XXXII. — Neuvième concile de Narbonne
Plusieurs d'entre les évêques qui avoient assisté à la dédicace de l'église de Maguelonne se trouvèrent^, le iS du mois d'août de la même année, à un concile que Guifred, archevêque de Narbonne, convoqua dans cette ville 8c qui en fut le neuvième. Outre ce prélat, les évêques Bernard de Béziers, Gonthier d'Agde, Rostaing de Lodève, Arnaud de Maguelonne, Frotaire de Nimes, Béranger de Girone, Gislabert de Barcelone 8c Guillaume d'Albi s'y rendirent en personne. Guillaume d'Urgel 8c Hugues d'Uzès y envoyèrent des députés. Pierre-Raimond, comte en partie de Carcassonne 8c vicomte de Béziers 8c d'Agde, eut beaucoup de part à la convocation de ce concile 8c s'y trouva avec Béranger, vicomte de Narbonne, divers abbés 8c un grand nombre de clercs, de nobles 8c autres personnes notables du pays.
Le principal objet de cette assemblée fut de confirmer la paix 8c la trêve de Dieu, 8c de réparer les infractions qui y avoient été faites depuis leur établissement. Ces infractions avoient été causées sans doute, pour la plus grande partie, par les différends qui régnoient entre l'archevêque 8c le vicomte de Narbonne, lesquels se réconcilièrent alors, à ce qu'il paroît, par la médiation des évêques du concile. Nous savons en effet d'ailleurs, « que la guerre s'étant
■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Conciles, t. 9, p. 1072 & suiv. — Marca, Con-
méro CCLXXI. cordia sacerdotii & imperit. nov, edu. p. 432 & seq.
An 105^
a renouvelée entre ce prélat & le vicomte ', ils en vinrent à un accommodement « par l'entremise de plusieurs évêques, qui leur firent promettre d'observer « fidèlement la trêve de Dieu & de punir sévèrement les infracteurs, & qu'ils t.^n,p?i95'. " convinrent en même temps de partager les amendes qui proviendroient de ces « infractions. Le vicomte céda alors sa moitié au profit de l'église de Narbonne^.)) Le neuvième concile de cette ville dressa vingt-neuf canons 3, dont il ordonna l'observation dans les comtés & les diocèses de la province, sous peine d'excommunication 8c de quarante sols d'amende en faveur du seigneur du pays où l'infraction seroit faite. On condamna à une double amende ceux qui dans le terme de quarante jours ne répareroient pas le dommage qu'ils auroient causé 8i. qui ne feroient pas une entière satisfaction. Les dix premiers canons regardent la trêve de Dieu & les autres la paix. Les uns & les autres sont à peu près les mêmes que ceux du concile de Tulujes, auxquels on ajouta la défense de couper les oliviers par hostilité &. d'en enlever les fruits, à cause que l'Eglise s'en servoit pour la composition du saint chrême Se pour le luminaire. On accorda, en vertu de la trêve de Dieu, une entière sûreté pour les brebis 5c leurs pasteurs. On défendit aux séculiers d'usurper les revenus synodaux sans le consentement des évêques 8c des clercs , ni de quelque manière que ce fût les prémices, les oblations, le droit de sépulture Se autres droits purement ecclésiastiques, non plus que les biens des églises. On défendit enfin de piller les marchands Se les pèlerins. Un célèbre'^ historien de nos jours remarque avec raison qu'on joignit dans ces canons les peines temporelles aux spirituelles, parce que les deux puissances y concoururent également^ en sorte que ce fut proprement une assemblée des notables de la province, ainsi que plusieurs autres conciles qui furent tenus avant 5c après. Guifred, archevêque de Narbonne, souscrivit^ le 20 de novembre suivant avec Raimbaud, archevêque d'Arles, 8c quelques évêques de la Marche d'Espagne, au privilège que Raimond, prince des Barcelonais, Se la comtesse Almodis, sa femme, accordèrent alors aux chanoines de la cathédrale de cette ville.
XXXIII. — Renouvellement de la guerre entre l'archevêque ^ le vicomte
de Narbonne.
La guerre se ralluma entre Guifred, archevêque, Se Béranger, vicomte de Narbonne, peu de temps après le concile dont on vient de parler. Le premier, pour se soutenir, chercha à se faire des protecteurs. Se eut recours entre autres à Pierre-Raimond, comte de Carcassonne Se vicomte de Béziers Se d'Agde, qu'il engagea à prendre ses intérêts moyennant*^ une somme considérable qu'il lui compta Se divers domaines de son église qu'il lui céda en fief Se qui passèrent
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXI. ^ Fleury, Histoire ecclésiastique^ I. 60, n. 16.
* Ihid. ^ Marco. Hispanica, p. loo3.
' Conciles, t. 9, p. 1072 & suiv. — Marca, Con- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
cordia sacerdotii & imperiij nov. edit. p. 482 & seq. méio CCCXLVl.
An 1064
aux successeurs de ce comte. Guifred ' gagna d'un autre côté plusieurs gentilshommes qu'il s'attacha en leur donnant plus de dix mille sols de rente sur les biens qu'il étoit convenu avec le vicomte d'abandonner à son cliapitre, somme qui montoit^ à celle de deux cents onces d'or. Ce prélat viola ensuite ^ la trêve de Dieu qu'il venoit de faire serment d'observer, &. ses troupes s'étant mises en campagne attaquèrent celles du vicomte 8<. tuèrent un de ses soldats l'un des jours marqués pour l'observation de la trêve. Béranger se plaignit hautement de cette infraction, mais l'archevêque loin d'en faire justice prit les coupables sous sa protection'*. Le comte Pierre-Raimond , allié de ce prélat, enfreignit de son côté la trêve de Dieu vers le même temps, enleva de l'église de Notre-Dame d'Alet deux chevaliers qui n'avoient commis aucun crime 8c fit pendre l'un d'entre eux qui étoit proche parent du vicomte, comme s'il eût été un scélérat & un voleur de grand chemin. Guifred se déclara encore le protecteur de cet attentat, refusa d'écouter là-dessus les plaintes du vicomte St se moqua des promesses qu'il lui avoit faites solennellement sur le saint autel.
XXXIV. — Mort de Pierre-Raimond, comte en partie de Carcassonne, vicomte de Bé-j^iers ^ d'Agde. — Roger III, son fils, lui succède.
Nous ne trouvons plus rien dans la suite du comte Pierre-Raimond, qui sans doute ne survécut pas longtemps Se qui mourut certainement avant l'an 1061. Il vendit, au mois de mars de l'an io54, avec^ Rangarde sa femme, Roger leur fils, Si leurs filles Garsinde, Ermengarde 8c Adélaïde, l'abbaye de Saint- Geniès, située au voisinage de la mer, aux chanoines de la cathédrale de Béziers, pour la somme de six cents sols toulousains 8c autant pouf Deusdedit qui la tenoit en fief. Cette abbaye nous est d'ailleurs inconnue.
Roger succéda au comte Pierre-Raimond, son père, dans sa portion du comté Ed. origin. de Carcassonne dont il fut le troisième comte de son nom Se dans les vicomtes de Béziers Se d'Agde. Quant à Garsinde, Ermengarde Se Adélaïde, filles du comte Pierre-Raimond, la première épousa Raimond , fils aîné de Béranger, vicomte de Narbonne ; la seconde Raimond-Bernard , vicomte d'Albi Se de Nimes, Se la dernière Guillaume, comte de Cerdagne, ainsi que nous le ferons voir dans la suite.
Comme Roger ÏII étoit fort jeune dans le temps de la mort du comte Pierre- Raimond, son père, il fut d'abord sous la tutelle 8c l'administration de Rangarde, sa mère-, nous en avons diverses preuves, entre autres une*^ promesse que le comte Raimond, fils de Béliarde, fit à cette comtesse de l'aider contre tous à conserver les villes 6* les évêchés de Béziers, d'Agde Se de Carcassonne,
■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro CCXI. méro CCXI.
' Marca Hispanica, p, 1096. ^ IhiJ. n. CCIV.
* Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. CCXI. " Il>id. n. CCX.
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le château de Pézénas, Sec, à condition que de son côté elle lui seroit fidèle pour ces mêmes villes 8c châteaux.
XXXV. — Mort de Raimond 11, comte de Raines. — Réunion de ce comté
à celui de C arc as sonne.
Cette dernière clause est une preuve qu'il y avoit une convention entre le comte Raimond d'un côté Se la comtesse Rangarde, ou plutôt son mari &c son fils de l'autre, pour se succéder réciproquement au défaut de descendans mâles. Il paroît d'ailleurs que ce Raimond dominoit' sur le Razès, 6c qu'il descendoit de Raimond I 8c d'Eudes, comtes du même pays : or, comme celui-ci 8c Roger I, comte de Carcassonne, son frère, avoient fait une semblable convention 8c que Roger III, comte de Carcassonne, possédoit le comté de Razès avant sa mort, il est fort vraisemblable que ce dernier recueillit en vertu de cet accord la succession du même Raimond II, comte de Razès, qui mourut ainsi sans postérité masculine.
XXXVL — Dixième concile de Narhonne.
Guifred, archevêque de Narbonne, tint le i^"" d'octobre de l'an io55 un nouveau^ concile dans cette ville, auquel il ne se trouva avec lui que six évêques de sa province, savoir: Guillaume d'Urgel , Guillaume d'Ausone, Béranger de Girone, Bernard de Béziers, Rostaing de Lodève 8c Gonthier d'Agde. Ces prélats déclarèrent excommuniés les usurpateurs des biens de l'église d'Ausone.
XXXVII. — Troisième concile de Toulouse. — Êvêques de cette ville.
Ce concile fut suivi d'un autre bien plus nombreux^ tenu à Toulouse le 1 3 de septembre de l'an io56 par ordre du pape Victor II, sous le vénérable Pons, comte de Toulouse. Raimbaud, archevêque d'Arles, 8t Pons, archevêque d'Aix, y présidèrent en qualité de vicaires ou légats du Saint-Siège, avec Guifred, archevêque de Narbonne. Parmi les évêques qui s'y rendirent il y en eut au moins six de la Province, savoir : Arnaud de Toulouse, Bernard de Béziers, Gonthier d'Agde, Arnaud de Maguelonne, Frotaire de Nimes 8c Rostaing de Lodève. On prétend qu'un autre évêque nommé Arnaud, qui y souscrivit 8c dont le nom du siège est en blanc, étoit évêque de Carcassonne 5 mais il est certain"* que c'étoit Guifred ou W^ifred qui occupoit encore alors cet évêché. Les autres prélats qui assistèrent à ce concile étoient des provinces voisines.
On y dressa treize canons, tant pour abolir la simonie qui régnoit dans toute l'Église, que pour ordonner le célibat aux ecclésiastiques qui se mettoient
' Voyez tome IV, Note XXII, n. 24. ^ Conciles, t. 9, p. 1084 & suiv.
" Marca H'ispan'ica, p. 461 & seq. '' Voyez tome IV. Note XXX, n. 5.
An I o56
alors peu en peine de le garder, pour empêcher l'usurpation des biens des églises &c remédier à divers autres abus. On y défendit aux comtes Se à toute sorte de puissance de vendre les évêchés Se les abbayes, Se il fut arrêté que les cvêques Se les abbés ne pourroient être élus qu'à l'âge de trente ans. On ordonna enfin que ces canons seroient également observés dans la Gaule 6 l'Espagne. On doit entendre par ce dernier terme la Marche d'Espagne ou Catalogne, alors soumise à nos rois pour le temporel Se aux archevêques de Narbonne pour le spirituel.
C'est au temps de ce concile de Toulouse Se sans doute dans le concile même, que les légats du pape Victor II auroient jugé le différend qui étoit alors, à ce (jue disent Mariana ' Se quelques autres Espagnols modernes, entre Ferdinand, roi de Castille, Se l'empereur Henri, si l'on pouvoit s'en rapporter au témoignage de ces auteurs. Ils ont avancé que ce dernier prince prétendant que l'Espagne relevoit de l'Empire, le roi Ferdinand, pour soutenir l'indépendance de sa couronne, leva une armée de dix mille hommes, qui, sous la conduite du fameux Cid, s'avança jusques à Toulouse où elle s'arrêta j que Fer- ^î*,- *"''e'"dinand l'ayant jointe bientôt après dans cette ville, envoya prier le pape Victor II de se rendre médiateur entre lui Se l'empereur 5 que Victor chargea de cette commission Robert, cardinal de Sainte-Sabine, qui se rendit à Toulouse, accompagné des ambassadeurs de l'empereur. Se qu'enfin ce légat y termina le différend des deux princes à la satisfaction du roi de Castille. Mais le silence profond que gardent les anciens sur toutes ces circonstances nous donne lieu de les regarder comme entièrement fabuleuses.
On prétend^ encore que Béranger, vicomte de Narbonne, exposa devant les pères du même concile de Toulouse Se les légats du pape qui y présidèrent, les griefs qu'il avoit contre Guifred, son archevêque j mais il est certain que ce fut dans un concile postérieur. Du reste, les évêques qui assistèrent à celui de Toulouse y confirmèrent^ l'union de l'abbaye de Moissac à celle de Cluny Se firent un décret contre les usurpateurs de ses biens. Suivant la Chronique "^ manuscrite d'Aimery de Peyrat, abbé de Moissac, qui rapporte ce décret, il fut rendu au nom de dix-huit évêques du concile j ces prélats en donnèrent^ un semblable en faveur des religieux de l'abbaye de Ripoll qui y avoient envoyé leurs députés.
Arnaud, évêque de Toulouse, mourut sans doute bientôt après ce concile^^. Pierre-Roger, son successeur immédiat, viovit en effet sous le règne du roi Henri, Se Durand, abbé de Moissac, avoit déjà succédé à ce dernier^ dès le mois de juin de l'an loaç. Pierre-Roger n'occupa donc pas le siège épiscopal de Toulouse jusques au mois de septembre de l'an 1060, comme on le prétend^.
' Mariana, 1. 9, c. 5. ' Marca Hispanica, p. 432.
' Voyez tome IV, Note XXXV. « Voyez tome IV, Note LXVI, la suite chro-
^ Martène, Thesaur. anecd. t. 4, p. 90. nologique des évêques & archevêques de Toulouse.
^ Mss. de Colbert, n. 2835, aujourd'hui nu- [E. M.]
méro 4991 A du fonds latin de la Bibliothèque Im- ' Mabillon, ad ann. io')i), n. 5o.
périale. [E. M.J ' Catel, Mcmotres de l'hisi. du Languedoc^ p. 863.
An lojo
Dans un voyage qu'il fit à Cluny, il fut si édifié de la' régularité de ce monastère, qu'il fonda sous sa dépendance un prieuré à Sainte-Colombe, alors dans le diocèse de Toulouse 8c à présent dans celui de Mirepoix.
XXXVIII. — Mort d'Ermessinde de Carcassonne, comtesse de Barcelone. Guifredj archevêque de Narhonne, excommunié.
Il paroît que le concile de Toulouse prit connoissance d'un différend qui s'étoit élevé alors entre Ermessinde de Carcassonne, comtesse douairière de Barcelone, Si. le comte Raimond-Béranger, son petit-fils. Pour l'intelligence de ce fait il faut se rappeler que le comte Pvaimond-Borrel. mari de cette princesse, lui ayant laissé par son testament l'administration de tous ses domaines pendant tout le temps qu'elle vivroit en viduité, elle en jouit ^ depuis la mort de ce comte arrivée en 1017 jusques en 1028, qu'elle les céda à Béranger, son fils, sous certaines conditions. Celui-ci étant décédé en io35, elle reprit l'administration du comté de Barcelone & des domaines qui en dépendoient, qu'elle garda toujours, ce qui chagrina beaucoup Raimond, son petit-fils, 8<. Almodis, femme de ce prince, qui n'ayant presque que le vain, titre de comte de Barcelone, n'oublia rien pour engager son aïeule à lui céder cette administration. Le refus qu'elle en fit irrita extrêmement Raimond, & ce prince porta si loin son ressentiment qu'il la maltraita, peut-être à l'instigation d'Almodis, sa femme. Ermessinde, indignée du procédé de son petit-fils à son égard, s'en plaignit au pape Victor II 8c implora sa protection 3. Ce pape la lui accorda volontiers 8c commit en conséquence Raimbaud, archevêque d'Arles, 8c Guifred, archevêque de Narbonne, pour examiner cette affaire dans le concile de Toulouse, avec ordre d'excommunier le comte de Barcelone Se Almodis sa femme, ce qui fut exécuté. Victor confirma la sentence 8c frappa du même anathème Guifred, archevêque de Narbonne, qui, à ce qu'il paroît, avoit embrassé les intérêts du comte de Barcelone. Ermessinde s'accommoda cependant enfin avec ce prince, son petit-fils, 8c Almodis sa femme, 8c leur céda"^ tous ses droits sur les comtés 6* les évêchés de Girone, de Barcelone, Ausone ou Vie 8c Manrèse, moyennant la somme de mille onces d'or qu'ils lui payèrent. L'acte est daté du 4 de juin, la vingt-sixième année du règne de Henri, Se par consé- An ,o5 quent de l'an loSy 8c non pas de l'an io56, ainsi ^ que l'a avancé un historien catalan. Il est d'ailleurs certain, par ce que nous venons de rapporter, que cet accord est postérieur au concile de Toulouse*^. Ermessinde se dit fille d'Adélaïde dans l'acte qui est souscrit par Guillaume Miron 8c Roger-Pons de Narbonne. La comtesse douairière de Barcelone, après cette cession, prêta serment de
' Acta. Sanctorum ordin'is sancti Benedicti, saec. 6, ■* Marca Hispanica, p. i i 06 & seq.
p. 667. '■' Diego, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2,
" Marca Hispanica, p. loSy. c. 41 8c suiv. — Baluze, Marca Hispanica, p; loSy.
' Diego, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, ''Conciles, t, p, p. 1084 & suiv. c. 41 81 suiv.
An 1007
iàclélitéà son petit-fils & à Almodis, femme de ce jM-ince, 8<. s'engagea, autant ,''ii'°"f"8 qu'il seroit en elle, de faire lever l'excommunication que le concile de Toulouse ck le pape Victor avoient lancée contre eux & celle dont le même pape avoit j'rappé Guifredj archevêque de NarboKne. Elle se retira ' ensuite dans le château • de Saint-Quirice, dans le comté d'Ausone, oîi elle forma bientôt après le dessein d'aller en pèlerinage à Saint-Jacques en Galice &à Saint-Pierre de Rome. Pour s'y disposer, elle fit son testament le 25 de septembre de la vingt-septième année du règne du roi Henri, ou de l'an io58, 8<. elle le confirma par un codicille du 26 de février suivant, ce qui prouve qu'elle n'exécuta pas ce dessein, puisqu'elle mourut le i^"^ de mars de l'an 1069 dans le même château. Nous apprenons d'ailleurs^ que le pape Victor II excommunia Guifred, archevêque de Narbonne, pour crime de simonie, dans un concile de cent vingt évêques. Comme on vient de voir que ce prélat étoit déjà excommunié au mois de juin de l'an loSy, c'est une preuve ^ que le pape Victor le frappa d'anathème dans le concile qu'il tint à Rome'', dans la basilique de Constantin, le 18 d'avril de la même année. Victor leva sans doute son excommunication quelque temps après; nous savons du moins que Guitred exerçoit les fonctions de son ministère sur la fin du pontificat de ce pape.
XXXIX. — Assemblées ou conciles tenus à Barcelone 6* Elne. — Comtes
de Roussillon 6* d'Jmpurias.
Cet archevêque fit en effet, le 18 de novembre de Tan io58, la consécration'^ de l'église cathédrale de Barcelone. Raimond^ prince de cette ville y comte de Girone (S- marquis d'Ausone, qui avoit fait réédifier cette église, pria Guifred, du consentement d' Almodis sa femme, de faire cette cérémonie. Il j invita aussi Raimbaud, archevêque d'Arles, 8^ les évêques de la Marche d'Espagne qui s'y trouvèrent tous, entre autres Paterne de Tortose'^, ville que Raimond-Béranger avoit par conséquent enlevée dès lors aux Sarrasins 8<. où l'on avoit rétabli le siège épiscopal.
L'archevêque Guifred présida-^, le iode décembre de la même année, à une autre assemblée ou concile qui fut tenu à Elne 8c auquel se trouvèrent, avec les notables de son diocèse, les évêques Béranger d'Elne, Béranger de Girone & Guifred de Carcassonne, Gausfred, comte de Roussillon, Raimond, comte de Cerdagne, 8c plusieurs abbés 8{. seigneurs. Enfin l'archevêque de Narbonne souscrivit, le 26 de décembre suivant, avec Raimbaud, archevêque d'Arles, Arnaud, évêque de Maguelonne, Frotaire de Nimes 8c Guillaume d'Urgel, à un acte par lequel Hali , duc mahométan ou sarrasin de Dénia 8c des îles Baléares, soumit à l'église de Barcelone toutes les églises de ses Etats.
' Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, * Conciles, t. 9, p. 1087.