‹ Histoire générale de la Société des missions-étrangères [microforme]Chapitre 83 sur 248 · Nouv. Lettres édif., vol. 7, p · texte numérisé non relu

Nouv. Lettres édif., vol. 7, p

il récompensa autrefois celui que lui donna la pécheresse de Samarie !.…. Je leur dis alors : « Un verre d'eau a étanché ma soif, et m'a rendu mes forces : je ne sais comment vous en remercier. Si vous voulez venir me trouver à telle chrétienté, je vous donnerai une autre au qui vous procurera la vie éternelle, » J'adressai ces paroles à la fille; elle en fut étonnée : je les lui répétai, en lui en expliquant le sens, après lui avoir raconté l'histoire de la Samaritaine. J'exhortai aussi sa mère, et l'engageai à venir me voir, Je continuai ensuite ma route, toujours occupé de ces pauvres âmes: Je m'en entretenais le long du chemin avec mon disciple, et je lui disais, plus par le désir que par l'espérance de les voir se convertir à Dieu : « Si cependant cette femme revenait au Seigneur, et si la fille venait me demander le baptème ! » Tout ce jour et la nuit suivante. J'y pensai sans cesse. Le lendemain, je fus très agréablement surpris, lorsque je vis venir cette femme, qui me dit qu'elle voulait enfin se convertir à Dieu. Je lui demandai où était sa fille, elle me répondit qu'elle disposait tout à la maison pour venir me trouver en cet endroit pendant que j'y demeurerais, afin de se faire instruire, et de recevoir le saint baptème. En effet, elle vint le lendemain. Je l'ai fait instruire, et je l'ai baptisée. Le jour de son baptême, pendant que je faisais les différentes cérémonies, elle portait sur son visage les marques sensibles du repentir de ses fautes et de sà reconnaissance envers le Seigneur. Sa mère s’est aussi convertie sincèrement. Gloire en soit rendue à Dieu, qui se sert de tout, et qui profite des plus petites circonstances pour toucher le cœur de ses enfants. La vue d’un missionnaire, que ces personnes ne connaissaient pas, les instructions que font os disciples et nos catéchistes, les exemples des chrétiens qui affluent de tous côtés pour venir se confesser, tout cela les frappe et leur ouvre les veux. »

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Les faits de possessions ou d’obsessions, fréquemment racontés dans les lettres des missionnaires, se terminent généralement par le baptème des malheureux que le démon a enfin quittés sous l'action des prières de l'Église, ou par la conversion des infidèles témoins de leur délivrance. Mgr Pottier rapporte dans un long mémoire daté du 14 septembre 1775, la possession d’une jeune fille et la résume en ces termes 1 :

J'ai vu une fille au milieu de la prière ou des instructions, ce qui ne lui arrivait pas en d'autre temps,

tomber souvent le visage contre terre ; dans cet état, je voyais son corps s’allonger avec violence, se raidir,

amper assez loin en sens contraire, sans se servir de ses pieds ni de ses mains. J'ai vu les chrétiens employer de grands efforts pour la retenir, moi-même j'y ai employé les miens, J'ai vu plusieurs fois, excité parles plaintes de cette fille qui se disait mordue en plein jour, dans l’assemblée des chrétiens où elle était depuis longtemps, l'impression toute récente de quatre dents comme d'animaux faite tantôt sur un bras, tantôt sur un autre, accompagnée d’une salive noire assez abondante, J'ai entendu plusieurs fois le sifflement d’un souffle qui la renversait sur-le-champ, ou qui l'étourdissait considérablement. Je l'ai vue assise sur un bane, seule, ayant son rosaire à côté d'elle, en un moment ce rosaire disparaissait, sans qu'on püt le trouver, quelques recherches exactes qu'on en fit, la fille accusait le démon de le lui avoir pris. J'ordonnai au démon parle nom de Jésus-Christ de le rendre sur-le-champ ; tousles yeux étaient tournés vers l’endroit où cette fille était assise, et le rosaire se trouvait dans l'instant placé sur le même banc, et cela dans le lieu le plus évident. Je le lui ai ordonné pour d’autres

1. La mission du Su-tchuen. Vie de Mgr Potllier, par M. Guict, p. 248.

effets qui ne paraissaient plus et qui étaient rendus précisément au même moment que je finissais de parler, Quelquefois c'était le bruit que faisait dans ce moment l'effet demandé en tombant devant tout le monde qui avertissait où il était,

« Voilà ce que J'ai vu avec beaucoup d'autres choses de ce genre. J'ai ajouté encore un fait bien important ; cette fille, disais-je, & été enlevée à la hauteur de cinq à six pieds malgré les efforts de trois personnes qui tâchaient de la retenir, et ce n’est que lorsque les autres chrétiens présents onteu recours à la prière et à l'usage de l'eau bénite que cette fille a été remise dans son état naturel. »

La délivrance de cette jeune fille fit un certain bruit etamena la conversion de deux familles.

M. Moÿe raconte des faits analogues.

« Ainsi, dit-il, j'ai vu souvent dans mon district, des maisons tourmentées par le démon, ou des personnes évidemment obsédées par l'esprit malin, que les fidèles délivraient par la prière et l’aspersion de l'eau bénite, et plusieurs conversions eurent lieu à cette occasion. A Tao-pa, j'envoyai mon disciple Tsiang, qui n'était pas encore prêtre, vers un jeune homme qui fut délivré de la possession par les prières des fidèles. Sa mére et ses frères se convertirent, et j'ai baptisé l'un de ses frères et sa sœur, À Tchong-kin, une femme païenne voulait se convertir; le démon disputait avec elle et lui disait distinctement : « I1 faut que tu me suives, que tu sois comme moi. —- Non, répondit cette femme, j'adore et Je prie Dieu. » Elle avait, en effet, déchiré sa tablette pour y substituer celle des chrétiens. Le démon lui disait encore : « Tu as déchiré mes habits: il faut que tu me les restitues. » Le démon apparut encore à une autre jeune femme, et disputa avec elle pour l'empêcher d'embrasser la foi, Comme elle lui résistait, il lui dit :

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« I est bien difficile de changer de cœur. » Ces deux femmes persévérèrent néanmoins, et furent toujours des chrétiennes pieuses et ferventes.

Des faits semblables avaient lieu dans toutes les missions, et M. Lelabousse qui en raconte quelques-uns dans plusieurs lettres, termine par cette réflexion que nous faisons nôtre ! :

« Tout ceci paraitra peut-être peu digne de foi à quelques personnes. En France, on ne voit plus de ces événements extraordinaires; quand on en raconte quelqu'un arrivé ailleurs, on est prévenu contre; on n’y croit pas facilement aus visions et aux apparitions, et on ne doit pas dans le fait y ajouter foi trop facilement ; mais il faut se rappeler que, dans les premiers temps de l'Église naissante, ces sortes d'événements n'étaient pas rares, et que l'empire tyrannique du démon n’est tombé que lorsque celui de Jésus-Christ a commencé à s'étendre. [ei il estencore le maitre; ce royaume est le sien, presque tous les habitants sont ses sujets : son culte est le culte dominant ; qu’y-a-t-il donc d'étonnant qu'il exerce son pouvoir sur ceux qui sont à lui? Est-il plus surprenant que Dieu fasse quelques prodiges aux yeux des Cochinchinois, pour éclairer ceux qui sont ensevelis dans les ténèbres et les ombres de la mort, et pour soutenir la foi chancelante de ce peuple peu instruit des vérités de notre sainte religion? Ces moyens furent employés au commencement de la loi évangélique, pour y soumettre les peuples : ils ne sont pas moins nécessaires ici qu'aux premiers chrétiens d'Europe. »

Certains événements que nous avons énumérés parmi les obstacles aux conversions doivent également être angés au nombre des causes, car ils produisent un double effet, hostile ou favorable au catholicisme, selon

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