TAPISSERIES ALLEMANDES. — LE XVIII* SIÈCLE
On remarque aujourd’hui encore au musée de Hohenzollern, à Berlin, des tapisseries sortant de cette fabrique ; elles représentent les principaux exploits du Grand Électeur, la Descente dans l’Ile de Rugen, la Bataille de Varsovie, la Prise de Wolgart, l’ Expédition d’hiver en Prusse, la Bataille de Fehrbellin, la Prise de Stralsund On affirme que d’autres tapissiers français, fuyant également les persécutions de Louis XIV, s’établirent à Francfort-sur-l’Oder et à Magdebourg ’.
LE XVIII0 SIÈCLE : MANUFACTURES DE MUNICH, DE BERLIN, DE DRESDE, DE HEIDELBERG
Le xviii0 siècle, qui a exercé une influence si féconde sur les differentes branches des arts décoratifs, vit fonder ou renaître des manufactures de haute-lisse dans les principales capitales de l’Allemagne. Mais dorénavant ce sera aux Gobelins, non plus aux ateliers de Bruxelles, que l’Allemagne, d’accord d’ailleurs avec les autres Etats de l’Europe, demandera des bras, une direction.
La Bavière se distingue, ici encore, par son initiative. Il ne m'a pas été possible, à mon grand regret, de compulser pour cette période les documents des archives d’État de Munich. Mais les tapisseries elles-mêmes, exposées au Musée national de cette ville, parlent assez haut. Fr A. MUNICH 1724, lisons-nous sur une tenture d’une coloration assez crue, avec des trophées, des bordures de fruits, de fleurs, des attributs divers. Cette indication est d’accord avec l’assertion de M. Wauters, qui dit que les ateliers de Munich furent rétablis vers 1718, sous la direction du peintre de la cour, Balthazar Albrecht3. Viennent ensuite des tentures de V Histoire de la Maison de Bavière , dont le dessin et le coloris prêtent également à la critique. Citons les suivantes : Alberlus III , Bavariœ dux a Bohemis oblatum sibi in fraudent regis impuberis regnum magna animi moderatione répudiât, 1440. FT A MUNICH 1732; — Ludovicus Bavariœ dux ab electoribus Romani imperii Romanorum designatur imperator, 1S14. FT A MUNICH 1735 ; — Ludovicus Bavariœ dux bello ab imperatore Frederico et confœderatis principibus et urbibus pet i tus hostes funditfugatque, 1462. FT A MUNICH 1741 ; — Otto Bavariœ dux per episcopos et proceres Hungariœ in regem Hungarorum Albœ regalis solemniter inauguratur. FT A MUNICH 1746. — Nos artistes avaient oublié bien vite, dans ce milieu, qui à partir de la Renaissance, semble avoir perdu tout goût et toute poésie, les traditions de l’art décoratif. C’est à peine si, de loin en loin, quelque motif de tapis oriental vient trancher sur l’extrême lourdeur des compositions.
Citons encore, toujours au Musée national, le Triomphe de Bacchus (FAIT A MUNICH MDCCLXIX), tapisserie assez décorative pour la composition, mais d’une gamme fort défectueuse, surtout dans les rouges. Le Triomphe de Flore est signé Christ. Wink pinxit 1770, Chedeville 1774. Un autre nom français, celui de Santigny, se rencontre sur différentes suites s’étendant jusqu’aux premières années du xix" siècle {Santigny, fait à Munich 1787; Santigny, 1790; Santigny, 1792, fait à Munich; fait à Munich, 1802, Santigny). Cette dernière pièce, qui représente le Banquet des Dieux, ne fait honneur ni à l’auteur du carton, ni au tapissier; le dessin est hideux et le coloris ne l’est pas moins ; les tons rouges des chairs jurent avec les nuances, tour à tour roses ou d'un gris bleuâtre, du fond ou de la bordure. Il ne restait rien évidemment, à cette époque, du sentiment décoratif qui avait fait la gloire du xvi°, du xvn° et du xvm° siècle. Aussi bien, en 1802, les préoccupations étaient ailleurs que dans la recherche d’une gamme harmonieuse, d’un effet désintéressé de 1 art.
La manufacture de Berlin fit pendant cette période concurrence à celle de Munich. Jean Barrobon, beau-frère de P. Mercier, et peut-être son associé, lui succéda comme directeur de l’établissement ; il fut à son tour remplacé par son fils Pierre Barrobon. Un décret du 18 avril 1718 accorda à celui-ci une partie du rez-de-chaussée des grandes écuries de la Villeneuve, à la condition de rembourser 1,000 écus dépensés pour la fabrique de bas de soie installée précédemment au même endroit.
La manufacture berlinoise parvint à son apogée sous la direction de Charles Vignes, que le roi Fredenc- Guillaume protégea tout spécialement. Vignes, qui faisait surtout travailler en basse-lisse, semble avoir occupe, en 1 ,36, jusqu’à e5o ouvriers ; il défrayait de tentures toutes les cours du Nord. A la longue, cependant, I etablissemen périclita : seules les commandes du Roi pour la décoration de ses palais et pour celle de la salle de Académ.e des
sciences de Berlin le soutinrent quelque temps encore*. ...... , ,
La pièce suivante, extraite d’une description de Berlin publiée en ,769*, donne une assex tnste tdee de la fabrication des tapisseries dans la capitale de la Prusse .
, Manufactures nu Tapisser.es. - Les tapisseries de haute et basse-Iisse, semblables à celles qui se font au
. Reclam, à tUM* *> #**»•***
Schlosse Monbijou; Berlin, i883, p. 74-75- * De Champeaux, Tapestry, p. 48.
3 Les tapissa 1e bruxelloises ‘ Reclam, Mémoires pour s les États du Roi, t. V, p. i34 et » Nicolai, Description de Ber
servir à l’histoire des réfugiés français dans ■lin et de Potsdam, 1769, p. 307.
Brabant et en France, se fabriquent ici chez les héritiers de Charles Vigne, qui demeurent à la Villeneuve, dans les bâtimens de côté des Écuries royales. Le peintre de tapisseries, Jean Nicolas Ludwig (à la Frédéricstadt, dans la Friederichsstrasse, dans la maison de M"° de Voigt), peint des tapisseries sur des grosses toiles, en façon de hautelisse, comme aussi sur toile cirée et autres. Les marchands Sonnin et Bando font faire des tapisseries de toile cirée, imprimée et peinte en façon de Pékin, etc. »
La description des palais de Sans-Souci, Potsdam et Charlottenbourg, par Œsterreich, complète le renseignement qui précède. Il y est dit que les tapisseries de haute-lisse représentant des fleurs et conservées dans le premier de ces palais, furent exécutées par un nommé Vigne, établi à Potsdam vers 1770- Les cartons de ces tentures étaient dus à Amédée van Loon (1737-1787), artiste hollandais qui fournit un grand nombre de compositions pour tapisseries.
P. Mercier, le fondateur de la fabrique de Berlin, semble avoir également travaillé à Dresde. On voit dans cette ville, au palais de Courlandc, une pièce représentant les Adieux du prince Frédéric-Auguste et de son père Auguste , avec l’inscription Felicibus auspiciis regii Saxoniœ principe ad exteros iter, et la signature P. Mercier, à Dresde, 1716. (Larg. 6mi4, haut. 4m20.) Une seconde tenture nous montre la Réception du prince Frédéric- Auguste de Saxe par Louis XI V à Versailles , avec la même signature et la date 1719. Toutes deux sont exécutées d’après les cartons de Louis Sylvestre.
On rencontre, au xv!»” siècle (en 1786), une fabrique de tapisserie jusque dans la petite ville de Heidelberg'.