‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 229 sur 248 · Arch, M.-É. Lettres du Ven. Jaccard · texte numérisé non relu

Arch, M.-É. Lettres du Ven. Jaccard

Sa Majesté. Elle était belle et sage pourtant, cette lettre désapprouvée par Minh-ma g&, et le langage des missionnaires était animé du plus pur esprit chrétien. En voici des extraits :

« Mes chers frères, on nous dit que des chrétiens se trouvent parmi les rebelles de Dong-naï.

« Jusqu'à présent, les missionnaires se sont glorifiés de ce que les fidèles sont les sujets les plus soumis à l'autorité royale; aujourd'hui votre conduite les afflige et compromet la religion. Permettez-nous de vous rappeler nos enseignements, et de vous faire souvenir de vos prières, où vous demandez les bénédictions du ciel Pour ceux qui gouvernent ce royaume. N'étiez-vous pas habitués à considérer le roi comme le représentant de Dieu? Vous ne pouvez pas plus changer cet ordre providentiel, que vous ne pouvez réformer la religion établie par Jésus-Christ, N'oubliez pas non plus les exemples et les leçons de l’illustre évêque d'Adran, qui à tant contribué à l’affermissement du trône.

€— Vous nous direz sans doute : Nous nous révol- {ons, parce que les mandarins ont abattu nos églises et persécutent les chrétiens? Mais nous vous répondons par ces paroles de Jésus-Christ : Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieur letr appartient. D'ailleurs, vous fuyez un mal pour: en essuyer un plus grand, si vous êtes vaineus: et en outre vous encourez les sévères Jugements de Dieu. Considérez aussi les calamités que la guerre attire sur vos compatriotes ; combien souffrent de la faim et trouvent la mort dans les combats! Vous devenez responsables non seulement de la souffrance de vos frères, mais encore de leur Sang répandu, au mépris du cinquième commandement de Dieu. Pourriez-vous vous croire exempts de péché mortel, en égorgeant ceur que vous devez aimer comme vous-mémes? Plût à Dieu, que

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vous puissiez entendre les gémissements des fidèles déplorant votre conduite et votre sort. N'êtes-vous pas

effrayés du triste état où la guerre a réduit les villes et

les campagnes?..,

« Enfin, nos très chers frères, nous vous prions de considérer attentivement ce que nous venons de vous dire, ensuite vous choisirez entre ces deux partis, ou de rester les sujets obéissants du roi, ou d’être les instruments d’une troupe de rebelles. Nous sommes persuadés que plusieurs se repentent déjà de leur igarement ; mais ils n’osent plus faire leur soumission dans la crainte d’être condamnés à mort. Or, nous vous annonçons que le roi vous pardonne si vous quittez les séditieux. »

Minh-mang prit le parti d'écrire lui-même une lettre, d’y apposer le nom des deux missionnaires et de l’expédier à Saïgon.

La ruse ne réussit pas; les chrétiens ne reconnurent pas dans les lignes sévères du roi, la parole de leurs pères dans la foi; ils Soupçonnèrent l'intrigue et, sans prendre part à la guerre, restèrent dans les provinces soumises aux rebelles.

Cet insuccès amena l'arrêt de mort de Jaccard et du franciscain Odorico.

À la cour, on s’effraya de cette mesure. La reinemère et plusieurs grands mandarins priérent le prince de commuer cette peine en celle de l'exil; il y consentit.

Les deux confesseurs de la foi furent déportés à Ailao, sur les frontières de la Cochinchine et du pays des sauvages. C'était les condamner à une mort plus lente et plus douloureuse, car le climat de ce pays est malsain et presque tous les étrangers succombent à la fièvre. Tel était d’ailleurs le but de Minh-mang, qui pour être plus sûr de réussir, il avait même secrètement enjoint de laisserles missionnaires mourirde faim; le dévouement des

fidèles et la pitié du mandarin firent en partie avorter ces ingénieuses précautions de la haine. Le prêtre de la Société des Missions- ftrangères résista à la misère et à la maladie; mais le P. Odorico mourut le 23 mars 1834, ce fut le dernier fils de la grande lignée de saint François qui évangélise le royaume annamite.. Cependant la guerre civile continuait toujours en Basse- Cochinchine. Khoi voulut absolument, dans l'intérêt de ses armes, persuader au pays que les prêtres et les chrétiens s'étaient rangés de son côté ; il fit saisir et amener à Saïgon le seul missionnaire qui n’eût pas quitté la contrée, M. Marchand, caché depuis plusieurs années dans une chrétienté reculée des provinces du sud-ouest, à Mac-bat, et il lui assigna une résidence auxenvirons de Saïgon, dans la paroisse de Cho-quan. Marchand était captif, il ne pouvait s'opposer à la force, mais sa volonté restait libre, et quand on jui proposa de s'associer aux rebelles, il refusa bien haut; Khoi insistant, il refusa de nouveau et plus énergiquement.

La division s'étant mise parmi Les chefs de la révolte, Khoiï fut abandonné de son principal lieutenant, et n’eut bientôt plus d'autre refuge que la citadelle de Saïgon ; avant de s'y renfermer, il fit enlever M. Marchand pour le garder sous sa main, Un matin, on vit arriver à Choquan plusieurs officiers à cheval, avec un éléphant bien caparaçonné pour servir de monture at aissionnaire. M. Marchand fut enfermé dans la citadelle avec les révoltés.

Un jour, Khoi le manda chez lui et lui proposa de signer plusieurs lettres à envoyer dans les principales chrétientés, pour appeler les fidèles à prendre les armes; le missionnaire rejeta cette proposition avec horreur, et, se levant, prit les lettres qui étaient toutes préparées sur la table et les jeta au feu, au risque de se faire de Khoï un ennemi mortel.

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Enfermé pendant dix-huit mois dans la citadelle, sans pouvoir communiquer avec ses confrères, il épanchait les tristesses de son âme dans une lettre écrite à son évêque. Cette lettre, que l’on conserve comme une relique au séminaire des Missions-Étrangères, est le seul souvenir qui nous reste de l’apôtre. En voici les princi-

paux passages! :

« Du fort de Saïgon, 24 septembre 1834.

« Les chefs (des révoltés) m'ont demandé de leur indiquer la manière de faire des étendards semblables à celui de Constantin; je m'en suis excusé de toutes mes forces (c'est le P. Phuoc? qui leur à parlé du fameux labarum de Constantin), leur apportant pour raison que si la divine Providence n'a pas décidé en leur faveur, tout retournera au désavantage de la religion, et cætera. Is disent que maintenant ils ont la foi en Dieu, que par conséquent il ne peut en résulter que du bien.

y à aujourd’hui un mois, Monseigneur, que le prince envoya des ambassadeurs chrétiens à Siam, m'’avant d’abord chargé d'écrire à leurs Grandeurs de Siam et de Cochinchine de revenir en paix iei. Maintenant, j'ose prier Sa Grandeur et mes confrères de rester où ils sont, me laissant seul, intrigué et supportant tout le poids de la persécution et de la guerre,

«.… On à détruit hier l'église de Cho-quan, la guerre dans ce pays-ci est un brigandage. Il n'y a plus moyen de fuir ni de s'évader. Un de ces quatre matins, si le bon Dieu n'a pitié des siens, je vais peut-être finir mes Jours et la religion les siens, guod avertat Deus! L'on dira que c'est moi qui en suis la cause : peu importe, pourvu que l'on dise faux. »

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