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Au milieu de ces alternatives de joie et de tristesse, de crainte et d'espérance, le voyage avançait peu à peu, et Ou-chan-hien apparaissait entouré de murs et posé sur un plateau élevé, au milieu d'un paysage charmant; c'était la dernière douane avant.d'entrer au Sutchuen; mais au fond de la Chine, il était plus facile de tromper la police qu'à Canton, où elle avaitde fréquents contacts avec les Européens, etles pouvait aisément reconnaître. C'est cependant, à quelque distance d'Ou-chanhien, dans la ville de Kouy-tcheou-fou que Urbain Lefèvre fut arrêté, dans une boutique de barbier où il commit la faute de s'asseoir au rebours de la manière des indigenes. Ce fut le seul missionnaire à qui pareil accident arriva. Ordinairement, après Ou-chan, le danger était passé. Les chrétiens venaient recevoir le prêtre, le conduisaient à travers la campagne, par des sentiers déserts, le reléguaient dans une maison isolée jusqu'à ce qu'il fût au fait des usages et de la langue du pays.
De France à Macao, le voyage avait été de six, huit, dix mois, quelquefois d'un an et demi par suite de la durée des relâches. De Macao au Su-tchuen, il était généralement de trois mois.
Pottier, parti de Macao le 23 janvier 1756, arriva au Su-tchuen le 7 avril de la même année, et Moÿe, perti le 30 décembre 1772, était à Ou-chan-hien le 5 mars et à Tchen-tou-fou le 28 mars 1773.
A la fin du xvure siècle et au commencement du XIX°, pendant la persécution du Khia-king, l'entrée des missionnaires au Su-tchuen étant devenue beaucoup plus périlleuse par la province de Kouang-tong ou par le Fo-kien, le procureur de Macao, M. Letondal, songea à leur faire traverser le Tonkin et le Yun-nau, soit en remontant le fleuve Rouge, soit en suivant la route de terre.
M. Fontana, qui partit en 1807, fut le premier à tenter celte expédition qui dura plus de deux ans; après lui, Mgr Perocheau la renouvela en 1818; mais la longueur et les difficultés de cette route la firent abandonner, dès queles douanes furent soumises à une surveillance moins rigoureuse,
Ces voyages semés de misères, d'ennuis, de périls, conduisaient à la conquête des âmes, et malgré les distractions qu'ils offraient, ils rapprochaient de Dieu : témoin cette parole d'un saint missionnaire :
«Nous avons reconnu qu'on trouve Dieu partout, aussi bien dans le tumulte et la confusion, quand on y est par son ordre et pour sa gloire, que dans les déserts et les solitudes. »
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