‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 74 sur 248 · A EE · texte numérisé non relu

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piété intitulé : la Voie droite du Ciel, une Imitation de la sainte Vierge, où les mystères et les vertus de la Mère de Dieu sont exposés en soixante-trois articles correspondant aux Pater et aux Ave du chapelet, avec lesquels on les entremêle dans la récitation.

Ces ouvrages lus avidement par les chrétiens, propagés parmi les païens, opérèrent un bien considérable : aujourd'hui après plus d’un siècle, ils sont très répandus dans plusieurs missions de la Chine et continuent d'imprégner les âmes d’une salutaire doctrine.

Tous étaient écrits en caractères chinois, car on n’a-

ait pas encore pris, au Su-tchuen l'habitude contractée

depuis, d'écrire des livres de prières en caractères latins, avec des signes indiquant la tonalité de chaque syllabe, comme l'avaient fait en Annam les missionnaires portugais et après eux les missionnaires francais.

En ce dernier pays, les prédicateurs de l'Évangile fivalisaient avec leurs confrères de Chine pour répandre la doctrine du salut par la diffusion des livres composés pour le clergé indigène, les catéchistes et les simples fidèles.

Le provicaire de la mission du Tonkin, M. Philippe Sérard, traduisit le Symbole de Bellarmin, les Examens de Tronson, la Perfection chrétienne de Rodriguez, la Retraite ecclésiastique de Tiberge, il écrivit plusieurs volumes de méditations, un traité sur l'humilité et compléta un cours d'instructions « que tous les aspirants aux fonctions de catéchistes sont tenus d'apprendre par cœur et de réciter er publie ».

Mgr Longer donna un catéchisme et apporta un perfectionnement à l'imprimerie de son Vicariat. « Au lieu des planches en bois sur lesquelles les Annamites gravent ce qu'ils veulent imprimer, il fit tailler et graver par ses catéchistes des caractères isolés et mobiles, » Mgr Pigneau employa les loisirs forcés que lui créait

sa retraite au Cambodge à traduire le livre des Quatre Fins de l'homme et les Méditations de Dupont.

Il commença également les deux dictionnaires annamite-latin-chinois et latin-annamite que Mgr Taberd acheva plus tard et fit imprimer à Calcutta.

Ces ouvrages que nous sommes loin d'énumérer tous étaient le fruit d’une étude a pprofondie de la langue du pays, ils excitaient l'admiration des indigènes par la pureté et la clarté du style plus encore peut-être que par la beauté des pensées, [ls étaient composés par intervalles, tantôt dans un village, tantôt dans un autre, au milieu des occupations du saint ministère, ou pendant

les persécutions qui obligeaient les missionnaires à rester enfermés des semaines et des mois sans pouvoir ni prècher ni confesser: ils constituaient une sorte de repos pour ces travailleurs habitués à Parcourir monts et vallées, à confesser pendant de longues heures, à prêcher plusieurs fois Par jour, à déjouer les ruses des mandarins, à dirimer des procès, à fonder des églises.

Mais à la première heure de liberté, les apôtres, abandonnant leurs livres, reprenaient leurs courses dans les paroisses chrétiennes et dans les villages païens qu'on leur signalait prêts à embrasser le catholicisme. ils recommencaient leurs prédications et s'efforçaient d'amener à la vérité les âmes encore plongées dans l'erreur.

C'est là le grand labeur du missionnaire, celui qui dilate son cœur, exalte son âme, lui rend ses fatigues légères et lui fait oublier ses souffrances, mais c'est aussi le travail qui lui coûte le plus de peines et oppose à son zèle les plus difficiles obstacles.

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En effet, c'est sur ce terrain que se livre le combat principal entre Dieu et le démon. Cette lutte se retrouve partout depuis le commencement du monde. elle est bien plus vive dans les Pays païens, et l'on à écrit avec raison : « Dans ces contrées, tout est païen non seulement les âmes, mais le sang, l'atmosphère, le sol; le démon, depuis si longtemps propriétaire tranquille, s’est attaché à tout, même à la nature physique ; il semble avoir donné aux hommes un double péché originel, et aux choses une force particulière de résistance à la grâce »; en un sens, on pourrait dire que cet obstacle est l'unique, puisque fout ce qui éloigne de Dieu vient du démon plus ou moins écouté et aidé par l'homme; mais il revêt des formes multiples, étranges, impossibles à imaginer et parfois à comprendre. Il en est cependant quelques-unes que l’on peut saisir, nous allons les examiner: elles nous aideront à pénétrer plus intimement dans l’action de la Société des Missions- Étrangères, dans la vie de ses prêtres et dans l'apostolat ‘atholique en Extrème-Orient,

’armi les causes qui s'opposent aux conversions, COMmençons par la plus générale, par celle que tous les historiens ecclésiastiques ont constatée dans leurs études sur les rapports du catholicisme avec le monde romain, et que nous retrouvons en Extrêéme-Orient. Elle ressort

de la constitution même des sociétés païennes, du mode de respect et de soumission qu'elle impose au chrétien ef que celui-ci accepte ou refuse. Le chrétien est soumis aux souverains de son pays, à ses chefs particuliers, à ses juges, il est soldat, il paye les impôts, en un mot il obéit à toutes les lois, une seule exceptée la loi religieuse; pour celle-là, il relève de Dieu seul. Or dans la constitution des sociétés d'Extrême-Orient ainsi que dans toutes les sociétés païennes, la religion «st absorbée par l'État. Elle forme une institution de l'État, un éta-

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blissement politique, une partie intégrante de la législation civile; l'État en détermine la forme et en prescrit les pratiques, de même qu'il règle les successions ou le service militaire. Sacrifices, prières, rites sacrés, tout relève de la puissance publique. Tout manquement au culte officiel est donc un manquement à la loi. D’après les préceptes du catholicisme, le chrétien ne peut suivre ce culte et se conformer à la loi qui l’ordonne: il ne peut se rendre à la pagode, ni prendre part aux réjouissances publiques, ni contribuer aux réparations, aux embellissements et aux constructions des temples. Telle est la difuculté élevée par la situation religieuse de l'Extrême-Orient, par le paganisme dont le néophyte veut sortir. Elle à pour base la nature même des choses; le christianisme est la vérité, le paganisme est l'erreur: comment la vérité et l'erreur pourraient-elles pactiser ensemble et se rencontrer dans les actes d'un même homme ?

C'est en présence de cette difficulté que se trouvaient les chrétiens des premiers siècles de l'Église, et c'est pour la résoudre qu'ils mouraient. Ils ne se révoltaient pas contre les pouvoirs ét:blis qui leur disaient : « Offrez de l’encens ou mourez, » ils choisissaient la mort. Les missionnaires avaient enseigné cette doctrine à leurs fidèles, et ceux-ci imitaient leurs devanciers dans leur obéissance et dans leur martyre.

En dehors du culte officiel et de la vie publique, la vie privée en Extrême-Orient, semblable sur ce point à celle des anciens, est comme pénétrée de religion : les mariages, les naissances, les sépultures, les fêtes de famille sont prétextes à sacrifices avec libations, famigations d'encens et agapes communes où sont servies des viandes offertes aux idoles. Autant de cérémonies superstitieuses auxquelles le chrétien ne peut assister. Dans ces conditions, il devient un être à part, dont

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