posée que pour amener la seconde. Andrieux ne comprit pas tout de suite le but du vice-roi, et craignant, comme il le dit, de nuire par sa déclaration à ceux qui avaient pris cet argent, il se contenta de répondre qu'il ne savait pas assez la langue des Birmans pour l'expliquer, mais que plus tard le missionnaire qui résidait à la cour du roid'Avadonneraitleséclaircissements désirés. Le vice-roi redoubla ses instances : « Où as-tu caché l'argent ? » répétait-il. Avant de répondre, Andrieux mit la main dans sa poche pour en tirer un fil d'argent et montrer que c'était là toute sa fortune ; mais sans attendre aucune explication, le viceroi s’écria : CIL a de l'argent, qu'on le mette à la question. » Une chaudière remplie de calain et de plomb fondu avait été préparée pour punir les criminels, un soldat prit la main du missionnaire et la tint au-dessus de la chaudière, attendant l'ordre de l'y plonger. L'accusé protesta avec énergie qu'il ne possédait rien : « Qu'il dise done, répliqua l'interrogateur, ce qu'on lui à volé. » Le missionnaire consentit enfin à répondre. Après sa déposition, les deux prêtres eurent la permission de retourner chez leur hôte.

Dans un second interrogatoire, le vice-roi manifesta quelque bienveillance envers eux, il leur offrit le thé, leur montra les effets pillés et leur indiquant d'une main la custode, de l’autre des soldats à genoux rangés

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devant lui : « Regardez, leur dit-il, et voyez si vous reconnaissez celui qui a pris cette petite boite... » L'attaque avait eu lieu au petit jour, et dans la confusion qui l'accompagna, les missionnaires n'avaient pas remarqué les traits des assaillants : ils le dirent au Birman qui prit la custode, l’ouvrit, enferma une petite idole dans le vase sacré autrefois la demeure du Roi des Rois, du Saint des Saints: Alary et Andrieux se récrièrent, implorant qu'on leur remit la custode, le gouverneur leur imposa silence. Le mal était sans remède ; douloureusement émus, les apôtres baissérent les yeux et gardèrent le silence, demandant pardon à Dieu de cette profapation accomplie par un malheureux, plus ignorant que coupable. Le vice-roi leur remit seulement la croix de l’église et les congédia. Dans un troisième interrogatoire, les missionnaires furent frappés de coups de bambou et menacés de mort, puis ils furent embarqués sur l’un des navires qui faisaient voile pour la Birmanie.

[ls n'allèrent qu'à Rangoon où ils ne restèrent pas longtemps, et, après leur libération, gagnèrent Macao. Alary se rendit ensuite au Su-tchuen, et Andrieux passa en Cochinchine où il retrouva un certain nombre d’élèves du séminaire général.

Ce départ de quelques vaisseaux birmans, connu à Juthia, causa une grande joie au roi de Siam qui se figura que les vainqueurs se retiraient de nouveau comme la première fois. Par un édit solennel, il défendit à ses sujets tout sentiment de crainte, et afin de prouver combien cette défense était fondée, il licencia les milices et célébra des réjouissances publiques. Cependant, afin d’effrayer l'ennemi, si par hasard il se présentait, et d’après le conseil d'un mandarin musulman, on éleva de distance en distance, sur les terrasses de la ville, trois poutres liées ensemble: de l'un à l’autre

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