TAPISSERIES ANGLAISES. — LA RENAISSANCE
exécuter sur une grande échelle les cartes des comtés d'Oxford, de Worcester, de Wanvick et de Gloucester Trois de ces cartes figurent encore parmi les curiosités du musée de la Société philosophique de York' Dans son testament, date de i57o, Sheldon appelle Hicks l'introducteur, dans le royaume, de l’art de la tapisserie : « The only auter and beginner of tapestry and arras within this realm \ »
De temps en temps aussi des tapissiers flamands cherchaient fortune en Angleterre. En , 56,-568 à la suite des persécutions du duc d'Albe, des colonies plus ou moins considérables s’établirent à Canterbury à Nonvtch, à Sandwich, à Colchester, à Maidstone*. Plus tard nous trouvons dans les Iles britanniques un certain Planck, que les autorités de Bruges déclarèrent, en 162,, « être parti vers le dit royaulme, il y a quinte ans ou environ », et Jacques Lyms, de la même ville, parti « il y a huit ans* », ou encore de Maegt, de Middelbourg, fixé en Angleterre, de 1617 à 1621 *.
Le Rév. Rock1 * * * 5 6 7 * et M. de Champeaux9 sont disposés à considérer comme un ouvrage anglais la fameuse suite aujourd’hui conservée à Aix, en Provence, les Scènes de la Vie du Christ. Cette tenture, donnée en i595 à la cathédrale de Canterbury, aurait été, d’après eux, tissée en Angleterre. Mais la date inscrite sur une pièce (i5i 1) et le style de l’ensemble (les cartons ont probablement pour auteur Quentin Metsys), contredisent absolument cette manière de voir 9.
Il est souvent question, à cette époque, d’imitations de tapisseries : « counterfatt arras 10 II. » Étaient-ce là des toiles peintes ou un genre particulier de broderie? J’avoue ne pas être en mesure de trancher le problème.
Elisabeth ne semble pas avoir fait d’efforts particuliers pour développer dans ses États une industrie d’art dont 1 importance économique avait depuis longtemps frappé tant de souverains étrangers, les rois de France, les ducs de Toscane, de Ferrare et de Mantoue, les ducs de Bavière. Mais son règne est du moins signalé par l’exécution d’une suite importante rappelant l’événement capital de la fin du xvi* siècle, la Destruction de l'Armada.
Cette suite considérable, véritable page d’histoire, fut commandée par l’amiral Howard au peintre H. CornelisdeVroom, d’Harlem, et au tapissier François Spierinck. Plus préoccupé de l’exactitude historique que des exigences de la décoration, l’amiral y fit représenter la flotte espagnole luttant contre la fureur des flots, ou contre l’ennemi acharné à sa poursuite: la structure des vaisseaux, leur nombre, leur rang de bataille, tout témoigne des plus scrupuleux efforts. Mais l’élément humain, qui plus que tout autre donne à une composition de la vie et de l’intérêt, n’est-il pas trop complètement sacrifié à ces énormes machines de guerre, qui ne montrent aux spectateurs que leurs flancs garnis de canons ! Exclue, ou à peu près, de la scène principale, la figure humaine reparaît dans les bordures; on l’a ornée des portraits en médaillon des principaux capitaines anglais. Disons à la décharge de l’amiral et de son peintre qu’ils pouvaient s’autoriser de l’exemple des tapisseries de Middelbourg, conçues dans des données analogues, et qu’un siècle plus tard, sous Louis XIV, on représenta encore aux Gobelins, la Bataille navale de Messine, dans le même esprit d’exactitude. Les six tapisseries composant la Défaite de l’Armada ornèrent, jusqu’au fatal incendie de 1834, la chambre des Lords. Elles ne sont plus connues aujourd’hui que par les gravures de John Pine " et par des fragments que la comtesse de Wilton a signalés chez la corporation de Plymouth
Pendant ce siècle encore, nous voyons la poésie s’emparer des merveilles de l’art textile. Spenser (i55o i5gç)) le fait plus d’une fois intervenir dans ses charmants décors Quant au grand Shakespeare, il ne se borne pas à lui assigner un rôle si considérable dans la fameuse scène du meurtre de Polonius, il décrit dans le plus grand détail une suite représentant Y Histoire de Cléopâtre “.