‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 198 sur 248 · LEE [ 20 LES LES · texte numérisé non relu

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notre naissance, nous sommes redevables de toutes ces faveurs à son divin amour, par lequel il nous a aimés et aimés de préférence à toutes ces pauvres nations, qu'il n'a pas regardées d'un œil si favorable, et auxquelles il ne s’est pas manifesté comme à nous : non fecit taliter omni nationi et judicia sua non manmfestavit

eis. »

Après les aridités du Cap, la luxuriante végétation de Madagascar, mais là ce n’est plus une simple escale où les vaisseaux s'arrêtent pour se ravitailler et faire soigner leurs malades, c'ést le point terminus de la navigation de beaucoup de bâtiments de guerre ou de commerce. Les missionnaires attendent pendant deux, trois, ou même cinq mois, le départ d’un autre vaisseau pour Pondichéry ou pour Macao. Ils reçoivent l’hospitalité des Lazaristes, qui mettent partout au service des voyageurs sur les terres lointaines, leur générosité simple et codriale, leur franchise noble et douce.

C'est à Madagascar qu'arriva cette aventure à M. de Chamesson, dont nous avons dit plus haut les vertus et le dévouement.

Dans une discuss'on assez vive, il fut traité d’hypocrite par un officier, M. de Préaux; le gentilhomme insulté mit en frémissant la main sur la garde de son épée, mais aussitôt, réprimant ce mouvement de colère, il dit avec douceur : « Il y a trente ans que je tâche de servir Dieu, Monsieur, c’est ce qui m'empêche de vous passer mon épée au travers du corps, » et il se retira préci pitamment. Le lendemain, l’insulteur lui présenta des excuses.

Plusieurs missionnaires firent encore escale à Madkgascar après le départ des Lazaristes, et vivement afil gés du triste sort des infidèles restés sans pasteurs, ik exhortèrent:les directeurs du Séminaire à faire quelques démarches, pour qu'on leur envoyât des prêtres.

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« Tachez, si vous pouvez, écrit M. de Saint-Martint, de publier partout, surtout de faire parvenir aux oreilles de M. l'archevêque les facilités qu'on à d'établir une mission à Madagascar, le gouvernement parait s’y intéresser beaucoup, et rien ne serait de plus facile que d'y réussir, il serait à propos que les Messieurs de Saint- Lazare voulussent fournir les sujets; comme ils en ont été chargés originairement, on va les presser forte ment. »

A son passage à l'ile de France en 1772, M. Move s'attache aux esclaves, il verse des larmes sur leursinfortunes, ef ne pouvant rien pour leur corps, au moins veutil sauver leur âme. Il se met à l'étude de la langue malgache que la plupart d’entre eux parlaient, et dès qu'il sait la balbutier, il parcourt la ville et les environs, entrent dans les maisons, dans les ateliers, suivant les travailleurs aux plantations, à la pêche, et leur parlant partout de Dieu et de leur salut.

Les esclaves se prennent d'affection pour cet étranger qui à pitié d'eux. Les maitres, au cont “aire, le blâment : il n’en pouvait guère être autrement, car la conduite du missionnaire était une éclatante critique de la leur, mais que lui importait, puisqu'il sauvait les âmes?

Un jour ?, un esclave accourt près de lui, le suppliant de lui donner l’absoiution : « Moi travailler dans les bois, répétait-il, moi mourir sans sacrements. moi damné. » Le prêtre confessa le malheureux qui, à peine rentré, fut appelé devant son maitre pour rendre compie de son absence, et comme il répondait qu'il était allé se confesser, — « Oui, répliqua le maitre, je vais te faire faire ta pénitence. » Et il le fit lier et déchirer à coups de fouet. Le lendemain, l'esclave revenait Joyeux vers

1. Arch. M.-É., vol. 138, p. 611. — Lettre de 1772. 2. Vie de M. l'abbé Moÿe, p. 123.

MISSIONS-ÉTRANGÈRES, — If,

M. Moÿe et se prosternait à ses pieds en s’éeriant : « Moi

bien content, mon maitre m'a fait pénitence. »

C'est à l'ile de France que M. de Verthamon se lia avec de la Bourdonnais d’une amitié qui ne se démentit pas. Ces différentes escales, quand elles ne se prolongent pas trop, causent aux missionnaires un plaisir extrême,

Vue du rivage, la mer est bien belle, elle à des horizons infinis, des vagues caressantes, des brises parfumées, des harmonies douces et grandioses. Que n’a-t-elle encore? Les poètes l'ont chantée, les littérateurs l'ont décrite, et les âmes sensibles se pâment d'admiration devant elle.

C'est vrai, la mer est belle, et grandiose le spectacle qu'elle offre, mais quelle monotonie pour le voyageur qui la parcourt pendant des semaines et des semaines ; quelle mélancolie elle engendre, et quelles privations elle impose. Aussi est-ce avec enthousiasme que passagers et matelots saluent la terre.

Qu'on lise ce passage d'une lettre écrite en vue de l'ile Bourbon ! :

« Le pilote cria : « Terre. » A peine pouvez-vous croire la vertu de ces deux syllabes, chacun quitta en un instant son esprit de deuil pour prendre celui de la joie qui s’empara agréablement de toutes les personnes du vaisseau. [l n'y eut Pas jusqu'aux malades les plus oppressés qui n’en donnassent des signes remarquables, tel ne pouvait auparavant mouvoir un orteil, qui se levait seul de son lit et se trainait sur le tillac, pour jouir d’une

vue plus délicieuse que la meilleure médecine qu'on lui aurait pu présenter, Comme le soleil se couchait derrière, il fit que nous la vimes tout à notre aise, d’où l'on jJugea que c'était Mascareigne ? tant désirée. »

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