VALENCIENNES
HAUTE-USSEURS DU QUATORZIÈME ET DU QUINZIÈME SIÈCLE ÉTABLIS A VALENCIENNES. TAPISSERIES VENDUES PAR DES FABRICANTS VALENCIENNOIS AU DAUPHIN JEAN, DUC DE TOURAINE; A JACQUELINE DE BAVIÈRE, SA VEUVE, ETC. — LA TAPISSERIE DU MUSÉE DE VALENCIENNES. — CE QUE C’ÉTAIT QUE LE MÉTIER DES HAUTE-LISSEURS AU SEIZIÈME SIÈCLE. — TAPISSERIES EXÉCUTÉES POUR LA VILLE EN IÔ20 ET EN l682. MANUFACTURES FONDÉES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE.
Valenciennes suit Arras dans l’ordre chronologique de l’histoire de la tapisserie de haute-lisse. Cette ville faisait anciennement partie du comté de Hainaut, lequel eut ses princes particuliers jusqu’au-delà du premier tiers du quinzième siècle.
Le comte Guillaume II, qui fut tué à la bataille de Staveren, en i345, avait épousé Jeanne, fille unique et héritière de Jean III, duc de Brabant et de Limbourg. Après deux ans de veuvage, cette princesse se remaria avec Wenceslas, comte de Luxembourg : elle succéda à son père en i355. Dans les comptes des dépenses de ces époux des années 1364 et i365, figure le nom d’un certain Jean Hont, de Valenciennes, qui fournit à la duchesse plusieurs chambres de tapisserie, dont l’une de couleur verte était divisée en quatre compartiments, ce qui semble évidemment indiquer qu’il y avait des ornements et des rinceaux; une autre était rouge et rayée, et coûta 21 5 moutons d’or; une troisième fut payée 269 moutons. Dans les comptes des années 1 366 à i368 apparaît un autre tapissier, nommé Thiéri de Reyns ou de Remis, sans l’indication du lieu de son domicile, et qui vendit à Jeanne des tapisseries du même genre que les précédentes : nous y reviendrons dans un des chapitres suivants1. Ces détails suffisent-ils pour faire croire que Jean Hont fut un tapissier de haute-lisse? cela ne nous est pas démontré jusqu’ici par ce que nous avons recueilli, mais nous n’oserions pas affirmer le contraire.
Quoi qu’il en soit, il résulte de renseignements publiés par le baron de la Fons-Mélicocq qu’il y avait des haute-lisseurs à Valenciennes à la même époque*. Toutefois nous ne les avons pas admis sans examen. Il suffit de lire quelques-uns des articles rédigés sans ordre et sans méthode que ce grand fureteur d’archives et de manuscrits a fait insérer dans des revues archéologiques imprimées à Bruxelles, à Lille, à Paris, etc., pour se convaincre que les résultats de ses recherches doivent être contrôlés. Et ce n’est pas là chose aisée, tant *1 a souvent apporté de soin à cacher ses sources. Aussi dans le cas actuel nous sommes-nous adressé pour vérifier certains faits à M. Caffiaux, ancien archiviste de Valenciennes, à qui nous devons ici des remerciements pour l’obligeance qu’il a mise à satisfaire à nos demandes.
La qualification de « ouvrier de haute-lice » donnée à Jean Castelains, natif de Quiévrain, qui est cité par M. de la Fons comme ayant obtenu le droit de bourgeoisie dans cette ville en 1 368, est exacte : voilà un point de départ. Il mentionne ailleurs, à la même date, un « tapisseur » du nom de Pierre li Kien, et un haute-lisseur appelé Arnould Bresin. Ces deux derniers n’ont pas été retrouvés par M. Caffiaux. Une observation doit être consignée ici au sujet de l’inscription des bourgeois à Valenciennes et dans d’autres villes. C est que, comme un industriel n’était pas tenu à se faire admettre à la bourgeoisie, ce qui l’investissait de certains privilèges, la date de sa réception est souvent postérieure de plusieurs années à celle de son établissement dans une localité.
A la suite de ces trois noms de haute-lisseurs du quatorzième siècle3, notre infatigable chercheur en a fait connaître quinze autres appartenant au quinzième, qu’il a rencontrés çà et là dans toutes sortes de registres, et parmi lesquels il y en a deux d’Arras*. Nous y ajouterons ceux de Jean Bresin et de Jean de Florence ; le premier est désigné comme « ouvrier de haute-lice », et le second comme « ouvrier de tapisserie de « haulte-lisse ». Jean Bresin reçut, en juillet 1416, un peu plus de 82 francs pour huit couvertures de haute-lisse destinées à des bêtes de somme, aux armes du dauphin Jean, duc de Touraine», le gendre de Guillaume IV, comte de Hainaut. Jean de Florence est mentionné dans un compte d’octobre 1418 à septembre 1419»;
1 Registres n«* î35o à s35s et no* s353 à 2355, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume, h Bruxelles.
* Revue universelle des Arts, t.X (i85g), pp. a33 et 3i8.
que cVwit" C'te U" qUa^‘è^e S°US ‘’ann,:e *384’ maiS M' Caff,aüï a constaté
* U liste insérée dans les Tapisseries françaises, de M. le baron Bover de Sainte-Suzanne, renferme de nombreuses erreurs.
0 Compte des dépenses du dauphin commençant au i« avril 1416, aux Archives de l’État, à Mons.
11 Gachard, Rapport sur les Archives de l'ancienne Chambre des comptes de Flandre, à Lille, p. 83 ; — De Laborde, les Ducs de Bourgogne, t. Ier, p. liv.
TAPISSERIES FLAMANDES
pour a avoir renettyet et relavet le blanke cambre de ma très-redoubtée dame la ducesse, icelle ouvrée de « pappegais, semée et figurée de demoiselles juwans de le harpe; restoupé plusieurs traux qui estoient en « plusieurs lieux deslachiets et deskiret; puis icelle toute fourrée de neufve toile de Bourgoigne, pour tant « que oncques ne l’avoit estet; et pour otel avoir fait et ouvret, nettyet et relavet une autre cambre et une « salle verde, l’une semée et figurée de cacheries [chasses] et l’autre de la Bataille de Jhérusalem ». La duchesse dont il est ici question est Jacqueline de Bavière, la veuve du dauphin, laquelle venait de succéder à son père, décédé deux mois à peine avant son mari. Comment expliquer, si ce n’est par la présence accidentelle de l’acheteur à Valenciennes, le contrat passé, le 19 février 1438 (n. st.), entre Pierre de la Tour, haute-lisseur de cette ville, et Jacques Genuault, qui habitait Tournai, où il y avait alors de nombreux fabricants de tapisseries, pour la livraison a ce dernier, au prix de 60 sous tournois l’aune, d’un « tappis à soie » qu’il avait vu sur le métier, et qui devait contenir de cent vingt à cent trente aunes carrées, avec droit de renoncer au marché des deux parts1 * * * 5 *. Cette dernière note est également due aux patientes investigations de M. de la Fons, et c’est encore lui qui a extrait de plusieurs testaments de bourgeois de Valenciennes, datés de la première moitié du quinzième siècle, des legs de divers objets travaillés en haute-lisse. Il s’agit [en majeure partie de coussins armoriés et d autres avec figures de singes, d’éperviers et de perroquets*; ces derniers oiseaux jouaient alors un grand rôle dans la décoration des étoffes tissées de tous genres.
Sous les régnés des ducs de Bourgogne, les haute-lisseurs n’étaient pas en tel nombre à Valenciennes qu’ils fussent en état de former une corporation et d’avoir des statuts. En 1456, à propos d’un abattis de maisons, execution judiciaire pratiquée surtout dans le Hainaut, et qui se faisait officiellement, on lit que les « sargeurs, haute-liceurs et brocqueteurs » étaient réunis sous la même bannière*, laquelle représentait la Transfiguration de Notre-Seigneur*. L’industrie de la sayetterie y était alors bien plus active dans cette province. Le comte Guillaume IV avait, par charte du 20 novembre 1406®, autorisé l’érection en un corps de métier de ceux qui se livraient à cette fabrication, et permis au magistrat de faire un règlement. La sayette de Valenciennes était en grand renom; une citation suffira pour le prouver. Renaud Aubry, garde de la tapisserie de Philippe le Bon, en fit acheter quatre pièces, en 1466, à 5 livres 10 sous l’aune, pour faire les « courtines » des deux chambres de tapisseries dites, l’une, <t la chambre aux coussins », et l’autre, « la « chambre à bosquillons, que Monseigneur a nagaires donnée à madame la duchesse de Ghelres, la jeune, « sa niepce » °. On sait combien les corporations du moyen âge veillaient avec soin au maintien de leurs droits et privilèges. Les sayetteurs de Valenciennes eurent, en i5oo, un procès avec ceux du Quesnoy, localité voisine a laquelle le duc de Bourgogne avait accordé, en 1460, l’autorisation d’y ériger le métier de la sayetterie « en telle manière que faisoient ceulx de la ville d’Arras ». Ce litige avait pour but d’empêcher les sayetteurs du Quesnoy de vendre leurs produits à Valenciennes et d’amener ainsi une confusion entre leurs produits et ceux de même espèce fabriqués dans cette dernière localité7. Les nombreux8 statuts des sayetteurs valenciennois contenaient beaucoup de dispositions pour empêcher les fraudes de tous genres qui auraient pu compromettre la réputation de leurs tissus. Les peines ne se bornaient pas toujours à des amendes; voici un exemple de condamnation plus sévère : en 1 553, des sayetteurs, qui avaient fabriqué des reversés trop courts, furent bannis pour trois ans, après avoir été conduits au Marché-au-Filet, « pour illecq estre liez au plus hault de la croix por l’espace « de quatre heures, ayant leurs pièces autour de leurs corps
La fabrication de la tapisserie de haute-lisse ne doit pas avoir eu un grand développement au quinzième siècle dans la localité qui nous occupe, et moins encore peut-être au seizième. Les termes d’un document de l’an x 53g 10 prouvent cependant que l’on y était fort amateur de tapisseries, et qu’il y en avait beaucoup dans les hôtels et les demeures particulières. Charles-Quint venait de traverser la France, pour venir de l’Espagne dans les Pays-Bas. Le roi François Ior avait quitté l’empereur à Saint-Quentin, et ses fils continuèrent à accompagner le monarque jusqu’à Valenciennes. Afin de préparer le logement de son frère et de sa suite dans cette ville la reine Marie de Hongrie avait écrit, le 22 décembre, au duc d’Arschot, grand bailli de Hainaut, pour lui mander de « recouvrer pluysseurs tapisseryes pour tendre et en aorner les principaulx logis, mesmement ès villes « de Valenchiennes et Mons estans de vostre gouvernement, — dit-elle, — èsquelles, comme j’entens, l’on n’en
1 Revue universelle des Arts, t. X cité, p. 3îo.
* Ibidem, p. 3ig.
s S. Le Boucq, Annalles de la ville de Vallenchiennes, t. I"', p. 208; manuscrit n» 53o de la Bibliothèque de cette ville.
* Et non pas la Purification comme le dit M. Paillard, Histoire des troubles religieux de Valenciennes (1360-1567), *■ I", P- 27, note.
5 Inventaire des titres de la ville de Valenciennes, p. 35i; manuscrit n»
255, ibidem.
8 Registre n» a5igi, fol. xxviij r»et v°, de la chambre des comptes, aux
Archives du royaume, à Bruxelles.
1 Quelques pièces de cette procédure qui fut portée en appel devant le
conserve aux Archives du royaume, à Bruxelles. Nous en devons la communication et celle de bien d'autres documents qui seront cités dans notre travail, à l'obligeance de notre collègue M. Galesloot.
" La plupart sont transcrits dans les manuscrits n» 556 et 557 de la Bibliothèque de Valenciennes, etc.
0 Revue universelle des Arts, t. XVI, p. 3gg, note.
10 Gachard, Relation des Troubles de Gand sous Charles-Quint, p. 3x3.
« pourra trouver grant nombre ». Elle le requiert d’envoyer sans délai à Tournai, à Enghien, à Binche et ailleurs s’il le juge à propos, « pour en recouvrer la quantité qui sera nécessaire et la faire ammener jusques ausdicts « Valenchiennes et Mons, ou ailleurs où besoing sera; le tout aux despens de sa Majesté et moyennant gracieulx « louaige; asseurant aussy les maistres et propriétaires d’icelles tapisseryes qu’ilz n’y recevront nul dommage « ny perte et que en les prestant feront à icelle Sa Majesté, leur prince et seigneur, service, et à moy, - ajoute « la reine en terminant, - singulier plaisir ». Il est bien regrettable que la liste des prêteurs ne soit pas parvenue jusqu’à nous; elle nous aurait fait connaître une foule de tentures de cette époque déjà reculée. Dans une autre lettre du 2 janvier suivant, la gouvernante annonce au duc d’Arschot qu'elle a fait mener diverses tapisseries à Valenciennes, « avec trois compaignons tapissiers qui auront regard à icelles’ ». La réception faite aux princes français fut splendide et digne de tout point du plus puissant monarque du monde, dont l’orgueilleuse devise : Plus oultre et les colonnes allégoriques s’étalaient partout. Un contemporain nous en a laisse une narration détaillée*, et l’on y lit que sur le parcours du cortège « touttes les maisons estaient tapissées de beaulx « tappyz et ornées de tableaux de paincture et de plusieurs armoiries et antiquitez ».
Une autre exhibition de tapisserie, moins brillante peut-être, eut encore lieu à Valenciennes à très-peu de temps de là, lorsque Éléonore d’Autriche, femme de François I", arriva dans cette ville, le 17 octobre 1644, en se rendant à Bruxelles pour y aller rendre visite à Charles-Quint, son frere, et a sa sœur Marie . La reine de France parut prendre un grand plaisir à ce spectacle au dire d un historien de la localité*. Un autre nous raconte qu’en 1548, à l’occasion d’une réjouissance populaire dite fête de Plaisance, la halle -aux -laines « estoit tendue de riches tapisseries de boult en boult, et par-dessus icelles les chandeilliers de cuivre avec « chandeilles ardantes, oultre plusieurs grans candélabres pendus parmy ladite place avec quantité de chandeilles* ».
Nous bornerons nos citations à ces quelques exemples. Les comptes de la ville établissent qu’on y était dans l’habitude, à l’occasion d’une fête extraordinaire, d’une cérémonie publique importante, d’une procession, etc., d’envoyer des tambourins parcourir les carrefours pour inviter les habitants à décorer de tapisseries la devanture de leurs maisons7.
Avant d’aller plus loin, il nous faut dire quelques mots de la tapisserie conservée au Musée de Valenciennes. On la connaît suffisamment par les gravures et par les descriptions qui en ont été publiées 8. Elle représente un tournoi où douze chevaliers, cuirassés des pieds à la tête et montés sur des chevaux richement caparaçonnés, combattent à l’épée, après avoir rompu leurs lances dont les débris gisent à terre. La scène se passe sur une place publique et les fenêtres des maisons sont garnies de nombreux spectateurs. La composition est encadrée par une large bordure à fonds d’entrelacs fleuronnés, sur laquelle se détachent vingt écussons avec leurs lambrequins et leurs cimiers. Cette curieuse tenture a été découverte par M. Vitet dans les greniers de l’hôtel-de- ville , en i83o; il a raconté lui-même comment il l’a trouvée*. Tous les archéologues qui ont vu l’original ou la gravure sont unanimes pour déclarer que les combattants sont des chevaliers allemands, ce qu’établissent à l'évidence leurs armures et les écus de la bordure, et pour lui assigner comme date le règne de l’empereur Maximilien I". D’où vient cette tapisserie ? Comment et à quelle époque est-elle arrivée à Valenciennes ? C’est ce que les archives pas plus que les manuscrits et les livres n’ont encore révélé. Nous hasarderons à ce sujet quelques réflexions qui seront peut-être partagées. Dans l’inventaire de Marguerite d’Autriche, gouvernante générale des Pays-Bas, dressé en l’an 1 523 ,0, et qu’a publié M. Michelant, on lit : « Item vi pièces de tappisseries de personnages, de Tournay, et trois autres semblables pièces ». Nous proposons la leçon suivante : « Item, vi pièces de tappisseries de personnages de tournoy... », ce qui offre au moins une lecture raisonnable, car il faut remarquer que nulle part, aux articles enregistrés sous les rubriques tapisserie" il n’est question du lieu de fabrication. L’inventaire de i523 a servi aux exécuteurs testamentaires de la princesse pour y inscrire les legs qu’elle avait faits, et en regard du passage que nous avons signalé se trouve une annotation qui indique que cinq de ces tapisseries ont été données au seigneur (Pierre) de Rosimbos, qui avait été premier maître d’hôtel de Marguerite d’Autriche et chef de ses finances, et les
1 Gachard, loc. cil., p. 3îo.
* Louis de la Fontaine, dit Wicart, dans son ouvrage intitulé : A ntiquités de la ville de Valencliiennes; manuscrit n» 529 delà Bibliothèque de cette ville.
3 Elle a été imprimée dans Gachard, Collection des Voyages des souverains des Pays-Bas, t. U, p. 586.
* v°y- Paillard, Voyage dans les Pays-Bas et Maladie d’ Éléonore d'Autriche, etc. (t. XXX des Mémoires couronnés et autres publiés par l'Académie royale de Belgique).
“ « La royne de France veoit volontiers et prendoit grand plesir, prisant « fort l’affaire et l’excellence de la ville de la beaulté qu’elle faisoit à son en- ■ trée, regardant les tapisseries et riches tendues, a (Manuscrit n» 263 1 de la Bibliothèque de Vienne. Note com muniquée par M. R. Carlier.)
6 S. le Boucq. Antiquité j et mémoires de la très renommée et très fameuse
ville et comté de Valentienne; manuscrit n» ioi3 de la Bibliothèque deCambrai. (Note communiquée par M. R. Carlier.)
’ «.... pour avec son tambourin avoir esté partout les carefours affin de « mectre tapisseries. »
8 Arthur Dinaux l’a décrite dans les Archives du nord et du midi de la Belgique, i« série, t. IV, p. afi; son article est accompagné d’une petite planche gravée sur cuivre, mais sans la bordure. Elle est reproduite sur une planche in-folio, gravée par Caroline Naudet, d’après le dessin de Barré, dans le t. |iBr de l’ouvrage d’A. Jubinal, les Anciennes tapisseries historiées. Potier en parle longuement dans sonLivret du Musée de Valenciennes (1841), p. 173.
0 Etudes sur les Beaux-A rts et sur la Littérature-, Paris, i85i, t. II, p. 1 20,
10 Bulletins de la Commission royale d’histoire de Belgique, 3° série, t. XII.
11 Pages 23-25 et 1 19-125 du tiré à part.
TAPISSERIES FLAMANDES
quatre autres à son tapissier Étienne de Solempnes. La tapisserie du Musée de Valenciennes ne peut-elle pas être l’une de celles qui ont appartenu à la duchesse douairière de Savoie, et qu'elle n’a possédé qu’après l’an i5i6, date d’un autre inventaire de ses richesses rédigé en partie par elle-même, et où il n’en est pas question. Les tentures à personnages de tournois dont nous parlons ne figurent pas dans l’inventaire des objets précieux qui furent trouvés dans le palais d’Inspruck, en 1 5ig% après la mort de l’empereur Maximilien I", et ne paraissent donc point provenir de ce monarque. Mais serait-ce donc un fait si inadmissible que de supposer que les cartons en ont été dessinés pour Marguerite d’Autriche par quelque artiste allemand venu aux Pays-Bas, et que les tapisseries y ont été tissées à Bruxelles ou à Enghien, puisque l’existence a cette époque au-delà du Rhin d’ateliers capables d’exécuter des œuvres de cette importance n’a pas encore été établie.
Revenons à notre sujet.
Il y avait des tapisseries à Valenciennes aux temps de Charles-Quint et de Philippe II, mais y avait-il des haute-lisseurs ? Ce serait trop se hasarder que de répondre négativement d’une manière absolue. Peut-être un jour en fouillant les archives, trouvera-t-on les noms de quelques fabricants qui travaillaient la tapisserie décorative au seizième siècle; mais il n’existe jusqu’ici, du moins à notre connaissance, aucun document qui fasse mention de 1 acquisition, en cette ville, d’une tapisserie de ce genre, ou bien d’un contrat pour y exécuter une tenture de cette espèce. Ceux qui se disaient alors haute-lisseurs à Valenciennes n'appartenaient pas, croyons-nous, à la catégorie d artisans que nous recherchons, et l’expression n’avait point la valeur qu’on lui donnait au siècle précédent. La charte du 12 janvier i52g (n. st.), qui est la plus ancienne de la corporation, concerne « les hault- « lisseurs ou bourachers5 », et ne parle que des étoffes qu’on appelait a tripes ». Elle fut suivie d’une quantité d’autres ordonnances des années 1 534 à 16403, dont les textes nous ont été conservés, et nous n’y avons rencontré aucune disposition qui s’applique aux tapisseries historiées ou décorées. L’ordonnance du 24 mai 1 566 contient l’énumération que voici de toutes les espèces d’étoffes que pouvaient fabriquer ceux qui faisaient partie de la corporation que l’on appelait alors des « haulte-lisseurs, des bourgeteurs et tripiers de velour * » :
« Item, que ceulx dudict stil poldront faire, et nuis autres, touttes sortes d’ouvrages tirez ou au pied, venus et à venir, de lin, du “ quevene, laisnes, saïette, cotton, soye, fil d’or, fil d’argent, chascun (par soy ou meslez, comme l’ouvrage le requerera, ensemble « haulte-lisses, cheverons damassez, oyelletz, changeantz, parement, eschelettes, nœudz d’amours, satins brochiez, satins de soye, satins « qu’on dit de Bruges, fustennes, bustennes, neudz de Cordeliers, et générallement tous ouvrages figurez soit de saïettes par soy ou meslez,
« et partout où y aura lanchure de lin, de soye, de coton, de fil d’or ou d’argent, et autres ouvrages semblables apertenans audit mestier, “ sans néantmoins par ceste article préjudicier au procès pendant indécis au grand conseil à Malines entre ceulx d’iceluy stil et les « sayetteurs *, et le droit que à ceste cause chascun desdicts mestiers peult prétendre. »
Quoique le mot de haute-lisse soit inscrit dans cette liste, on nous persuadera difficilement, à défaut et en l’absence de textes plus explicites, qu’il faille entendre par là les véritables tapisseries de tenture. Il s’agit ici croyons-nous, de tapû[ thire\, sorte de tapis de pied ou de tapis de couverture, dont la confection appartenait exclusivement au métier en question0.
Le fait suivant, que l’on pourrait invoquer ne saurait démontrer le contraire. Dans les Mémoires de Jean Cocqueau’, on lit que le 3o juillet 1548, devant le magistrat assemblé, « a esté leutte la requeste présentée par Loys « Picavet ", haulte-lisseur et tainturier demorant en la ville de Lille et faisant trippes de velours, les saichant acoustrer,
« barbier et tondre, aussy taindre de toutes manières de coulleurs, ayant en son logis trois caudières et noef ou « dix hostilles [métiers] soubz sa charge, lequel par sa requeste offre de soy transporter en ceste ville [de « Valenciennes] pour besongner de sondict stil, mais pour ce qu’il porteroit grans fraix et despens à faire venir « ses utensilles et son mesnaige en icelle ville, requéroit avoir cent escus d’or pour ses fraix apparans, à la « charge de point les recepvoir s’il n’estoit bien et deuement expérimenté, et avoir loingtemps ouvret ». Le magistrat lui accorda ce qu’il demandait à la condition de rester séjourner dans la ville pendant trois années consécutives et de bailler caution pour garantie de la somme allouée.
M. de la Fons-Mélicocq a relevé dans le cours de ses recherches9 une quarantaine de noms qui n’ont pas
1 Nous en avons publié les principaux articles dans nos Archives des Arts, des Sciences et des Lettres, t. 111, § 89 ( Messager des Sciences historiques; Gand, 1864, p. 267).
Bruxelles (fonds du conseil privé, liasse n° i83), on dit 1 le corps du' mestier « des haulte-lisseurs et ouvriers de bouratz en la ville de Valenchienes ». Bouratq était une sorte d'étoffe fleuragée composée de fil, de laine et de soie pour vêtements et pour meubles.
a Toutes ces chartes et ordonnances, sauf celle de i534, sont transcrites d’une manière fort incorrecte dans le manuscrit n" 556 de la Bibliothèque de Valenciennes. Les originaux sont conservés dans les archives de la ville. Il y n encore une ordonnance du magistrat qui concerne le métier des haute-lisseurs
TAPISSERIES FLAMANDES
dans le Registre aux choses communes de i56i à i566, fol. 179 v«; manuscrit n° 542 de la Bibliothèque de Valenciennes.
‘ L’extrait qui suit a déjà été publié par le baron de la Fons-Mélicocq, dans la Revue universelle des Arts, t. X,p. 324; notre texte a été collationné sur l’original par M. Caffiaux.
6 Le dossier du procès n'existe plus dans les archives du conseil de Malines qui se trouvent aux Archives du royaume, à Bruxelles.
6 Registre des choses communes de 1S61 à 1S66, fol. 180 v».
1 T. III, fol. 274 v°, aux Archives de l’État, à Mons.
8 De la Fons-Mélicocq a lu Picault. ( Voy . la Revue universelle des Arts, t. XVII, p. 3 60.)
3 Revue universelle des Arts, t. X, pp. 233 et3i8.
toujours été bieu lus, et qu'il dorme sous la rubrique de , haute-liceurs ». Parmi ceux-ci deux sont originaires de Douai, sept de Lille et six de Tournai. Ils s'étalent réfugiés pour la plupart à Valenciennes parce qu'ils avaient à leur charge un homicide ou quelque autre méfait.
Les nombreuses procédures contre les partisans des nouvelles doctrines religieuses de Calvin et de Luther, sous les règnes de Charles-Quint et de Philippe II, mentionnent plusieurs haute-lisseurs de cette dernière ville. C’est ainsi qu’en 1 545 Corneille Rose ou Rousse et sa femme furent bannis en compagnie de dix sayetteurs et de bien d’autres personnes pour avoir fréquenté des prêches clandestins faits par Pierre Brully, ministre calviniste1. Jacques Carette, de Tournai, et Éloi de Rho, d’Orchies, furent brûlés comme hérétiques à Valenciennes, l’un en i563®, et l’autre en i5663. Quand la sentence de mort fut prononcée contre de Rho, suivant la rigueur des édits, les commissaires chargés de l’information crurent devoir adresser a la gouvernante Marguerite de Parme le document que nous publions en note*, afin de modifier la nature du supplice : cette pièce est trop intéressante pour rester inédite. Ce sont les poursuites et les persécutions des années i566 à i56g qui portèrent le grand coup à l’industrie des haute-lisseurs et des sayetteurs à Valenciennes, comme dans bien d’autres localités. Nous sommes à l’époque de sanglante mémoire du gouvernement du duc d’Albe, alors que fonctionnait activement le trop célèbre Conseil des troubles. Trois haute-lisseurs valenciennois, — leurs noms importent peu, — qui étaient parvenus à se soustraire par la fuite au supplice qui les attendait pour avoir participé au saccagement des églises, furent assignés à comparaître pour le 4 octobre 1 568, en compagnie de près de deux cents personnes qui s’étaient compromises dans les émeutes de i566B. Un autre haute-lisseur, appelé Jean Leclercq, fut condamné, le 18 janvier 1569 (n. st.) à avoir la tête tranchée pour s’être rendu aux prêches. Nous citons ce nom parce que des écrivains de la localité ont rapporté que Valenciennes « possédait une manufacture de tapisseries de haute-lisse <r jouissant d’une telle renommée que François Ier s’adressa à Jean Leclercq qui la dirigeait pour qu’il lui cédât « des ouvriers3 ». C’est là une particularité dont nous n’avons trouvé la justification nulle part, et que nous ne pouvons admettre sans preuve.
A en juger par les faits suivants, il n’y avait pas de véritable tapissier de haute-lisse à Valenciennes en 1620, quoique l’on rencontre encore dans des documents postérieurs la mention du métier des haute-lisseurs7. Le magistrat de cette ville conclut successivement à cette date des marchés pour la fourniture de tapisseries avec deux fabricants d’Audenarde. L’un, appelé Vincent Van Quequebert (Van Quikebaert?), s’était chargé délivrer, au prix de 5 livres 10 sous l’aune, toutes les tentures nécessaires à la décoration de la salle ou de la chambre dite de Saint-Gilles dans la maison échevinale, et qui devaient représenter des scènes de a chasse, paysaige et <c aultres semblables effigies de bestes sauvaiges », avec les armes de la cité aux quatre angles. Antoine Bloemaert, qui était le second fabricant, fut chargé de l’exécution d’une tenture de cinq aunes de hauteur, ayant pour sujet l'Histoire de Moyse faisant sortir d'Égypte les enfants d’Israël “. Comme la mention du dernier contrat est inscrite en marge du premier, ne peut-on supposer que celui-ci a été annulé et que l’un a remplacé l’autre? Il n’est pas toujours facile de faire concorder les documents entre eux, et c’est ainsi que dans une requête de l’an 1625 dont nous avons déjà parlé, un tapissier natif d’Audenarde, qui travaillait alors à Arras, s’adressa au magistrat de Lille pour en obtenir des faveurs afin d’être en état de s’établir dans cette ville, où il n’y avait pas, — - disait-il, — de « fabriqueur de toutes sortes de tapisseries, pourquoi seroient bien souvent les « bourgeois, marchans et manans contrainctz ayant à faire de tapiz, fût pour parer églises, chapelles ou maisons, « d’eux transporter à Vallenchiennes, Audenarde ou ailleurs, là où qu’on en recouvre à grans frais, despens ou « fâcheries® ». L’existence de manufactures de tapisseries à Valenciennes affirmée par le pétitionnaire peu de temps après que le magistrat eût traité avec des haute-lisseurs étrangers paraît contradictoire, à moins que l’un d eux ne fût venu s’y installer pour exercer son industrie. Nous sommes porté à croire que l’allégation est erronée. Des découvertes ultérieures dans les archives nous en apprendront probablement davantage, et nous
1 Paillard, le Procès de Pierre Brully, p. 112.
- Revue universelle des Arts, t. X, p. 233; — Paillard, Histoire des troubles religieux de Valenciennes (i 560-1567), t. III, p. 236.
8 Ibidem.
* « Les difficultez que proposent à Son Altèzc et aux président et gens du « privé conseil les commys de Sa Majesté à Vallenchiennes. — Et au regard de
• erreurs et hérésies, combien que à raison de ce il faict à condcmpner au « dernier supplice par le feu suyvant les placcartz de Sndicte Majesté; toutles- « voyes lesditz commys considérant que depuys leur institution ledictcas ne « seroit advenu, et que pour la nouvellité pourroit subvenir esmotion c populaire, ont advisé, paravant procéder plus oultre, en advertir Son Altéze « et ledict conseil, et remonstrer que lesditz désirent et affectent ladicte espèce « de supplice comme ung martire glorieux, faisans grande bannière de ceulx ■ qui endurent ledict feu, et que partant sambloit ausdicts commys (soubz « correction que dessus) que pour le bien publicque, et affin divertir lesdietz
« sectaires de telle vaine gloire sur quoy ilz sont enthièrement fondez, seroit « expédient commuer ledict supplice par le feu en ung aultre espèce de « dernier supplice plus ignominieulx, détesté et redoubté de telle manière « de gens, sicommc par la corde. » ( Correspondance de Hainaut et Cambrai, t. VI, fol. 1 10, aux Archives du royaume, à Bruxelles.) M. Paillard s'est borné à citer ce document dans le t. V des Mémoires historiques sur l’arrondissement de Valenciennes, p. 160.
6 P.-J. Le Boucq, Histoire des troubles advenues à Valenciennes à cause des hérésies (1562-1579), PP- 41-48-
6 Nous avons emprunté cette citation à l'ouvrage de M. Paillard, Histoire des troubles, etc., citée plus haut.t . 1er, p. 25j quj dit l'avoir prise dans Pesier, Rapport sur l’Exposition universelle de 18 55.
’ Sentence du 24 janvier 1623 dans le manuscrit n» 556 de la Bibliothèque de Valenciennes.
8 Revue universelle des Arts, t. XVI, p. 208.
8 Houdoy, les Tapisseries de haute-lisse, p. 71.
TAPISSERIES FLAMANDES
diront s’il n’existe pas d’autres rapports entre Vincent Van Quequebert et Vincent Van Quickelberghe qu’une similitude de prénom et une certaine identité de syllabes dans les noms de famille.
Continuons à exposer ce que nous savons de l’histoire de la haute-lisse à Valenciennes pendant le dix-septième et le dix-huitième siècle.
En 1643, Pierre Regnier, marchand de la localité, obtint un passeport pour introduire en France deux chambres de tapisseries destinées au gouverneur de Landrecies1, petite forteresse dont l’armée de Louis XIII venait de s emparer et qui fut reprise par les troupes du roi d’Espagne quatre ans après.
Valenciennes fut conquis par Louis XIV. en 1677 et réuni à la France, l’année suivante, en vertu du traité de Nimègue. Les faits qui suivent sont postérieurs à ces événements.
Un ancien inventaire des archives de cette ville, rédigé en 173g1, indique l’existence d’une farde contenant entre autres, un contrat passé avec du Metz, le 3 juillet 1679. Il s’agit évidemment de Philippe de May, du May ou du Metz qui travaillait à Valenciennes, en 1681, en qualité de fabricant de tapisseries de haute-lisse. Est-ce là 1 origine de son établissement? D’où venait de May? Ce sont deux questions que nous n’avons pu élucider. Voici au sujet de cet artisan une résolution du magistrat fort curieuse3 :
« Messieurs les prévost, jurez et eschevins de la ville de Vallentiennes, considérants que monseigneur le gouverneur de cesteditte “ ville auroit eu la bonté de suggérer que les festins des eschevins, tant de ceste année que ceux futurs, seront convertis pour estre « employez à la décoration de la chapelle de Saint-Pierre, et que, comme il ne se trouvoit rien de plus propre pour la décorer que de faire “ faire quelques pièces de tapisserie ; attendu qu’il y avoit présentement, en ceste ville maistre Philippe de May, tapisseur très expert en « ceste fabrique, ce qu’il nes’estoit rencontré ci-devant ;affin doncq de se servir d’une occasion si favorable, etspécialementsoubz l’espérance " flue monditseigneur le gouverneur donna que les nouveaux eschevins futturs ne désavoueraient ces bonnes intentions quy sont pour la « gloire de Dieu, et que d’ailleurs c’estoit la resolution de Messieurs du conseil particulier du g décembre dudit an, pourquoy nosdits- « sieurs dü magistrat ont aucthorisé, comme par ceste ils aucthorisent, les sieurs Bernard de Nimay et Jean-Baptiste Seppa, échevins commis “ à laditte chappelle, à l’effet de passer le présent contract (dont le projet leur at esté monstré) avec ledit tapisseur, en la forme suivante, « ensuite de quoi iceluy s’est obligé de faire huict pièces de tapisserie d’aute-liche pour laditte chappelle de Saint-Pierre, la grandeur « desquelles serat à la volonté de monditsieur prévost; lesquelles pièces devront être conformes au modèle représentant l'Histoire de a sainct Gilles , qui sera faite par le sieur Gérin, s’obligeant en outre ledit tapissier de sy bien travailler lesdittes huict pièces de " tapisserie que chascune aune d’icelle fust de la même fabricque de verdure que les tapisseries qu’il at faict pour monditseigneur « le gouverneur, à raison de quinze florins chascune aulne, quy serat de Brabant, et de la valeur desditz quinze florins, à condition « que lesdittes huict pièces debveront estre achevées au-dedans deux ans, datte de ceste, etc Ce xvj décentre xvj' quatre-vingt-un. »
Il y a tout lieu de croire que c'est le gouverneur lui-même* qui avait attiré de May à Valenciennes pour confectionner les tapisseries de verdure dont il avait eu besoin, et qu’il aura usé de son influence auprès du magistrat pour lui faire confier des travaux. De May exécuta les huit tapisseries commandées d’après les cartons peints par Jacques-Albert Gérin, qui reçut de ce chef 441 livres 10 sous; divers détails furent dessinés par un de ses propres ouvriers. La chapelle de Saint-Pierre, que devaient décorer ces tentures, était contiguë à la maison échevinale dont elle faisait partie, et pour expliquer le choix des sujets il faut ajouter que saint Gilles était le patron de la ville5. Nous savons la largeur et la hauteur exacte de chaque pièce, ce qu’elles coûtèrent isolément au prix convenu de ;3o livres tournois l’aune de Brabant, et enfin qu’il fut payé au fabricant la somme totale de 10,608 livres 17 sous 3 deniers, y compris 38 livres 8 sous pour l’or employé à rehausser les habits et le harnachement du cheval du roi représenté sur deux tableaux. La légende de saint Gilles se déroulait au milieu de paysages et de verdures pour lesquels fut utilisée une partie des patrons qui avaient servi aux tapisseries du gouverneur. Chaque tenture mesurait de huit à huit aunes et trois quarts environ de large sur cinq et un quart de haut, mais les figures n’avaient qu’une dimension de deux pieds et demi6. Ces tapisseries furent enchâssées à demeure dans la boiserie en 1725, date qui se voyait sur les cadres avec trois écussons, dont l’un aux armes du prévôt. « Cette mesure avait été motivée, « — dit M. Cellier7, — par l’indélicatesse d’un intendant de la province, qui, ayant emprunté ces précieuses « tentures pour une solennité quelconque, avait oublié de les rendre à son départ. Elles auraient été perdues « pour la ville sans la présence d’esprit d’un échevin qui ne craignit pas de faire arrêt en plein Marché « sur les équipages du magistrat déloyal. La restitution eut lieu, non sans grandes récriminations de la « part de la valetaille, car c’était un acte inouï d’audace que cette résistance de la bourgeoisie aux désirs « de monseigneur l’intendant. » Ces tentures n’existent plus à Valenciennes.
1 Archives du conseil des finances aux Archives du royaume, à Bruxelles.
s Manuscrit n° 55i, p. 355, de la Bibliothèque de Valenciennes.
3 Registres des choses communes, tome Bibliothèque de Valenciennes.
‘ Bardo Bardi de Magalotti, lieutenant
3 S. le Boucq, Histoire ecclésiastique de la ville et comté de Valentiennes, p. 197.
» Le compte de la dépense de ces tapisseries a été publié par M. L. Cellier dans son livre intitulé : Une commune flamande; Recherches sur les institutions politiques de la ville de Valenciennes, p. 379, qui tait partie du t. III des Mémoires historiques sur l’arrondissement de Valenciennes 1 Ibidem, p. 25:.
général des armées
Les sujets représentés étaient les suivants :
Saint Gilles dans le désert avec sa biche.
Chasse du roi de France Childebert dans la forêt où saint Gilles s'était retiré.
Le roi aux pieds de saint Gilles assis près de sa grotte et blessé à la main par la flèche destinée à tuer sa biche.
Visite du roi à saint Gilles.
Saint Gilles donnant la bénédiction aux animaux dans le désert.
Saint Gilles faisant don de son manteau à un pauvre estropié.
Un ange présentant une crosse à saint Gilles.
Embarquement de saint Gilles pour aller prendre possession de son monastère.
A la suite de ces travaux, qui furent terminés dans le courant de l’annee i683, de May resta a Valenciennes. Le magistrat lui alloua une indemnité annuelle de ioo patagons pendant trois ans pour la location d’une maison, avec l’obligation, ordinairement imposée à cette époque, d’instruire quelques orphelins dans son metier. La pension lui fut continuée de période en période par résolution du conseil particulier de la ville; la dernière dont nous ayons trouvé la mention date du 3i mai 1690'.
Nous voici parvenu au dix-huitième siècle. Dans l’inventaire des archives de Valenciennes de 1739% qui a déjà été cité, nous avons relevé l’indication qui suit : « Contrat fait avec Marie-Catherine et Marie- « Magdeleine Duquesne pour l’établissement de la manufacture de mouquette, carpette et tapis, du 4 juillet « 1718. » Cette analyse suffit pour nous apprendre que ce n’était là qu’un établissement industriel qui ne rentre pas dans le cadre que nous nous sommes tracé.
Dix ans plus tard Nicolas Billiet faisait, paraît-il, de véritables tapisseries de haute-lisse à Valenciennes d’après les dessins que lui fournissait un habile paysagiste de la localité du nom de Dubois3. La ville lui avait accordé une gratification annuelle de 480 livres4, et l’on peut conclure du texte du compte de 1727 que ce fut dans le courant de cette année”, les comptes antérieurs n’existant plus6. Dans celui de 1728, on lit qu’il reçut 160 livres pour les quatre derniers mois de sa pension échue le 3i mai 1727, et comme il ne figure plus dans les comptes postérieurs, il est à présumer que Billiet ne jouit pas longtemps de la faveur qui lui avait été votée.
LILLE - DOUAI - YPRES, etc.
HAUTE-LISSEURS DES QUATORZIÈME ET QUINZIÈME SIÈCLES A LILLE. — TAPISSERIES CONFISQUÉES EN 1475 SUR LE
COMTE DE SAINT-POL. — ÉTOFFES QUE FABRIQUAIT LE MÉTIER DES HAUTE-LISSEURS DE CETTE VILLE AU
SEIZIÈME SIÈCLE. — HISTOIRE DES ÉTABLISSEMENTS FONDÉS AUX SIÈCLES SUIVANTS PAR DES HAUTES-LISSEURS d’aUDENARDE ET DE BRUXELLES ET PAR d’aUTRES. — DESCRIPTIONS DES TAPISSERIES Qu’lLS ONT EXÉCUTÉES b LES TAPISSERIES DES ÉGLISES DE SAINT-AMÉ ET DE NOTRE-DAME, A DOUAI. — NOTES SUR LES FABRIQUES DE
TAPISSERIES DE HAUTE-LISSE ÉTABLIES DANS CETTE VILLE APRÈS SA RÉUNION A LA FRANCE. - MENTIONS DE