‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 165 sur 248 · De Vannes, parti en 1787, mort le 29 juillet · texte numérisé non relu

De Vannes, parti en 1787, mort le 29 juillet

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seil, au lieu d'une défense positive, d'inquiéter les catholiques, les mandarins la regardèrent comme une réponse particulière et non comme une ordonnance générale portée pour tout le royaume, beaucoup d’entre eux ne la publièrent pas dans leurs provinces, et les vexations au sujet des contributions superstitieuses continuèrent. Les Vicaires apostoliques se concertèrent alors pour faire une démarche collective auprès du roi et lui demander, selon la promesse qu'il en avait faite, de donner un édit en faveur des fidèles,

Mgr Labartette, Mgr Longer et M. Liot vinrent à la cour et présentèrent un placet à Gia-long.

Le prince, selon son habitude, les recut très bien et promit tout; mais il porta la pétition au grand conseil. qui se récria très fort contre l'outrecuidance des chrétiens; plusieurs grands mandarins se répandirent même en invectives contre cette religion perverse qui défendait d'honorer les ancêtres, et l'un d'eux déclara qu'il fallait s'opposer au plus vite aux progrès du catholicisme, si on ne voulait pas voir le peuple tout entier seconvertir : un autre alla jusqu'à conseiller au roi de recommencer les persécutionset de renvoyer en Europe tous les prêtres étrangers. Gia-long fit part à M. Liot des dispositions de ses mandarins et ajouta qu'en semblable occurrence il lui était impossible d'accorder ce que les Vicaires apostoliques demandaient.

Tout à coup, vers la fin de 1803, le bruit se répandit que le roi allait signer un édit contre le christianisme. Qu'y avait-il de vrai dans cette rumeur populaire? Les missionnaires avaient peine à la croire fondée, quoiqu'elle les inquiétat vivement. Sur ces entrefaites, Gialong étant venu à Ha-noi pour recevoir les ambassadeurs chinois, Mgr Longer profita de l'occasion pour se présenter à l'audience du prince. I fut reçu avec beau= coup de froideur ; on était loin des gracicusetés et des

promesses de 1802. Pendant toute l'audience, Gia-long se tint sur la plus grande réserve, et il fut impossible d'aborder la question religieuse.

Enfin, le 4 mars 1804, parut le fameux édit dont on

parlait depuis si longtemps. Il n'était pas particulier au

christianisme : le prince, s'érigeant en souverain pontife, s'arrogeait le droit de régler à sa facon la doctrine religieuse dans ses États.

Son édit traite d'abord des fêtes et des réjouissances publiques qui se célèbrent annuellement dans les vil lages, aiusi que des contributions que les notables ont lefdroit de lever à cette occasion. Passant ensuite à ce qui regarde directement la religion, il défend de gaspiller l'argent des communes pour les temples du Bouddha et pour les sacrifices aux génies protecteurs.

En conséquence, il prohibe :

1° De construire de nouvelles pagodes en l'honneur du Bouddha ;

2 De réparer les anciennes pagodes, sans une per-

mission écrite du gouverneur de la province ;

3° De construire de nouveaux temples en l'honneur des génies tutélaires et même de réparer les anciens sans permission.

À l'égard du catholicisme, l'édit s'exprime en ces termes méprisants.

« Quant à la religion des Portugais, c’est une doctrine étrangère, qui s'est introduite furtivement et maintenue Jusqu'à présent dans le royaume, malgré tous les efforts qu'on à faits pour déraciner cette superstition. L'enfer, dont cette religion menace, est un mot terrible dont elle se sert pour épouvanter les imbéciles; le paradis qu'elle promet est une expression magnifique pour amorcer les niais. »

« Ainsi done, s'écrie éloquemment l'auteur de La Co-

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chinchine religieuse}, voilà à quoi devaient aboutir tant d'efforts et de dévouement? Voilà la reconnaissance du roi Gia-long, pour ceux qui lui avaient sauvé la vie et rendu le trône : des imbéciles et des niais, ces chrétiens qui, à l'heure où tous l'abandonnaient, lui étaient restés obstinément fidèles ; des aveugles, ces missionnaires qui, pour soutenir sa cause, avaient souffert la persécution et vu la ruine de leurs églises : des insensés aussi, ces généreux Français qui, sur l'appel de l'évêque d'Adran, avaient quitté leur pays, pour venir construire ses flottes, exercer ses armées et finalement lui rendre le trône; insensé encore cet illustre évêque, que, dans un jour d'expansion, il avait appelé le père du royaume et auquel il avait confié l'éducation de son fils ainé. Oh! oui; ils eussent été vraiment insensés, tous ces hommes de cœur, s'ils avaient compté sur la gratitude d'un roi idolâtre! mais non, ils avaient fait chacun leur devoir, sans trop se préoccuper des suites, sans trop espérer de trouver leur récompense en ce monde. Gia-long pouvait les calomnier, pour se débarrasser de ce fardeau de la reconnaissance, qui pèse si lourd aux âmes basses: il ne dépendait pas de lui de les déshonorer, et ces injures retombaient de tout leur poids sur l'ingrat monarque qui ne rougissait pas d'afficher son mépris pour ses bienfaiteurs, maintenant qu'il croyait n’en avoir plus besoin. »

L'édit de Gia-long mécontenta également chrétiens et païens, car les bouddhistes n'étaient guère mieux traités que les catholiques, puisqu'aux uns comme aux autres on défendait d'élever de nouveaux temples et même de réparer les anciens, sans une permission écrite du gouverneur de chaque province, permission qui, bien

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