‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 4 sur 248 · Arch, M.-É., vol, 327, Amérique · texte numérisé non relu

Arch, M.-É., vol, 327, Amérique

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souper pour étudier l'Écriture sainte et la Théologie ! morale. Il sait actuellement, grâce à Dieu, se tirer d'affaire avec les sauvages qu'il instruit et confesse très bien; il à de plus le don de se faire craindre par eux, ce qui contribuera infailliblement à l'amendement des plus déréglés. »

Les prévisions de M, Maillard se réalisèrent; par son activité et par sa vigueur, M. Leloutre venouvela les + chrétiens dans leur première ferveur. Il était bien résolu |à ne s'occuper que d'é angéliser les sauvages, lorsqu'il

Ex

les Aca- : diens; profondément alarmé du péril que courait leur | foi, craignant le même danger pour les Mikmacks, il

c'ut de son devoir de pousser les uns et les autres à se

Joindre aux Français et à se faire les auxiliaires du capi- {taime Duvivier, officier canadien. dont l'expédition, entrepriseen 1744 pour reconquérir l’Acadie, semblait | avoir toutes les chances de succes, Duvivier échoua, et dès Lors Leloutre fut signalé aux autorités anglaises comme un fauteur de troubles. Revenu en France en 1745 ou 1746. il y resta peu et srepartit en 1747 sur un des navires de l'amiral de la Honquière qui allait au secours du Canada.

À la hauteur du cap Finistère, la flotte française fut : ‘encontrée, battue et prise par l'amiral Warren. Celuii avait habité Louisbourg et connaissait la réputation de patriote français et d'ennemi des Anglais de M. Leoutre, il demanda s'il était présent. On répondit que non, ct l'amiral n'insista pas.

| Aussitôt averti par ses amis, Leloutre changea de nom, : prit celui de Rosanvern et se fit passer pour l’aumônier de l'amiral de la Jonquière. Enfermé d'abord à Salisbury où tous les officiers le connaissaient et l'appelaient plus souvent l'abbé Leloutre que l'abbé Rosanvern, il crai- Bnit d'être découvert et alla partager la captivité de

ceux qui étaient à Winchester. Remis en liberté après quelques mois, il retourna en Acadie où presque aussitôt le nouveau gouverneur du Canada, le comte de la Galissonnière, le pria d'engager les Acadiens à quitter leur pays et à venir s'établir dans la colonie française, autour du fort Beauséjour?, nouvellement construit.

Le projet était trop conforme aux idées de Leloutre pour qu'il n'aidàt pas à l’exécuter. Il réussit à persuader deux villages : les hommes envoyèrent leurs femmes et leurs enfants au delà de la frontière, mirent le feu à leurs maisons et à leur église, puis, au nombre de plus de 600, ils se rendirent au fort.

Ce départ fut un véritable événement, il émut toute la Nouvelle-Ecosse où la presque totalité de la population était acadienne:; la terreur qu'il inspira aux autorités

britanniques les tint pendant plusieurs années dans M

une constante alarme.

D'autres Acadiens se réfugièrent à Shediack, et, sous la direction du missionnaire, s'organisèrent et entreprirent de conquérir des terrains sur la mer, pour remplacer les propriétés qu'ils venaient d'abandonner.

Il ne faudrait pas conclure de ces actes que les senti- 1

ments patriotiques de Leloutre lui fissent oublier la cha- ! rité commandée par sa double dignité de prêtre et de chrétien.

L'intendant Prévost rapporte, dans une lettre adressée au ministre en date du 15 octobre 1750, que trente-sept Anglais, dont dix-sept soldats et six femmes, avaient été faits prisonniers par les sauvages et amenés au port Toulouse, dans l'ile du Cap-Breton.

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1. Aujourd'hui le fort Cumberland sur un coteau qui se projette vers l'est et domine la magnifique baie de Beaubassin.

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Les Anglais ne tinrent nul compte du bien qu'il faisait aux leurs, ils ne voulurent voir en lui que le prêtre catholique et le patriote français, et ils mirent sa tête à prix; Edouard Cornwallis, gouverneur de la Nouvelleicosse, ne rougit pas de promettre cent livres à quiconque le tuerait.

Aucun sauvage ne se laissa séduire par l'appât de l'or, et ce ne fut ni la première, ni la dernière fois que les enfants des forêts d'Amérique donnèrent cet exemple de générosité à un capitaine anglais.

Leloutre était le plus remuant des apôtres de l'Acadie, Maillard en était le plus calme. Il avait, nous l'avons raconté, formé à la vie apostolique M. Leloutre qui disait de lui : « C’est un trésor que ce missionnaire, auquel je crois que le Seigneur à donné le don des langues, il est étonnant de voir les progrès qu'il y à faits. C’est un ouvrier infatigable pour l'étude et les travaux inséparables de ces missions, c'est un ministre rempli de l'esprit de Dieu, heureux, si je pouvais suivre de loin ses traces, d’avoir vécu avec lui pendant six à sept mois. »

Les études de Maillard sur la langue mikmack ont été remarquées, elles se composent d’un alphabet, d'une grammaire, d'un dictionnaire et de plusieurs livres de piété.

I suivit envers les Anglais une conduite différente de Leloutre ; puisque le sort des armes avait donné l'Acadie à l'Angleterre, il ne lui appartenait pas, pensa-t-il, de combattre une autorité légalement établie, le meilleur était d’être fidèle à Dieu, de rester en dehors des queslions politiques, d'employer d'autres moyens que la

séparation absolue pour conserver la foi des Acadiens et des sauvages.

Ni l’ardeur de M. Leloutre, ni la douceur de M. Maillard n’eurent raison de l'ambition anglaise et de la haine protestante.

Etre catholique était le premier crime des Acadiens ; posséder le sol, occuper les plus belles terres et empèêcher les émigrants britanniques de s'enrichir promptement était le second. Lorsque la guerre éclata en 1754 entre la France et l'Angleterre, les Anglais résolurent de proscrire les Acadiens en masse.

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Le projet, tout horrible qu'il fût, n'était pas nouveau. Il avait été élaboré par un gouverneur des Massachusetts dès 1740. II était d’ailleurs de tradition dans la politique de la Grande-Bretagne, car si nous remontons plus haut, nous voyons un projet analogue exécuté en Irlande en 1654. Les Irlandais furent expulsés en masse de trois de leurs provinces et parqués dans la quatrième, le Connaught.

William Pitt, alors chef du ministère anglais et le philanthrope Franklin décidèrent que le même plan serait exécuté en Acadie, Le gouverneur, Lawrence, eut le triste et inhumain courage de tenter l'entreprise et la honte de réussir. C'est cette déchirante cata strophe dont nous allons faire un bref récit pour clore l'histoire de cette mission.

Le premier juin 1755, trois mille hommes partis de Boston, sous les ordres des colonels Monckton et Winslow, débarquèrent dans la baie de Fundy, afin d'attaquer les deux fe"ts français construits pour défendre l'isthme,

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