Nouv. Lettres. édif., vol..7, p
la manière dont les infidèles les envisagent : la conquête, les fléaux rendent la moisson et plus abondante et plus rapide; des villages entiers entrevoient le vrai Dieu et sa Providence à travers les événements dont ils sont les témoins ou les victimes, et ils reconnaissent sa puissance, Le travail apostolique devient alors facile et joyeux, ce sont les beaux Jours; les missionnaires en profitent, mais que de fois ils regrettont amèrement de n'avoir ni assez de ressources ni assez de collaborateurs pour accueillir tous les hommes bien disposés qui s'ofrent à eux.
Telles sont quelques-unes des causes diverses des conversions.
ILen existe beaucoup d'autres, on les pourrait dire ariées comme l'action de la grâce sur l'esprit de l’homme, multiples comme les battements du cœur, 1l faudrait aussi, pour s'en rendre un compte exact et les préciser avec plus de netteté, bien connaitre les mœurs, les habitudes et les idées des peuples évangélisés, faire la part des circonstances qui leur donnent une nuance spéciale, selon qu'il s'agit des Indes, de la Chine ou de l'Indo-Chine. Ces détails ressortent de l'histoire particulière des groupes de Missions et non de l'histoire générale de la Société. Nous n'avions ici qu'à tracer les grandes lignes et à indiquer les points principaux, les mêmes partout, parce que dans tous les milieux et sous tous les climats l'homme garde toujours sa nature composée de conscience, d’un même fonds de
passions et de liberté, de vices et de vertus.
Poursuivons notre étude par un aperçu sur la formation et l'instruction du néophyte. Après l'avoir bien reçu,
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l'avoir exhorté et encouragé, le prêtre l'adresse au catéchuménat où il apprendra ses devoirs de croyance S'il est pau- ‘vre, la mission lui donne un secours, car il lui est difficile de travailler et d'étudier en même temps. La période du catéchuménat est plus ou moins longue selon les dispositions du converti: elle peut varier d’un à six mois; en Chine, elle est même précédée de ce qu'on nomme l'adoration, cérémonie qui consiste à faire inscrire son nom par le missionnaire sur la liste des adeptes du christianisme, à se prosterner devant l'autel et à la promesse d'adhésion à la religion catholique, pendant que d'anciens fidèles récitent plusieurs prières : le Vent Sancte, le Credo, les commandements de Dieu. Ceux qui ont pratiqué cette cérémonie sont désignés
prononcer
Pendant la durée du catéchuménat, le missionnaire
il suit pas
à pas le travail de la grace, il écoute des réponses qui deviennent chaque jour plus claires, il voit l'idée chrétienne se faire place et refouler peu à peu l'idée païenne. Sans doute il n’exige pas du néophyte qu'il soit un docteur ou un saint, ilcontrole surtout sa bonne volonté ; Dieu n'a-t-il pas appelé à lui tous les hommes de bonne volonté; le disciple ne saurait être plus sévère et plus exigeant que le maitre. D'ailleurs, cette première génération de convertis, imbue pendant si longtemps des pensées païennes, laissera après elle une seconde ténération plus éclairée et plus solide; et celle-ci, à son tour, donneræ à Dieu des enfants dont le cœur, l'intelligence et en quelque sorte le sax g seront com-
Nous ne pouvons citer de nouveau sur ce sujet les admirables instructions de Mgr Pallu aux missionnaires quil dirigeait vers le Laos, rappelons au moins
la modération que le grand évêque recommandait à l'égard des néophytes, comment il voulait qu'après les avoir instruits on n'eût pas scrupule de les baptiser tout en prévoyant d'inévitables manquements à la loi de Dieu; avec quelle largeur d'esprit et quelle bonté de cœur il comprenait que, vis-à-vis des néophytes et même de tous les chrétiens, l’indulgence est plus près de la justice que la sévérité,
Le temps du catéchuménas n'est pas sans charmes pour les néophytes eux-mêmes, Ils jouissent également des découvertes qu’ils font chaque jour dans le champ de la foi, ils n'avaient souvent été attirés que par les côtés extérieurs du catholicisme, ils sont maintenant touchés et retenus par des raisons intrinsèques, ils acceptent et comprennent toutes les vertus morales, ils aiment tous les dogmes, ils élèvent leurs âmes à la hauteur du surnaturel et deviennent vraiment chrétiens, non seulement chrétiens mais opôtres; bien rares, en effet, sont les néophytes qui, sous la main d'un missionnaire expérimenté, ne convertissent pas leurs parents ou leurs amis,
S'ils habitent une ancienne chrétienté, ils l'augmentent: s'ils sont les premiers fidèles de leur village païen, ils deviennent les fondateurs d’une nouvelle paroisse, Rien ne les arrête, ni les fatigues, ni les refus, ni les vexations; ils vont, ils viennent, reviennent, recommencent vingt fois les mêmes arguments, trouvent des arguments nouveaux auxquels un prêtre ou un catéchiste n'eût pas songé et qui sont décisifs. L'expérience des vieux * missionnaires pourrait nous raconter sur ce sujet des choses bien extraordinaires, mais bien édifiantes. nous montrant comment les néophytes, sous l'impulsion de la grâce qu'ils ont reçue pleine et entière, ont su réchauffer un pays du feu qui les embrasait.
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DES MISSIONS-ÉTRANGÈRES 193 Ainsi se font et les conversions et l'éducation néophytes, ainsi débutent les chrétientés.
Le catéchiste vient résider d plusieurs mois, il enseigne e
des
ans ces stations pendant {règle toutes choses. puis arrive le missionnaire dont le travail personnel et direct commence. Une église s'élève, une école à côté de l'église: des Villages environnants S'ébranlent et se rangent autour de la première chrétienté, et le district est fondé,
Ces conversions tiennent en deux pages quand on les raconte; quand on y travaille, elles demandent souvent une vie d'homme et quelquefois plus,
Nous avons fait la Statistique des conversions opérées par la Société des Missions-Étrangéres de 1744 à 1784: le chiffre total, durant ces quarante années, est de 136,000, ce qui donne une moyenne de 3,400 par année.
Le nombre n'est pas tout, dans l'Église de Dieu principalemcat; il est donc bon d'examiner la valeur morale de ces chrétiens? Sont-ils sincèrement croyants, fidèles aux pratiques religieuses, capables de vertus, de dévouement, même d'héroisme”?
Il faut, pour répondre à cette question, consulter: beaucoup de lettres de missionnaires, et appréciations qu'elles renferment.
moyenne,
, des diverses tirer une conclusion
Bien des historiens ou des orateurs en appellent volontiers des chrétiens actuels aux chrétiens de la primitive Eglise, Ces jugements semblent à certains esprits em-
preints de quelque exagération; il y eut, au commencement de l'Eglise, d'excellents chréti en possèdent également
n'en manquons pas.
ens, les temps actuels Il ÿ eut des pécheurs, et nous
Les premicrs annalistes du catholicisme rapportent
plutôt les actes de vertus que les scandales, il serait donc
bon de ne pas conclure de leurs récits que tous les fido-
les fussent Alors des saints. D'ailleurs, les actes des Apôtres et d'autres documents incontestables nous démontrent le contraire et, en dehors des textes plus ou moins nombreux qui peuvent être cités, n'est-on pas en droit de se dire que malgré le temps et l’espace, dans tous les milieux et sous toutes les latitudes l'homme garde toujours we nature faible, plutôt que forte, trop souvent facile à incliner vers le mal.
Il en est de même pour les chrétiens d'Extrème-Orient, ils ont la foi, ils pratiquent la vertu, ils ont leurs défaillances. Ce jugement trop court pourrait ne pas satisfaire.
Voici celui de M. Lelabousse, missionnaire en Cochinchine :
« En deux mots, nos chrétiens ont une foi simple et forte, surtout quand ils sont éloignés des villes et des marchés... J'interrogeais des personnes qui ne s'étaient pas confessées depuis quatre à cinq ans, sans rien découvrir. « Vous êtes-vous mise en colère? — Non; quand mon mari s’est fâché, j'ai pensé qu'il fallait me taire, et se colère s’est passée. — Avez-vous fait tel ou tel autre péclié? — Non; je suis chrétienne et j'ai horreur de ces choses-là, — Avez-vous trompé de telle ou telle autre manière dans votre commerce? —— Non; j'ai toujours agi de bonne foi, et si quelcu’un s'est trompé en me payant, J'ai rendu le surplus. — Mais vous êtes sans cesse en bateau pour votre commerce: comment pouvez-vous prier, aller à l'église? — Le matin et le soir, je me mets à genoux dans mon bateau, et je fais ma prière, avec mon mari et mes enfants, nous avons un calendrier pour connaitre les fêtes et les dimanches, et le samedi si nous nous trouvons près de quelque chrétienté, nous allons à icrre, pour prier en commun avec nos frères. »
Un mandarin de la cour de Gia-long caractérisait cette différence des chrétiens et des païens par ces mots : «Les chrétiens ne sont ni libertins, ni joueurs, ni vo-
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