Nouv. Lett. édif., vol. 3, p
unique et par les mêmes moyens que la mission du Su-tchuen dut ses immenses succès de 1756 à 1814.
Mgr Dufresse profita de la paix pour former dans son vicariat une de ces assemblées si utiles, spécialement dans une église naissante. 11 convoqua et fit célébrer le premier synode de Chine. Il fixa l’époque de la réunion au commencement de septembre 1803, et ordonna des prières publiques, sans toutefois révéler le but de ces prières, dans la crainte de quelque indiscrétion. Sur les dix-neuf prêtres qui se trouvaient alors au Su-tchuen, quatorze purent se rendre dans le district de Tchonsking-tcheou désigné par le Vicaire apostolique; le coadjuteur, Mgr Trenchant, et les autres en furent empêchés par les besoins des chrétientés et du collège.
Le synode fut célébré selon l'usage le plus ordinaire dans l'Église, en trois sessions. La première session se tint le 2 septembre, la seconde le 5 et la troisième le 9 : les congrégations qui précédaient chaque session furent très fréquentes. Lorsque les prêtres furent tous arrivés, vers la fin du mois d'août, ils tinrent régulièrement quatre congrégations chaque jour, excepté les jours de session, qui permettaient seulement d'en tenir deux : € On y était occupé, raconte Mgr Dufresse, depuis le matin jusqu’au soir ; on avait à peine le loisir de célébrer la messe, de réciter l'office et de prendre les repas. Comme je voulais faire statuer tout ce qui me paraissait plus essentiel et plus instructif pour l’administration des sacrements et pour la conduite des missionnaires, tant par rapport à eux-mêmes que par rapport aux fidèles, les matières étaient trop multipliées pour qu'on püt agir autrement : on eût été obligé de prolonger le synode, ce qui n'est point expédient dans ces pays. Le moindre vent pouvait tout renverser. où nous disperser avant le temps nécessaire, Un si grand nombre de prêtres ne pouvaient faire ici un long
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séjour qu'au détriment de bien des âmes, au moins des malades qui seraient morts sans sacrements. Les congrégations se tenaient partie en ma présence, et alors tous les prêtres y assistaient, partie en présence de M. Florenst, et tous les prêtres chinois s'y trouvaient. Ce qu'il avait proposé et expliqué dans une première assemblée, je le proposais et l'expliquais dans une seconde, laissant à chacun la liberté de dire son sentiment; je m'efforçais principalement de leur inculquer
* statuts, de les leur faire bien comprendre, et de les disposer à les observer fidèlement. »
L« Providence récompensa l’évêque des soins qu'il writ pour le bien de son Église : de ce synode sortirent des statuts remplis de sagesse et de piété, approuvés solennellement par le Souverain Pontife. La Sacrée Congrégation de la Propagande les fit imprimer plusieurs fois, et les proposa aux missionnaires de Chine comme la meilleure règie de conduite à suivre dans leur ministère.
L'ensemble de ces statuts est divisé en dix chapitres, dont les cinq premiers formèrent la matière des travaux de la première session.
Le premi-” chapitre traite des sacrements en général, de la sainteté nécessaire au prêtre qui les administre, des rites à observer, des précautions à prendre pour éviter la simonie êt l’acception des personnes, enfin des instructions à donner aux fidèles sur les dispositions intérieures. Il prescrit également aux prêtres indigènes des examens annuels sur le Rituel.
Le second chapitre à rapport au baptême ; on y recommande l'observation de toutes les cérémonies prescrites par l'Église, excepté, bien entendu, le cas
l. Jean-Louis Florens, de l'ancien diocèse de Cavaillon, parti en 1780, coudjuteur de Mgr Dufresse en 1810, mort le 14 décembre 1814,
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de nécessité. Viennent ensuite les indications relatives à la science exigée des catéchumènes, à l'examen qu'ils doivent subir, à la nécessité d'enseigner à tout chrétien la manière de baptiser, et, chose fort grave en Chine, aux précautions à prendre relativement aux jeunes filles fiancées à des païens et aux enfants des infidèles.
Le troisième chapitre passe en revue les conditions dans lesquelles on peut administrer la Confirmation. spécialement pendant les persécutions.
Le quatrième chapitre parle de la sainte Eucharistie. et le cinquième chapitre du saint sacrifice de la Messe. il donne différentes règles capables de guider et de sanctifier le prêtre à l'autel et les fidèles dans la participation à cet auguste mystère.
Le sixième chapitre, qui commence la seconde session du synode, est consacré au sacrement de Pénitence. il expose les dispositions requises pour s’en approcher dignement et l'obligation d'en instruire les fidèles: les qualités nécessaires au prètre dans l'accomplissement de cette redoutable fonction, et le mode de conduite différent selon l’état d'âme du pénitent. On y trouve cette défense faite au prêtre de recevoir, en confession, des honoraires de messe, dans la crainte que les pénitents peu instruits ne croient à la simonie ou que d'autres ne s'imaginent obtenir plus facilement l'absolution en offrant des honoraires considérables. Le septième chapitre s'occupe de l'Extrême-Onction, du zèle qui doit animer les prêtres pour l'administrer, et des soins à donner aux malades, Le huitième chapitre traite du sacrement de l'Ordre, et indique les conditions requises pour que les élèves puissent être admisau séminaire, etensuite promus aux ordres sacrés.
La troisième session commence au neuvième chapitre, entièrement consacré aux instructions sur le Mariage, et en particulier sur les difficultés relatives
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Le dixième chapitre est de la plus haute importance : il prescrit aux missionnaires des règles de conduite personnelle.
Sur beaucoup de points, il s'inspire très visiblement des Instructions apostoliques rédigées par Mer alu et par Mgr de la Motte Lambert, 1] représente la vie d’un missionnaire comme une vie d'oraison, de retraite et de silence intérieur: il ordonne les retraites annuelles, les fréquents retours sur soi-même et les autres moyens indiqués par les auteurs mystiques pour arriver à cette vie sainte, que nous devons tous mener sur la terre, en attendant Je Jour de la consommation en Dieu. Il trace des règles pleines de sagesse sur
la réserve nécessaire dans les rapports des missionnai- | res avec les chrétiens, principalement avec les femmes,
sur la frugalité dans la nourriture, la modestie dans des vêtements et l'amour de la pauvreté, sur la juste et paternelle impartialité envers les tidèles, soit dans le cours de la visite du district, soit en toute autre circonstance.
I recommande d'avoir beaucoup de discrétion dans les quêtes, d'éviter également la trop grande sévérité ou le relâchement excessif dans les principes de morale : il défend d'imposer, sans le consentement du Vicaire apostolique, des amendes et des pénitences publiques. 1] prémunit les prédicateurs de l'Évangile contre la tentation de se mêler des affaires temporelles. 11 leur parle ensuite du zèle qui doit les animer, des soins à prendre pour maintenir les fidèles dans la voie droite et y ramener les égarés, du bon exemple à donner, des efforts à tenter pour établir |
des écoles chrétiennes et de la vigilance à apporter pour empêcher les catholiques de participer aux coutumes supetstitieuses des païens. Enfin, il leur fait un devoir de rendre compte, chaque année, à leur supérieur, de l'état des districts qui leur sont confiés. Afin de rendre plus pratique cette dernière mesure, une série de questions sont posées auxquelles chaque missionnaire devra répondre, à la fin de chaque visite annuelle
Viennent ensuite les acclamations d'usage à la fin des assemblées synodales et les noms des prêtres qui y furent présents. Ce sont : M. Florens, chargé de plusieurs chrétientés dans la partie occidentale et septentrionale du Su-tchuen, les prêtres chinois, C. Ven, S. Tong, L. Ly, A. Licou, J. Lieou, B. Yang, M. Tang, V. Ma et M. Lo, missionnaires dans la même province ; S. Nien dans le Yun-nan: A. Tchao, Lo et Kan dans le Kouy-tcheou. :
Les actes du synode furent soumis à l'examen de la
étudier, mais les troubles d'Europe empêchèrent pendant plusieurs années la décision de cette affaire, qui fut reprise seulement au retour du Souverain Pontife à Rome en 1813. Enfin le 29 juin 1822, le cardinal Consalvi, propréfet de la Propagande, adressa au successeur de Mgr Dufresse, Mgr Fontana, évêque de Sinite, Vicaire apostolique du Su-tchuen, une lettre unissant l'éloge du synode à celui du véné:able martyr :
« Les affaires que vous nous aviez confiées sont enfin mises au jour. Après longue et mûre délibération, la Sacrée Congrégation a ordonné de retoucher et d’éclaireir quelques points du synode. Ces corrections faites, elle à confirmé les statuts de sa propre autorité, les à fait imprimer, et a ordonné, ce que nous nous empressons de faire, de vous les expédier, afin que vous les suiviez
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très exactement. Ces décisions, en effet, ainsi remaniées, 4 ont été Jugées propres à procurer plus facilement le salut de vos chrétiens et à servir de règle à vos missionnaires qui, manquant de livres, trouveront là tout ce qui leur est nécessaire pour remplir dignement leur ministère. « La Sacrée Congrégation est en même temps très heureuse de saisir l’occasion de manifester la haute estin qu'elle à toujours eue pour l'évèque de Tabraca. Son zèle pour le triomphe de la religion et la propagation du rèegne du Christ aussi bien que ses éminentes vertus
l'ont toujours fait considérer non seulement comme l'égal des hommes les meilleurs, mais comme le digne émule des Apôtres. Ces qualités du vénérable Prélat, déjà connues de tous, ont eu un plus grand retentissement par I mort glorieuse qu'il a soufferte pour la relision; aussi dans le dernier consistoire, le 23 septembre 1816, Sa Sainteté à fait de lui un grand et magnifique éloge 1, »
La Sacrée Congrégation fit ensuite imprimer les staluts, auxquels elle ajouta une lettre pastorale de Mgr de Saint-Martin. Cette lettre, adressée aux prêtres des trois provinces du Su-tchuen, du Yun-nan et du Kouy-tcheou, est relative à la conduite qu'ils doivent tenir envers les religieuses établies dans leur mission. Elle renferme des règles excellentes sur l'admission des postulantes, la manière de les conduire, l'établissement des écoles qu'elles sont appelées à diriger, ainsi que leurs rapports entre elles et avec les missionnaires ou les catéchistes.
Le volume, connu sous le nom de « Synode du Sutchuen», présente done un ensemble de préceptes et de règlements adaptés à toutes les circonstances de la vie apostolique.
Aucun travail aussi complet et aussi précis n'avait été