‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 230 sur 248 · Arch. M.-É. Lettres du Vén. Marchand · texte numérisé non relu

Arch. M.-É. Lettres du Vén. Marchand

7 2. Prêtre indigène qui était alors curé de Cho-quan.

Les tristes prévisions du martyr n'allaient pas tarder

à se réaliser. Le 8 septembre 1835, au matin, M. Marchand célébrait la messe, lorsqu'il entendit les cris de victoire des assiégeants et les clameurs désespérées des victimes que l'on massacrait : il eut le temps d'achever l’auguste sacrifice, et déposait les vêtements sacrés, quand un capitaine, entrant dans la chapelle avec une troupe de soldats, lui asséna sur les reins un Coup si violent qu'il le renversa. Aussitôt les assaillants se précipitent sur le prêtre, le chargent de fers, l'enferment dans une cage longue d'un mètre, large de soixante à soixante-dix centimètres et haute de quatre-vingts à quatre-vingt-dix centimètres, en sorte qu'il ne [pouvait s’y tenir que replié sur lui-même 1.

“ Les vainqueurs massacrèrent 1,994 personnes trouvées dans la citadelle: sur ce nombre, on compta seulement 66 chrétiens, dont une quarantaine de femmes et d'enfants. Il était done clairement démontré que cette révolte n'avait été ni tramée, ni soutenue par les catholiques, comme on l'avait tant de fois proclamé.

Ces fidèles furent néanmoins condamnés à avoir les membres coupés aux Jointures et le corps fendu en quatre.

Tous subirent courageusement cet affreux supplice excepté quelques enfants dont les mandarins eurent pitié.

Restaient les principaux coupables, ceux qu'on regardait comme les chefs de la rébellion ; ils étaient au nombre de six, parmi lesquels on avait naturellement

1. Sommair2 des procès abosloliques pour la Béatijicatir.. du l'én. Marchand, p.771, $ 36: P. 181, S 73-74; p. 185, 897: P. 186, 8 90.

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compris M. Marchand. Le roi avait là une trop belle occasion d’assouvir sa haine contre les prédicateurs de la religion, en faisant passer l'apôtre de l'Évangile pour rebelle et fauteur de révolte; il se garda bien de la laisser échapper.

Les six prisonniers furent conduits à Hué, où ils arrivèrent le 15 octobre 1835,

Le lendemain commença l'interrogatoire suivi du plus atroce supplice, qu'un prêtre des Missions- Étrangi res ait eu à subir. L'histoire de nos martyrs se déroule depuis plus de deux siècles sur les plages longtemps inhospitaliéres de l'Extrème-Orient; elle n'enregistre dans aucune de ses annales des tortures aussi barbares; l'esprit traversé par cette horrible vision frémit, pendant que par un retour subit il admire le courage héroïque de la victime. On ne connait plus dans nos Sociétés chrétiennes cette cffrayante barbarie qui rappelle les plus mauvais jours du monde; l'homme le plus cruel, parce qu’il est chrétien, ou simplement parce qu'il est imprégné de civilisation chrétienne, ne se repait plus avec cette jouissance effroyable de la souffrance et du sang humain.

Le caractère de la bête, imprimé tout entier encore dans l'âme du païen, s'est affaibli considérablement quand il n'a pas complètement disparu de l'âme du baptisé.

Les crimes qui épouvantent parfois notre Europe sont le fait de quelques individus isolés, condamnés par la loi, par les mœurs et par l'opinion.

Mais le supplice qu'eut à endurer M. Marchand est autorisé par la loi annamite, il fut ordonné par le roi d'Annam, exécuté par les mandarins et les soldats royaux.

Le point principal des différents interrogatoires porta sur la participation du missionnaire à la rébellion.

On avait répandu le bruit qu'il avait pris part à la révolte, on voulut à tout prix le lui faire avouer.

Cette calomnie se rencontre dans l'histoire de l'Église contre bien d’autres confesseurs de la foi. Pour éviter le reproche de cruauté, donner à leur sentence les apparences de la légalité et exciter la haine de la population infidèle, les ennemis de l'Évangile ne craignent pas de faire des chrétiens des rebelles aux lois de l'empire.

Fidèle à la vérité, comme il l'avait été à son devoir, M. Marchand ne cessa de répondre que, venu en Cochinchine pour prêcher la religion du Seigneur du ciel, il ne s'était jamais occupé d'autre chose: s'il avait demeuré dans la ville de Saïgon, c'est qu'il y avait été ameré par force; il en appela au témoignage de ceux qui l'avaient connu à cette époque, et put les défier d'avoir le droit de contredire ses paroles.

Aux questions sur la rébellion se mélaient les questions sur la prédication de l'Évangile et sur Ja doctrine chrétienne; M. Marchand y répondait de suite, avouait hautement qu'il était prêtre et qu'il avait enseigné le catholicisme. Mais lorsque les juges revenaient au crime de rébellion, le confesseur de la foi multipliait les dénégations.

On lui fit alors endurer le cruel supplice des tenailles.

Le juge commanda au missionnaire de se tenir debout, celui-ci obéit.

À droite et à gauche, deux soldats le soutinrent, un troisième lui découvrit les jambes, aussitôt le bourreau saisit les tenailles rougies, les lui appliqua à la cuisse gauche, et l’on entendit le bruit de la brûlure des chairs. Les soldats, ne pouvant supporter l'odeur de Ja fumée.

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