LES ATELIERS DE FRANKENTHAL ET DE CLÈVES
L’introduction de la fabrication des tapisseries de haute-lisse à F rankenthal, petite ville du Palatinat, située entre Spire et Mayence, remonte également au xvi° siècle, au temps où un grand nombre d’exilés et de bannis, nobles, bourgeois et artisans, se réfugièrent en Allemagne pour y chercher un asile. L’électeur Frédéric III (f 1576), protecteur tout particulier des Calvinistes, accueillit avec bienveillance les artisans qui vinrent se fixer à Frankenthal, cité qui, à partir de cette époque, prit un développement considérable. Ses fils Louis VI et Jean-Casimir, qui guerroyèrent aux Pays-Bas en 1577 et années suivantes, protégèrent également les réfugiés flamands et wallons. C’est même à ces réfugiés, au dire de plusieurs historiens J, que la ville doit sa population. Une lettre de Maximilien, duc de Bavière, du 7 septembre 1604, lettre dont nous parlerons plus loin, ne laisse aucun doute sur l’existence d’une manufacture de tapisseries de haute-lisse fondée par des ouvriers flamands à Frankenthal; cet établissement était alors en pleine activité.
Dans un document inédit, de l’année 1549, qui nous a été communiqué par M. Pinchart, on trouve les détails suivants sur les ateliers de haute-lisse établis à Wesel, dans l’ancien duché de Clèves : « La confession des Wallons qui sont venus en la ville de Wezele à cause de l’Évangile, et pour avoir prescheur en leur langue, et aussy pour mettre sur deux stilles a, assçavoir la sayeterie et la haute-lisse avec les autres servantz à yceulx * ». Cette petite Église était alors composée de 67 personnes venues des provinces wallonnes des Pays-Bas, et particulièrement de Tournai ; elles s'étaient réfugiées à Wesel en i525 et pendant les années suivantes 6 pour se soustraire aux rigueurs des édits de Charles-Quint concernant la Réforme. Parmi eux se trouvaient Jean Le Blas, haute-lissier, et Nicolas de la Tombe, sayetteur. Tous deux furent brûlés dans leur ville natale, l’un en décembre 1 555, l’autre en 1 563 8.
En thèse générale le goût des tapisseries semble s'être singulièrement développé en Allemagne à l’époque de la Renaissance. Un inventaire de i566 nous a conservé la liste des tapis de table et des tapisseries échus au duc Jean Frédéric de Saxe : nous y remarquons une centaine de tentures (Gewirckte Debbich), avec ou sans or. Beaucoup d’entre elles portent les armes du duc; sur l’une on trouve le portrait de Luther \
Pendant les années i565 à 1 567 un prince de la famille impériale, d’abord fixé à Prague, puis à Innspruck, l’archiduc Ferdinand, acheta ou commanda de son côté, dans les Flandres, par l'entremise de son maître tapissier
• Voy. les Jahrbücher fûr Kunstmissenschaft, 1870, p. a3 1-234. a A rt de vérifier les dates, t. XV, p. 36o.
3 Communication de M. Pinchart.
‘ Archives de l’Église évangélique de Wesel. Case VII, registre n° t.
5 Rahlenbeek, Histoire de la Réforme. Anvers, p. 1 r.
B Crespin, Histoire des martyrs persécutés, éd. de i582, p. 357- ’ Mono, Aujeigerftlr die Kunic der teutscheu Vorfeit, i837, p. 363.
TAPISSERIES ALLEMANDES n
Martin de Tysscre, probablement un Flamand, un certain nombre de tentures. Martin emportait avec lui les cartons qu un maître bruxellois se chargea de traduire sur le métier, au prix de 4 thalers par aune
En Allemagne, aussi bien qu'en Italie, en France, en Espagne, dans les Pays-Bas, en Angleterre, les tapisseries jouèrent un rôle prépondérant dans les solennités civiles ou religieuses. En 1 558, lors du couronnement de Ferdinand a Aix-la-Chapelle, on couvrit de tapis et de tentures tissues d'or et de soie l’estrade sur laquelle prit place le nouvel empereur \
Nous voyons la tapisserie pénétrer à cette époque jusque dans les églises ou les châteaux les moins somptueux. C est ainsi que la chapelle du château de Stolp, en Poméranie, renferme aujourd'hui encore une tapisserie (gewirkte Arbeit) d’un bon travail, ornée de fleurs entre lesquelles se trouve, sur un écusson, le griffon poméranien, avec la date 1 556. Une guirlande tenue par un seigneur et une dame, tous deux fort bien dessinés, entoure l’écusson \ Citons encore V Histoire de la malheureuse reine de France, dite Histoire du chien de Montargis, avec la date de i554 (Collection de M. Fau) \
Mentionnons enfin le Triomphe de Flore, avec la date 1 537-1 538, exposé en 1876 par M. Boucher.