HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA SUCIÉTÉ
les inclinations et les obligations diffèrent essentiellement. Toutes tendent également au bien; mais l'Église qui a su les différencier a prouvé par là même qu'il ne fallait jamais les confondre. Chaque homme a sa vocation et la reçoit de Dieu : il est donc essentiel de la respecter.
« J’observerai encore qu'aucune espèce de Congrégation, ayant essentiellement pour but un objet spirituel, ne peut être établie sans l’approbation du Saint-Siège : et cependant ici rien de semblable n’est énoncé. La seule autorité temporelle confond et réunit trois congrégations dans l’ordre spirituel et n’en forme qu’une seule sans la participation du Chef de l’Église, et même sans exprimer la nécessité de son concours, qui, depuis la naissance du Christianisme, a toujours été nécessaire en pareil cas.
« L'article deuxième de ce même décret porte « que le Directeur des Missions sera nommé par l'empereur. » Cette nomination était avant ce jour absolument inusitée. Aucune des Congrég:tions de missionnaires ne recevait son supérieur des mains du roi. On change donc par cet article le principe et le mode de gouvernement établi, sans avoir aucune garantie qu'il puisse être adopté. Il ne s’agit point ici seulement de ce qu'on fera en France pour les Missions; mais de la manière dont le mode adopté en France sera reçu dans les pays des Missions. Ces pays, n'étant pas soumis à l’empereur, ne recevront que ce qu'il leur plaira. Les ennemis de la France ne mançueront pas de leur représenter que ce n’est pas par un supérieur librement élu et confirmé par le pape, que les Missions sont dirigées, mais par un supérieur que l’empereur seul désigne, et qu'ils affecteront de leur peindre comme un 2gent uniquement dévoué à ses intérêts. Rien ne serait plus capable d'inspirer des préventions contre les missionnaires
et « plu jou ord ava [CG rieu rain nait auc n’er au £ et a tent.
les tem} souv «| offre que | de F ble. Jama la pu nique droit princ l'Égli évêqt contr:
Saint cerne risati on la d’avo
t essentiellemais l'Église ême qu'il ne 1e a Sa vocael de la res-
de Congrégajet spirituel, Saint-Siège ; énoncé. La it trois conorme qu’une ise, et même , qui, depuis é nécessaire
porte « que empereur. »
iment inusionnaires ne On change e gouvernequ'il puisse de ce qu'on > la manière ans les pays l’empereur, ennemis de ‘ésenter que et confirmé S, mais par e, et qu'ils ent uniquelus capable issionnaires
et d'empêcher le succès de leurs efforts. IL est même plus que douteux que les missionnaires employés aujourd'hui hors de France veuillent se soumettre à un ordre de choses essentiellement différent de celui qu'ils avaient embrassé.
« Cet ordre n'avait aucun inconvénient. Aucun supérieur n'était nommé, qu'il ne fût agréable au souverain. Cette nomination ainsi que l'envoi des missionnaires était l'ouvrage de la Propagande, qui n’inspirait aucune crainte aux souverains idolâtres. Tout cela n'empêchait pas que les missionnaires ne fussent utiles au gouvernement français, au commerce, aux sciences et aux arts, comme une infinité de monuments l’attestent. Il eût donc été plus naturel et plus utile de laisser les choses dans l’état précédent. Une utilité que le temps a confirmée est toujours préférable aux essais souvent pernicieux de la nouveauté.
« Cette nominatior du Directeur faite par Sa Majesté offre encore uno autre difficulté : il est dit, article VII, que le Directeur pourra envoyer des missionnaires hors de France, dans tous les lieux où il le jugera convenable. Une pareille disposition est inouïe dans l'Église. Jamais on n'a vu un Directeur uniquement nommé par la puissance temporelle envoyer des missionnaires uniniquement où bon lui semble. De qui tiendrait-il ce droit? Serait-ce du prince qui l'a nommé? Mais ce prince ne peut avoir aucune autorité spirituelle dans l'Église, et il s'agit du salut des âmes. Serait-ce des
évêques diocésains? Mais il n’en existe pas dans les contrées où les missionnaires sont envoyés. Serait-ce du Saint-Siège ? Mais il n'y a pas un seul mot qui le concerne dans tout le décret. On y parle bien d’une autorisation nécessaire aux missionnaires envoyés, mais on la place comme à dessein, à côté de l'obligation d'avoir des passeports, ce qui suppose que ces deux
Ji à
mo om
choses appartiennent également à l'autorité temporelle.
« L'article VIIT porte expressément « que le Directeur des missionnaires recevra de l'archevêque de Paris les lettres de vicaire général pour les îles de France et de l& Réunion et le chef de la mission de ces iles n’aura dorénavant que le titre de provicaire général. » Cet article ne paraît pas moins extraordinaire que le précédent. Mgr l'archevèque de Paris n'a pas le droit de nommer le supérieur des nouvelles missions vicaire général des îles de France et de la Réunion. Ces iles ne font pas partie de son diocèse ; il ne peut y exercer la juridiction que par délégation spéciale du Saint- Siège. Le pape Benoît XIV avait accordé ce privilège aux prédécesseurs de Mgr l’archevêque, mais à la condition expresse qu'ils ne l’exerceraient qu’en faveur des missionnaires de Saint-Lazare.
« Aujourd’hui tout est changé, cette congrégation n'est plus reconnue en France par le gouvernement, le but du privilège accordé ne peut donc plus être rempli. Il n’était, d’ailleurs, concédé que pour un temps, que la volonté du Saint-Siège devait limiter ad Sanctæ Sedis beneplacitum, et la Congrégation de la Propagaude m'a déclaré, par sa lettre du 4 juillet de la pré sente année, qu'elle le regardait comme expiré.
« Sa Sainteté ne se refusera nullement au renouvellement de ce privilège, pourvu que le rétablissement des Missions étrangères en France soit assis sur des bases qui assurent les droits du Saint-Siège, mais elle à vu, avec douleur, qu'on ait attribué, par un arrêté public, à Mgr l'archevêque de Paris des droits et une juridiction qu'il ne peut tenir que d'Elle.
« Je supplie votre Excellence de vouloir bien aplanir par une explication précise et officielle, les difficulté: que je viens de lui exposer. Sa Majesté Impériale est
trop pou Ses cuel étai avec mên sair blen mèr Ce Cu met malt gear dési d'un N< accu éCriv et qu
Le sacre Auss le p chan que pagn
bre,
orité tempo-
ue le Direcchevêque de : les îles de ission de ces icaire généxtraordinaire ris n'a pas le Iles missions Réunion. Ces peut y exerale du Saintce privilège ais à la conn faveur des
:ongrégation ernement, le être rempli.
| temps, que ad Sanctæ e la Propaet de la pré.
piré.
iu renouveltablissement ssis sur des , mais elle à in arrêté puroits et une
bien aplanir es difficulté:
mpériale est
DES MISSIONS-ÉTRANGÈHES 373
trop grande, trop généreuse, trop attachée à la religion pour vouloir changer le régime salutaire des Missions. lan Ses prédécesseurs sur le trône qu’elle occupe ont re- Un. cueilli les heureux fruits de la manière dont elles ju étaient organisées. Elles promettent les mêmes succès avec les mêmes éléments, les mêmes institutions et les mêmes règles. Si quelques changements étaient nécessaires, il serait indispensable de les concerter préalablement avec Sa Sainteté et le succès n’en serait par là ie mème que plus assuré. » ||
Cette magistrale dissertation ne laissait debout au- fe cune des prétentions du gouvernement francais, elle mettait en pleine lumière les droits de l'Église, et exprimait bien la pensée du Souverain Pontife qui, intransigeant sur le fond des choses, était prêt à se rendre aux désirs de l'empereur, lorsqu'il ne s'agirait plus que d'une question de forme.
Nous ne savons si elle reçut d'autre réponse qu'un accusé de réception. Plusieurs mois après, M. Boiret écrivait « que le gouvernement n'avait rien répondu, et que, sans doute, il ne répondrait rien. »
Le voyage du Souverain Pontife en France pour le ni sacre de Napoléon hâta la solution de cette affaire. | Aussitôt que cette nouvelle eût transpiré dans le public, les directeurs escomptèrent toutes les chances de succès qu'elle leur apportait, d'autant plus que le cardinal Borgia, préfet de la Propagande, accom-
pagnait le Pape. {| « Le cardinal Borgia que j'ai vu le premier novem- , bre, pour lui souhaiter un heureux voyage, disait
Boiret 1, m'a bien assuré que nous serions rétablis, ou bien qu'il n'y aurait rien de fait, c’est-à-dire que le décret impérial serait sans exécution. Je sais qu'il va être très ferré, non seulement par mes observations, mais encore par les pièces qu'il a tirées des archives de la Propagande; de plus, quand il s’agit de la Propagande, il n'en cède pas les droits. »
Malheureusement, le cardinal mourut à Lyon. « Sa mort affligea profondément les directeurs qui perdaient en lui un ami puissant et regrettaient vivement sa promptitude dans les décisions et sa grande générosité envers les Missions.
En juillet 1799, en effet, le cardinal avait donné 500 écus romains pour le Tonkin occidental; en mai 1800, 500 écus à la Haute-Cochinchine, 400 écus à la mission, du Su-tchuen, 200 écus à la mission de Siam, à la mission de Pondichéry 400 écus; à la procure de Macao, afin d'acheter du vin de messe pour les missionnaires, 400 écus. Les années suivantes, il offrit encore des secours considérables.
Pendant son passage à la Propagande, il donna aux seules missions de la Société la somm 2 42,840 écus romains ?. « Cet argent sortait de sa caisse particulière et non de la caisse de la Propagande. Cette caisse était formée d'aumônes qui étaient données au cardinal pour les missions et dont il était Le seul distributeur, il n'y avait que le Pape et lui à le sav r. »
Par cette perte, M. Bilhère était privé d’un appui sûr, il ne se laissa cependant pas abattre; aussitôt après l'arrivée du Souverain Pontife à Paris, il se m't en relation avec les cardinaux Antonelli et di Pietro, comme le témoigne une lettre de M. Alary? :