Gouverna de 1737 à
2, De 1765 à 1736
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surtout au Chua, Trinh-sum, plus maitre que le souverain. C'était ouvrir la porte à d'ambitieuses cspérances. Depuis plus d'un siècle, en effet, les Trinh essayaient d'établir leur domination personnelle sur la Cochinchine en anéantissant celle des Nguyên. Une armée tonkinoise marcha donc aussitôt sur Hué, prétendant aller au secours de Dué-tong, et en réalité préméditant de s'emparer du pays.
Bientôt ces étranges alliés se démasquèrent et traitèrent le malheureux Dué-tong en vaincu. Enfermé dans son palais, ce prince s'écriait en pleurant : « Notre règne est en proie à deux guerres à la fois, nos soldats sont morts, nos généraux sont battus, il ne nous reste qu'à partir pour Saïgon. » Il parvint en effet à se réfugier dans cette ville. Dès qu'il eut appris cette fuite, le chef rebelle Nhac s'empressa de reconnaitre les Trinh et reçut d'eux le gouvernement de plusieurs provinces avec le titre de général de l'avant-garde (1775), Mais lorsque les Tonkinois, confiants dans sa fidélité, eurent rappelé leur armée, il se fit proclamer roi, puis pour en finir avec les Nguyèn fugitifs, il envoya des troupes en Basse-Cochinchine sous le commandement de son frère Hué, appelé aussi Long-nhuong. Après plusieurs défaites, l'infortuné Dué-tonget son fils tombèrent aux mains Ges ennemis et furent étranglés (1778).
ar suite de cette double mort, un jeune homme de 17 ans, Nguyên-anh, connu plus tard sous le nom de Gia-long, devint le représentant légitime des droits de ses ancêtres au trône. À cause de la gravité des circonstances, 11 crut plus habile de ne pas prendre le titre de Chua, et se contenta de celui de généralissime des montagnards de l'Est : Dong-son. Traqué avec acharnement par les Tay-son, il tomba un instant en leur pouvoir; mais il réussit à s'échapper et se réfugia près du Vicaire apostolique de Cochinchine, Mgr Pigneau de Behaine,
134 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA SOCIÉTÉ évèque d'Adran, qui attendait au Cambodge un moment favorable pour rentrer dans sa mission.
Les événements auxquels fut mêlé Mgr Pigneau ont fait sortir son nom de l'obscurité qui nous dérobe le plus souvent la vie et les travaux des ouvriers évangéliques, uous nous arêterons donc un instant devant cette grande
mpathique figure qui éclaire et domine trente ans rhistoire religieuse de Cochinchine et n’est pas étrangère à notre histoire nationale.
Mer Pierre-Joseph-Georges Pigneau naquit le 3 novembre 1741. Son père n’était pas noble, comme on l’a souvent écrit, mais receveur de la terre d’Origny, apanage des dues de La Vallière. Il était originaire de Behaine, section de la commune d'Origny, département de J'Aisne.
Selon un usage adopté par nombre de familles de la riche bourgeoisie au xvm® siècle, et sans doute pour le distinguer d’une autre branche, on ajouta à son nom patronymique celui de la petite localité dont il sortait, et il s’'appela ou on l’appela Pignéau de Behaine.
IL commença ses études au collège de Laon, et les continua à Paris au Séminaire de la Sainte-Famille ou des Trente-trois, il les acheva au Séminaire des Missions- Étrangères.
De mème que François Pottier, il quitta Paris sans prévenir ses parents dont il craignait peut-être l'opposition, et ce fut de Lorient seulement qu'il leur annonça son départ.
La lettre est touchante et instructive, car le cœur de l'enfant et l’âme du prêtre y vibrent à l'unisson. « Nous gémirions encore sous l'empire du démon et dans les ténèbres de l’idoltrie, disait-il, si des hommes remplis de l'esprit de Dieu et d’un zèle vraiment apostolique, n'avaient eu le courage de s’expatrier pour venir nous éclairer des lumières de l'Évangile. L'amour, la ten-
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incroyable d'âmes, qui marchent dans la même voie où nous étions alors, nous tendent les bras et nous conjurent d'aller leur faire part de l'avantage qu'on nous a procuré... Je me sens intérieurement pressé depuis plusieurs années d'aller travailler au salut de tant de malheureux qui sacrifient leur âme au démon de l'erreur et du mensonge. J'espère que vous ne ferez qu'applaudir à un dessein si conforme à votre manière de penser et que vous ne me refuscrez pas votre bénédiction. Je ne l'ai pas attendue pour partir, parce que je connais ma faiblesse et votre amitié. »
D'abord professeur au collège général, prisonnier et exilé, comme nous l'avons raconté, il avait en quelques années passé par les phases les plus diverses de la carrière évangélique. Il recut à Pondichéry les bulles qui l'instituaient évêque d'Adran et coadjuteur de Mgr Piguel. La mort de ce dernier l'investit bientôt de la charge de Vicaire apostolique ; néanmoins il ne fut sacré qu’en 1774 à Madras. A la fin de cette même année, il jugea le moment venu de rentrer dans sa mission et s'embarqua pour Macao, d'où il gagna le Cambodge en 1776 : ce fut vers cette époque que Neuyên-anh le rencontra. L'évèque s'attendrit sur le sort du royal fugitif, il lui donna l'hospitalité et essaya par de bonnes paroles de lui faire entrevoir des Jours meilleurs. Cependant on ne surprend encore àce moment ni dans ses lettres, ni dans celles de ses prêtres le désir d'aiderle prince à remonter sur le trône.
La guerre civile, la famine, la peste ravageaient alors l'Annam cet laissaient quelque répit à la guerre reli-
gieuse. Les missionnaires en profitèrent, Grenier ! entra
1. Du diocèse de Saint-Flour, parti en 1172, mort le 10 juin 1771.
en Basse Cochinchine, Labartettet et Liot? dans la province du Dinh-cat et dans le Phuyen; Faulet® porta son zèle chez les Stieng, au nord, entre la CocLinchine et le Cambodge; Le Clerc{ chez les Moïs du nord-est. Mgr Pigneau qui avait ramené de Pondichéry ses élèves annamites s'établit près de Ha-tien et donna la direction du séminaire à Morvanÿ. Celui-ci étant mort, quatre mois plus tard, Le Clerc lui succéda.
Ce petit établissement fut pillé l’année suivante (1778) par des pirates cambodgiens. Ces misérables tuèrent quatre élèves, brülèrent la maison et l'église, massacrèrent plusieurs chrétiens, entre autres sept religieuses annamites qui préférèrent la mort à l'infamie.
La position n'était plus tenable. Par bonheur, Nguyênanh avait remporté plusieurs succès considérables sur les Tày-son et s'était rendu maitre de la Basse-Cochinchine, Mgr de Behaine crut pouvoir compter sur la reconnaissance du prince qui avait été son hôte, et il se fixa avec ses élèves dans la chrétienté de Tan-trieu, non loin de Bien-hoa où résidait Nguyên-anh.
C'est de cette époque que datent leurs relations suivies. Le prince passait en longs entretiens avec l'évèque le temps qu'il n'employait pas aux exercices militaires, tantôt il le faisait venir chez lui et tantôt suivi seulement de deux ou trois mandarins, il lui rendait visite, s'asseyant familièrement et sans apparat sur la même natte. De quoi s’entretenaient donc ces deux hommes, si différents par l'éducation, les mœurs et les idées? L'âme apostolique de l’évêque d'Adran voulait sans doute dédommager ce roi aux trois quarts détrôné,
1. Du diocèse de Bayonne, parti en 1733, mortle 6 août 1823. 2. De Preuilly, paru en 1776, mort le 28 avril 1811.