TAPISSERIES ESPAGNOLES
accordé un subside de 5ooo ducats. En i625 nouveau subside de 7000 ducats L’entreprise semblait en pleine prospérité. Malheureusement nous ignorons quelles furent ses destinées ultérieures1.
A la même époque travaillait à Santa Isabel le successeur de Pedro Gutierrez, Antonio Ceron « tapicero de obras de nuevo ». Dans une requête, il affirme qu’il a enseigné son art à huit jeunes gens et qu’il a monté quatre métiers
C’est probablement un de ces ateliers que Velasquez (f ,660) a voulu illustrer dans son fameux tableau des Fi,emes- A" Prelm" Plan on aPerǰ't des femmes occupées à dévider desfils.au fond, sur un métier, une tapisserie représentant une scène mythologique.
En 1694, des négociations s’engagèrent entre le tapissier bruxellois Jean de Melter, qui désirait s’établir à Madrid, et le gouvernement espagnol. Mais la pénurie du Trésor ne permit pas de donner suite à sa proposition1.
Nicolas Hernandez, qui désirait transporter son industrie de Salamanque, où il résidait, à Madrid, ne fut pas plus heureux dans la démarche tentée une dizaine d’années plus tard, en 1707, auprès de Philippe V 5.
Le moment cependant était proche où le gouvernement espagnol favoriserait résolument une industrie d’art, source d’une si grande prospérité pour les contrées voisines. En 1720, Philippe V fit venir d’Anvers le tapissier Jacques Van der Goten, avec ses quatre fils et leur assigna pour résidence la « Casa del Abreviador », située près de Santa Barbara, d’où la nouvelle fabrique tira son nom. Pendant les trois premières années, elle mit au jour une Fête rustique (on travaillait exclusivement au début en basse-lisse), dans le genre de Teniers, et une Chasse au Faucon , conservées de nos jours encore dans les Palais du Prado et del’Escurial. A la mort de Jacques Van der Goten, arrivée en 1724, son fils François le remplaça0. La période comprise entre cette date et celle de 1733 fut d’ailleurs peu remplie.
En 1729, le roi fit venir de France un tapissier nommé Antoine Lenger et le chargea d’installer des métiers de haute-lisse. Mais le nouveau venu était plus ami du plaisir que du travail, et bientôt Jacques Van der Goten, un des fils du fondateur de la fabrique de Santa Barbara, dut prendre sa place : de cette époque date une copie d’après un tableau de Raphaël, probablement la Vierge à la Perle.
Comme la cour résidait plus souvent à Séville qu’à Madrid , la fabrique de haute-lisse fut transportée dans cette dernière cité en 1730. Elle reçut pour directeur le peintre Andrea Procaccini, l’ancien entrepreneur de la fabrique de Saint-Michel de Rome’. La fabrique de Séville ne vécut que trois années environ, Jacques Van der Goten ayant reçu, dès 1733, l’ordre de se réinstaller à Madrid. Dans cet intervalle on remit sur le métier, mais sans la terminer, la Conquête de Tunis, d’après l’exemplaire tissé au xvi" siècle par Guillaume de Pannemaker; on tissa également la troisième pièce de l 'Histoire de Télémaque, d’après les cartons d’Houasse.
Après son retour à Madrid, Jacques Van der Goten s'installa dans la rue Sainte-Isabelle, où il travailla sans relâche jusqu’en 1744, époque à laquelle la fabrique de Santa Isabel fut réunie à celle de Santa Barbara. Elle continua dans l’intervalle l’exécution de la Conquête de Tunis et de l’ Histoire de Télémaque.
La fabrique de Santa Barbara, de son côté, placée sous la direction de François Van der Goten, exécuta V Histoire de don Quichotte, d’après les cartons de Procaccini (suite qui fut remise jusqu’à trois fois sur le métier) ; elle travailla également à la Conquête de Tunis et à V Histoire de Télémaque, ainsi qu’à la confection de tapis de pied dans le goût oriental (alfombras turcas).
L’avènement de Charles III (1759) imprima à la fabrique une activité nouvelle : une armée de peintres fut chargée de copier pour les tapissiers , les tableaux de Jordaens, de Solimena, de Teniers et de Wowermann, ou de composer des cartons nouveaux. Ce furent encore les Van der Goten qui présidèrent a ces travaux. Lorsque le dernier des frères, Corneille, mourut, en 1786, les artistes indigènes, fort habiles à ce qu’il semble, purent espérer un instant de le remplacer. Mais ce fut un de ses parents, Liévin Stuik y Van der Goten, qui recueillit sa succession. La fabrique, placée pendant quelque temps sous la haute direction de Mengs, renfermait alors un nombre prodigieux de cartons, preuve de l’activité qu’elle avait déployée. Une quinzaine d’ouvriers y travaillaient en permanence : de
1 (i A Francisco Vons {sic, pour Tons), maestro major de hazer tapicerias que trabaja en Pastrana, y ha introducido alli esta obra, de que se espera resultarà mucho beneficio à estos regnos, se hecho merced en considcracion d’esta de cinco mil ducados por una vez librados en los que me partenen de las presas que hazen los navios de la armada de Flandes, dareis los despachos nescesarios para un librança. » (Madrid, 29 juin 1624.)
s e Serenissima sefiora. A Francisco Tons, maestro mayor de hazer tapicerias que travaja en la villa de Pastrana, y ha introducido alli esta obra, de que se espera resultarà mucho beneficio à estos reynos, y à los demas tapiccros y officiales flamencos que vinieron con el y travajan en lo mismo, he hecho merced en consideracion d’esto y delo que gastaron en el viage que hizieron de esos payses acà y delà necessidad en que he entendido se hallan y para que puedan continuarsu asistencia en la misma ocupacion con mas comodidad y descansso de siete mill ducados por una vez librados en lo que me pertenere de las presas que han hecho, ô hizieren los navios de essa armada, V. A. ordenarà que los dichos siete mill ducados se paguen al licenciado Robles de Silva corregidor de la dicha villa, 0 à la persona que
tuviere su poder, para que los distribuya y cntregue al dicho Francisco Tons y a los demas que los han de haver acnda uno la cantidad contenida en el repartimiento que porim mandado ha hecho el dicho corregidor; que tal es mi voluntad. — Nuestro seüor guarde à V. A. Como-dessco, de Madrid à 2 de septiembre de 1625.
Buen sobrino de V. A.
Yo el Rey. »
Document communiqué par M. A. Pinchart.
a Pétition du 21 février 1625, dans Cruzada Villaamil, Los Tapices de Goya, p. XLVIII et 75.
‘ Villaamil, p. 75, 76.
» Ibid., p. 76.
« C’est probablement à François Van den Goten et & ses frères que se rapporte la signature F. V. D. G™ Hxo. M. D., que mon regretté ami, le baron Davillier, a vue sur une tapisserie représentant des enfants sautant à
Tapisseries italiennes, p. 5 1 .
1776 à 1800 on compte huit haute-lissiers, parmi lesquels un Français, Michel Noyai, et onze basse-lissiers, parmi lesquels deux Flamands, Henri Vandigau et Vambas.
L’exécution des fameux « Tapices » de Goya, en quarante-cinq pièces (les cartons ou « ejemplares » furent peints entre les années 1776 et 1791), marque une étape importante dans 1 histoire de la fabrique de Santa Barbara. Certes, on ne saurait contester l’esprit, la verve, l’imagination de Goya ; mais 1 auteur des « Caprices » avait-il au même degré le sentiment des convenances décoratives, de la pondération, du rythme ? Nous nous permettrons d’en douter. Le succès des « Tapices » n’en fut pas moins éclatant, et ce fut de bon cœur que la maison du roi dépensa pour les cartons et les tapisseries entre les années 1776 et 1780, la somme considérable de 817,956 réaux, 21. — A côté de Goya nous rencontrons les peintres R. Bayeu, José del Castillo, Antonio Gonzalès, Mariano Nani, Andrès Ginès de Aguirre, Antonio Barbaza et José de Salas, chargés comme lui de défrayer la fabrique des cartons nécessaires. Bayeu exécuta notamment, d’après M. Villaamil, « los Perros en trailla » et a el Cazador » longtemps attribués à Goya.
Fermée en 1808, à la suite de la conquête française ; rouverte en 181 5, avec le concours du fils et de la veuve de Stuik, la fabrique de Santa Barbara se remit à tisser, pour la troisième, voire la quatrième fois, les cartons de Goya et de Bayeu. Mais cette renaissance fut de courte durée. La mort de Ferdinand VII (i833) porta à l’établissement un coup fatal. Transformée en simple dépôt de tapis et de tapisseries, Santa Barbara s’est vue réduite, depuis, à d’obscurs travaux de rentraiture ; en tant que manufacture, elle a vécu.