Flouve Bleu
Dans ses lettres que nous avons toutes lues, nous n'avons pas découvert une seule parole de crainte, d'inquiétude ou de découragement1, pas une seule ligne qui fit allusion à cette dure situation. Assurément il prie le Séminaire d'envoyer des missionnaires, mais il ne parle jamais du secours ou des joies qu'ils lui apporteront. Il ne s'occupe que des besoins de l’évangélisation; rien de personnel ne se dégage de ses demandes, son abnégation est complète, son dévouement absolu. C'est un spectacle qui n’est pas sans grandeur que celui de ce prêtre, seul Européen au milieu d’une provinee reculée de la Chine, multipliant le nombre des conversions, imposant par ses vertus et la sûreté de son jugement son autorité aux prêtres indigènes et aux chrétiens, luttant de persévérance et d'habileté contre les hommes et contre les choses, sans autre soutien humain que la force de sa volonté, sans autre guide
que sa propre sas esse.
À partir de 1766, des coïlaborateurs lui arrivèrent. Les premiers furent : Falconet?, un bon et vaillant soldat, qui eut vite conquis la confiance et l'affection de Pottier, mais mourut en 1772, ayant à peine mis la main à l'œuvre; Alary, le saint missionnaire exilé de Siam, et Gleyo?, du diocèse de Saint-Brieuc, ancien supérieur de la petite communauté d'Issy. Celui-là est un homme à part dans la Société des Missions-Étrangères: il ne res-
4. On ne trouve qu'une trace d'inquiétude, c'est lorsque, jeune missionnaire, il traversait la Chine pour se rendre au Su-tchuen, et encore élait-ce le fait de la fièvre plutôt que de la volonté et de l'intelligence.
2, Du diocèse de Lyon, parti en 1764, arrivé en Chine cn 1766.