‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 183 sur 227 · XL. — On-^ième concile de Narbonne. — Abbés de la Grasse · texte numérisé non relu

XL. — On-^ième concile de Narbonne. — Abbés de la Grasse

• L'archevêque Dalmace, de retour de son voyage de Rome, présida le 20 de ^n°^]^2%

mars de l'an 1091 à un concile de sa province qui fut tenu dans sa cathé-

drale 5c qui fut le onzième de Narbonne. Les actes "^ sont datés à la vérité de ^^ '°9' l'an 1090, mais on y suit l'ancienne manière de compter, suivant laquelle on ne commençoit l'année qu'à Pâques 5 à quoi les éditeurs^ des Conciles 5c quelques autres auteurs n'ont pas fait attention. Il est certain en effet que Dalmace assista au concile de Toulouse tenu sûrement vers la Pentecôte de l'an 1090, 5c il n'est nullement vraisemblable qu'on ait assemblé deux conciles dans la même province dans l'espace de deux mois.

Les évêques*^ Isarn de Toulouse, Pierre de Carcassonne, Artaud d'Elne,

' Conciles, t. lo, p. 466 & sulv. * Ih'td. — Labbe, Conciles, t. ro, p. 479, 1018 &

' lèid. ip. i84r. siiiv. — Hardoiiin, ConciZej, t. 6, p. 1691. — Rui-

^ Ibid. p. 455. nart, Vita Urbani papae II, n. 65.

* Baluze, Concilia Galliae Naroon. p. i 8 & seq. — * Baluze, Concilia Galliae Narh. p. i 8 & seq. —

Notitia, ihid. p. i5 &. seq. Notitia, ihid. p. i5 & seq.

An

Matfrecl de Réziers, Godefroy de Maguelonne & Bertrand de Barcelone, assistèrent à ce concile de Narbonne avec leur métropolitain. Raimond , abbé de Quarante, quelques autres abbés, les chanoines de l'église de Narbonne, 6" plusieurs d'entre les nobles du pays s'y trouvèrent aussi : preuve qu'encore, dans ce siècle, les conciles étoient des assemblées mixtes.

Robert, abbé de la Grasse, s'y rendit aussi avec une partie de ses religieux cc y porta des plaintes contre l'archevêque Dalmace à qui il avoit succédé' dans cette abbaye dès le 5 de mai de l'an 1086. Il se plaignit 1° de ce que ce prélat le troubloit dans la possession de l'ancienne abbaye de Saint-Laurent sur la rivière de Niesle, alors réduite en prieuré 8<. unie à son monastère à la charge de payer à l'église de Narbonne, à raison du fief , un cens annuel, ou de dix sols de Narbonne^ monnoie de cours j ou d'une vache ; 2° de ce que Dalmace avoit mis en interdit, contre les privilèges qu'il avoit du Saint-Siège, le prieuré de Saint-Martin autrefois abbaye, les églises paroissiales, les prieurés, les chapelles, les clercs Se les dépendances de son monastère, qui ne devoit à ce prélat pour tous droits épiscopaux ou diocésains qu'un setier {sextarium) d'huile tous les ans 5 3° enjfin il prétendoit que l'abbaye de Saint-Polycarpe dans le diocèse de Narbonne devoit être soumise à l'abbaye de la Grasse. L'affaire ayant été agitée dans le concile, l'abbé se reconnut coupable pour avoir violé l'interdit &: il en fit satisfaction en pleine assemblée. Il reconnut en même temps qu'il n'avoit pas un droit bien certain sur les abbayes de Saint-Laurent & de Saint-Polycarpe, dont la première appartenoit à l'église de Narbonne par la donation de nos rois Se de l'Église romaine. Il les remit à l'archevêque, qui lui rendit ensuite la première pour la rétablir Se la gouverner lui Se ses successeurs sous la réserve de son propre droit Se du cens dû à son église, Dalmace lui donna aussi la seconde, avec le consentement de son clergé, pour la posséder à perpétuité, avec clause expresse que lorsque le temps le permettroit, onéliroit un abbé dans chacune sous l'autorité de l'archevêque de Narbonne, à laquelle les prieurs qui les administreroient seroient soumis. Nous ne savons pas si dans la suite on élut en effet un abbé dans le monastère de Saint-Laurent-sur-le-Niesle j mais il est constant que depuis trèslongtemps ce n'est plus qu'un simple prieuré. Quant à l'abbaye de Saint- Polycarpe, qui n'étoit encore gouvernée en 1090^ que par un prieur, sous l'autorité de l'abbé de la Grasse, elle eut bientôt après des abbés Se elle est aujourd'hui indépendante. Au reste, comme le pape Urbain II avoit renvoyé la décision des différends qui étoient entre l'abbaye de la Grasse Se l'archevêque Dalmace au cardinal Pvaynier, son légat, il y a lieu de croire que celui-ci se trouva au concile de Narbonne.

L'abbaye de la Grasse augmenta considérablement son domaine ou ses dépendances sous le gouvernement de l'abbé Pvobert. Adalgarde •^, vicomtesse

' Histoire manuscrite de la Grasse, p. 41 3. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n, CCXCIX,

° Voyez tome V, Chartes Si Diplômes, n. CCCII, la i"'' charte citée sous ce numéro, la 2*" charte citée sous ce numéro.

An icf>i

dans la Marche d'Espagne, avec ses fils Pierre, Guillaume, Olivier 8c Adalbert donnèrent en 1086 une métairie au monastère du Fîurgal qui dépendoit de cette abbaye. Guillaume', abbé Se vicomte de Castelnau dans le Roussillon, & le vicomte Guillaume, son neveu, renoncèrent en faveur de la même abbaye à tous les mauvais usages qu'eux ou d'autres avoient établis dans les villages de Pédillan Se de Corneillan; ce qu'ils firent en présence de Bernard- Guillaume, comte de Besalu, par un acte daté du mardi Ç) janvier de Van 1088. Enfin l'abbé Robert obtint^ en 1098 de Bertrand, fils de Foulques, seigneur du château de Durfort dans le diocèse de Narbonne, la restitution de l'abbaye de Saint-Martin du Fuy dont ce seigneur retint cependant une partie des t.^n "p' ï';"^. biens pour en jouir pendant sa vie. Bertrand de Durfort fit cette restitution avec ses frères 8c ses cousins dont les noms sont marqués dans l'acte, en présence de Pierre Olivier^ seigneur (^senioris) du château qu^on appelle Termes. L'abbaye de Saint-Martin du Fuy étoit située au voisinage du château de Durfort. Ce n'est plus depuis très-longtemps qu'un prieuré simple dépendant de la Grasse.

XLI. — Rétablissement de Varchevêché de Tarragone au préjudice de Var-

chevêque de Narhonne.

Le pape Urbain II termina enfin l'affaire de l'archevêché de Tarragonc par une bulle ^ datée du i" de juillet de l'an logi. On a déjà dit que Dalmace, archevêque de Narbonne, pour obtenir du moins la primatie sur la Tarragonoise, avoit avancé qu'il avoit un privilège du siège apostolique ; mais soit qu'il n'eût pu le produire, parce qu'effectivement il n'en avoit aucun, soit qu'il eût produit, ainsi qu'on le prétend'^, une fausse lettre du pape Etienne, dans laquelle il est dit que quand même l'archevêché de Tarragone seroit rétabli il seroit cependant soumis à la métropole de Narbonne, il est certain que le pape n'eut aucun égard à ses droits ni à ses moyens de défense. Urbain II rétablit donc l'église de Tarragone dans son ancienne autorité métropolitaine & en commit le soin à Béranger, évêque d'Ausone, principal promoteur de cette affaire, 8c à ses successeurs, sous prétexte que son église avoit été unie autrefois avec celle de Tarragone, jusques à ce qu'on pût rétablir entièrement celle-ci. Urbain accorda ce privilège ■'', avec l'usage du pallium, à Béranger, à condition qu'il travailleroit sans relâche à la réédification de la ville de Tarragone. Les diocèses de la Tarragonoise, qui jusques alors avoient été soumis à la métropole de Narbonne, cessèrent depuis, d'être de sa dépendance. Se on ne voit pas que Dalmace ni ses successeurs aient fait aucune tentative pour recouvrer leur ancienne autorité sur cette partie de l'Es-

' Archives Je l'abhaye de la Grasse. "• Marca Hispan'ica, p. 470. — Riiinart, Viti

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCV. Urbani papae II, n. 96.

' Conciles, t. 10, p. 427 & buiv. '' Ruinart, Vita Urbani papae II, n. 111.

An 1 091 ' '

pagne, qui étoit redevable en partie de la conservation de la foi aux prédécesseurs de ce prélat. On croit' seulement que Bertrand, évêque de Barcelone, fit d'abord quelque difficulté de se soumettre au nouvel archevêque de Tar-^ ragone Se qu'il continua de reconnoître pour son métropolitain celui de Narbonne. Depuis cette bulle, la province ecclésiastique de Narbonne, la plus étendue 5c la plus nombreuse en évêchés qui fût alors dans toute la monarchie françoise, fut réduite à ses anciennes limites; en sorte que Dalmace Si ses successeurs n'exercèrent plus leur juridiction que sur dix diocèses, y compris le leur, savoir: Elne, Toulouse, Carcassonne, Béziers, Agde, Lodève, Maguelonne, Nimes Se Uzès. Ceux de Barcelone, Girone, Urgel, Ausone, Se Rota 01:1 Ribagorça, qui en dépendoient auparavant, firent désormais partie de la nouvelle province de Tarragone.

XLII. — Chanoines réguliers de Saint-Paul de Narbonne. — Translation de la sépulture des comtes de Toulouse dans le cimetière de la Daurade.

Le pape eut plus d'égard aux droits de Dalmace dans la bulle ^ qu'il donna "T '-, le 19 de mars de l'an 1090 en faveur des chanoines réguliers nouvellement établis dans l'église de Saint-Paul située auprès des murs de Narbonne; car 1° il confirma cet établissement sauf les privilèges 6* le droit canonique de Varchevêque i 2° il ordonna que l'élection de l'abbé, qui devoit être pris parmi les chanoines 6* leur tenir lieu de prévôt j se fer oit avec le conseil au même archevêque. L'abbé de Saint-Paul s'appeloit alors Guillaume. C'est ainsi que cet ancien monastère, après avoir été occupé par des chanoines séculiers depuis environ le milieu du dixième siècle, tomba entre les mains des chanoines réguliers, qui dans la suite se sont sécularisés à leur tour, Se qui ont toujours eu depuis pour chef un abbé électif.

Urbain II écrivit^ vers le même temps une lettre à Guillaume IV, comte de Toulouse, qu'il loue extrêmement tant pour sa charité Se ses aumônes que pour son amour pour la justice, qu'il avoit fait éclater, entre autres en ne souffrant pas qu'on chassât injustement les abbés de Moissac Se de Lézat pour en substituer d'autres en leur place. Le premier de ces abbés s'appeloit Ansquilin ; il avoit déjà succédé "^ à Hunaud de Béarn, son prédécesseur, mais il étoit troublé dans la possession de son abbaye par un autre Hunaud, qu'on a confondu 5, à ce qu'il paroît, avec le même Hunaud de Béarn. Urbain "5, qui avoit béni depuis peu l'abbé Ansquilin, avoit ordonné en même temps de chasser l'usurpateur Se écrit là-dessus à l'évêque de Cahors. Il prie le comte de Toulouse de favoriser l'exécution de ce décret Se lui accorde, à la fin de sa t!^îi, p'^'fso. lettre, la permission de faire construire un cimetière à Toulouse, près l'église

' Baluze, Notitia in Concil. Gall. Narb. p. zt. ■♦ Gallia Christlana, nov. edit. t. i , p. i63.

"Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCIV, 5 7^,'^

5 Ibid. n. CCCVII. — Ruinart, Vita Urban't II, « Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

u, 164. méro CCCVII.

de Notre-Dame de la Daurade, jDOur lui Se pour sa postérité, avec ordre k l'évêque de cette ville de faire la cérémonie de le bénir. Le comte, qui aimoit extrêmement cette église, avoit demandé cette permission &. le pape, pour condescendre à sa dévotion, lui accorda une indulgence plénière, de même qu'à ceux qui comme lui se feroient inhumer dans cet endroit. Ce cimetière, situé entre les murs du monastère 8c la Garonne, subsiste encore aujourd'hui. La sépulture des comtes de Toulouse étoit auparavant à Saint-Sernin, ainsi qu'on l'a déjà vu, 8c qu'il paroît par un accord ' passé en 1098 entre les chanoines de Saint-Etienne 8c ceux de Saint-Sernin, par la médiation d'Isarn, évêque de Toulouse, de Simon, évêque d'Agen, 8c de Pierre, évêque de Carcassonne. Ces prélats par leur jugement maintinrent les chanoines de Saint- Sernin dans l'usage où ils étoient d'enterrer dans le cimetière de leur église l'évêque, le comte 8c tous les nobles de la ville 5 usage fondé sans doute sur la piété des peuples envers le saint fondateur de l'église de Toulouse. De là vient que le cimetière de Saint-Sernin s'appelle encore à présent le cimetière des nobles. 11 fut seulement permis par cet accord aux chanoines de la cathédrale d'inhumer dans le leur les habitans de Toulouse qui demeuroient dans la paroisse de cette église, avec la famille d'un seul noble ou chevalier qui y avoit son habitation j d'où il s'ensuit que la permission que donna le pape à Guillaume, comte de Toulouse, de se faire inhumer avec toute sa postérité dans le cimetière de la Daurade doit être postérieure à cet accord, 8c que ce comte vivoit encore par conséquent en loçS. Au reste les comtes de Toulouse successeurs de Guillaume usèrent de cette permission, 8c depuis la bulle d'Urbain qui fut confirmée en iio3 par Pascal II, son successeur, ils établirent leur sépulture dans le cimetière de la Daurade, où tous ceux de leur famille qui décédèrent à Toulouse furent inhumés.

XLIII. — Mort de Guillaume IV j comte de Toulouse. — Raimond de Saint- Gilles , son frère, lui succède.

Nous avons une nouvelle preuve que Guillaume IV, comte de Toulouse, vivoit encore en 1098, dans une restitution^ faite la même année à Pierre, abbé de Sorèze 8c à son monastère, par Géraud de Rochefort 8c Aymeri son frère, des dîmes de l'église de Saint-Sernin de Druille. Nous n'avons ensuite aucun monument ^ qui prouve que Guillaume ait vécu au delà de cette année , 8c nous ne doutons pas qu'il ne soit décédé bientôt après. Un ancien auteur"^ nous apprend qu'il mourut à Jérusalem, où il étoit allé sans doute en pèlerinage, dévotion fort à la mode dans son siècle. Il paroît certain en effet qu'il mourut hors de Toulouse, car on n'y trouve aucun vestige de son tombeau.

' Catel, Histoire des comtes de Toulouse,,^. 12.5 & ^ Voyez tome IV, Note XL, n. i Si suiv.

suiv. — Mémoires pour l'filst. du Languedoc, ■p. 2j^. ■ * Gaufridus V'osiensis, apud Labbi;, Riiliol/iecu

' V'oyez tome V, Ch>irtes 8c Diplômes, n. CCCVl. nova mss. t. 2, p. 3oi|.

III 3o

An lo^i

An iop3

Si nous en cro) ons un historien anglois ' presque contemporain, Guillaume IV, comte de Toulouse, étoit d'un esprit lent 8c tardif, 8<. ce fut pour cette raison que son père lui laissa le comté de Toulouse, comptant que les peuples du pays, accoutumés depuis longtemps au gouvernement de ses ancêtres, n'entreprendroient rien contre lui j mais on ne peut guère compter sur le témoignage de cet auteur étranger Se d'ailleurs assez peu instruit de l'histoire de nos comtes de Toulouse. Il donne en effet le nom de Guillaume au père de Guillaume IV, tandis qu'il est certain que ce dernier étoit fils de Pons. Quoi qu'il en soit, on ne sauroit disconvenir que Guillaume IV n'eût un grand fonds de piété 5c de justice. Ses libéralités envers les églises, les pauvres 8c les hôpitaux ■^, le zèle qu'il fit paroître dans toutes les occasions pour la réforme du clergé de ses Etats, l'abandon qu'il fit aux églises des droits que ses prédécesseurs s'étoient attribués sur elles, entre autres la nomination aux évêchés, 8c enfin ses autres vertus, mais surtout sa piété, lui méritèrent le titre de très-chrétien j que quelques anciens auteurs lui donnent^. Aux soins qu'il prit de rétablir le service divin dans les églises de Toulouse on doit ajouter celui qu'il eut de favoriser l'établissement des chanoines réguliers dans la cathédrale de Cahors, ville capitale de son comté de Querci, comme il paroît par le testament"^ de Géraud, évêque de cette ville, daté du 14 de mars de l'an 1090 8c auquel ce comte souscrivit avec Isarn de Toulouse, Guillaume d'Albi, 8c plusieurs autres évêques. Géraud, pour affermir cet établissement, t.^n,'p.'"28"i. assigna plusieurs domaines aux chanoines de sa cathédrale du consentement du même comte^ entre autres la dîme des profits sur la monnaie qu"* il fais oit battre. On doit conclure de là que ce prélat dominoit alors dans sa ville épiscopale, dont ses successeurs prirent le titre de comtes, 5c dont ils possédèrent^ le domaine sous l'autorité 8c l'hommage des comtes de Toulouse, seigneurs dominans de tout le Querci. Ainsi il est assez vraisemblable que Guillaume IV donna à l'évêque Géraud la ville de Cahors, dans laquelle il se réserva avec le haut domaine, tant pour lui que pour ses successeurs , les tours, les murailles, les fossés. Sec.

On a parlé ailleurs des différens mariages de ce prince 8c de ses enfans. Il ne lui restoit plus alors qu'une fille nommée Philippe, mariée, comme on l'a déjà dit, à Sanche, roi d'Aragon <5j mais elle ne devoit pas lui succéder dans ses Etats, 8c toute sa succession regardoit Raimond de Saint-Gilles, son frère, pour les raisons que nous avons déduites ailleurs '7. Il paroît cependant que les Toulousains firent d'abord difficulté de reconnoître ce dernier après la mort de Guillaume, soit par les intrigues ou les prétentions de Philippe 8c du roi d'Aragon son mari , soit pour quelque autre motif que nous ignorons. Un

' Guillaume de Malmesbury, 1. 4, c. 2. t D'Achéry, Spicileglum, t. 8, p. .61 & seq.

' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 121. ^ Voyez tome IV, Note XLII, n. 2 & suiv.

^ Ibid. p. 122. — Aymeri du Peyrat, Chronique «Gaufridus Vosiensis,' apud Lahhe, Bièliotheca

mss. p. 167. — MaiiLiscrit latin 4991 a. de la Bi- nova mss. t. 2, p. 304. bliothèque nationale. ? Voyez tome IV, Note XL.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XV. 467 ""i 7

' ' An I opj

auteur ' qui a écrit au milieu du douzième siècle rapporte, en effet, que « Rai- « mond, nommé auparavant comte de Saint-Gilles, se voyant privé de toute « hérédité paternelle, se rendit accompagné d'un seul domestique à l'abbaye ' « de la Chaise-Dieu, pour y prier au tombeau de S. Robert, dont la gloire « Se la sainteté éclatoient de toutes parts. Ce comte étant entré dans l'église 5c « s'étant mis en prière devant le tombeau du saint, ajoute cet auteur, il lui « exposa sa situation 8c lui parla avec la même confiance qu'à son protecteur K 8c à son puissant avocat. Ayant^ ensuite fait célébrer une messe de grand a matin, il fit hommage à S. Robert, prit son épée de dessus l'autel 8c pro- « testa qu'il ne tiendroit le comté de Toulouse que de ce saint, si Dieu lui « faisoit la grâce de l'obtenir par son intercession. Les désirs de Raimond « eurent bientôt après leur accomplissement, continue l'historien j à peine « fut-il parti de la Chaise-Dieu 8c arrivé sur les confins du domaine de son « père, que tous les seigneurs du pays lui firent hommage sans aucune diffi- <c culte, 8c il fut reconnu unanimement à Toulouse £- dans toutes les provinces « dont il devoit hériter en vertu de son droit paternel ^ ce qui engagea ce « comte à conserver toujours dans la suite une vénération singulière envers u S. Robert, 8c à lui en témoigner sa reconnoissance. «

Il est évident que cet événement est postérieur à l'an 1060 ou 1061, époque de la mort de Pons , père de Raimond de Saint-Gilles , puisque S. Robert, abbé de la Chaise-Dieu, ne décéda qu'en 1067. Nous savons d'ailleurs que le même Raimond vécut toujours en bonne intelligence avec le comte de Toulouse, son frère, 8c qu'il le laissa pendant sa vie paisible possesseur de tous ses domaines. Il faut donc qu'il s'agisse dans ce récit de la succession au comté de Toulouse que Raimond de Saint-Gilles prétendit lui appartenir après la mort de Guillaume IV, son frère. Or, cet auteur établit le droit héréditaire de Raimond à cette succession 8c fait assez entendre que ce prince en étant exclu, il étoit privé de toute hérédité paternelle. En effet, Pons, comte de Toulouse, n'avoit eu d'autres domaines que ceux que Guillaume IV, son fils, possédoit à sa mort 8c dont Raimond tenoit fort peu de chose} il est vrai que celui-ci possédoit alors le duché de Narbonne, le marquisat de Provence, le comté de Rouergue 8c plusieurs autres grands patrimoines} mais il les tenoit de son chef 8c nullement de l'hérédité de son père, ainsi qu'on l'a déjà remarqué. Si l'on ajoute à ce témoignage les autres droits que Raimond pouvoit avoir sur le comté de Toulouse, tant par la vente que son frère lui en avoit déjà faite que par la substitution dont on a parlé ailleurs, il paroît incontestable que cette succession lui étoit dévolue, à l'exclusion de Philippe, sa nièce. Cette princesse l'en laissa en effet paisible possesseur, après la mort du comte son père, sans qu'il paroisse qu'elle ait fait la moindre démarche pour faire valoir ses prétentions, jusques à ce que Raimond, étant absent 8c occupé aux guerres d'outre-mer, elle, ou le comte de Poitiers, son

' Actii Sanctorum ordinis saiicti Benedicti, saec. 6, part. 2, p. 21 5.

An 1093 '

second mari, firent une tentative sur le comté de Toulouse dont nous parlerons dans la suite.

XLIV. — Mort de Béranger, comte de Barcelone 6 en partie de Carcassonne . Ramire, fils de Sanche, roi d'Aragon, religieux de Saint-Pons.

jÉd-origin. Il y a Hcu de croire que Béranger, comte de Barcelone, entreprit avec Guillaume, comte de Toulouse, son frère, utérin, le pèlerinage de la Terre- Sainte, car nous savons qu'il mourut' à Jérusalem en 1098. Béranger se rendit recommandable par ses conquêtes sur les Maures ou Sarrasins ses voisins, 8c décéda sans enfans. Par là Raimond , son neveu 8c son pupille, âgé alors de onze ans, lui succéda dans sa portion du comté de Barcelone 8c réunit en sa personne tous les domaines de sa maison tant en deçà qu'au delà des Pyrénées } mais il ne rentra pas sitôt dans la possession des premiers, qui comprenoient les comtés de Carcassonne 8{ de Razès dont le vicomte Bernard-Aton demeura toujours le maître pendant sa minorité.

Peut-être que le voyage que Sanche Pvamire, roi d'Aragon 8c de Navarre, fit à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières, dans le voisinage du comté de Toulouse, au mois de mai de l'an io93,avoit pour motif de soutenir les droits de sa femme Philippe sur ce comté, après la mort du comte Guillaume, père de cette reine. Ce qu'il y a de certain^, c'est que le roi d'Aragon se rendit alors dans cette abbaye tant pour rendre grâces à. Dieu de la prospérité de ses armes 8c de ses fréquentes victoires sur les Sarrasins, que pour lui demander la continuation de son secours durant la guerre qu'il ne cessoit de faire à ces infidèles. Il offrit en même temps Ramire, son troisième fils, 8c de Félicie sa première femme^ pour être moine dans ce monastère sous la conduite de l'abbé Frotard , 8c donna à cette occasion à la même abbaye des domaines très-considérables, suivant l'usage pratiqué dans ce temps-là, non-seulement parmi les princes, mais même parmi les simples seigneurs"^. C'est ce même Pvamire, prince d'Aragon, qui après avoir professé à Saint-Pons pendant plus de quarante ans la vie monastique, sortit du cloître, se maria, 8c monta sur le trône de ses ancêtres, comme nous le verrons ailleurs.

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