LXV. — Siège de Narhonne par les Sarrasins. — Leur défaite
Tandis que le comte de Besalu étoit en Italie, les Sarrasins de Saragosse étendirent 3 en 1017 leurs courses jusques à Barcelone, sous la conduite de Mundic, leur gouverneur. Il y a lieu de croire que Raimond, comte de cette dernière ville, voulant s'opposer à leurs entreprises, fut tué dans cette occasion, car nous savons qu'il mourut la même année. Après sa mort, les infidèles continuèrent la guerre contre Ermessinde de Carcassonne, sa veuve, tutrice du jeune comte Béranger, leur fils. D'un autre côté, les Sarrasins de Cordoue &. d'Andalousie s'étant mis"^ en mer, allèrent débarquer de nuit sur les côtes de la Septimanie, dans l'endroit le plus voisin de Narbonne. Ils comptoient de surprendre cette ville; sur l'assurance que leurs devins leur avoient donnée qu'ils s'en rendroient facilement les maîtres, ils l'investirent de grand matin ; mais ils furent bien trompés dans leur attente. Les habitans se voyant assiégés eurent recours à la prière , &. ayant fait une communion générale , ils firent une sortie si vigoureuse sur les assiégeans, qu'ils passèrent les uns au fil de l'épée, emmenèrent les autres prisonniers, & se saisirent de tout leur bagage. Ayant ensuite partagé le butin 8c les prisonniers, ils exposèrent ces derniers en vente, à la réserve d'une vingtaine qui étoient d'une taille trèsavantageuse 8c dont ils firent présent à Josfred, abbé de Saint-Martial de Limoges, lequel en retint deux à son service 8c donna les autres à plusieurs princes étrangers qui se trouvoient alors en cette ville. Nous apprenons toutes ces circonstances d'un historien contemporain •'^, qui remarque que ces captifs ne parloient pas la langue propre des Sarrasins, mais une espèce de baragouin, 8c qu'en parlant ils jappoient comme de petits chiens. Cet auteur fait mention de cet événement dont il ne marque pas l'époque précise"^, après avoir parlé de l'élection d'Isambert à l'évêché de Poitiers. Comme ce prélat ne succéda'''à Gislabert, son prédécesseur, qu'après le mois de mars de l'an 1018 8c que Josfred, abbé de Saint-Martial de Limoges, mourut^ sur la fin de Tan 1019,
■ Marca Hispanica, p. 1028.
' Ibid. p. ^26.
^ Ferreras, ad ann. 1017.
^Adhémar de Chabanais, p. 177.
' Adhémar de Chabanais, p. 177.
" Ibid. p. 177.
' Gallia Christ'iana, nov, edit. t. 2, p. 1 162»
' Mabillon, ad ann. loip, n. 66.
An 1018
il s'ensuit de là que les Sarrasins firent leur tentative sur Narbonne ou vers la fin de l'an 1018 ou au commencement de l'année suivante.
LXVI. — Mort de Raimondj vicomte de Narbonne. — Béranger, son fils, lui
succède.
Raimond, vicomte de cette ville, périt peut-être alors, car c'est à peu près l'époque de sa mort. Il est du moins certain qu'il ne survécut pas longtemps à l'archevêque Ermengaud, son frère, 8c que Béranger, son fils, lui avoit déjà succédé' en io23. Raimond eut de Richarde, sa femme, deux autres fils nommés Ermengaud 8c Guillaume. Il est parlé du premier dans le testament de la vicomtesse Adélaïde, son aïeule, de l'an 990^, 8c comme il étoit l'aîné, à ce qu'il paroît, il mourut sans doute avant son père. Ermengaud, arche- ,^-ii °"f 5"; vêquede Narbonne, fait mention de l'autre dans son testament'^, suivant lequel il semble qu'on le destinoità la cléricature. Nous ignorons s'il survécut à Raimond, son père, qui eut encore une fille appelée Ermengarde, laquelle avoit déjà épousé en 1005"^ Loup-Aton, fils puîné d'Aton, vicomte de Soûle.
Béranger, après avoir succédé à la vicomte de Narbonne, reçut, avec sa femme Garsinde l'hommage ou serment^ de fidélité de ses vassaux, entre autres de Guillaume Hibrini, fils d'Adélaïde, pour les châteaux de Durban 8c de Saint- Martin 5 de Pierre Amélius, de Pierrepertuse, pour la ville de Narbonne 8c ses dépendances, où il possédoit sans doute quelques fiefs j de Pierre, fils de Blimode, 8c de Bermond, fils de Garsinde, pour le château d'Ugemo, aujourd'hui Beaucaire*^ sur le Rhône. Ce Pierre promet 7, après la mort du vicomte, la même fidélité envers son fils, supposé que celui-ci, ajoute-t-il, me prête serment pour ce château, ou par lui-même , ou par quelqu'un de mes pairs. Enfin on met 2 au rang des vassaux de Béranger, vicomte de Narbonne, le comte Hugues, fils de Richarde, qui lui fit hommage, à ce qu'on prétend, pour un terroir b.^pe\é de Fonte Pelagina ^ ïm'is on n'a pas fait attention que c'est de Hugues, comte de Rouergue 8c de Narbonne 8c marquis de Gothie, suzerain de Béranger, qu'il s'agit ici. On a donc pris pour un hommage le serment que les seigneurs dominans faisoient fréquemment, dans ce siècle 8c le suivant, à leurs vassaux ou à leurs inférieurs, de les laisser jouir paisiblement de leurs fiefs ou de leurs domaines. Au reste Richarde, mère de Béranger, vicomte de Narbonne, vivoit encore en 1082, 8c elle souscrivit'^ alors à une donation que le même vicomte, son fils, fit à la cathédrale de Narbonne pour son âme, pour celle de Raimond, son père,8cde l'archevêque Ermengaud, son oncle. Garsinde, femme
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXLIII. * Catel , Mémoires Je l'histoire du Languedoc,
' lèid. n. CXXIX. p. 582. — Voyez tome IV, Note XXXVIII.
3 nid. n. CXLI. ' Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, n. CLIII.
^ Ibid. * Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc,
' Ibid. n. CLIII. — Catel, Mémoires de l'histoire p. 58 i . — Besse, Histoire de Narbonne, p. 542.
du Languedoc^ p. 58o. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CLXIX.
An 1018
de Béranger, &. Raimond, leur fils, y souscrivirent. Il est encore fait mention de ce vicomte & de sa femme dans un acte' de l'an io35.