‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 75 sur 248 · His · texte numérisé non relu

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l'existence heurte souvent la Jurisprudence, les mœurs et les habitudes de ses compatriotes. Il faut avoir vécu longtemps dans les missions, avoir été mélé à la vie des néophytes pour savoir à combien de peines physiques ou morales les expose lerr conversion. On y voit la réalisation de cette parole de N otre-Seigneur : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais la guerre, » C'est la guerre, en effet, mais qui n'a de combattants que d'un seul côté, Le chrétier gémit, implore, attend des Jours meilleurs, sans jamais se venger de ses insulteurs; il sait qu’à l'exemple du Maitre qu'il adore, il doit porter sa croix jusqu’au sommet du Calvaire, le seul chemin du ciel.

Un second obstacle naît, come une sorte de corollaire du premier, de la nationalité des missionnaires. Nous venons de dire que les païens ne distinguent pas la puissance civile de la puissance religieuse; c'est pourquoi ils ne comprennent pas ou comprennent mal qu'un missionnaire travaille >xelusivement pour Dieu, qu'il se voue aux sacrifices, quitte son pays, expose sa vie uniquement jour le salut des âmes; ne croyant pas au but spirituel ils «ierchent naturellement le but matériel, et ils concluent que le missionnaire est envoyé par son roi, d'après eux, chef temporel et spirituel, afin de préparer la conquête du pays, qu'i! est l'avant-garde d'une armée étrangère.

Desimprudences ont encore accrédité cette idée fausse, on sait la réponse d'un Espagnol à un Japonais qui lui demandait par quels moyens son souverain avait pu conquérir tant de royaumes :

« Rien de plus aisé, répondit le malheureux: nos rois commencent par envoyer dans le pays des religieux qui

1. Histoire de l'Egtise catholique, par Rorhbacher, p. 25-36 (édit. 1852).

engagent les peuples à embrasser notre foi, et quand ils ont fait des progrès considérables, on envoie des troupes qui se joignent aux nouveaux chrétiens, et n’ont pas beaucoup de peine à venir à bout du reste.

Cette boutade mensongère, retenue par les païens et répétée par eux, à suffi pour rendre ombrageux ou per-sécuteur plus d’un gouvernement.

L'empereur Yong-tching y faisait allusion un jour dans une conversation avec quelques missionnaires :

« Vous voulez, disait-il, que tous les Chinois se fassent chrétiens, votre loi le demande, je le sais bien, mais en ce cas-là, que deviendrions-nous? Les sujets de vos rois ? Les chrétiens que vous faites ne reconnaissent que vous; dans un temps de trouble, ils n'écouteraient d'autre voix que la vôtre. Je sais bien qu'actuellement il n'y a rien à craindre ; mais quand vos vaisseaux viendront par mille

et par dix mille, alors il pourrait y avoir du désordre. »

C'est, pour le dire en passant, un obstacle que le christianisme, à ses origines, n'avait pas rencontré, L'empire romain renfermait une grande partie du monde connu, et quand les prédicateurs de l'Év:ngile passaient d'Asie mineure à Rome, de Rome en Gaule, de Gaule en Espagne, ils n'étaient nulle part des étrangers. Ce nom d’étranger a retenti bien des fois à l'oreille des missionnaires comme une injure, mais plus encore comme un cri de défiance. et rien ne le fait cesser, pas même la preuve manifeste que les prêtres s'occupent uniquement des choses Spirituelles. Si par hasard, en effet, ils se mélent de choses

temporelles, c'estautant dans l'intérêt du pa ysqu'ilsévangélisent et qui est devenu leur patrie d'adoption que par le désir de servir leur patrie première. Nous avons, dans le cours de notre histoire, donné bien des preuves de cette assertion, contentons-nous de citer plusieurs des noms qui les rappellent : de la Motte Lambert, Pallu, Laneau. Bennetat, Nous en trouverons beaucoup d'autres encore,

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