Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. DVII
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- la 1" charte citée sous ce numéro, méro CCCXXIII.
» An 1095
Il en consacra ' l'église le 7 décembre, assisté de plusieurs évoques, entre autres de Guillaume, évêque de Mende, qui avoit succédé depuis le mois d'août précédent à Aldebert de Peyre. Le pape ^ parcourut ensuite diverses provinces de France, 5c célébra la fête de Noël à Limoges. Il partit pour le Poitou au commencement de l'année suivante, traversa l'Anjou &. le Maine, 8c prêcha partout la croisade. Du Maine il prit sa route par Vendôme, 5c arriva au commencement de mars à Tours où il tint un nouveau concile. Il retourna ~ÂnTô^ ensuite à Poitiers, alla célébrer la fête de Pâques à Saintes, passa à Bordeaux sur la fin d'avril 5c vint à Toulouse. Il y étoit déjà arrivé le 7 de mai, comme on voit par une bulle qu'il donna alors 3, en faveur de l'abbaye de Moissac, 5c qu'il adressa à Isarn , évêque de Toulouse, 5c aux évêques d'Agen, de Cahors 5c de Lectoure. Cette bulle est datée du 7 de mai, indiction iv, Van 1097 de l'Incarnation. Elle appartient cependant à l'an 1096 suivant notre manière de compter, sans qu'il y ait aucune erreur dans la date j car Urbain II 5c quelques-uns de ses successeurs suivirent "* dans plusieurs de leurs bulles le calcul pisan, suivant lequel on comptoit le commencement de l'année depuis Pâques en anticipant d'une année. On a un grand nombre d'exemples de ce calcul, que quelques modernes ^ n'ont pas compris.
De Toulouse le pape alla à l'abbaye de Moissac où il passa quelques jours. Il étoit de retour dans cette ville le 28 de mai, 5c le lendemain '^ il y consacra solennellement l'église de Saint-Sernin, nouvellement rebâtie, assisté de seize archevêques ou évêques , entre autres de Bernard , archevêque de Tolède, 5c de Gautier, évêque d'Albi. Le pape consacra lui-même l'autel principal en l'honneur du saint 5c y mit une partie de son chef. Raimond de Saint- Gilles qui fut présent à la cérémonie déclara publiquement, de concert avec le pape, l'église de Saint-Sernin entièrement libre, 5c renonça par un acte"^ authentique au droit qu'il avoit sur une partie de la cire qu'on y offroit, 5c dont lui 5c les comtes ^ de Toulouse, ses prédécesseurs, avoient joui jusques alors.
Dans le nouveau bâtiment de cette église on laissa le corps de S. Sernin dans le même tombeau de marbre où S. Exupère, évêque de Toulouse, l'avoit inhumé au commencement du cinquième siècle, lorsqu'il le transféra de l'oratoire du Taur dans l'ancienne église dédiée sous son invocation qu'il avoit fait achever. Ce corps demeura ^ ainsi sous terre dans le chevet de l'église devant le chœur des chanoines , avec plusieurs autres corps saints,
' Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, n. DVII, ^ Baluze, Marca Hispanica, p. 478, 8ic.
la i""* charte citée sons ce numéro. * Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 177
' Ruinart, Vita Urhani papae II, n. 282 & seq. & suiv. & append, p. 169. — Mémoires de l'kist.
' Ealiize, Miscellanea, t. 6, p. 891 2* suiv. — du Languedoc, p. 876 & suiv. — Ruinart, Vita
Gallia Christianj , nov. edit. t. i, instrum. p. 40. Urhani papae II, n. 271. — Baluze, Miscellanea,
— Ruinart, Vita. Urhani papae II, n. 264 & seq. t. 6, p. 891 & seq.
^ Ruinart, Vita Urhani papae II, n. 271. — ' Baluze, Miscellanea, t. 6, p. 891 & seq.
Pagi , ad ann. 1090, n. 4 & 20 j ad ann. 1096, * Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. i.lo.
n. 8, &c. » Lhid. p. 175 & suiv.
An iop6
iusques en i258 qu'on le transféra avec le tombeau où il étoit renfermé, dans une chapelle voûtée & isolée qu'on avoit fait construire en forme de mausolée, derrière le grand- autel, sur un plan hexagone. On mit ce tombeau au milieu de la chapelle, &. on en tira en 1284 les sacrés ossemens du saint pour les enfermer dans une châsse d'argent qu'on plaça au-dessus, ainsi qu'on peut le voir dans le dessin qu'on trouvera ci-joint. On monte à ce mausolée par deux degrés de chaque côté des collatéraux qui sont derrière le chœur 5 les six côtés sont fermés en dehors par une grille de fer, & ils ont chacun une toise de longueur. La châsse représente en relief l'extérieur Si le clocher de l'église de Saint-Sernin.
Urbain en partant de Toulouse ' prit la route de Carcassonne où il arriva
le mercredi 11 de juin 8c où il séjourna cinq jours. Il y officia pontificale-
ment le 12 dans la cathédrale Si y bénit les matériaux qu'on avoit rassemblés
Éd.origin Dour sa construction déjà commencée depuis lonp;temps. Le lendemain ven-
t. II p. 2q3. l i CJ i
dredi il alla célébrer la messe dans l'abbaye de Sainte-Marie, où il prêcha, &. dont il bénit le cimetière.
De Carcassonne Urbain se rendit à l'abbaye d'Alet, aujourd'hui évêché, où il avoit ajourné les^ chanoines de la cathédrale de Toulouse. Ceux-ci s'étoient plaints devant lui de ce que les moines de l'abbaye de Cluse en Piémont leur détenoient l'église de Sainte-Gabelle qui leur avoit été donnée au dixième siècle par Hugues leur évêque, 8c Loup leur prévôt. Les nobles ou chevaliers de ce lieu, après l'avoir envahie dans la suite, l'avoient donnée à la même abbaye au préjudice de ces chanoines qui en demandoient la restitution. Personne n'ayant comparu à Met de la part des religieux de Cluse, le pape, de l'avis de Bernard, archevêque de Tolède, son légat, 8c en présence d'Isarn, évêque de Toulouse, les condamna à payer à ce dernier 8c à ses chanoijnes un cens annuel de vingt sols monnoie de Toulouse. Après le départ du pape les religieux refusèrent d'exécuter la sentence , ce qui causa beaucoup de trouble 8c obligea Tévêque Isarn à jeter l'interdit sur l'église de Sainte-Gabelle, mais ils ne le gardèrent pas. Les chanoines de Toulouse eurent alors recours à la force, 8c ayant mis quatre mille hommes sur pied , ils allèrent ravager le lieu de Sainte-Gabelle j enfin le défenseur ou avoué des religieux s'engagea en leur nom de payer le cens annuel auquel ils avoient été condamnés.
Urbain II continua sa route dans^ la Province 8c célébra la fête de S. Jean- Baptiste dans l'église de Saint-Pons de Thomières, où il donna une bulle en faveur de l'église de Pampelune en Espagne, dont Pierre de Rodez, auparavant religieux de l'abbaye de Conques"*, étoit alors évêque. Le pape se rendit ensuite 5 à Maguelonne , à la prière de Godefroy qui en étoit évêque, &c il y arriva le 28 de juin. Le lendemain dimanche, jour de S. Pierre, patron
■ Ruinart, Vita Urban'i papae II, n. 267. •♦ Voyez tome IV, Note L, n. 4.
' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, ' Ruinart, FitJ. Urhani papae II, n. 268. — Ar-
p. 870 & suiv. naud de Verdale, Séries praesulum Magalonensiumj
' Ruinart, Fita Urhani papae II, n. 267. dans Labbe, t. 2, p. 799 8c seq.
de la cathédrale, il y prêcha en présence de tout le clergé du diocèse 8c d'un nombre infini de peuple qui s'y étoit rassemblé. Il bénit ensuite solennellement l'île de Maguelonne, assisté des archevêques de Pise &de Tarragone &. des évêques d'Albano , Segni , Nimes 8c Maguelonne. Le comte de Substantion, Guillaume, seigneur de Montpellier, Se les principaux du pays furent présens à cette cérémonie. Il accorda en même temps une indulgence à tous ceux qui étoient inhumés dans l'île, ou qui s'y feroient inhumer dans la suite, & divers privilèges à la cathédrale; mais nous ne saurions croire qu'il ait accordé aux évêques de Maguelonne le second rang après lui dans toute l'Église, comme on le prétend'. En mémoire d'un événement si célèbre, l'évêque Godefroy institua une procession annuelle autour de l'île.
LVIII. — Le pape tient un concile à Nimes. — Il dédie la cathédrale de cette ville. — Evêques de Bé-^iers.
Le pape, après avoir demeuré cinq jours dans l'île de Maguelonne, alla à Montpellier^, où, à la prière de Philippe, roi de France, il examina l'élection de Guillaume à l'évêché de Paris 8c renvoya le jugement définitif de cette affaire à Yves, évêque de Chartres, qui étoit venu le joindre. Il se rendit ensuite à Nimes où il arriva le 5 de juillet 8c y assembla le concile qu'il avoit indiqué à Arles. Le lendemain il dédia la cathédrale ^ de Nimes en présence de Raimond de Saint-Gilles qui étoit allé dans cette ville pour l'y recevoir, comme il l'avoit reçu à Toulouse, 8c qui dota alors cette cathédrale après l'avoir épousée, cérémonie dont il fit dresser un acte authentique.
On croit "^ que le concile de Nimes commença le même jour 6 de juillet. Il s'y trouva dix archevêques, 8c quatre-vingt-six tant évêques qu'abbés de différens royaumes ou provinces, outre cinq cardinaux qui n'étoient pas évêques. Il y a lieu de croire que la plupart des évêques de la Province y assistèrent : il est du moins certain que Godefroy de Maguelonne, Bertrand de Nimes, Arnaud d'Elne, 8c Isarn de Toulouse furent de ce nombre. On prétend^ que Matfred de Béziers s'y trouva aussi, de même qu'à un prétendu concile de Montpellier qu'on fait tenir au pape Urbain II vers le même temps, sans aucun fondement. Ce qu'il y a de vrai, c'est que Matfred, évêque de Béziers, siégeoit encore en 1096 8c qu'il eut alors un différend <5 avec Ermengarde, vicomtesse de cette ville , au sujet des droits féodaux du bourg de Saint-Nazaire qu'il prétendoit lui appartenir, 8c de la redevance que les juifs payoient à l'évêque le jour de Noël. Arnaud de Levezon avoit déjà succédé à ce prélat dès le 9 de juin^ de l'année suivante.
' Arnaud de Verdale, Séries praesulum Magalo- '' Ruinart, Vita Urhani papae II, numéro 269
nensium, dans Labbe, t. 2, p. 799 & seq. — Gariel, & seq. Stries praesulum Magalonensium, p. 126. ^ Andoque, Histoire de Béliers, p. 58 & suiv
' Ruinart, Vita Urbani papae II, n. 269 & seq. '' Ibid.
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXIV, ' Cartulaire de la cathédrale de Béliers,
An 1096
An 1096 ^
Éd. origin. Le 8 de juillet le concile ' de Nimes décida le différend qui étoit entre
Isarn 5 évêque de Toulouse '&. les chanoines de Saint-Sernin touchant les oblations faites à cette église, dont le premier prétendoit la quatrième partie. Cette affaire fut longtemps agitée & excita de grandes altercations. Isarn, appuyé de Guy alors archevêque de Vienne, 6c ensuite pape sous le nom de Calixte II Se de quelques autres prélats , soutint ses droits avec beaucoup de chaleur, en sorte que le pape n'osa le condamner j mais, après la séance, l'ayant appelé en particulier dans sa chambre, il l'obligea, de concert avec le comte de Toulouse qui se trouva présent, à se désister de ses prétentions. Le concile décida ensuite en faveur des chanoines de Saint-Sernin, dont Urbain &. le comte Raimond confirmèrent en pleine assemblée les privilèges 5i les droits qu'ils avoient accordés à leur église dans le temps de sa consécration : ce qui prouve que Raimond de Saint-Gilles assista aux séances du concile.
Le lendemain 9 juillet ^ on agita le différend qui étoit entre les abbayes de Figeac & de Conques, lesquelles n'étoient gouvernées que par un seul abbé. Il fut déclaré que chacune auroit le sien. Le 1 1 on confirma ^ les privilèges de l'abbaye de RipoU contre les entreprises de Béranger, évêque d'Ausone &L archevêque de Tarragone. Le 12 Raimond "^ de Saint-Gilles déclara devant le pape, à tout le concile, qu'il cédoit en faveur de l'abbaye de Saint-Gilles tous les droits &c usages dont lui Se ses prédécesseurs avoient ]om justement ou injustement, tant sur la vallée Flavienne où cette abbaye étoit située, que sur ses autres domaines. L'acte est daté du concile de Nimes, le samedi 12 de juillet de Van 1096, indictioniv, ce qui s'accorde parfaitement, & c'est mal à propos qu'un de nos critiques^ prétend que le 12 de juillet de l'an 1096 étoit un jeudi 8c non un samedi. Cinq cardinaux y souscrivirent avec plusieurs archevêques 8c évêques, 8c ensuite Raimond, par la permission de Dieu, dit comte des Toulousains 6* des Rouergats, duc de Narhonne 6- marquis de Provence, Pierre Bermondi , Guillaume de Montpellier , 8c plusieurs autres seigneurs séculiers du pays qui se trouvèrent au concile de Nimes, 8c qui vraisemblablement avoient pris la croix.
On décida dans cette assemblée plusieurs autres affaires qui ne sont pas de notre sujet, 8c on y dressa seize canons, dont la plupart sont les mêmes que ceux qu'on avoit déjà dressés au concile de Clermont. Quelques historiens ajoutent^ que le pape ayant assemblé celui de Nimes à la sollicitation de Philippe I, roi de France, ce prince, qui avoit donné quelque marque de repentir, s'y rendit en personne , promit de se séparer de Bertrade 8c y fut absous de son excommunication; mais on ne convient '^ pas qu'il ait fait ce voyage, ni qu'il ait reçu son absolution au concile de Nimes j on veut au
' Baluze, Miscellanea.t. 6, p. 391 & seq. p. 401. ^ Ruinart, Vita Urhan'i papae II, n. 269 &. s;q.
— Ruinart, Vita Urbani papae II, n. 269 & seq. — — Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, n. CGCX'S".
Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, p. 878. ' Cossart, Conciles, t. 10, p. 610.
^ Ruinart, Vita Urbani papae II, n. 269. 6 Daniel, Histoire de France, t. i, p. io83.
^ Baluze, Miscdlanca^ t. 7, p. 72. 7 Ruinart, Vita Urbani papae II, n. 269 & seq.
> ' f An 1096
contraire, & il paroît que c'est avec raison, que Philippe ne fut absous de son excommunication qu'au commencement de l'année suivante.