XLV. — Saint Béranger, moine de Saint-Papoul
La piété florissoit aussi également alors dans l'abbaye de Saint-Papoul, située à dix lieues de celle de Saint-Pons. Béranger, né^ d'une famille noble, dans le Toulousain , s'y sanctifia entre autres dans ce siècle 8c mérita après
' Marca Hispanica , p. 465 & 046. — Dingo, ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCLXXI,
Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, c. 74. la p-" charte citée sous ce numéro.
' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 98 & •• Acta Sanct. ord. sancti Benedicti, saec. 6, part. 2,
suiv. — Mabillon, ad ann. lop!}, n. 72. p. 773 & seq. — Bollandistes, mai, t. 6, p. 447 & seq.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LiV. XV. 460 ^, T
~ J An 1093
sa mort, qui arriva le 26 de mai de l'an 1092, d'être honoré d'un culte public. On conserve ses précieuses reliques dans l'église de l'ancien monastère de Saint-Papoul , érigée en cathédrale au commencement du quatorzième siècle.
XLVI. — Philippe de Toulouse épouse en secondes noces Guillaume IX, duc
d'Aquitaine.
Sanche, roi d'Aragon, après avoir offert son fils Ramire dans l'abbaye de Saint-Pons, ne fut pas plutôt de retour dans ses Etats qu'il continua la guerre contre les Sarrasins 5 mais il eut le malheur d'être tué' au commencement de juin de l'an 1094 au siège de Huesca qu'il avoit entrepris^. Pierre, p^^ ^^^^ son fils aîné du premier lit, lui succéda j il ne paroît pas qu'il ait laissé des enfans de Philippe de Toulouse, sa seconde femme. Celle-ci se remaria la même année ^ après la mort de Guillaume"^, comte de Toulouse, son père, avec Guillaume IX, comte de Poitiers 8c duc d'Aquitaine. Ce prince, âgé alors de vingt-trois ans, étoit^ fils du duc Gui-Geoffroi , ou Guillaume VIII, auquel il avoit succédé en 1086, &: d'Aldéarde, sa troisième femme. Il avoit déjà épousé en premières noces Ermengarde d'Anjou qu'il avoit répudiée depuis quelques années. On a remarqué ailleurs que Philippe de Toulouse prenoit quelquefois le nom de Mahaud ou Mathilde, à cause sans doute de sa belle-mère qui portoit ce nom. Nous en avons la preuve dans deux donations, l'une du 25 de mars, 5c l'autre du 22 de mai de l'an 1096. La première fut'^ faite à l'abbaye de Sainte-Croix de Bordeaux, par Guillaume, duc d'Aquitaine, en présence des principaux de la Province assemblés pour recevoir dans cette ville le pape Urbain II, 8c on y voit la souscription de Mathilde, femme de Guillaume y duc d'Aquitaine 6" comte de Gascogne. L'autre est'^ en faveur de l'église de Saint- Hilaire d'entre-église à Poitiers j elle est souscrite après le même Guillaume, duc d'Aquitaine, 5c la comtesse Aldéarde, sa mère, par la comtesse Philippe, sa femme.
XLVII. — Raimondde Saint-Gilles épouse Elvire de Cas tille en troisièmes noces.
Raimond de Saint-Gilles, après avoir pris possession du comté de Toulouse, continua cependant de faire sa résidence ordinaire vers le Rhône, à cause des grands domaines qu'il possédoit de ce côté-là. C'est ce qui paroît par divers monumens 8c en particulier par une exemption ^ qu'il accorda, le 28 de juillet t.^H,°p'|83 de l'an 1094, à l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, de payer les usages 8c
' Terreras, ad ann. loç.}. ' Le P. Ange, Hist. généal. des pairs Je France,
' IL'ul. t. 2, p. 509.
• Chronlcon Malleaccnsc , p. 2i3. — Gaufridus " Mabillon, ad ann. 1096, n. 40.
Vosiensis, p. 304. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
^ Robert du Mont, Chrontcon^ ad ann. 1109, méro CCCXIII, la S*" charte citée sous ce numéro,
p. 778. " IbiJ. n. CCCVIII.
Ail 10(^4
autres droits qu'on levoit sur les vaisseaux marchands qui naviguoient sur la Durance & le Rhône. La comtesse Elvire, son épouse, souscrivit à cet acte 5<. le confirma^ ainsi Mahaud, sa seconde femme, étoit dès lors décédée.
Elvire ou Gelvire, que Raimond épousa en troisièmes noces, étoit fille' naturelle d'Alphonse VI, roi de Léon &. de Castille, 8c d'une de ses maîtresses appelée Ximène de Mugnos, dont ce prince eut une autre fille nommée Thérèse, laquelle épousa le comte Henri de Bourgogne^. On prétend^ que ces deux princesses furent élevées dans le palais du roi leur père, comme si elles avoientété légitimes j il y en a d'autres qui ajoutenf^ qu'elles naquirent sous la foi du mariage d'Alphonse avec Ximène, lequel fut rompu pour cause de parenté. Quelques auteurs modernes 5, espagnols & françois, prétendent encore qu'Alphonse donna Elvire, sa fille, en mariage à Raimond, en reconnoissance des services qu'il en avoit reçus durant ses guerres contre les Maures 5 mais ils sont partagés sur l'époque de ces services 8c par conséquent du mariage de Raimond avec la princesse de Castille. Les uns<^ disent que ce dernier aida Alphonse à la conquête qu'il fit de Tolède sur les Maures en io85. Mariana -^ veut d'un autre côté que Raimond de Saint-Gilles ait marché au secours de ce roi lorsque les comtes Raimond 8c Henri de Bourgogne lui amenèrent un renfort considérable de France pour le soutenir contre les infidèles qui le pressoient vivement. Cet historien rapporte cet événement à l'an 1091 5 mais d'autres^ le placent plus vraisemblablement à l'an 1087. Il ajoute que le comte de Saint-Gilles joignit les deux princes bourguignons lorsqu'ils passèrent pour aller en Espagne 5 qu'ils emmenèrent tous trois au delà des Pyrénées un nombre considérable de leurs vassaux 8c des troupes d'élite, 8c qu'enfin Alphonse, pour se rendre plus formidable aux Sarrasins 8c s'assurer du secours de ces trois princes durant ses guerres, s'allia alors avec eux, en leur donnant à chacun une de ses filles en mariage ; ainsi ce seroit à cette époque qu'il faudroit rapporter celui de Raimond de Saint-Gilles avec Elvire. Cet historien assure enfin que Raimond 8c Henri de Bourgogne ayant reçu pour la dot de leurs épouses, l'un le Portugal 8c l'autre la Galice, le comte de Saint-Gilles, qui vouloit retourner dans ses Etats, ne voulut prendre pour la dot de la sienne que de l'argent comptant, des bijoux, des meubles, des habits superbes, 8cc. Le silence profond que les anciens historiens gardent sur toutes ces circonstances du mariage de Raimond avec Elvire, rend fort suspect le témoignage de ces auteurs modernes, 8c Mariana auroit dû sans doute citer ses garans. Il est vrai qu'un auteur ^ qui a écrit au commencement du douzième siècle fait mention de trois différentes expéditions entreprises en Es-
' Roderic de Tolède, 1. 6, c. 20. t. 1 , p. 821. — Le P. Ange, Histoire généal. de la.
' Ihtd. maison de France, t. 2, p. 685.
5 Mariana,.!. 10, c. 10. « Sandoval, Histoire d'Alphonse VI, p. 81.
^ Le P. Ange, Histoire gènéal. de la maison de ' Mariana, L 10, c. 1.
France, t. i, p. 671. ' Ferreras, ad ann. 1087.
^ Catel , Mémoires pour l'histoire du Languedoc, ''Duchesne, Historiae Francorum scriptorcs, t. ^,
p. i38 & SLiiv, — La Faille, Annales de Toulouse, p. 88.
An 1094
pagne parles François contre les jMaures, vers la fin du onzième siècle j mais il ne dit pas un mot de Raimond de Saint-Gilles, quoique ces expéditions dont il ne marque pas la date précise Se dont on rapporte la première à l'an io65 & la dernière à l'an 1087 se soient passées du vivant de ce comte. On doit encore remarquer que cet ancien auteur nomme les autres princes françois qui passèrent dans cette occasion au delà des Pyrénées. Il n'est pas cependant hors de vraisemblance que les rois d'Espagne aient appelé Raimond de Saint- Gilles à leur secours dans leurs guerres contre les infidèles 5 ce qu'on peut appuyer : 1° sur ce qu'ils eurent souvent recours aux François durant ces guerres; 2° sur ce que les États de Raimond étoient limitrophes de l'Espagne; 3° sur la réputation de valeur que ce prince s'étoit déjà acquise en loçS ; mais ce n'est après tout qu'une conjecture, 8c il faut avouer que nous n'avons rien de certain là-dessus.
Mariana croit que le roi Alphonse donna aussi à Elvire, sa fille, pour sa dot la souveraineté qu'il prétendoit avoir sur Toulouse en qualité de successeur des anciens rois goths, qui avoient été autrefois maîtres de cette ville; mais cette donation est aussi chimérique que la prétendue souveraineté d'Alphonse sur Toulouse, ainsi que l'a remarqué le traducteur françois' de cet historien.
Enfin, suivant un ancien auteur anglois^, Raimond, par son alliance avec le roi de Castille, procura la paix à ses provinces frontières de l'Espagne, ce qui pourroit faire croire que le premier avoit eu auparavant quelque différend ou même quelque guerre avec les rois d'Espagne, à moins qu'il ne veuille dire que ce comte, par son mariage avec Elvire de Castille, se mé- t^lV ^"'^Js" nagea le secours du roi son beau-père , 8c empêcha le roi d'Aragon de remuer 8c de faire valoir les prétentions de Philippe de Toulouse, sa femme, sur le comté de cette ville. Le même historien se trompe cependant lorsqu'il nous représente Raimond dans un âge fort avancé quand il épousa Elvire, car il est certain que ce prince avoit alors tout au plus cinquante-cinq ans ; il ne se trompe pas moins quand il assure qu'Elvire étoit fille du roi de la Tarragonoise".
XLVIII. — Gilbert, vicomte de Millau 6* de Gévaudan, épouse l'héritière
de Provence.
Douce, comtesse de Provence, exempta^ conjointement avec Raimond de Saint-Gilles l'abbaye de Saint-Victor de Marseille de payer les différens droits que les comtes & les comtesses ses prédécesseurs avoient coutume de lever sur les bateaux qui naviguoient sur la Durance 8c sur le Rhône. Cette comtesse, qui est la même"^ qu'Etiennette, mère de Bertrand, comte d'Arles ou de Pro-
■ Charenton, Traduction de l'histoire de Mariana, ^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCVIII.
t. 2, p. 399. ^ Ruffi, Dissertation sur l'origine des comtes de
' Guillaume de Malmesbury, 1. 4, c. 2. Venaissin & de Forcalquier, p. 3i & suiv.
"^^ 472 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGyEDOC. LIV. XV.
vence, gouvernoit ce comté depuis la mort du même prince, son fils, décédé sans enïans peu de temps après l'an 1090, Se le transmit après sa mort à Gilberge, sa fille, femme de Gilbert, vicomte de Millau 8c de Gévaudan. Comme on ignore si ce dernier survécut à la comtesse Etiennette ou Douce, sa bellemère, qui vivoit encore' au mois de septembre de l'an 1096, on ne sait pas s'il jouit jamais du comté d'Arles ou de Provence. Ce qu'il y a de certain c'est qu'il résidoit en Rouergue en iioo, qu'il ne prenoit encore alors que le titre de vicomte^, & qu'il est qualifié comte dans des titres^ postérieurs. Le comté d'Arles passa dans la suite, avec les propres domaines de Gilbert, à Douce, sa fille aînée 8c son héritière. Se de Gelberge, sa femme , qui épousa plusieurs années après le comte de Barcelone.
XLIX. — Concession de Raimond de Saint-Gilles en faveur des abbayes de Psalmodi ^ de Saint-Gilles.
An 1095
Raimond de Saint-Gilles étoit encore aux environs du Rhône au commencement de l'an 1095. Ce prince, la comtesse son éj.juse, Se son fils Bertrand se rendirent"^ alors dans l'abbaye de Psalmodi au diocèse de Nimes, 8c là, étant devant le principal autel dédié à Saint-Pierre, ils promirent à l'abbé Arnaud 8c à ses religieux de ne rien exiger du monastère comme ils faisoient auparavant. Ils se réservèrent seulement la justice pour les crimes d'adultère 8c d'homicide, en cas que l'abbé refusât de la rendre, 8c une albergue en foin Se en avoine pour cinquante chevaliers. Raimond reçut pour cette concession, de l'abbé 8c des religieux , la somme de deux mille sols en monnaie de Saint- Gilles. L'acte est souscrit par Raimond Gaucelin de Lunel Se quelques autres seigneurs du voisinage. Il est daté du mois de mars de l'an 1094, mais on doit le rapporter sans doute à l'an 1096, car l'usage de ne compter le commencement de l'année qu'à Pâques étoit alors commun dans la Province, comme il paroît entre plusieurs exemples par un accord ^ passé à Maguelonne entre Godefroy, évêque de cette ville, 8c Dalmace, seigneur de Castries dans le même diocèse, le jeudi 10 d'avril de Van MXCV de V Incarnation y indiction iv, concurrent II, épacte XXIV, le trei-^ième jour de la lune, Vère ii34, ce qui convient parfaitement avec le jeudi saint de l'an 1096 qui tomba alors le 10 d'avril.
Les exhortations <5 du pape Urbain II 8c les prières de diverses personnes de piété contribuèrent beaucoup à porter Raimond de Saint-Gilles à rendre aux églises les domaines qui leur appartenoient Se dont il étoit en possession. Ce même motif l'engagea à restituer à l'abbaye de Saint-Gilles la part qu'il
' Ruffi , Dissertation sur l'origine des comtes de '^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
Venaissin & de Forcal<juier, p. 3 i &. siiiv. méro CCCIX.
"Voyez tome IV, Chartes & Diplômes, nu- ^ Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, numéro CCCXXIX, la S"" charte citée sous ce numéro. méro CCCXUI, la 2*" charte citée sous ce numéro.
' Marca Hispanica, p. izSy & suiv. ^ Baluze, Mi^ccllanea, t. 6, p. 382 & se.|.
"/ An 1090
avoit aux offrandes qu'on faisoit à l'autel de ce saint Se dont ses parens s etoient emparés anciennement. Il fit d'abord cette restitution dans le concile tenu à Toulouse en 1090, ainsi qu'on l'a remarqué ailleurs. Il la renouvela à Saint-Gilles même devant l'autel du saint, le jour de sa fête, i"' de septembre de l'an 1094, avec sa femme Elvire 8<. son fils Bertrand, 8c pour marque de l'abandon qu'il faisoit de tous ses droits, il mit sur l'autel deux écus [nummos) monnoie de Saint-Gilles. Le pape Urbain II confirma ces actes étant à Crémone, le 18 de février de l'an 1095, 8c ensuite dans le concile de Plaisance tenu à la mi-carême de la même année.
L. — Réforme de Véglise de Maguelonne & de diverses abbayes de la
Province.
Godefroy, évêque de Maguelonne, 8c Frotard, abbé de Saint-Pons, assistèrent à ce concile. Le premier obtint alors une bulle, le 12 de mars de cette année, par laquelle le pape confirma l'établissement des chanoines^ réguliers de Saint- Augustin dans la cathédrale de Maguelonne 8c les donations que ce prélat t "^^ p'''°2'83 leur avoit faites pour leur mense. On prétend^ que les archevêques de Narbonne 8c d'Arles 8c l'évêque de Nimes assistèrent aussi au concile de Plaisance, sur ce qu'Urbain II leur renvoya, 8c à l'évêque de Maguelonne, la décision des différends qui étoient entre l'abbaye de Saint-Victor de Marseille 8c celle de Psalmodi, 8c que ces prélats rendirent là-dessus une sentence en 1096. Mais nous ferons voir que ce jugement n'est au plus tôt que de la fin de l'an 1097. Ce qu'il y a de vrai, c'est que Dalmace, archevêque de Narbonne, se trouva ^ en 1094 au concile tenu à Brioude, auquel Hugues, archevêque de Lyon Se légat du Saint-Siège, présida.
Urbain confirma'^ aussi à Plaisance, le 21 d'avril, en faveur du cardinal Richard, l'autorité supérieure qu'il avoit en qualité d'abbé régulier de Saint- Victor de Marseille sur une douzaine d'abbayes Se divers prieurés conventuels dépendans de son monastère. Du nombre de ces abbayes étoient celles de Castres, Sorèze, la Grasse Se Psalmodi, situées dans la Province. Elles ne dépendoient plus de Saint-Victor en 11 14, lorsque le pape Pascal II confirma^ cette abbaye dans la possession des monastères soumis à son autorité. Ce pape fait mention seulement des prieurés de Notre-Dame de l'Amourguier de Narbonne, de Saint-André d'Agde, de Sainte-Sigolène de la Grave au diocèse d'Albi, de la Canourgue, de Chirac en Gévaudan, Sec.
Gariel, Séries praesulum Magalonensium , p. 225 ^ Archives de l'abbaye de Saint-Victor de Mar-
<k seq. seille.
' KuuMirx, Vita Urbani papae II, n. 1171. ^ G allia Christiana, nov. cdit. t. 1, instrum.
^ Conciles, t. 10, p. 499. p. ii5 & seq.
An lopi» T/ T
LI. — Bertrand, fils de Raimond de Saint-Gilles , épouse Hélène de Bourgogne en secondes noces.
Raimond de Saint-Gilles maria au mois de juin de l'an loçS Bertrand, son fils aîné, qu'il avoit eu, ainsi qu'on l'a déjà remarqué, de sa première femme. Bertrand , âgé alors d'environ vingt-cinq à trente ans, assigna ' luimême pour le douaire d'Électe, sa future épouse, les villes, comtés 6* évêchés de Rodez, Viviers, Avignon Se Digne j &. outre cela, suivant une ancienne copie du contrat de mariage, la ville, comté & évêché de Cahors, ce qu'il fit confi)rmément à la loi romaine qui étoit la sienne. Il est marqué ensuite que Bertrand 5t son épouse jouiroient pendant leur vie de ces domaines, lesquels après leur mort appartiendroient à leurs enfans. Se qu'au défaut de ceux-ci, Electe pourroit en disposer à son gré. Après la souscription de Raimond, comte de Toulouse, duc de Narbonne 6" marquis de Provence, père du même Bertrand, on voit celle de divers seigneurs. Electe ou Hélène étoit fille ^ d'Eudes I, duc de Bourgogne & de Mathilde, fille de Guillaume Tête-Hardie, comte palatin de Bourgogne. Nous tirons de là une nouvelle preuve que Bertrand étoit censé légitime, quoi qu'en disent quelques modernes^ qui le font passer pour bâtard. En effet, est-il vraisemblable qu'il eût contracté une alliance si illustre & que Raimond, son père, marié actuellement à une jeune princesse qui lui donna divers enfans, eût disposé en sa faveur de tous les grands domaines qu'il assigna pour le douaire d'Electe, s'il n'eût pas été légitime ?
Un de nos généalcfgistes "^ croit que Bertrand avoit été déjà marié ou seulement accordé avec Mahaud, nièce de Maruse, laquelle étoit née en Lomhardie, lorsqu'il épousa Electe. Il se fonde sur l'autorité de Guillaume de Malmesbury, historien anglois presque contemporain, qui dit ^ à la vérité que Raimond de Saint-Cilles maria son fils Bertrand à une nièce de la marquise Mathilde, mais non pas à Mahaud, nièce de Maruse. Cet historien ajoute que Raimond fit cette alliance dans le dessein de mettre en sûreté les frontières de ses Etats j ce qui ne permet pas de douter que la marquise Mathilde, dont il est parlé ici, ne soit la même que la fameuse comtesse Mathilde, si célèbre dans l'histoire d'Italie du onzième siècle & dont les États confinoient du côté de la Lombardie Se des Alpes avec le comté ou marquisat de Provence possédé par Raimond de Saint-Gilles. Nous ignorons l'époque de ce mariage j Se supposé qu'il soit vrai, il dut être antérieur à celui de Bertrand avec Electe, puisque celle-ci, que ce prince ne répudia jamais, lui survécut <5. Bertrand épousa donc, vers l'an io88, la nièce de la marquise Mathilde dont il ne paroît pas qu'il ait
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ^ Labbe, Tableau généal. p. 464.
m-;ro CCCXI. ^ Guillaume de Malmesbury, 1. 4, c. 2.
' Orderic Vital, 1. i3, p. 897. <= Orderic Vital, 1. i3, p. 897.
' Voyez tome IV, Note XLI.
eu des enfans, 8c se remaria après sa mort, en 1095, en secondes noces avec Hélène de Bourgogne. D'autres prétendent que Bertrand épousa en premières noces une prétendue Adélaïde, iille du vicomte Raimond-Bernard Trencavcl 5c d'Ermengarde de Carcassonne, mais c'est sans aucun ' fondement.
An lopj
LII. — Comtes de Cerdagney de Besalu 6* de Fenouïllèdes. Outre les grandes alliances que fit Raimond de Saint-Gilles, soit par ses i':d.oiigin.
di n • 1 • • V . • t II, p. 286.
ivers mariages, soit par ceux de son hls, il entretint une union tres-etroite
avec Guillaume-Raimond, comte de Cerdagne 8c de Gonflant, qui avoit épousé ^ Adélaïde de Carcassonne, sa cousine germaine. Cette union paroît entre autres dans le testament ^ que ce derni^^r, sur le point d'entreprendre un long pèlerinage, fit le 7 d'octobre de la trente-cinquième année du roi Philippe, ou de Tan 1094, 8c dans lequel il nomme pour ses principaux exécuteurs testamentaires Henri, son frère, 8c Artaud, évêque d'Elne. Ce comte laisse par cet acte à Guillaume-Jourdain, son fils aîné, les comtés de Cerdagne 8c de Gonflant, d'où dépendoient le Capcir, le Donazan 8c le château de Son, portion du diocèse de Narbonne, 8c toutes ses comtés 8c principautés qu'il substitue à Bernard, son fils puîné. Il veut que si le comte de Toulouse donne un domaine à celui-ci, il en jouisse j sinon il lui lègue le comté de Berga, à condition de le tenir en fief de son frère aîné. Il laisse l'un 8c l'autre de ses deux fils sous la tutelle de Bernard, comte de Besalu, son seigneur^ 8c veut enfin que son frère Henri tienne le domaine qu'il possédoit, de Guillaume-Jourdain son fils, de la même manière qu'il l'avoit tenu de lui. Le comte de Cerdagne fit plusieurs legs pieux dans ce testament 8c mourut ^ l'année suivante. Il donna pendant sa vie diverses marques de piété 8c expia ^ entre autres, en 1076, par une pénitence canonique qu'il demanda à Raimond, évêque d'Elne, un sacrilège commis par ses gens dans l'abbaye de Cuxa dont \\tX.on prince y en la personne de Guilabert, comte de Roussillon, qu'ils avoient fort maltraité dans l'église 8c forcé d'en sortir.
Ce comte dans son testament ne fait aucune mention d'Adélaïde de Carcassonne, sa femme, qu'il avoit épousée en 1067, mais il est certain ^ qu'elle lui survécut 8c qu'elle vivoit encore en "^ 1102. Elle prenoit ^ quelquefois le nom de Sancia, comme l'on voit par différens actes. Quant à Bernard II, comte de Besalu 8c de Fenouillèdes, que le comte de Cerdagne appelle son seigneur 8c qui étoit son proche parent, il mourut sans doute peu de temps après ce prince, car nous n'avons rien de lui depuis le mois d'août^ de l'an 1096. Bernard ni, son neveu, qui possédoit avec lui par indivis tous les domaines de
' Voyez tome IV, Note XLI, n. 12.
' Voyez tome IV, Note XXVII, n. 10.
^ Marca Hispanica, p. 1093 &. seq.
^ Ih'.A. p. 54.5.
' Ihid. p. I 164 & seq. p. 1 178 & seq.
" Voyez tome IV, Note XXVII, n. 10.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCXXXIV.
» Voyez tome IV, Note XXVII, n. 10.
' Marca Hispan'tca^ p. 1 196.
An lofjS ' '
leur maison, recueillit sa succession ' , & domina seul depuis sur les trois comtés de Besalu, de Fenouillèdes Si. de Valespir.
Guillaume-Jourdain après avoir succédé à Guillaume-Raimond, son père, dans les comtés de Cerdagne 8c de Gonflant, se distingua par ses exploits durant la première croisade dans la Terre-Sainte où il alla joindre le comte Raimond de Saint-Gilles, son oncle à la mode de Bretagne 5 expédition mémorable qui acquit à l'un 8c à l'autre une gloire immortelle , mais surtout à ce dernier qui fut en quelque manière le chef de cette célèbre entreprise, dont on forma le projet en logS. La part qu'y prirent Raimond 8c la principale noblesse de la Province nous engage à entrer dans quelque détail. Nous nous bornerons cependant, autant qu'il nous sera possible, dans un sujet si vaste, à ce qui regarde la personne de ce prince 8c celle des divers seigneurs qui l'accompagnèrent 8c servirent sous ses enseignes.
Lin. — Urbain II vient en France pour y publier la croisade.
La dévotion d'aller à Jérusalem 8c dans la Terre-Sainte, pour y visiter le Saint-Sépulcre 8c les autres lieux sanctifiés par la vie, la passion 8c la mort de Jésus-Christ, étoit déjà en usage depuis très-longtemps lorsqu'un ermite, nommé Pierre, qui entreprit ce pèlerinage vers la fin du onzième siècle, touché devoir ces saints lieux au pouvoir des mahométans, 8c les chrétiens du pays gémir sous la tyrannie des infidèles, résolut de travailler de toutes ses forces à les en délivrer. Dans ce dessein il alla trouver Siméon, patriarche de Jérusalem, 8c dans une conférence qu'ils eurent ensemble, ils projetèrent d'engager les chrétiens d'Occident dans cette entreprise. Ce patriarche écrivit sur ce sujet au pape 8c aux princes de l'Europe diverses lettres que l'ermite rendit à son retour. Urbain II reçut en 1094 celle qui lui étoit adressée, 8c il se détermina d'autant plus volontiers à solliciter cette expédition , qu'Alexis Comnène, empereur de Constantinople, le pressoit de lui procurer du secours contre les t^n°'^'^2B^ infidèles qui faisoient tous les jours de nouveaux progrès dans son empire. Le pape résolut donc de venir en France 8c d'y prendre dans un concile de justes mesures pour l'exécution de ce projet , tandis que Pierre l'ermite parcouroit différentes cours, 8c tâchoit d'engager les princes à prendre les armes.
Un ancien historien^ assure que l'évêque de Cahors, informé du dessein d'Urbain, persuada à Raimond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, qui l'honoroit de sa confiance, de consacrer le reste de ses jours à une si sainte entreprise ; que le comte 8c l'évêque écrivirent au pape pour le prier avec instance de venir en France tenir un concile à Clermont 8c y consommer cette grande affaire, 8c que ce fut à leur sollicitation que ce pontife se mit en chemin pour passer les Alpes. Mais cet historien rend cette circonstance fort douteuse en ce qu'il ajoute que l'évêque de Cahors dont il ne dit pas le nom
• Voyez tome IV, liote XXVII, n. 9. => Guillaume de Malmesbury, 1. 4, c. 2.
étant mort avant la célébration du concile, Aymar, évcque du Puy, sollicita à sa place l'expédition de la Terre-Sainte. Il est certain en effet que Géraud ', qui étoit déjà évêque de Cahors en io83, posséda cet évêché jusques en 11 12. Il ne £eut donc être décédé en iog5. Quoi qu'il en soit, il est du moins certain qu'avant le départ d'Urbain pour venir en France, plusieurs princes ou grands seigneurs, par un mouvement de piété, résolurent de s'engager dans l'expédition que ce pape méditoit. Roger II, comte de Foix, fut de ce nombre, ce qui occasionna sa réconciliation avec la vicomtesse Ermengarde, sa cousine.
LIV. — Roger II, comte de Foix, termine ses dijjerends avec la vicomtesse Ermengarde, sa cousine, 6* lui engage une partie de ses domaines pour aller à la Terre-Sainte.
On a remarqué ailleurs que l'un & l'autre étoient de la même maison j qu'Ermengarde, héritière de la branche aînée, avoit vendu au comte de Barcelone, au préjudice de celle de Foix qui étoit la puînée, les comtés de Carcassonne Se de Pvazès 8c divers autres domaines, dont Bernard-Aton , son iils, s'étoit remis en possession depuis la mort de Béranger II, comte de Barcelone. On prétend ^ que le comte de Foix, résolu de faire valoir ses droits sur ces domaines, leva un grand nombre de troupes d'infanterie 81 de cavalerie, &c qu'il se saisit du comté de Carcassonne malgré Ermengarde 5c son fils, qui de leur côté lui opposèrent une armée. Ce qu'il y a de certain c'est que Roger II ayant formé le dessein de faire le voyage de la Terre- Sainte, 8c se voyant d'ailleurs sans enfans 3, prit le parti de s'accommoder avec Ermengarde 8c le vicomte Bernard-Aton son fils. Il leur remit par le traité "^ qu'ils firent ensemble le 21 d'avril de l'an loçS « tous les griefs « qu'il avoit contre eux 8c leur abandonna entièrement ses droits sur la ville « 8c le comté de Carcassonne 8c leurs dépendances, à la réserve des lieux 8c « village d'Arsens, Alayrac, Preixan 8c Foncian, qu'il leur donna en engage- « ment pour la somme de cinq mille sols toulousains 8c huit cents sols hugo- « nens. Il leur céda aussi tous ses droits sur le château 8c le comté de Razès, « de même que sur les pays de Queille 8c de Chercorb, portion de l'ancien «( Toulousain qui compose aujourd'hui la partie méridionale du diocèse de « Mirepoix, 8c se désista enfin de toutes ses prétentions sur tous ces pays.
« Le lendemain, 22 d'avril, Roger s'obligea de ne vendre, donner, ni enga- « ger à personne, excepté en faveur de la mêijie vicomtesse 8c de son fils « Bernard-Aton, aucun des domaines qu'il possédoit dans les comtés de Tou- « louse, de Comminges, 6^ de Conserans, c'est-à-dire son comté de Foix, 8c dans
' GalUa Chrlstiana, nov. éd. t. i, p. 128. — ' Voyez tome IV, Note XXII, n. 21 & suiv.
Voyez tome IV, iVore XXXIX, 11. 3. ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
' Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc^ méro CCCX. p. 6!io.
An ioq5
An 1095
« la portion du Carcasses qu'il leur avoit engagée ; à condition néanmoins « que s'il venoit à avoir des enfans légitimes ils lui succéderoient dans tous « ces domaines, avec la même obligation envers Ermengarde Si son fils, Se que « s'il décédoit sans postérité, cette vicomtesse, son fils &. ses enfans lui succéc( deroient &. jouiroient paisiblement des lieux Se châteaux de Foix, Frédelas u (aujourd'hui Pamiers) , Lordat, Castelpendent, Dun Se Mirepoix, Se de « tous les autres châteaux, villages Se domaines qu'il avoit dans les mêmes « comtés. » On connoît par là quelles étoient alors les principales places du comté de Foix. Enfin Roger déclare le dessein qu'il avoit formé d'aller à la Terre-Sainte, dans un nouvel engagement qu'il fit le même jour, 22 d'avril, à la vicomtesse Ermengarde Se à son fils Bernard-Aton, de deux villages Se du château de Dun dans le Toulousain, pour la somme de deux mille sols hugonens, à condition que s'il ne rachetoit pas ces domaines un an après son retour de Jérusalem, il ne pourroit le faire que de martror en'martror, c'est- Éd. origin. à-dire, d'une fête de Tous les Saints à une autre'. Depuis cet accord, PvOp;er II Se ses successeurs vécurent en très-bonne intelligence avec la vicomtesse Ermengarde, Bernard-Aton, son fils, Se la postérité de ce vicomte. Se les descendans des uns Se des autres renouvelèrent dans la suite la promesse de se succéder mutuellement dans leurs domaines au défaut d'enfans légitimes.
Ce fut sans doute en conséquence de cet accord , qu'Ermengarde Se le vicomte son fils reçurent le serment de fidélité^ de celui qui avoit la garde du château de Foix, lequel promit de le leur remettre après la mort de Roger, si ce comte décédoit sans enfans. Comme Ermengarde n'avoit vendu les comtés de Carcassonne Se de Razès au comte de Barcelone, que dans la crain'te d'en être dépossédée par les comtes de Foix, Se qu'elle n'avoit plus rien à appréhender de leur part, elle Se son fils tâchèrent de se maintenir dans la possession de ces deux comtés dont ils s'étoient assuré la possession depuis la mort de Raimond-Béranger II, comte de Barcelone. Il est vrai qu'eux Se leurs successeurs se contentèrent de s'en qualifier vicomtes ; mais ils ne jouirent pas moins de tout le domaine utile : ainsi il ne resta plus aux comtes de Barcelone qu'une prétendue suzeraineté sur ces pays. On voit en effet qu'Ermengarde y dominoit vers ce temps-là, par un serment^ qu'un seigneur fit à un autre touchant l'église d'Esperaza dans le Razès, avec promesse de l'aider contre Bernard d'Aniort Se tous autres, excepté contre la vicomtesse de Carcassonne^ Bernard-Aton, son fils. Se Bernard-Béranger de Pierrepertuse.
LV. — Voyage d' Urbain II dans la Province. — Concile de Clermont. Aymar, évêque du Puy, déclaré chefde la croisade.
Urbain II, ayant passé les Alpes au mois de juillet de l'an loçS, arriva au commencement du mois d'août suivant à Valence sur le Rhône. Il se
' Du Cange, Glossaire, nouv. cdit. ^ Voyez toms V, Chartes & Diplômes , nu-;
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXII. méro CCCXII.
An I 09 J
rendit ensuite au Puy en Vêlai ' où il célébra la fête de l'Assomption de la Vierge. Il avoit d'abord résolu d'assembler le concile dans cette dernière ville, mais ne trouvant pas encore les choses disposées, il l'indiqua à Clermont en Auvergne pour le 18 de novembre de la même année. En attendant il parcourut diverses provinces de France, 8c alla d'abord à l'abbaye de la Chaise-Dieu dont il dédia l'église. Il prit ensuite sa route par le Gévaudan Se passa ^ à Chirac, monastère situé vers les frontières de ce pays Se du Rouergue. Il en fit consacrer l'église en sa présence par les archevêques Se évêques qui étoient à sa suite 8c du nombre desquels étoit Aldebert, évêque de Mende. Il accorda alors un privilège à ce monastère à la prière du cardinal Richard, abbé de Saint- Victor, à l'autorité duquel il étoit soumis.
Le pape -^ arriva à Nimes à la fin du mois d'août Se célébra le i" de septembre la fête de Saint-Gilles dans l'abbaye de ce nom, où il s'arrêta du moins jusques au 7 de ce mois. Durant son séjour "^ il réconcilia l'évêque de Nimes avec Odilon, abbé de ce monastère, Se ses religieux. Il passa ensuite le Rhône Se se rendit à Tarascon où il consacra^ l'église d'un monastère dépendant de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, à la prière de la comtesse Stéphanie, surnommée Douce, qui l'avoit fondée pour l'âme du comte Bertrand, son fils. Urbain <5 continua sa route par Avignon, où il accorda le 12 de septembre une bulle en faveur de l'abbaye de Saint-Gilles. Il remonta le long du Rhône, passa à Cluny, parcourut une partie de la Bourgogne, Se s'étant rendu à Clermont le 14 de novembre, il y fit l'ouverture du concile au jour marqué. Un grand nombre d'évêques Se d'abbés de presque toute l'Europe y assistèrent. Se en particulier Dalmace, archevêque de Narbonne, avec Godefroy de Maguelonne Se Bertrand de Nimes, ses suffragans. On prétend '^ que Bernard de Lodève 8c Matfred de Béziers s'y trouvèrent aussi. Entre les autres évêques de la Province Aymar ou Adhémar du Puy y brilla beaucoup. Pierre, abbé d'Aniane, y eut rang parmi les abbés : il étoit de la maison ^ de Sauve Se avoit succédé à Emenon. L'évêque de Maguelonne se plaignit contre lui au concile de ce que^, sous prétexte des privilèges de son abbaye, il ne lui rendoit pas l'obéissance qui lui étoit due. Les pères ordonnèrent à cet abbé de faire satisfaction à l'évêque Se de lui promettre l'obéissance, sauf les privilèges de son monastère, qu'Urbain II confirma '° en sa faveur peu de jours avant sa mort.
Il s'éleva aussi une grande dispute", dans le concile de Clermont, entre Seguin, abbé de Lézat, Bertrand, abbé de Saint-Pierre de la Court ou du
t'd. origin.
' Rulnart, Vita Vrlani papae IT, n. i88 & seq. ' Plantavit, Chronolog'ia praesulum Lodovensitim,
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCC. p. 79 & seq. — Andoque, Catalogue des éyêquei de — Bulle d'Urbain II aux archives de Saint-Victor Béliers, p. 62 & suiv.
de Marseille.
^ Ruinart, Vita Urhan'i papae II, n. 194.
■* Mabillon, ad ann. 1095, n. 21.
' Martène, Amplissima Collectio, t. 1 , p. 556. Ruinart, Vita Urbani papae II, n. 195.
* Ruinart, ihid.
* Ruinart, Vita Urbani papae II, n. 195. — Mabillon, ad ann. 1099, n. 107.
^ Baluze, Miscellanea, t. 7, p. 7.
'"Mabillon, ad ann. 1099, n. 107. — Ruinart, Vita Urbani II, n. 211 & seq.
" Voyez tomeV, Chartes 8c Diplômes, n.CCCLXI.
r- 480 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XV.
An 1095 ^
Mas-Garnier, dans le diocèse de Toulouse. Le premier porta ses plaintes au pape Se aux évêques, de ce que l'autre, contre les privilèges de son monastère, refusoit de se soumettre à son autorité. Urbain nomma Bernard, archevêque de Tolède, son légat, pour terminer ce différend, 8c ce prélat étoit sur le point de condamner l'abbé de la Court, son parent, lorsque celui-ci quitta brusquement le concile pour éviter sa condamnation. * . On dressa divers canons dans le concile de Clermont j mais ce qui s'y passa
de plus remarquable fut la publication de la croisade. Vers la fin du concile, le pape se rendit dans une grande place, 8c là, en présence d'un nombre infini de peuple qui étoit accouru de toutes parts, il parla d'une manière si vive 8c • si touchante sur la délivrance du Saint-Sépulcre 8c des autres lieux saints de la Palestine occupés par les infidèles, que tous les assistans s'écrièrent comme de concert. Dieu le veut, Dieu le veut. Urbain, croyant ces paroles inspirées par le Saint-Esprit, les assigna pour le cri de guerre de ceux qui dévoient avoir part à cette entreprise, 8c qui se présentèrent en foule. Ce Pontife les prit sous la protection du Saint-Siège 8c leur remit en échange de leur engagement les pénitences canoniques auxquelles ils pouvoient être assujettis pour leurs péchés. Il leur ordonna en même temps de porter sur leurs habits la figure de la croix, ce qu'ils firent en cousant sur l'épaule droite deux morceaux de drap rouge l'un sur l'autre. Cela leur fit donner le nom de croisés, 8c à leur expédition celui de croisade, nom qu'on donna dans la suite à toutes les entreprises semblables.
Le pape assembla le lendemain les évêques pour donner un chef à ceux qui avoient déjà pris la croix, 8c comme il n'y avoit encore parmi eux aucun seigneur de distinction, le choix tomba sur Aymar de Monteil, évêque du Puy, qui passoit pour un homme sage, savant 8c expérimenté. Il avoit d'ailleurs porté ' les armes avec honneur avant que d'embrasser l'état ecclésiastique, 8c avoit déjà fait le voyage de Jérusalem. Ce prélat^ fit d'abord quelque difficulté d'accepter cette commission ; mais il se rendit enfin aux instances du pape qui l'établit son légat ou vicaire 8c lui donna la bénédiction apostolique. Plusieurs autres évêques se croisèrent à son exemple, entre autres Guillaume d'Orange, que le pape nomma ^ pour servir de collègue à Aymar dans sa légation. On ajoute Bernard '^, évêque de Lodève, qui à ce qu'on prétend mourut à la Terre-Sainte trois ans après son arrivée. Ce prélat étoit de la maison de Prévenchières en Rouergue, comme il paroît par une donation ^ qu'il. fit au mois d'octobre de l'an loçS avec Astorge, son frère, en faveur de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille. Il édifia son diocèse par sa conduite 8c la sagesse de ses règlemens. Il défendit entre autres, sous peine d'excommunication, les mariages des chrétiens avec les juifs qui étoient en grand nombre dans le pays.
' Voyez tome V, Chroniques, n. IV. — Gallia ' Gilo, 1. i .
Christiana, nov. edit. t. i, p. 701. t Plantavit, Chronologia praesulum Lodovensium,
^ Robert le Moine, Historia HierosoUmitana , p. yo & seq.
P> -^2. -> Martène, Amplissima Coîlectio, t. 1, p. JÎ)Z.
T An lopS
LVL — Ra'vnond de Saint-Gilles prend la croix avec plusieurs princes 6* seigneurs de Languedoc 6* des provinces voisines.
Peu de jours ' après la publication de la croisade, les ambassadeurs de Raimond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, arrivèrent au concile pour déclarer au nom de ce prince que lui Se un grand nombre de chevaliers ses vassaux avoient déjà pris la croix. Il est prêt, ajoutèrent-ils, de faire part de ses richesses à ceux qui nont pas de bien, ^ il ne refusera ni son secours ni son conseil à aucun de ceux qui voudront s^engager dans cette expédition. Ces ambassadeurs furent reçus avec joie : ainsi, dit un témoin oculaire^, les chrétiens qui s'étoient déjà dévoués à la délivrance de la Terre-Sainte eurent alors deux chefs, l'un ecclésiastique Se l'autre séculier. Raimond fut en effet le premier des princes qui prit la croix, Se son exemple en entraîna bientôt après plusieurs autres avec un grand nombre de seigneurs. Si nous en croyons un ancien^ historien, ce fut Aymar, évêque du Puy, qui lui persuada de se consacrer à cette entreprise. Il est certain du moins qu'il s'y engagea"* par un esprit de religion 5 Se ce qui le distingue de tous les autres princes qui y prirent part, c'est le vœu qu'il fit de ne plus retourner dans sa patrie. Se d'employer le reste de ses jours à combattre contre les infidèles en expiation de ses péchés, vœu qu'il observa très-religieusement.
Les anciens auteurs qui ont écrit l'histoire des croisades font mention de plusieurs comtes Se seigneurs de Languedoc Se des provinces voisines qui se t.^n^ "p.'^aoo. mirent sous les enseignes de Raimond de Saint-Gilles Se le suivirent à la Terre-Sainte, Se qui par conséquent prirent la croix dans le même temps que lui. Nous apprenons aussi de divers monumens le nom de plusieurs gentilshommes de la Province qui furent de cette expédition.
L'exemple d'Aymar, évêque du Puy, entraîna sans doute un grand nombre de noblesse du Vêlai. Parmi ceux que nous connoissons le principal fut Héracle, frère puîné de Pons, avec lequel il possédoit par indivis la vicomte de Polignac. Pierre Se Pons de Fay ou de Fayn se croisèrent aussi ^ Se vendirent une partie de leur patrimoine pour fournir aux frais du voyage j mais il n'y eut que le premier qui l'entreprit, l'autre décéda auparavant. Ils firent cette vente en 1097, de Vavis de Pons, vicomte de Polignac, de ses fils ^ de leurs femmes. Ils étoient neveux de ce vicomte, car Pons, leur père, avoit épousé une fille du vicomte Armand III <^, père de Pons.
Pons de Balazun, chevalier du diocèse de Viviers, fut un des premiers qui prirent la croix. Se non content de se distinguer dans cette expédition par
' Baudri, Hlstorla Hierosol. 1. i, p. 88. — Guibert '' Guillaume de Tyr, 1 i i, c. 2, — Guillaume
de Nogcnt, Historia Hierosol. 1. 2, c. i3. — Orderic de Malmesbury, 1. 4, c. 2.
Vital, 1. 9, p. 721. 5 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
^ Baudri, Historia. Hierosol. 1. i , p. 88. méro CCCXIX, la i'*' charte citée sous ce numéro.
' Guillaume de Malmesbury, 1. 4, c. 2. * Voyez tome IV, Note X, n. 5.
III 3i
An lopo ^
divers faits d'armes, il écrivit l'histoire' du voyage de Pvaimond de Saint-Gilles, conjointement avec Raimond d'Agiles, chapelain de ce comte, Se chanoine du Puy, qui fut aussi du voyage. Le Vivarais fournit encore^ Gerenton, seigneur de Biage, vers les frontières du Vêlai , lequel vendit ses domaines pour cette entreprise, au mois de juillet de l'an 1096, sous le règne du roi Philippe ^ sur quoi nous remarquerons, en passant, que ce roi étoit alors par conséquent reconnu pour souverain dans le Vivarais.
Si l'on ajoute foi à un ancien acte rapporté ^ par un moderne, 8ï. daté du 21 septembre de Van 1096, la oni^ième année du pontificat d'Urbain II 6" la quîn-{ième du règne de l'empereur Henri IV , Lambert- Adhémar de Monteil, baron des baronnies d'Aulps, Roquemaure , Bays 6» Privas dans le diocèse de VivierSf servit dans la première croisade. Se fut tué au siège de Jérusalem, le vendredi saint de la même année. Mais cet acte est très-suspect, car outre que ce terme, baron des baronnies, étoit alors inusité 8c que les croisés ne commencèrent le siège de Jérusalem que le 7 de juin de l'an 1099, la date ne sauroit se soutenir. En effet, Urbain II décéda le 29 de juillet de l'an 1099, & il auroit été le 21 de septembre de cette année dans la dou-^ième Se non dans la on-j^ième année de son pontificat. Ce qu'il y a de vrai, c'est que Guillaume Hugues de Monteil'^^ frère d'Aymar, évêquedu Puy, fut du nombre des croisés qui accompagnèrent Raimond de Saint-Gilles à la Terre-Sainte.
Guillaume de Sabran fut un des principaux seigneurs du diocèse d'Uzès, 8c Decan de Posquières de celui de Nimes, qui suivirent ce comte. L'historien de l'église de Maguelonne^ prétend que plusieurs gentilshommes de ce diocèse 8c de celui d'Agde accompagnèrent Guillaume V, seigneur de Montpellier, dans cette même expédition 8c prirent la croix avec lui , entre autres Guillaume-Raimond, fils de Raimond-Gaucelin, Pons 8c Bernard de Montlaur, Guillaume de Fabrègues, Éléazar de Montredon , Pierre-Bernard de Montagnac , Guillaume-Arnaud , Othon de Cornon , Guillaume-Bertrand , 8c Eléazar de Castries. Cet auteur ajoute que Guillaume-Raimond se maria à Antioche ; mais il se contente de citer en général les archives de l'église de Maguelonne , ainsi on ne sauroit faire beaucoup de fond sur son témoignage. Tout ce que l'on sait de certain, c'est que Guillaume de Montpellier se distingua beaucoup dans cette guerre 8c qu'avant son départ ^ il fit donation de tous ses domaines à l'église de Maguelonne, en cas qu'il vînt à décéder sans héritiers légitimes.
Béranger-Pierre, de Gignac, ville du diocèse de Béziers, située sur les frontières de celui de Lodève, fut aussi de l'expédition ; car étant "^ vers ce temps-là sur son départ pour le voyage du Saint-Sépulcre, il donna la part qu'il avoit
' Raimond d'Agiles, Hist. Francorum, &c., p, 139 ■♦ Raimond d'Agiles, Hist. Francorum, p. 171.
& seq- * Garïel, Séries praesulum Magalonensiumj f. 128,
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 2* édit. .
méro CCCXIX, la 2'' charte citée sous ce numéro. * JbiJ. p. i3o.
' Mémoires de littérature, t. 6, part. 1, p. 181. ' TomeV, Chartes & Diplômes, n. CCCXVIII.
» An 1090
à l'église de Saint-Martin d'Adissan dans le diocèse de Lodève, à l'abbaye de Saint-Guillem du Désert : Pierre-Raimond de Montpayroux donna l'autre partie en 1097. Le premier étoit vraisemblablement procbe parent de Pierre 8c de Gervais de Gignac frères, qui fondèrent ' en 1096, dans l'église de Saint- Sauveur de cette ville, un prieuré conventuel sous la dépendance de l'abbaye d'Aniane , à condition qu'eux 8c leurs descendans seroient reçus quand ils t!'n,°p?29i. voudroient à l'habit monastique. Bernard-Raimond fut encore un des chevaliers du diocèse de Béziers qui eurent part à la première croisade.
Raimond de Saint-Gilles engagea sans doute un grand nombre de ses vassaux de la ville 8c du comté de Toulouse à suivre son exemple. Nous ne connoissons cependant certainement de cette partie de la Province , que les seuls Raimond-Bertrand de l'Ile, 8c Pierre-Raimond de Hautpoul qui aient marché à sa suite. Le château dont ce dernier portoit le nom subsiste encore j il est situé dans le diocèse de Lavaur, vers les frontières de ceux de Narbonne 8c de Carcassonne. Nous trouvons alors un autre Pierre-Raimond de Hautpoul , qui avec Bernard-Raimond, son frère, restitua^ en 1098 à l'abbaye de Caunes l'église de Saint-Amans de Valtoret en Albigeois, située sur la rivière de Tore 8c les frontières du Toulousain. Quant à Raimond-Bertrand de l'Ile, il étoit allié de Raimond de Saint-Gilles, 8c seigneur de l'Ile-Jourdain, petite ville située sur la Save, dans cette partie du diocèse de Toulouse qui s'étend à la gauche de la Garonne 8c qui dépend aujourd'hui de la Guyenne. Nous trouvons aussi un seigneur nommé Galon de Calmont qui prit la croix 8c se mit k la suite de Raimond j 8c comme on voit une baronnie de ce nom dans le Lauragais 8c le diocèse de Mirepoix, il est assez vraisemblable qu'il en étoit seigneur. Il paroît de plus que Roger de Mirepoix servit durant cette expédition; nous savons du moins qu'il mourut ^ à Jérusalem au commencement du douzième siècle. On a déjà parlé de Roger II, comte de Foix, qui vendit une partie de son patrimoine pour s'engager dans cette entreprise. Les anciens qui nous en ont laissé l'histoire ne disent cependant rien de lui , 8c c'est sans aucun garant qu'un moderne ^ est entré dans un fort grand détail des exploits de ce comte dans la Terre-Sainte; mais cet auteur ne rapporte que des fables.
Raimond Pelet fut un des seigneurs qui se distinguèrent le plus dans la même expédition. On ne sait sur quel fondement un auteur ^ étranger le fait patrice de la ville d'Ast en Lombardie, n'y ayant aucun lieu de douter qu'il ne fût natif de Languedoc; il paroît qu'il étoit seigneur d'Alais. Nous parlerons dans la suite de quelques autres gentilshommes de la Province qui servirent dans cette première croisade 8c dont nous ne connoissons pas le diocèse où ils avoient pris naissance.
ïsarn , comte de Die, Raimbaud, comte d'Orange, Guillaume, comte de
'Voyez tome V, Chartes Si Diplômes, nu- ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXXXV.
méro CCCXVIII. ■• Olhagaray, Histoire de Foix.
» Ihid. * Itdlia Sacraj nov. edit. t. 4, p. SSp.
An lofjo ' "
Forez, Guillaume, comte de Clermont, fils de Robert, comte d'Auvergne, Guinart ou Gérard, fils de Guilabert, comte de Roussillon, Gaston, vicomte de Béarn 8c Centule, son fils, Guillaume Amanieu d'Albret, Raimond I, vicomte de Turenne, &. Pierre, vicomte de Castillon, furent les principaux des provinces voisines qui prirent la croix & qui se rangèrent sous les enseignes de Raimond de Saint-Gilles. Au reste, c'est mal à propos qu'un historien ' moderne donne le surnom de Foix à Gaston, vicomte de Béarn. Ces deux maisons étoient alors très-différentes, & celle de Béarn ne fondit dans celle de Foix que fort longtemps après.
Urbain II, avant la clôture du concile de Clermont, chargea les évêques de prêcher la croisade aux peuples à leur retour dans leur diocèse , & le concile mit sous sa sauvegarde les biens de tous ceux qui s'engageroient dans cette entreprise. On ne sauroit comprendre quel fut l'effet subit de la publication qui en fut faite, &. combien fut grand le nombre de ceux qui sacrifièrent leur repos &c leur vie pour marcher à la délivrance des lieux saints. L'empressement fut tel, que plusieurs dames voulurent suivre leurs maris dans cette expédition. Elvire, comtesse de Toulouse, fut de ce nombre 8c la plus distinguée de toutes. Il y eut même plusieurs religieuses qui, par une dévotion mal entendue, quittèrent leurs cloîtres 8c s'exposèrent à tous les dangers d'un si long voyage. Telle fut ^, à ce qu'il paroît, une certaine Emerie de Altejas, qui ayant pris la croix sur V épaule droite pour aller à Jérusalem, fut recevoir la bénédiction d'Isarn , évêque de Toulouse. Ce prélat qui faisoit alors la visite de son diocèse 8c se trouvoit à la paroisse de Saint-Jean, loua d'abord la dévotion d'Emerie, mais il lui fit comprendre qu'elle feroit beaucoup mieux Jn^p'l'gj, ^^ construire une maison pour y recevoir les pauvres, 8c elle se rendit à ses remontrances. Quelques seigneurs du voisinage lui donnèrent l'église de Saint-Orens qui étoit abandonnée; elle édifia auprès un hôpital avec un monastère qui en 1140 ^ furent unis à l'abbaye de Vielmur en Albigeois. Le monastère de Saint-Orens subsistoit encore en 1167 sous la dépendance de cette abbaye, comme l'on voit par un acte ^ de cette année, suivant lequel il paroît qu'il étoit situé dans le diocèse de Toulouse, vers les frontières de celui de Comminges.
LVII. — Urbain va à Toulouse. — Il dédie Véglise de Saint-Sernin, 6* se rend ensuite à Nimes,
Urbain II, après le concile de Clermont, qui finit le 28 de novembre, partit de cette ville au commencement du mois suivant 8c se rendit à Saint- Flour, monastère dépendant de l'abbaye de Cluny 8c depuis érigé en évêché.
' Maimbourg, Histoire des croisades, \. 3. p. 335, ^ Gallia Christiana, nov. edit. t. i,p. 82.