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entendu, ne devait s'accorder que contre une d'argent plus où moins considérable.
Quelle était donc la doctrine religieuse du prince, puisqu'il témoignait mépriser également le christin. nisme, le bouddhisme et le culte des génies ?
Au fond, comme la plupart des lettrés, Gia-long était
un sceptique et ne croyait à aucune religion ; seulement, par politique, il était très opposé à toute doctrine venue de l'étranger, et très attaché au culte de Confucius et des ancêtres. Quant au catholicisme, il était trop intelligent pour ne pas apercevoir son imriense supériorité docti. nale; ses conversations avec l'évêque d'Adran, ses l'a pports fréquents avec les missionnaires l'avaient mis à même de mieux connaître la religion que la plupart de ses sujets; il avait souvent assisté à nos cérémonies, il avait entendu nos prédications, il ne pouvait done prétexter l'ignorance. S'il repoussait le christianisme, c'était d'a. bord Par orgueil national : cette doctrine était étrangère, or rien de bon peut-il venir de l'étranger? C'était surtout par dépravation du cœur; le Décalogne le gênait, particulièrement le sixième et le septième précepte. Luimême, dans l'intimité, ñe faisait pas difficulté d'en convenir cyniquement : « Cette religion est fort belle, mais elle est bien sévère ; qui pourrait l'observer! » Un autre Jour, parlant des cinq religions connues dans le pays, celle des lettrés, le bouddhisme, le culte de génies, le mahométisme et la religion du Seigneur du ciel, il laissait echapper cet aveu significatif : « La religion du Seigneur du ciel est la plus conforme à la raison. mais elle est trop stricte sur la pluralité des femmes. Pour moi, ajoutait-il, il me serait impossible de me contenter d'une seule, bien qu'il me soit plus facile ct moins laborieux de gouverner tout mon royaume, que de maintenir l'ordre dans mon sérail. ,
Du reste, l'édit injurieux de Gia-long changea peu
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la situation des fidèles. Les villages bien disposés continuèrent à s'arranger à l'amiable avec eux, pour l'exemption des contributions superstitieuses ; les autres, tou- Jours hostiles, en profitèrent pour leur extorquer de grosses sommes d'argent; les gouverneurs, de leur côté. se firent payer l'autorisation de restaurer les églises et mème d'en construire de nouvelles, car la défense expresse du roi à ce sujet ne fut nullement respectée,
Gia-long savait cette infraction à ses ordres, il fermait les yeux, arrêté dans la voie des rigueurs par la reconnaissance médiocre mais réelle, qu'il garda toute sa vie à l'évèque d’Adran et par son sens politique trop aiguisé pour ignorer le mal qu'une guerre religieuse causerait à son peuple.
La parole que Mgr Pigneau avait prononcée, non sans une secrète amertume, se réalisait pour un temps : « Je crois que l'avantage le plus assuré que l’on puisse retirer, si cette famille remonte sur le trône, est qu'elle sera un peu plus tranquille que toutes les autres vis-àvis de la religion ; au reste, tout est entre les mains de Dieu, le plus court parti est de ne compter sur rien, que sur la divine Providence. »
Les missionnaires d'Annam jouirent done d'une paix relative, les missionnaires de Chine étaient dans une situation analogue.
Dans cette dernière contrée, Kia-kir g avait, en 1796, remplacé Khien-long sur le trône : pendant les douze premières années de son règne, le nouvel empereur ne manifesta aucune hostilité à l’ ‘gard des prédicateurs de l'Évangile et des chrétiens. À cette époque, la mission du Su-tchuen, gouvernée par Mgr de Saint-
Martin, s'accroissait chaque jour. Mgr Pottier avait trouvé 4,000 chrétiens en 1756, il en avait laissé 25,000 en 1792. En 1801, Mgr de Saint-Martin en comptait près de 40,000, Rarement, jamais peut-être, une province de Chine n'avait offert de tels résultats aussi rapidement obtenus: il ne sera pas sans intérêt d'en connaitre les causes : la grâce de Dieu d'abord, c'est de toute évidence, mais ensuite, une grande tolérance dans le commandement, beaucoup de prudence et d'activité daus l'action. Les missionnaires vivaient en pleine paix, presque avec les mêmes précautions qu'en temps de persécution, ils se cachaient pour administrer les sacrements, pour faire la visite de leurs paroisses, pour instruire leurs néophytes. Ils agissaient principalement par leurs catéchistes et par leurs chrétiens, et donnaient à la mission une impulsion considérable, mais dont la discrétion évitait tout conflit. ’arfois, l’océan présente une surface tranquille, tandis que des courants sous-marins entrainent les navires : c'était le spectacle offert par la mission du Su-tchuen, À l'extérieur, elle était calme, en réalité elle était emportée par un courant rapide vers le port éternel. Mgr de Saint- Martin, coadjuteur, puis successeur de Mgr Pottier, fut un excellent évêque missionnaire : aussi longtemps que ses forces le lui permirent, il n'hésita Jamais devant la fatigue qu'impose la carrière apostolique, prédications, confessions, voyages, il faisait tout avecentrainet rég'u larité. Il se reposait en composant ou en traduisant des livres de piété et de doctrine; il continna ce travail même sur son lit de mort, et, comme on le pressait de prendre quelque répit, il répondit ccite belle parole : «€ Fait-on un crime à plusieurs saints évêques ou prêtres de leur mort prématurée pour s'être consumés dans le service de Dieu et du prochain? » La dernière lettre qu'il écrivit à son coadjuteur mérite d'être citée, elle
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peut être considérée comme son testament et nous révèle quelle profondeur la vertu avait atteint dans son âme :
« Agissez, lui disait-ilt, plus que je n'ai fait, en srande cordialité. déférence et bénignité avec les confrères, Priez beaucoup pour moi qui suis si pauvre et si misérable, et qui ai été tant orgueilleux, Je vous demande pardon de tous ces déportements. Je vous le demande, et à vous, et à tous, et suis 4» æternum votre humble ami, »
[I mourut le 15 novembre 1801. En 1822, M, l'abbé Labourderie a publié, précédées d'une notice sur sa vie, vingt-trois de ses lettres adressées à son père, à sa mère, à son frère religieux bénédictin.
Mgr de Saint-Martin eut pour successeur le compasnon de sa captivité à Pékin, Louis-Gabriel-Taurin Dufresse qu'il avait choisi comme coadjuteur et sacré l'année précédente évêque de Tabraca.
Le gouvernement de la mission changeait de main, il conserva la même direction,
La Providence donne quelquefois de longs épiscopats « qui sont de grandes grâces », disait le cardinal Pie; d’autres fois, mais beaucoup plus rarement, elle inspire à plusieurs évêques qui se succèdent les mêmes vues et leur offre les mêmes facilités de les appliquer.
De Saint-Martin avait continué Pottier, Dufresse continua de Saint-Martin. Tous les trois firent preuve du même esprit de sagesse, eurent les mêmes idées d'administration et d'organisation, et marchèrent d’un pas égal dans la même voie pour arriver au même but. L'œuvre commencée par le premier fut poursuivie par le second, achevée par le dernier. Il y eut trois administrateurs, il n'y eut qu'une seule administration; et c'est à cette continuité d'efforts dirigés dans un sens