CHAMBRES
« Une chambre vermeille de tapicerie de haulte-lice, faicte à or, ouvrée d’aournemens de Dames Jaisans personnages d'Onneur, de Noblesse, Largesse, Simplesse et autres ; garnie de ciel fait à faucons, de dossier et de couverture de lit.
Une riche chambre de tapisserie de haulte-lice, de file d’Arras, appellée la Chambre aux Petiç en/ans, garnye de ciel, dossier et couverture de lit, tout ouvré d’or et de soye ; et sont lesdiz dossiel et couverture de lit tout semez d’arbres et herbaiges et petiz enfans, et au bout d’en hault faiz de trailles de rosiers sur champ vermeil, et ledit ciel est tout fait de pareille traille de rosiers à roses sur champ vermeil, sans autre ouvrage, mais les goutières d’icellui sont de pareille semeure que ledit dossiel et couverture; tout fait à or et de soye.
Une autre riche chambre de tapisserie de haulte-lice, de file d’Arras, faicte à or, appellée la Chambre du Couronnement Nostre-Dame, garnye de ciel, dossier, couverture de lit et six tapiz à tendre, dont les deux sont faiz à or et les quatre sans or, et en chascun d’iceulx a deux personnages de feux le duc Anthoine de Brabant et madame sa femme et de leurs enfans, couvers d’un petit dosseret ; et est tout de Brabant.
Une chambre de tapicerie de haulte-lice, ouvrée à ung pou d’or, garnie de ciel, dossier, couverture de lit, sur champ vert, appellée la Chambre de la Plaiderie d' Amours, oü il y a plusieurs personnages d’ommes et de femmes, et a plusieurs escriptures d’amours en rolleaux.
TAPIZ DE SALE.
Premièrement, trois tapiz de haulte-lice et de file d’Arras, faiz richement à or, appeliez les Tapis de Fama, ouvrez de plusieurs personnages qui tendent à honneur.
Deux tapiz ouvrez chascun des xij Pers de France, dont l’ung est plus grant que l’autre et plus richement fait à or.
Ung tapiz ouvré des ix Preux et neuf Preuses, fait richement à or.
Ung autre tapiz ouvré des neuf Preuses seulement, fait aussi à or.
Ung tapiz des Sept Sages, ouvré à or en plusieurs lieux et de file d’Arras.
Trois tapiz de haulte-lice fine, ouvrée à or, de l’Ystoire de l’Église militant, dont en l’ung est assiz en majesté le Saint-Père et plusieurs cardinaulx entour de luy, et par-dessoubz lui plusieurs princes qui lui présentent une églize ; et en chascun des deux autres tapiz a x personnages, de pareil ouvrage, à targes des armes de France et autres.
1 M. le chanoine Van Drival a publié, en 1877, ce dépouillement dans la Revue des Sociétés savantes, 6° série, t. IV, p. 224, et dans les Mémoires de l'Académie d'Arras , sous le titre de Documents concernant les tapisseries de
Imute-lice, etc. La liste que nous imprimons est plus complète et plus exacte! nous l'avons dressée à Arras il y a plus de vingt ans.
* Les Ducs de Bourgogne, t. II, p. 267 (fonds Colbert, n° 127).
Huit tapiz de haulte-lîce, de file d’Arras, ouvrez de l'Apocalipce.
Six tapiz de haulte-lice, de la Bataille de Liège , ouvrez à or en plusieurs lieux.
Trois tapiz de la Bataille de Rosebecque , faiz à or en plusieurs lieux.
Deux tapiz de Jascm , faiz à or en plusieurs lieux. , , ...
Ung gr.it t.plï d= h.uMc. ouvré à or, do Histoire JNgnicr qui fuit mg champ ie buta, Ile
Uof gront topiz do h.ulio-lico, o.n. or, do blutoir, du du c Guillaume de Normand,,, comment ü emqmst Eugleterre.
Ung gront viol. topi. do h.ulto-lice, d. VYstoire Loren, Guiriu ,m chenu le sanglier.
Deux autres grans vielz tapiz de l'Istoire de Florence de Rome, sans or. ,
Un autre grant vielz tapiz, bien adoramagié, de l'Istoire de Juennesse et Déduit, appelle la Chasse du cerf.
Ung autre tapiz de haulte-lice de l'Ystoire de Helcanus qui a perdu sa dame, ouvre sans or.
Ung autre petiz tapiz de bergerie, sur champ vert, semé de Bergiers et Bergières, dont les aucuns font des fagoz.
Ung grant vielz tapiz, de llstoire du duc Régnault de Montaben, cornent il vainquit le roi Dennemont devant Angoune, et est
de B Ung autre vielz tapiz de haulte-lice, ouvré de Juennes hommes et femmes jouans de plusieurs jeux ; et est de Brabant.
Ung tapiz de l'Ystoire messire Bertrand du Guesclin, fait à or en plusieurs lieux.
Ung tapiz de l Ystoire de Charlemainet, fait à or comme dessus.
Ung tapiz de Sêmiramis de Babiloine, fait à or comme dessus, et est en deux pièces.
Ung tapiz de Godefroy de Buillon, fait à or comme dessus.
Ung tapiz du Chastel de Franchise, fait à or comme dessus.
Ung tapis de VOrguilleux de la lande nommé Par cheval le Galoi\, ouvré à ung pou d’or.
Ung tapiz de Dom de la Roche, ouvré à ung pou d’or.
Ung tapiz du Parc des Bergiers, aussi ouvré à ung pou d’or.
Ung tapiz de haulte-lice, sur champ vermeil, de file d’Arras, à plusieurs herbages et fleurettes, ouvré ou mylieu de deux personnages, assavoir : d’un chevalier et d’une dame, et de six personnages d’enfans es quatre cornetz.
Deux autres tapiz de haulte-lice, sur champ bleu, semez de doubles rainseaux de liz et autres doubles rainseaux acouplez les uns aux autres, dedens ung chappeau de roses, ouvrez ou mylieu d’un bergier, ayant les armes de Flandres sur son chappeau, et quatre moutons aux quatre cornes desdiz deux tapiz.
Neuf grans tapiz et deux mendres [moindres] de haulte-lice, ouvrez à or, de volerie de plouviers et perdriz, èsquelz sont les personnages de feux monseigneur le duc Jehan et madame la duchesse, sa femme, tant à pié comme à cheval.
TAPIZ DE CHAPPELLE.
Ung tapiz de haulte-lice, du Couronnement Nostre-Dame, ouquel sont les histoires des festes de Pasques, de l’Ascension, de la Penthecouste et dudit Couronnement, fait à or en pou de lieux.
Ung tapiz ouvré du Sépulcre Nostre-Seigneur, fait à or en pou de lieux.
Ung tapiz ouvré de saincte Anne, fait à or et de fille d’Arras.
Ung tapiz de haulte-lice du Credo, fait d’ymages d’appostres et prophètes, à or et de file d’Arras, ouquel tapiz est escript ès rolleaux que tiennent lesdiz apostres tout le credo, et prophésies ès roolles que tiennent lesdiz prophètes.
Ung tapiz du Trespassement Nostre-Dame, fait richement à or.
Ung tapiz de haulte-lice, fait à or, de petites ymages de la Passion Nostre-Seigneur, et y a au-dessoubz une Véronique et les personnages de Vespasien, Titus et autres; et est de Brabant.
Une grant table d’autel de haulte-lice, faicte richement d’or et de fille d’Arras, en laquelle a ou mylieu Nostre-Seigneur sur le sépulcre et plusieurs ymages : Nostre-Dame, les trois Maries et autres sains, et à l’ung des costez est saint Jehan-Baptiste, et à l’autre costé saint. Anthoine.
Une autre table d’autel, plus estroitte, de haulte-lice, faicte à or et de file d’Arras, ou mylieu de laquelle est le Couronnement Nostre- Dame, plusieurs chérubins et angles entour, estans en ung tabernacle en manière de moustier, et aux deux costez y a six apostres d’un costé et six d’autre.
Une autre manière de table d’autel, pour parement d’église, quarrée, d’environ aulne et demye de quarreure, aulne de Paris, faicte de haulte-lice, toute d’or et de soye, en laquelle a, par en hault, ung ymage de Nostre-Seigneur assiz en majesté sur champ de nues à estoilles d’or, et dessoubz y a une rangée d'angles dont dessoubs eulx y a une croix ou mylieu et à l’un des costez d’icelle a ung roy à genoulx que présente ung saint vestu de blanc, et à l’autre costé une royne que présente une vierge. »
Si l’on compare l’inventaire qui précède avec celui qui fut dressé au décès de Philippe le Hardi, en 1404, on constate qu’une douzaine d’articles à peine figurent dans ce dernier. Il faut conclure de ce rapprochement que l’un de ces inventaires n’énumère pas toutes les richesses du même genre possédées par le premier duc de Bourgogne, et que l’autre ne nous présente pas la liste exacte des tapisseries échues à Philippe le Bon, son petit-fils, après la mort de son père arrivée en 141g. Ces princes avaient des dépôts de tapisseries à Arras, à Paris et à Dijon : dans d’autres hôtels encore que ceux de ces villes, il y avait des tentures entières ou des tapis de salles. L’inventaire de 1404 a été dressé à Paris, et celui de 1420 a été rédigé en Bourgogne. En présence de documents aussi incomplets, il n’est donc pas possible de nous faire une idée juste de tout ce que les hôtels et les châteaux des ducs de Bourgogne renfermaient de trésors artistiques. Nous allons tâcher d’y suppléer en partie à l’aide des renseignements que les archives fournissent sur les acquisitions faites par Philippe le Bon.
La première dont elles nous parlent remonte au mois de janvier 1420 (n. st.). Le duc enjoint de payer la somme de 4>°oo francs, monnaie royale, aux héritiers de Gui de Ternois, pour la vente de trois pièces de tapisserie, contenant deux cent dix aunes carrées, et qui, à en juger par le prix, devaient être splendides : elles étaient « faictes et ouvréez de fil d or et de laine, à pluseurs ymages d’archevesques, évesques et roys, pourtrais « et vestus de coulleur, ystoriées de l’Union de Sainte-Église. » Ce sont, à n’en pas douter, ces trois mêmes pièces qui figurent parmi les tapis de salle dans l’inventaire de 1420, sous le titre de l'Histoire de l'Église militante. Comme le mandement ducal est daté d’Arras, on ne saurait hésiter à admettre qu’il y est question
TAPISSERIES FLAMANDES
d’un haute-lisseur de cette ville'. C’est dans cette localité que Philippe le Bon fit nettoyer, en 1423, plusieurs tapis blancs avec personnages jouant de l’orgue’, et restaurer, en 1433, par un brodeur du nom de Jean Marie, une riche chambre de tapisserie, dite la chambre de Bourgogne3. A la même date il acheta une douzaine de tapis à ses armes, à un certain Jean Visse, tapissier d’Arras, pour en couvrir ses chevaux et mulets de somme*.
Le dépouillement des comptes du règne de Philippe le Bon nous fournit de nouveaux détails sur deux haute-lisseurs qui ont déjà été cités par nous : Jean Walois, Wallois ou Waloiz, et Jean Julien. Ce dernier livra, en 1431, quatre tapis « partout dyaprez » et ornés des nouvelles armes du prince, lequel venait d’ajouter à ses titres ceux de comte de Namur et de duc de Brabant et de Limbourg 5. Quant au premier, il fut le fournisseur privilégié du duc de Bourgogne. Ce prince le gratifia, en 1425, d’une somme de 450 francs « pour considéracion des « bons et agréables services qu’il a fais au temps passé à feu son père, et à lui depuis son trespas, en maintes
« manières, et fait encores chascun jour, comme pour et en récompensacion des grans soing, traveil et peine
« qu’il a euz et supportés pour la garde de certaine tapisserie faicte à la devise de feu Monditseigneur, qui la « fist baillier en garde audit Jehan Walois, lequel l’a depuis nagairre bailliée et délivrée par le commandement « et ordonnance de Monditseigneur saine et entière à Jehan Prévost, dit Fouet, garde de la tapisserie®. » Le nom de Jehan Walois figure dans un compte de l’an 1428 à propos de deux petits tapis aux armes de Monseigneur, pour son oratoire et l’autel de sa chapelle 7. A la même époque, il lui vendit une chambre de tapisserie « palée de
« coulleurs de vert et de blanc, semée de roseaux et à pluiseurs ymaiges », et qui se composait de ciel,
couverture, dossier, gouttières, coussins, etc. ; elle fut donnée au prieur de Pont-Saint-Esprit a. Le prince acheva de lui payer, aussi cette même année, une autre chambre de tapisserie, représentant des Chasses à l’ours °. C’est à cette tenture que doivent se rapporter deux payements, de 100 livres chacun, faits, en 1427, à Jean Walois, « en prest sur certaines parties de tappisseries qu’il fait pour Monseigneur 10 ». Une ordonnance du 14 décembre 1432 enjoint de lui compter la somme de 708 livres de Flandre pour deux chambres de tapisserie dont les sujets ne sont pas indiqués, et qui furent envoyées par Philippe le Bon à sa nièce Catherine de Clèves, duchesse de Gueldre’'. Un peu plus tard, Walois vendit à son souverain, pour le prix de 5c>4 livres, une chambre de tapisserie de six pièces et trois gouttières, formant un total de deux cent quatrevingts aunes carrées, avec des représentations de Chasses à l’ours, et, moyennant 274 livres 10 sous, une autre chambre de cinq pièces et trois gouttières, contenant cent quatre-vingt-trois aunes, et « faictes à devise de « boscaiges, d’oyseaulx et de verdure à plaisance” ». Le duc de Bourgogne fit don de la première au duc de Gueldre, et de la seconde au comte de Meurs, lorsqu’ils prirent congé de lui à Arras, quelques jours après la conclusion de la célèbre paix qui avait été signée dans cette ville, le 21 septembre 1435, et qui mit fin aux querelles des Armagnacs et des Bourguignons. Jean de Heinsberg, évêque de Liège, qui avait assisté aux conférences tenues en vue de cette réconciliation, reçut un cadeau de la même espèce, mais d’une tout autre valeur. A titre de cousin du duc, celui-ci lui fit accepter deux magnifiques tapis de chapelle représentant l’un, les Sept joies de la Vierge, l’autre, la Passion du Christ. Ces deux draps furent payés à Walois la somme de x , 1 38 livres 10 sous de Flandre13. En 1438, il fournit trois petits tapis, dont deux armoriés, pour le service de la chapelle ducale '*. Une autre somme fort importante — il s’agit de 1 ,079 francs d’or, — figure au nom de Jean Walois, dans un compte de l’an 1441, pour l’achat fait par le duc des cinq tapis de haute-lisse qui suivent, plus un tapis armorié pour bêtes de somme : la Nativité de Notre-Seigneur, la Résurrection de Lazare, la Passion et le Crucifiement du Christ, l'Ascension et les Quinze Signes et le Jugement de Notre-Seigneur 1S. Il est encore une fois question de Walois en 1445, à propos de la livraison de deux tapis armoriés pour servir dans la chapelle et dans l’oratoire de l’hôtel ducal10.
Aux acquisitions de tapisseries que Philippe le Bon fit à des haute-lisseurs d’Arras et à des marchands dont les documents ne nous ont pas fait connaître le lieu d’établissement, telle que cette chambre de tapisserie, achetée en 1425 ou 1426, pour tendre dans la salle où il avait l’habitude de coucher quand il se
' De Laborde, les Ducs de Bourgogne, 1. 1”, p. 173.
a Ibidem, p. 193; — Van Drivai., les Tapisseries d’Arras, p. 96.
a De Laborde, loc. cit., p. 307; — Van Drivai., loc. cil., p. 97.
* De Laborde, loc. cit., p. 3ob ; — Van Drivai., loc. oit., p. 96.
» Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique; 3« série, t. VI, p. 170; article du baron delà F'ons-Mélicocq, intitulé : les Hautelisseurs d’Arras et de Lille. La sourcen'est pas indiquée: cet extrait provient du compte de la recette générale des finances de l’an 1431, fol. ixnj, coté F 12 1, aux Archives départementales du Nord, à Lille.
Cette note et d’autres quisuiventnefigurentpas dans les Ducs de Bourgogne du comte de Laborde.
» Compte de la recette générale des finances du 3 octobre I424au 2 octobre 1425, fol. c v», aux Archives du royaume, à Bruxelles.
1 Compte de la recette générale des finances de 1428, fol. ij'xxxj r», coté F 120, aux Archives départementales du Nord, à Lille.
8 Ibidem, fol. exxj v».
» Ibidem.
“ De Ladorde, loc. cit., t. Il, p. 386; - Van Drival, loc. cit., p. 99.
11 Compte de la recette générale des financesde 1432, fol. ij'vij r°, coté F 122, aux Archives départementales du Nord, à Lille. — Ce passage n’est pas cité dans
18 De Laborde, loc. cit., t. Ier, p. 345 ; — Van Drival, loc. cit., p. 97.
18 De Laborde, loc. cit., p. 345 ; — Van Drival, loc. cit., p. 97.
du royaume, à Bruxelles.
15 De Laborde, loc. cit., p. 382 ; — Van Drival, loc. cit., p. 98. i» Compte de la recette générale des finances de 1445-1446, fol. ij'xxv r°, coté F 140, aux Archives départementales du Nord, à Lille. — Cette mention ne figure pas dans l'ouvrage du comte de Laborde.
trouvait à Chanceaux, en Bourgogne nous devons ajouter les suivantes. Jean Arnulfini, marchand de Lucques, demeurant à Bruges, vendit au duc, en 1423, au prix de 345 livres de Flandre, six tapisseries « faictes et « ouvrées bien richement de pluiseurs histoires de Nostre-Dame », pour être offertes de sa part au pape Martin V : elles représentaient l’ Annonciation, la Nativité, l’Apparition de l’ange aux Bergers, la Circoncision , l’Assomption et le Couronnement de la Vierge *. En 1441, Philippe le Bon fit acheter à Bruges d un autre marchand lombard a. ung drap de tapisserie hystorié de trois hystoires morales du pape, de 1 empereur et de la noblesse », drap qu’il destinait au pape Eugène IV a. Dans l’inventaire du pape Paul II figure une tapisserie d’Arras que le duc de Bourgogne lui avait donnée en 1466*, et dont le sujet n’est pas indique0. En 14^91 ce prince avait acquis d’un de ses conseillers, messire Bourdin, seigneur de Saligny, « certains draps de tapisseries » qui devaient avoir un mérite extraordinaire, puisqu’elles furent payées près de 1,000 francs0. Enfin il faut encore enregistrer diverses commandes faites, en 1449, à des haute-lisseurs de Tournai, et entre autres celle de la fameuse tenture de l’Histoire de Gédéon , dont il sera question lorsque nous nous occuperons de cette localité. Une particularité rattache cette tenture à Arras, car c’est à un peintre de cette ville, appelé Bauduin de Bailleul, que l’exécution des cartons fut confiée. Nous avons rapporté ailleurs l’éloge qu’a fait de cet artiste Jean Lemaire, écrivain du commencement du seizième siècle, dans son poëme intitulé : la Couronne margaritique \
Les tapisseries faisaient partie du trousseau des personnes de haute condition ; nous en avons cité plusieurs exemples dans le chapitre consacré au règne de Philippe le Hardi; en voici un autre. En 1439, lors du mariage d’Agnès de Clèves avec Charles, infant de Navarre, c’est le duc de Bourgogne, oncle de la jeune princesse, qui se chargea du trousseau, composé de joyaux, de robes, de vaisselle d’or et d’argent, de tapisseries, de linge, d’ornements d’autel, etc. Parmi les tapisseries, il y avait « une chambre de haulte-lice ouvrée d’or, garnie de « ciel, dociel, couverte de lit, sur champ vert appelée la chambre de la Plaidoyerie d'amours, où il y a plusieurs « personnages et escripture; — six tapis de la mesme hystoire et servant à ladicte chambre; — • ung autre grand « tapis appelé la Chasse du serf; — un g autre chambre de tapisserie, à champ vert et à plusieurs personnages, et garnye de ciel, docier, ung costé, trois tapis pour la muralle et deux courtines de taphetal vert8 ». La première de ces chambres figure dans l’inventaire de 1420 qui a été reproduit plus haut.
Dans les grandes cérémonies publiques, Philippe le Bon se plaisait à étaler ses splendides tentures; c’était du reste là leur véritable destination. En 1424, il en avait fait venir une grande quantité d’Arras à Paris, pour orner son hôtel d’Artois, où avait été contracté avec beaucoup de pompe, le 5 novembre, le mariage de son premier chambellan, Jean de la Trémoille, seigneur de Jonvelle, avec mademoiselle de Roche-Baron". A l’occasion de son union avec Isabelle de Portugal, qui fut célébrée à Bruges, au mois de janvier 1430, on vit arriver de différentes localités cinquante chariots de meubles et de joyaux, quinze chariots avec des harnais de joute et quinze autres avec des tapisseries Les chroniqueurs d’alors, en parlant des fêtes auxquelles donna lieu cet heureux événement, ont fait tout spécialement mention de ces dernières. Monstrelet dit que les rues de la ville a étoient encourtinées en plusieurs lieux de tapis et riches draps de haute-lice". » Jean Lefèvre, seigneur de Saint-Remy, raconte que « la chapelle, la grande salle anchienne et toutes les chambres, celle de a madame de Bethfort et toutes les autres, connues et non connues, furent tant richement tendues de tapisseries « que c’estoit une grant merveille à penser". » L’anonyme auquel l’on est redevable d’une narration du voyage" de l’ambassade chargée par le duc de Bourgogne de demander en mariage la fille de Jean Ior, roi de Portugal, dont Jean Van Eyck devait peindre le portrait", confirme ce dernier point de la manière la plus formelle, et s exprime en ces termes : « Toutes lesquelles salles et chambres estoient tendues et parées de riches draps de « tapisserie, dont les pluiseurs estoient ouvrez de fil d’or et de soye. » Nous extrayons des Mémoires de Philippe de Commynes", ce transfuge de la cour de Bourgogne, un curieux passage relatif à la visite que 1 électeur Frédéric Ier rendit à Philippe le Bon, à Bruxelles, au mois de février 1466, et dans lequel il est
» Ibid 1
rdk, les Ducs de Bourgogne, t. I°r, p. 224. p. 196. Le mandement original relatif à cette acquisition existe du royaume, à Bruxelles, dans la collection des acquits des
tomptes de la » Ibidem, p. 383.
* E. Muntz, la Tapisserie à I dans la Galette des Beaux-Arts, d 6 M. Wautebs dit qu’elle repi commissions royales d'art et d’archéologie, i5" ani tapisserie achetée par le duc à Jean de Rave vers
nullement question qu’elle ait été envoyée au pa]
“V" concernent “tte tenture. Du reste nous verrons plus loin que cet rie de l'Histoire d’A nnibal fut exposée à Bruxelles en 1469.
" ComPte de 1* recette générale des finances de 1439, fol. ij v°, aui
XVe siècle, p. 5. Cet article a paru d'août 1876, t. XIV, 20 période.
l'Histoire d’Annibal { Bulletins des 394). Il a confondu la me époque, et il n’est
du
e, à Bru
i Alex. Pinciiari MM. Crowe et Cava
liions à la traduction française de l’ouvrage de : les Anciens peintres flamands, t. II, p. ccxlvi.
8 De Laborde, loc. cit., t. II, p. 424.
9 « ... Pour foire remener de la ville de Paris en la ville d'Arras grant « quantité de la tapisserie de Monseigneur que nagaire icelui Monseigneur « avoit fait amener pour tendre en son hostel d’Artois audit lieu de Paris à la « festeet assemblée qui y a esté faite pour et à cause des nopces de Monseigneur « de Jonvelle, etc. > (Compte de la recette générale des finances du 3 octobre 1424 au 2 octobre 1425, fol. cxliij v°, aux Archives du royaume, à Bruxelles.)
111 Plancher, Histoire générale et particulière de Bourgogne, t. IV, p. 134.
" BuclI0N> Collection des chroniques nationales françaises; Monstrelet, t. V, p. 274.
19 Ibidem, t. VIII, p. 320.
18 Elle a été publiée par M. Gachard dans sa Collection de documents, t II. d MnTcT ALE*' I>,nciurt^ Annotations à la traduction française de l'ouvrage
La dissertation sur Jean Van Eyck a été titrée à part sous le titre de -.Documents authentiques relatifs aux frères Van Eyck, etc. (i8fi3).
'» Édition de MU" Dupont, 1. 1», liv. II, chap. VIII, p. 168.
TAPISSERIES FLAMANDES
question du peu de respect des gens de sa suite pour les belles couvertures en haute-lisse qui garnissaient les lits des chambres de l’hôtel de ce prince dans lesquels ils furent logés : « Je veiz venir vers ledict duc le « conte palatin du Rin pour le veoir. Il fut plusieurs jours à Brucelles fort festoyé, recueilly, honnoré et logié « en chambres richement tendues. Les gens dudict duc disoient que ces Allemans estoient ordz1 et qu’ils « gectoient leurs houseaulx' sur ses lictz si richement parez, et qu’ilz n’estoient point honnestes comme « nous. »
Tout en agrandissant considérablement ses Etats déjà fort vastes, soit à prix d’argent, soit par héritage, Philippe le Bon augmenta dans les mêmes proportions ses trésors artistiques de divers genres. Nous avons rapporté ce qu’il possédait en fait de tapisseries à Dijon, au mois de juillet 1420, et ce qu’il avait acquis depuis. Il est bien regrettable qu’une liste de ce que renfermait l’hôtel du duc à Arras ne soit pas arrivée jusqu’à nous, pour avoir une idée plus complète des draps et tentures réunis par les ducs de Bourgogne depuis l’invention de l’art de fabriquer la tapisserie en haute-lisse. En 1429, à la mort de Jean III, comte de Namur, qui avait vendu ses États à Philippe le Bon, le mobilier de ce prince s’enrichit encore de quelques tapisseries qui se trouvaient au château de Namur, et qui y restèrent sous la surveillance d'un homme du métier auquel on payait annuellement une rente en nature pour les « songner et warder3 b. L’inventaire nous en a été conservé, et l’on peut juger par là qu’elles n’avaient pas une fort grande importance; nous croyons néanmoins devoir le publier ici* :
» Premiers, ung lit, chiel et dossier avec le couvertoir de couleur bleue, et ung compas armoyé des armes de Flandres avecques les courdines de soye, la couche et deux tappis de telle couleur pour le chambre Monseigneur.
Item, pour la chambre de parement, j lit, le couvertoir, chiel et dossier de couleur bleue, àlionsportans les armes de Haynau et de Namur, et les custotes de pareille couleur.
Item, iiij tappis bleus pour tendre ladicte chambre.
Item, pour j petite chambre, j lit, le couvertoir, chiel et dossier de brodure, à une damoisièle sur un camel, et deux petis tappis.
Item, pour la chambre c’on dist aux Enffans, j lit, le chiel et dossier, parties de noir et de gaune, et la couverture de noir et de vermel, avec les courdines.
Item, vj petis tappis et j lit de couche.
Item, pour la chambre c’on dist de Savoie, j lit et couche, le chiel, dossier et couverture armoyé de France et de Savoie, semés de pappegaux, les draps courans blans sur petits tappis d’ouvraige d’Allemaigne, dont iiij tiennent ensemble. »
Dans le compte de la vente des meubles trouvés au château de Namur à la mort du comte Jean III 6, on lit : a ix tapis à ouvrage de dennemarche bleu, broudez et armoyés de pareilhe broudure, et semés de fuellez jaunes ; prisyés et retenu pour Monseigneur le duc [de BourgogneJ, pour Ixx escus. »
L’héritage de son cousin, Philippe de Saint-Pol, duc de Brabant et de Limbourg, mort sans postérité en 1430, dut apporter aussi quelques tapisseries à Philippe le Bon, car il y en avait à l’hôtel de Coudenberg, à Bruxelles, et nous aurons l’occasion de donner des renseignements sur celles qui furent exécutées, pour orner les salles de cet édifice. Dans un compte du duc de Bourgogne de l’an 1425, on lit qu’à l’époque où Jacqueline de Bavière, comtesse de Hainaut et de Hollande, fut livrée à ce prince par les habitants de la ville de Mons, elle emporta, entre autres choses, ses tapisseries, qui furent menées avec elle à Gand, où le duc Philippe la fit interner. Plus tard, elles furent transportées à Bruges avec les robes et hardes de la comtesse6. En quoi consistaient-elles, et lui furent-elles rendues ? c’est ce que l’histoire ni aucun document ne rapporte. Mais il est assez probable qu’elles auront été confisquées au profit du duc, qui obligea Jacqueline à lui céder tous ses États.
Notre intention n’est pas d’enregistrer les noms de toutes les personnes qui eurent pour fonctions de conserver les tentures de haute-lisse des ducs de Bourgogne et de leurs descendants. Nous avons parlé des gardes de la tapisserie sous le règne de Philippe le Hardi; il nous paraît également utile de citer encore quelquesuns de leurs successeurs du quinzième siècle. .Disons, toutefois, que notre liste est loin d’être complète, car, s’il faut s’en rapporter à un état de l’hôtel ducal du temps de Philippe le Bon, ce prince n’avait pas moins de six gardes de tapisseries et douze valets pour les aider dans leur service’. La plus grande partie des tapisseries décoratives était, en 1438, enfermée dans l’hôtel d’Amboissenelle, à Arras8. Deux ans après on lit que le duc fit construire « certain édiffice de pierre, en manière de voulte, en son hostel audit Arras, pour y mettre « et seurement garder pour le feu sadicte tapisserie' ».
1 Soles.
s Bottes, brodequins.
9 « A Jorion de Bredine, pour ses gaiges de songner et warder les chambres « de tappisseric du chastel deNamur appartenant à Monseigneur, dont il a l’an
de la chambre des comptes, aux Archives du royaume, à Bruxelles.)
Dans le compte de l’argentier de 1470 (registre n® 1925, fol. v'ixxiij r“, de cette même collection) on lit : « A Garnot Pourcelot, garde de la tappisserie « de Monseigneur, etc., pour xl aulnes de grosse toile dont a esté faicte « une serpillière à envelopper certainne tappisserie nagaires amenée de « Namur, etc. »
* Il est transcrit dans le registre n« 1002, fol. 99 r®, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume, à Bruxelles.
c Collection de la chambre des comptes, ibidem.
1 Mémoire pour servir à l’histoire de France et de Bourgogne, 1 72g, 2® partie,
* Inventaire sommaire des A rchives départementales du Nord, t. I®r, p. 387. 9 De Ladorde, loc. cit., t. 1®', p. 379.
J.cqu» Hametise. ri fut „pp.lé à 1, cto*. de eue «»»»* à' » ““ d““ df'”! d' b°"d“’ ?"
le, très peintes, d.tée, de Rouvre, le , .où, r4,5 . pour e.® n demeurer en l'o.tel de mad.mel. ducheese d. Bourgongne pou, « rappareiller ses chambres et tappisseries de haute-liche1 ». ..
Jean P.ivoir, dit Fouet, volet de chambre et garde de la topi.aerie des ducs Jean sans Peur et Phihppe le Bon. Il prend ce ntre dans un document du ,o septembre ,4,9 par lequel 11 dicl.re avoir reçu du prévôt de Noyon < une chambre de s.rge perde contenant
de feu Monseigneur de Bourgongne3 ». Celui-ci lui avait accorde une pension de les maintenir en bon état3. Dans un mandement de
sept pièces brodées à moustons et armoyées des armes de 5o livres sur la recette de Lille à la condition de réparer ses tapisseries l’an 1434, le duc l’appelle» son bien amé tappissier Fouet4 ». Il mourut
Jacques Brocart est qualifié de valet de chambre et garde de la tapisserie du duc dans un compte de 1424-1423 5 6 .
Guillaume le Chasublier fut nommé tapissier de l’hôtel de la duchesse de Bourgogne lors de la création, en t43o, de la maison d’Isabelle de Portugal, troisième femme de Philippe le Bon7.
Jean Aubry. Nous avons rencontré ce nom pour la première fois comme garde de la tapisserie du duc dans un compte de r4398 *- La même année, Philippe le Bon lui donna l’office de différents jeux à Arras, dont avait jusque-là joui Jean Prévost, et ce aux mêmes conditions que lui, c’est-à-dire de réparer tous les tapis, chambres et draps de haute-lice du prince». Son nom figure encore en qualité de valet de chambre et garde de la tapisserie dans un état des officiers domestiques du duc Philippe vers la fin du règne de ce prince1».
Jean Pinta est appelé tapissier de Monseigneur dans un document du i3 mai 1449".
Garnier Pourcelot ou Pourchelot eut d’abord le titre de valet de chambre et garde de la tapisserie de monseigneur le comte de Charolais : c’est ainsi qu’on l’appelle dans un compte de 1454'». Dans un autre de l’an 1467 et dans un document de 1470, il est désigné comme garde de la tapisserie13.
Renaud Aubry ou Aubery fut successivement au service de Philippe le Bon, de Charles le Téméraire et de sa fille Marie. Il était valet de chambre et garde de la tapisserie de Monseigneur, en 1466, et il est qualifié de « tapissier de Madame » sous le règne de Marie14. Par lettres patentes de la duchesse, datées de Bruges, le i3 février 14S2 (n. st.), il lui fut assigné une pension sur les domaines de Bruxelles. Il y est dit qu’il avait été au service d’Isabelle de Portugal, la grand’mère de la duchesse, d’Isabelle de Bourbon et de Marguerite d’York, mère et belle-mère de la même princesse15.
Guillaume de Lairre. On lit ce nom en tête d’un inventaire non daté de tapisseries « chambres, couvertoirs, tapiz veluz et « autres, couvertures de charriots et quarreaux appartenans à madame la duchesse de Bourgongne, trouvez ès mains de Guillaume de « Lairre, son tapissier16 ». Quelques passages nous permettent d’affirmer qu’il s’agit ici d’Isabelle de Portugal, et que le document est antérieur à la mort du duc Philippe le Bon, arrivée en 1467. Cet inventaire renferme peu de chose pour notre sujet, et nous y avons à peine recueilli quelques articles que voici, au milieu d’une nomenclature assez longue de chambres, de courtines et de couvertures de toute espèce et de toutes couleurs, de tapis de Portugal et de Turquie, etc.
« Une chambre de tapicerie de couleur vert, assavoir : ciel, dossier et couverture de lit, ouvrée chascune pièce de plusieurs personnages d’ommes et de femmes faisans chasses et voleries et semez de branches et herbaiges.
« Dix tapiz à tendre, ouvrez pareillement que ladicte chambre d’ommes et de femmes de chasse et de volerie.
a Trois larges banequiers pareillement ouvrez d’ommes et femmes de chasse et volerie.
a Six autres banequiers plus petiz, de pareille façon et ouvrage.
« Une petite chambre de tapicerie de couleur vert, assavoir : ciel, dossier et couverture de lit, ouvréez de personnages de petiz enfans et semez de fueilles de chesne. »
TENTURES DE HAUTE-LISSE DES DUCS DE BOURGOGNE CITÉES PAR DES CHRONIQUEURS DU QUINZIÈME SIÈCLE. — TAPISSERIES DE BERNE ET DE NANCY PROVENANT DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
Nous n’avons pas trouvé d’achats de tapisseries de haute -lisse faits à Arras pendant le règne du duc Charles le Téméraire, mais nous aurons à signaler ceux qu'il fit à Lille, à Bruxelles et à Middelbourg, en Flandre, en traitant de ces localités. Dans divers comptes on rencontre plusieurs dépenses 17 qui témoignent de la sollicitude que ce prince avait pour préserver ses tapisseries de l’humidité et de toute espèce de dégradation. On y lit entre autres que des écriniers d’Arras furent chargés de faire, pour les y enfermer, cinq vastes armoires en bois de chêne, de neuf pieds de haut chacune, et dont trois mesuraient trois pieds et demi de large, et les deux autres trente pieds. Dans le même temps on voit que les précautions nécessaires furent prises pour assurer la conservation « d’une couverture de lit broudée d’une chambre vermeille de Monseigneur,
5 juin 1416, fol. vij“ix v», coté B i588, aux Archives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon.
3 Pièces comptables, carton coté B 394, ibidem.
» Inventaire sommaire des Archives départementales du Nord, 1. 1«, p. 390. ‘ Ibidem, p. 36g.
8 Ibidem, p. 390.
6 Compte de la recette générale des finances du 3 octobre 1424 au 2 octobre 1425, cité fol. cxxxviij v», aux Archives du royaume, à Bruxelles.
7 Original, ibidem.
» De Laborde, les Ducs de Bourgogne, t. I»r, p. 355.
» Inventaire sommaire des Archives départementales du Nord, t. I®', p. 390.
10 De Laborde, loc. cit ., t. II, p. xij.
11 « Tapissier van mynen gcncdichs heeren. » (Registre n" 526, fol. exiij r», du conseil de Brabant, aux Archives du royaume, à Bruxelles.)
12 De Laborde, loc. cit., t. Iop, p. 432.
'» Ibidem, t. I»r, p. 495, et t. II, p. 224 ; — Hounov, les Tapisseries de haute
“ * ■ - Voirtîts tapissier mynre grenadiger vrouwen... »
10 Registre n» 2425, 2« compte, fol. lxxxiij r», de la chambre des comptes,
16 Pièces comptables, carton B i3ig, aux Archives départementales du Nord, à Lille.
’• Registres n» 1924, fol vij>'xvij r», et n» 1925, fol. vexv° etv'xiij r», de la chambre des comptes, aux Archives du royaume, à Bruxelles.
TAPISSERIES FLAMANDES
« nommée la Chambre des Quatre vertu ç cardinaulx', » de « six tappis de haulte-liche de l'Istoire du roi « Albe, » et « d'une table d'autel de haulte-liche bien riche* », etc.
Au commencement du règne de Charles le Téméraire, les tapisseries étaient gardées à Arras et à Lille. On doit regretter qu’aucune énumération, même partielle, ne nous en soit parvenue. Il a été publié3 un inventaire fort détaillé de la vaisselle de ce prince, de ses joyaux, de ses draps d’or, de satin, de soie et de damas, mais ses draps de haute-lisse n’y figurent point. Et cependant les comptes fournissent la preuve que les tapisseries ont été étalées, en 1469, tant à Lille qu’à Arras, dans le but d’en faire un nouvel inventaire, qui a été dressé par Garnier Pourcelot*.
Des chroniqueurs contemporains nous font parfois connaître les sujets de plusieurs belles tentures ayant servi dans l’une ou l’autre cérémonie publique, et ils ajoutent ainsi aux renseignements que les archives ont révélés sur les tentures qui ont appartenu aux ducs de Bourgogne. Lors des conférences d’Arras, en 1435 , lesquelles eurent lieu dans l’abbaye de Saint-Vaast, un religieux, témoin de ce qui s’est passé à cette époque5, nous dit que « la grande salle de Monseigneur abbé avoit esté tendue et parée tout autour de draps de haulte- « lice, esquels estoit figuré la Bataille et déconfiture des Liégeois, faicte par Monseigneur le duc Jean et par « Guillaume, comte de Hollande, en l’an 1408. » Il ajoute que « la seconde salle de Monditseigneur abbé « estoit moult richement tendue et aornée tant de drap d’or comme de haulte-lice, moult précieux et de grand « valeur, parce que en icelle salle se dévoient tenir tous les conseils qui se firent en laditte convention. » Puis il dit que les chambres où furent logés dans l’abbaye les ambassadeurs d’Angleterre et les cardinaux envoyés par le pape, étaient également « richement ornées de drap de haute-lice battus d’or ». Dans le Voyage littéraire de deux religieux bénédictins'1 , qui fut imprimé en 1724, on lit que le jour de Pâques, la décoration de l’église de ce célèbre monastère était d’une magnificence tout à fait extraordinaire ; elle consistait en une merveilleuse tapisserie tissée d’or, d’argent et de laine fine, fort bien conservée, et qui pouvait dater de trois siècles. Nous savons par Olivier de la Marche7 que la salle où se fit le banquet du vœu du Faisan, à Lille, en février 1454, était tendue « d’une tapisserie en quoy estoit faicte la Vie d'Hercule ». Chastellain, en parlant du dixseptième chapitre de l’ordre de la Toison d’or qui se tint à La Haye, en mai 1456, s’exprime en ces termes8 : « La salle de La Haye est une des belles du monde et des plus propres à tenir grant feste. Sy fust tendue « icelle de la plus riche tapisserie qui onques entrast en court de roy, et de plus grant monstre, et n’avoit « esté monstrée ailleurs que droit-là, car le duc nouvellement l’avoit fait faire de l’histoire de Gédéon sur le « veaudre8 de miracle, en l’appropriant à son ordre. » Cette splendide tenture fut alors exposée en public pour la première fois. Philippe le Bon avait fait venir pour la cérémonie une grande quantité d’autres belles tapisseries10. Voici une autre citation à propos d'un événement dont le duc fut un des principaux acteurs; il s’agit de l’entrée de Louis XI à Paris, après son sacre, en 1461. Jacques du Clercq rapporte’1 à ce sujet que le duc de Bourgogne y « feit tendre en sa salle de son hostel d’Artois et dedans les chambres, la « plus noble tapisserie que ceulx de Paris avoient oncques veue, par espécial celle de l’Histoire de Gédéon « que ledit duc avoit fait faire toute d’or et de soye pour l’amour de l’ordre de la Toison qu’il portoit ; laquelle a toison Gédéon pria à Notre-Seigneur qu’elle fust mouillée, puis séchée, comme en la Bible on le peut plus « aisément veoir, et sur icelle avoit prins son ordre, et ne l’avoit voullu prendre sur la Toison que Jason « conquesta en l’isle de Colchos, pour ce que Jason mentit sa foy. Ledit duc feit aussy tendre l'Histoire « d'Alexandre et aultres plusieurs, toutes faites d’or et d’argent et de soye ; et pour la multitude qu’il en a avoit, les faisoit tendre les unes sur les aultres. » Le chroniqueur continue ainsi : « Ledit duc Philippe « tenoit tel et le plus riche et plus grand estât qu’on avoit oncques veu tenir à prinches de Franche, et n’estoit « personne qui ne s’esmerveillât de l’estât qu’il tenoit, des richesses et des pierreries qu’il portoit. » Philippe le Bon passait pour le plus riche prince de son temps, et Olivier de la Marche note1* qu’à sa mort on ne trouva pas moins de 400,000 écus d’or, 72,000 marcs pesant en vaisselle d’argent ordinaire, sans compter sa vaisselle d’or, ses bijoux, ses pierres précieuses, ses tapisseries et son incomparable librairie ou bibliothèque.
1 Registre n° 1924 cité, fol. iij'xxix v°.
* Registre n« 1923 cité, fol. v'xiij r°.
3 De Laborde, les Ducs de Bourgogne, t. Il, pp. 1-202.
« jour de février oudit an Ixviij jusques au xve jour de mars prochain aprez
• la ville de Lille comme en sa ville d'Arras, pour pendre et recevoir par in-
< ventoire sa tapisserie, etc.: assavoir : pour xiij jours qu'il fu occupé en la
< ville de Lille, où il tient sa résidence, et pour les autres xv jours qu’il fu « occupé en laditte ville d'Arras, etc. » (Registre n» 1924 cite, fol. vj»iij v».)
3 De leTaverne, Journal de la paix d'Arras, Paris, i65i, p. 6. Voy. aussi l’ouvrage intitulé: l'Abbaye de Saint-Vaast, par de Cardevacque et T erninck, t. I", p. 21 3.
TAPISSERIES FLAMANDES
’ Mémoires, Bruxelles, 1G16, p. 417.
" Kervvn de Lettenhove, Œuvres de G. Chastellain, t. III, p. 90. » Toison.
10 «Je Regnauldin Aubry, aide de tapisserie de Monseigneur leducdeBour- « gongne, certiflie à tous qu’il appertiendra que ou mois de février derrenié- « rement passé, Monditseigneur me envola de la ville de La Haye par-devers « mon père Jehan Aubry, lequel je trouvay à Courtray, affin que mondit père ■ upportast et feist apporter par-devers Monditseigneur plus grande quantité « de tapisserie qu’il ne lui avoit paravant escript, etc. Le xxv» jour de juing « l’an mil cccc cinquante-six. > (Collection des acquits des comptes de la recette générale des finances, aux Archives du royaume, à Bruxelles.)
11 De Reiffenbero, Mémoires de J. du Clercq, t. 111, liv. IV, chap. xxxiii, p. 171.
13 Edition de 1616, p. 494.
, jr!mo fif> haute-lisse qui furent déployés dans les
Olivier de la Marche nous apprend encore* que parmi les draps de naute usb .
, r, >>- -i ■ „ j„ riaarlp*; 1p Téméraire avec Marguerite d York, en juin 1468, il y en
rues de Bruges a 1 occasion du mariage de Charles le i emei 5
avait une représentant « comme Dieu accompaigna Adam et Ève en paradis terrestre », et une autre « comment « Cléopatra fut donnée en mariage au roi Alexandre. » Voici de plus ce qu’il rapporte’ en parlant de la salle du banquet : « Ladicte salle estoit tendue par haut de drap de laine bleu et blanc, et par les costes tapicee et tendue « d’une riche tapisserie faicte de l'Histoire de Jason , où estoit comprins l’avénement du mistere de la Toison « d’or ; celle tapicerie estoit toute d’or, d’argent et de soye, et ne croy pas que l’on ait veu si grande et si « riche tapicerie ensemble. » Un anonyme raconte que lors de l’assemblée solennelle tenue à Bruxelles, le i5 janvier 1469, pour recevoir les Gantois chargés de faire amende honorable au duc de Bourgogne, la salle du palais ducal où elle eut lieu « estoit aournée et circompendue de très riche tapicerie du grant roy Alexandre, « Hanibal et aultres nobles anciens3 ». Dans une autre circonstance, bien importante pour lui, car il s’agissait de faire consentir l’empereur Frédéric III à lui octroyer la couronne royale, le duc Charles et les gens de sa suite étalèrent un luxe considérable à Trêves, ville qui avait été choisie pour l’entrevue des deux princes. Le duc de Bourgogne était allé loger à l’abbaye de Saint-Maximin, dont il avait fait garnir les murailles de ses plus belles tentures. Une des salles, celle du réfectoire, était « parée de la tapisserie d 'Alexandre », et c’est là qu’il reçut l’empereur Frédéric, au mois de septembre 1473*. Dom Plancher5 complète ces renseignements d’après une source qui nous est restée inconnue, et ajoute que, parmi les tapisseries qui décoraient l’abbaye de Saint-Maximin, les unes représentaient des sujets pieux, tels que la Vie de Jésus-Christ, les Mystères de
l'ancien et du nouveau Testament ; d’autres des traits de l’histoire profane : l'Expédition de la Toison d'or par Jason, la Prise de Troyes et les Conquêtes d’Alexandre. Le chroniqueur Molinet consacre un chapitre à l’énumération de ce que Chastellain, son maître, considérait comme « les magnificences du duc Charles », dont ce dernier était l’historiographe ou l’indiciaire attitré, et parmi elles figure celle « qui fut monstrée à Trêves « devant l’empereur Frédérich, en maintes diverses manières bien hautaines' ». Ce luxe des Bourguignons déplut fort aux Allemands, et fut en grande partie la cause que Charles le Téméraire ne parvint pas à réaliser son projet de se faire couronner roi, projet qui tout d’abord s’annonçait devoir réussir. « L empereur s en alla sans « dire adieu, — écrit Philippe de Commynes7, — à la grant honte et follye dudict duc; oncques puis ne se « entre aymèrent, ne eulx ne leurs gens. Les Allemans mesprisoient la pompe et parolle dudict duc, l’attri- « buant à orgueil ; les Bourguignons mesprisoient la petite compaignie de l’empereur et les povres habille- « mens. Tant se démena la question que la guerre qui fut à Nuz en advint. »
En rappelant ces exemples et ces faits, nous avons eu également pour but de montrer quel rôle important eurent les tapisseries de haute-lisse dans les solennités de toutes sortes sous les ducs de Bourgogne. Nous aurons à citer ailleurs des tentures qui servirent à la décoration des églises, et que l’on n’exhibait qu’aux jours de fêtes et dans des occasions exceptionnelles.
Charles le Téméraire semble avoir aimé le luxe bien plus encore que son père. « Jamais, » — dit Molinet,
« ne feut en Bourgoingne duc plus magnifique8. » Même dans ses expéditions guerrières il se faisait accompagner d’une grande partie de sa vaisselle et de ses joyaux de prix. Aussi, lors du pillage du camp des Bourguignons après la bataille de Granson, arrivée le 3 mars 1476, les Suisses et les Allemands, leurs alliés, trouvèrent-ils des richesses inestimables. Des témoignages du temps disent que le duc y perdit ses pavillons, ses tentes, etc., et qu’une partie seulement de son trésor, de ses joyaux et de son argenterie fut sauvée'. C’est de là que proviennent les grandes tapisseries de haute-lisse et les belles broderies que possède la ville de Berne10. La description des premières a été publiée assez souvent; et elles ont du reste été reproduites par la gravure et par la photographie dans d’assez grandes dimensions". On peut par conséquent se borner ici à en indiquer les sujets :
1 Loc. cit., pp. 5î5 et 627.
* Mémoire de messire Olivier de la Marche, Lyon, i56a, p. 35a. Nous avons vérifié ce texte dans cette première édition, où nous avons également rencontré le mot Jason, avec une note indiquant que l’éditeur avait cru devoir substituer ce mot à celui de Gédéon, qui existait dans le manuscrit qu’il eut sous les yeux.
3 Gachabd, Collection de documents inédits, t. I'r, p. 204; — M»“ Dupont, Mémoires de Philippe de Commynes, t. III, p. 224.
* Gachard, loc. cit., 1. 1°', p. 23a.
6 Histoire générale et particulière de Bourgogne, t. IV, p. 417.
6 Buciion, Recueil de chroniques, etc., t. Ier, chap. xxxvi, p. 241.
1 Mémoires, édition de Mu“ Dupont, 1. 1«, liv. II, chap. vin, p. 168.
« Loc. cit., p. 237.
* Voici “ qu’écrivait le lendemain J.-P. Panigarola, ambassadeur du duc
de Milan:* La perdita è . paviglioni, tende, apparati pomposi et fornimenti
« sono salvati et reducti qui.- 1 (DeGingins la Sarra. Dépêches des ambassadeurs milanais sur les campagnes de Charles le Hardi de 1474 à 1477, t. I«r, p. 3 17.) De son côté, Molinet dit dans scs Chroniques (édition de Buenos, t. Iop, p. 194), au chap. xx, que « les Suisses gaignêrentlecamp et la bataille.
« joyaulx, la maison de bois, fort riches vaisselles, tentes, pavillons, tapisserie « et la richesse du duc Charles ».
10 Dans une lettre adressée à M. Marchal, et publiée dans l’introduction au Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Bourgogne, p. xciv, M. S. de Wagner affirme qu’on conservait autrefois à Berne d’autres tapisseries encore, parmi lesquelles il y avait l’Histoire des travaux d’Hercule, de fabrication bruxelloise. De son côté de Barante, Histoire des ducs de Bourgogne (édition de M. Gachard, t. II, p. 5 10) dit qu’à la bataille de Granson les Suisses s’emparèrent dans le camp de Charles le Téméraire d’unequantité incroyable de tapis d’Arras enfermés dansdes caisses, qui 11 furent coupés et distribués à l’aune «comme de la toile commune ». Nous ignorons où ces auteurs ont trouvé ces détails qui méritent confirmation. M. Gachard a publié, p. 5io, loc. cit., un état de ce qui fut trouvé dans le camp de Granson, mais aucune tapisserie n’y figure.
11 Voy. les ouvrages suivants : Jubinal, les Anciennes tapisseries historiées, Paris, i838j — P. Lacroix, le Moyen Age et la Renaissance, Paris, etc. M.Stanz en a publié une bonne description à Berne, en i865, (die Burgunder Tapeten in Bern), en une brochure de 27 pages. Cette même année, nous avons obtenu
sériés pour le gouvernement belge : elles ne l’avaient jamais été jusqu’alors.
TAPISSERIES FLAMANDES