XLVI. — Quatrième concile d,e Toulouse
On vient de voir que sous le pontificat de Nicolas II qui siégea depuis le commencement de l'an 1069 jusques au milieu de l'an 1061, on assembla un concile à Toulouse, dans lequel on dressa des canons contre les usurpateurs des biens ecclésiastiques. Ce concile, qui fut tenu vers l'an 1060 Se cmi fut le quatrièm.e de cette ville, ne peut donc être le même, comme le croit un moderne^, que celui qui y fut assemblé en io56, puisque ce dernier fut tenu sous le pape Victor II. Au reste Hugues, qui y présida au nom St en qualité de légat de Nicolas II, ne paroît pas différent du saint abbé de Cluny de ce nom que ce pontife nomma en effet son légat dans une partie des Gaules^ Se qui , en cette qualité , présida en 1060 à un autre concile assemblé à Avignon.
XLVn. — Fin de PonSy comte de Toulouse. — Seigneurs de V Île-Jourdain j
comtes de Comminges, ^c,
Pons, comte de Toulouse, vivoit encore dans le temps de la tenue du quatrième concile de cette ville. C'est ce qui paroît entre autres par un acte"^ daté du règne du roi Philippe, Pons étant comte palatin des Toulousains. Suivant cet acte, quelques chevaliers qui possédoient le domaine d'un lieu où l'on voyoit les ruines de l'église de Saint-Lizier dans le pays de Savès, portion du Toulousain située à la gauche de la Garonne, donnent cette église, dans le dessein de la rétablir, à l'abbaye du Mas-Garnier.
' Voyez tome I, livre VII, n. i,\x!\'. ^ Pagi, a<î ann. 1060, n. 40 & seq.
' Martène, Ampl. Colhct. t. 1, p. ^53. ^ Voyez tomeV, Chartes 2(. Diplômes, n.CCXII.
An 1060
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV. SSy
Aton-Raimond &. Guillaume-Bernard de la llle, ou de l'Ile-Jourdain, dans le diocèse de Toulouse, furent présens à cette donation. On a déjà remarqué ailleurs ' que le premier avoit épousé une sœur de Pons, comte de Toulouse, 8<. qu'il fut père de Raimond-Aton de qui descendent les seigneurs de l'Ile- Jourdain. Celui-ci est sans doute le même^ que Raimond-Aton, lequel donna quelque temps ^ après, avec son fils, à l'abbaye de Lézat 8c à Bernardj évêque, son abbé, l'église de Saint-Paul dans le territoire de Bouconne.
Ce dernier acte est souscrit « parle comte Arnaud, Roger, son fils, Bernard, tl^u, p"lo3. « évêque & frère du comte Arnaud, le comte Bernard-Odon, Raimond, comte « de Saint-Gilles, 8<. Durand, évêque de Toulouse. « Les deux comtes Arnaud'^ Se Bernard-Odon étoient de la même maison, & chacun d'eux possédoit une partie du Comminges, avec diverses terres situées aux environs de l'abbaye de Lézat. Quant à Bernard, évêque & frère du premier, il étoit abbé de ce monastère 8c vraisemblablement le même que l'évêque de Conserans de ce nom qui vivoit alors. Ce comte Arnaud, par un autre acte, prit^ l'abbaye de Lézat sous sa protection, en présence de Bernard, évêque, 8ç d'un autre Bernard, évêque, son frère. Comme on trouve dans ce temps-là un Bernard^ évêque de Comminges, c'est sans doute le même que le premier des deux prélats dont on vient de parler. Enfin il est fait ijiention des mêmes comtes Arnaud & Bernard-Odon dans une donation''' que Raimond-Aton de Spel ou d'Aspet dans le Comminges, fit vers le même temps à l'abbaye de Lézat 8c à Bernard, évêque, qui en étoit abbé.
Bernard-Odon, comte de Comminges, voulant ^ venger la mort du comte son père, que le comte d'Astarac avoit tué, fit bâtir le château de Benque situé vers les frontières du Toulousain. Il mourut vers l'an 1075 8c fut inhumé dans le monastère de Peyrissas, situé au voisinage de ce château 8c dépendant de l'abbaye de Lézat. Il laissa cinq fils, Raimond, Bernard, Guillaume, Fortanier 8c Roger. Les quatre premiers prirent la qualité de comtes 8c possédèrent sans doute par indivis la portion du Comminges qui étoit échue à leur père. Bernard, le second, eut deux fils, Raimond 8c Bernard. Celui-ci recueillit, à ce qu'il paroît, la succession du comte, son père, de ses oncles 8c de tous les autres comtes de Comminges. Il est du moins certain que c'est de lui que descendoient les comtes de ce pays qui vivoient au milieu du douzième siècle. Quant à Roger, cinquième fils du comte Bernard-Odon, il étoit encore jeune lorsque son père l'offrit pour être religieux dans le monastère de Peyrissas, dont il fut ensuite abbé.
Durand, évêque de Toulouse, dont on vient de parler, avoit été élu^
' Oïhenart, Notitia utriusque Vascon'iae, p. 535. ^ Gallia Christiana, nov. edit. t. i , p. lopB.
' Voyez tome IV, Note XXII, n. 32. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro CCVIII, la i'^ charte citée sous ce numéro,
méro CCXII, « Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
■• Voyez tome IV, Note XXII, n. 32. méro CCLIII. — Voyez tome IV, Note XXII,
'' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- n. 32 & suiv.
méro CCVIII, la i'* charte citée sous ce numéro " Gallia Christiana, nov. edit. t. i . p. lûa.
III 2i
An 1 060
An 1061
en io5g. Il étoit auparavant abbé régulier de Moissac, abbaye qu'il conserva avec l'évêché de Toulouse pendant toute sa vie &. à laquelle il fit des biens considérables. Il lui fit restituer' entre autres, peu de temps après son élévation à l'épiscopat, différens biens situés aux environs de Bioule en Querci ; ce qui fut fait par un acte passé dans le vestibule de l'église de Saint-Sernin de Toulouse, en présence de Pons, très-excellent comte, ^ d'Adhémar, vicomte de Toulouse, Sec. Il est marqué à la fin de cet acte que quelques vassaux de Raimond, vicomte de Caussade en Querci, donnèrent vers le même temps divers domaines à l'abbaye de Moissac.
Il est donc certain que Pons, comte de Toulouse, vivoit encore au commencement du règne du roi Philippe I, 8c comme nous savons d'ailleurs^ que son fils Guillaume lui avoit déjà succédé en ïo6i, nous apprenons par là à peu près l'époque de sa mort. Ce prince, qui étoit âgé alors d'environ soixante-dix ans, fut inhumé dans l'église de Saint-Sernin de Toulouse, dans un tombeau de marbre blanc placé aujourd'hui auprès de celui de Guillaume Taillefer, son père, ainsi qu'on l'a dit ailleurs^. L'un des plus grands reproches qu'on puisse faire à ce prince, c'est d'avoir été peu scrupuleux sur le mariage, car on a déjà vu qu'il prit 8c répudia diverses femmes avec une égale facilité 5 mais on doit attribuer cette conduite aux mœurs corrompues de son siècle, où les répudiations étoientfort en usage parmi les princes 8c sembloient même autorisées. Il paroît du reste que Pons avoit de la religion : le concile de Toulouse de l'an io56 parle de lui en termes honorables. Un ancien auteur"^ anglois,quia ignoré son véritable nom, prétend que ce fut un prince extrêmement vif Se agissant, qu'il rendit sa patrie recommandable par ses actions 8c qu'il la tira de l'obscurité où la paresse de ses prédécesseurs l'avoit laissée jusques alors. Nous avons parlé ailleurs de l'étendue de son domaine.
XLVIII. — Enfans de Pons, comte de Toulouse. — Guillaume IV, son fils aîné, lui succède dans ce comté. — Raimond de Saint-Gilles, le puîné, épouse Vhéritière du marquisat de Provence.
Éd. origin. Pons laissa en mourant trois fils 8c une fille d'Almodis de la Marche, sa der- .p-20.1. ^-^-^j-g femme. L'aîné, appelé Guillaume, lui succéda dans le comté de Toulouse, dont il fut le quatrième comte de son nom, 8c dans ceux d'Albigeois 8c de Querci. L'ancien auteur ^ que nous venons de citer prétend que ce dernier comté échut en partage à Raimond, second fils de Pons, 8c quelques modernes <5 l'ont avancé après lui ; mais il est certain que Raimond ne posséda le Querci qu'après la mort de Guillaume IV, comte de Toulouse, son frère. Il paroît seulement qu'il eut le comté de Saint-Gilles en partage'' ; car outre
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CCXIII. "" Guillaume de Malmesbuiy, 1. 4, c. 2,
' Voyez tome IV, Note XXXII, n. 6. s ^^^
3 Voyez ci-dessus, livre XIII, n. cm, & aussi la ^ Description de la France, part. 1, p. aSp.
Note placée au bas de la page. ' Voyez tome V, Chartes &Diplômes,n. CCXXXI.
qu'il en prit le nom, nous verrons bientôt qu'il étendoit son autorité de ce côté-là en io65. Cependant, comme Pons avoit assigné', à ce qu'il paroît , le même comté de Saint-Gilles pour le douaire d'Almodis, sa femme, il est fort vraisemblable que Raimond n'en jouit que depuis la mort de cette princesse; ce qu'on peut appuyer sur le témoignage d'un auteur^ du douzième siècle qui assure que ce prince n'eut d'abord aucune part à la succession de son père.
Le troisième fils de Pons, comte de Toulouse, fut nommé Hugues. Il survécut à son père & vivoit^ encore en io63. Il n'est plus ensuite fait mention de lui, 8c il y a lieu de croire qu'il mourut jeune 8c sans postérité. Quant à la fille de Pons, elle s'appeloit Almodis, comme sa mère, 8c elle épousa"* quelques années après Pierre, comte de Melgueil ou de Substantion. Plusieurs modernes^ prétendent que Pons eut deux autres filles, mais ils n'en donnent aucune preuve 8c il est certain qu'ils se sont trompés.
Guillaume 8c Raimond, fils aînés de ce prince, avoient dix-huit à vingt ans dans le temps de sa mort. Le premier se qualifie comte de Toulouse dans une donation^ qu'il fit en 1061, du conseil de Foulques, évêque de Cahors, à l'abbaye de Moissac, de l'église de Cos en Querci, située sur l'Aveyron ; preuve qu'il domina sur ce pays aussitôt après la mort de son père. L'autre épousa '^ quelque temps après sa cousine germaine, fille 8c héritière de Bertrand, comte de Provence, son oncle paternel , laquelle lui apporta ses droits sur la moitié de cette province. De là vient sans doute que les anciens historiens donnent à Raimond la qualité de comte de Provence du vivant du comte Guillaume IV, son frère. L'un d'entre eux^ rapporte : « que les deux fils de Pons, comte de « Toulouse, furent nommés : l'un Raimond de Saint-Gilles 8c l'autre Guil- « laume de Toulouse; que le premier fut comte de cette ville Se le second de « Provence. » Un autre historien du temps ^ donne à Raimond la qualité de comte de Provence {Provincianus) en 1080, longtemps avant la mort de Guillaume, son frère. Nous ignorons l'époque de celle de Bertrand, oncle paternel de Raimond de Saint-Gilles 8c père de sa première femme. Il paroît seulement'° qu'il eut un fils nommé Raimond, qui mourut avant lui sans postérité ou du moins peu de temps après, 8c qui fut inhumé dans l'église de Saint- Sernin de Toulouse où l'on voit encore son tombeau. Au reste, Guillaume, comte de Toulouse, 8c Raimond de Saint-Gilles, son frère, furent en bonne intelligence avec Almodis, comtesse de Barcelone, leur mère, pendant tout le reste de la vie de cette princesse.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- " Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
méro CCXXXI. méroCCXVII.
^ Acta Sanct. ordinis sancti Bcnedicti, saec. 5, ' Voyez tome IV, Note XIV, n. 20 j Note XLI,
part. 2 p. 21 5. n. 6 & seq.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- * Chronicon Malleac. p. 210.
méro CCXXIII. » Gaufridus Malaterra, Hlst. Sic. 1. 3, c. 22.
* Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 4. '" Voyez tome IV, Note XLI. — Voyez livre XIII,
' liid. Note XXII, n. 8. n. cm.
An ici'ii
An 100 1 ^
XLIX. — Raîmond-Bernard succède à Bernard-Aton 111, vicomte d'Âlhi b de Nimes, son père, 6* épouse Ermengarde, héritière de Carcassonne. — Origine de la ville 6* des seigneurs de Mirepoix. — Èvêques d'Alhi, bc.
On a déjà remarqué que la comtesse Almodis avoit une sœur nommée Rangarde qui avoit épousé Pierre-Raimond, comte en partie de Carcassonne 8; vicomte de Béziers & d'Agde. Celle-ci étoit déjà veuve au commencement de l'an io6i, comme il paroît par une donation' qu'elle fit alors, « avec Rai- « mond, son gendre, & ses deux filles, Ermengarde, femme de ce dernier 8c « Adélaïde, à Tabbaje de Saint-Pons de Thomières £>c à Frotard, son abbé, « de l'alleu de Tonnens sur la rivière d'Orb, auprès de Villeneuve, dans le « pays de Béziers, 8< de tout ce qu'y avoient possédé justement ou injuste- « ment Guillaume, vicomte de Béziers, Kaimond-Ro g erii (ou fils de Roger I, (c comte de Carcassonne), la vicomtesse Garsinde (sa femme) 8<. ses fils, Pierre « (mari de la même Rangarde) & Guillaume. » Frotaire, évêque de Nimes, oncle paternel de Raimond, gendre de Rangarde, &l Guillaume, abbé de Caunes, furent présens à cette donation qui confirme ce que nous avons IjI origin. rapporté^ ailleurs des descendans de Raimond, fils de Roger I , comte de Carcassonne, 8<. de son mariage avec Garsinde, fille & héritière de Guillaume, vicomte de Béziers & d'Agde.
La comtesse Rangarde ne fait aucune mention dans cet acte du comte Roger, son fils, quoique ce comte vécût encore alors. Nous avons en effet un acte^ suivant lequel Roger 8c Raimond-Bataille, son frère, donnent en alleu, le 23 de janvier de la seconde année du règne de Philippe ou de l'an 1062, la moitié du château de Prouille 8c les deux tiers de celui de Mirepoix à la comtesse Rangarde, fille d'Amélie, 6* au comte Roger, son fils, à cause du mal qu'ils leur avoient fait. Ces deux seigneurs consentent en même temps que cette comtesse 8c le comte son fils obligent Pierre-Roger, leur frère, à leur céder le reste de ces deux châteaux dont ils lui firent hommage 8c qu'ils ne tenoient sans doute auparavant de personne. Ces deux châteaux étoient alors situés dans le diocèse de Toulouse 5 le premier dépend aujourd'hui de celui de Saint- Papoul 8c l'on y fonda depuis un célèbre couvent pour des religieuses de l'ordre de Saint-Dominique 5 l'autre a donné l'origine à la ville de Mirepoix, devenue épiscopale depuis le pontificat de Jean XXII. C'est le monument le plus ancien que nous ayons 8c de cette ville 8c de ses seigneurs.
Raimond qui avoit épousé dès l'an 1061 Ermengarde, fille du comte Pierre- Raimond 8c de Rangarde de la Marche, sa femme, avoit succédé alors, à ce qu'il paroît"^, à Bernard-Aton troisième du nom, son père, dans les vicomtes d'Albi 8c de Nimes. Il est du moins certain que ce dernier étoit déjà décédé
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
méro CCXVIII. méro CCXVII.
" Voyez tome IV, Notes XXII, n. lo. < Voyez tome IV, Note XXI, n. i5.
An 1062
An 1062
clans le mois de novembre de l'an 1062, comme nous le prouverons bientôt. Cela peut servir à fixer l'époque de l'élection de Frotard, évcque d'Albi, qui obtint cet évêché ' moyennant quinze chevaux de grand prix qu'il donna à Frotaire, évèque de Nimes & à Bernard, son frère, qui avoient coutume de recevoir une somme considérable pour l'intronisation des évêques d'Alhi ; en sorte que personne ne pouvoit obtenir cet évêché qu'en le recevant de leurs mains. L'évêque Frotaire 8c le vicomte Bernard-Aton, son frère, avoient donc érigé l'évêché d'Albi en fief mouvant de leur domaine ; nous en avons donné ailleurs d'autres preuves. On voit par là que Frotard, que nous croyons de la maison de Lautrec, parvint à cet évêché avant la fin de l'an 1062. Il succéda à Guillaume qui avoit été élu par une voie également contraire aux canons 8c qui siégeoit encore en 1054. Aussi Frotard fut-il traduit dans la suite comme simoniaque devant le pape Grégoire VII 8c déposé comme tel, ainsi que nous le verrons ailleurs.
Le vicomte Bernard-Aton, troisième du nom, ne paroît pas différent du vicomte Bernard-Aton qui souscrivit^ à une donation de Raimond, comte de Pailhas, en faveur de Valence, sa femme. Ce vicomte laissa de Rangarde, son épouse, deux fils ^, Raimond-Bernard 8c Frotaire. Le premier prit le surnom de Trencavel, qui paroît n'avoir été d'abord qu'un sobriquet, mais qui passa cependant à sa postérité 8c devint un nom propre en la personne de quelquesuns de ses descendans. Il succéda à son père dans les vicomtes d'Albi 8c de Nimes qu'il posséda comme lui en commun avec Frotaire, évêque de Nimes, son oncle paternel. Il augmenta considérablement son domaine par son mariage avec Ermengarde, qui hérita bientôt après d'une partie du comté de Carcassonne, des vicomtes de Béziers 8c d'Agde 8c des autres biens de la branche aînée de la maison de Carcassonne. Nous ignorons quel fut le partage de Frotaire, fils puîné de Bernard-Aton III. Les anciens seigneurs de Castelvieil, château situé joignant les murs de la ville d'Albi, dont il forme comme un faubourg, descendoient peut-être de lui, car ils prenoient ordinairement le nom de Frotaire ou Frotier, qui leur servoit de surnom.
Frotaire, évêque de Nimes, 8c le vicomte Raimond, son neveu, jouissoient déjà par indivis, au mois de novembre de l'an 1062, du domaine de leur maison : preuve certaine que Bernard-Aton, père du dernier, étoit alors décédé. Nous avons en effet un acte ^ suivant lequel « les deux premiers, craignant « d'encourir l'excommunication dont le pape Nicolas II avoit frappé les simo- « niaques, 8c se sentant coupables d'avoir ou vendu ou injustement possédé « jusques alors diverses abbayes 8c autres biens ecclésiastiques, résolurent de Mi,p"fÔ6. « rétablir la régularité dans celle de Sorèze soumise à leur autorité. Ils la don- « nèrent dans cette vue à Durand, abbé de Saint-Victor de Marseille 8c à ses « successeurs, à condition qu'il y enverroit un abbé digne de gouverner, 8c « formé sur l'institut 8c l'ordre de Saint-Victor. » Deux seigneurs du pays,
' Baluze, Misccllanea, t. 6, p. 432. ' Voyez tome IV, Note XXI, n. lô.
^ Marca Hispan'ica, p. 1006. ^ Voyez tome V, Ch.irtes & Diplômes, n. CCXX.
An 1062
An io63
lesquels occupoient sans doute une partie des biens de l'abbaye de Sorèze ou les tenoient en fief de l'évêque Frotaire 8c de son neveu, consentirent à cette donation Si restituèrent les biens usurpés. Frotaire se réserva cependant une espèce de prééminence sur ce monastère, car il autorisa neuf ans ' après l'élection d'un abbé. Il ne paroît pas cependant par ce dernier acte que l'abbaye de Sorèze fût alors sous la dépendance de celle de Saint- Victor, ce qui nous donne lieu de croire que leur union ne dura pas longtemps 5 il ne nous reste là-dessus en effet d'autre monument que l'acte du mois de novembre de l'an 1062 dont on vient de parler, &c qui sans doute n'eut pas son exécution.
Nous avons encore d'autres monumens qui prouvent que Frotaire, évêque de Nimes, jouit conjointement avec Raimond, son neveu, du domaine de leur maison ; tels sont divers hommages^ rendus à l'un & à l'autre pour les châteaux de Roquefort, sur la rivière de Sor dans le Toulousain, de Bérens, Cahusac, Montagut & Curvale en Albigeois, &C. Les seigneurs de Cadalen leur donnèrent aussi dans le dernier pays leur château en alleu 8c sans doute le reprirent ensuite en fief.