‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 219 sur 227 · XLIV. — Origine de Vautorlté temporelle des évêques de Mende · texte numérisé non relu

XLIV. — Origine de Vautorlté temporelle des évêques de Mende

sur le Gévaudan.

Quelque temps avant ou après ce concile, le roi Louis le Jeune, étant à Paris, donna un diplôme en faveur d'Aldebert III, évêque de Gévaudan. Ce prélat, qu'on dif^ de la maison de Tournel, 5c qui avoit été auparavant prévôt de la cathédrale de Mende, en avoit été élu évêque en ii5i, après la mort de Guillaume III. Un de ses principaux soins fut de conserver ou d'augmenter le domaine temporel de son église ; 5c dans un voyage qu'il fit à la cour, en I ï6i , il obtint du roi Louis le Jeune un diplôme que l'on conserve dans les archives de l'évêché, Se qu'on appelle la huile d'or^ parce qu'il fut scellé en or. Louis marque '7, dans cette charte, « qu'on n'avoit vu de mémoire d'homme « aucun évêque de Gévaudan venir à la cour des rois de France, ses prédéces- « seurs, pour leur jurer fidélité, à cause que ce pays, de difficile accès, avoit u toujours été au pouvoir des évêques, qui y exerçoient non-seulement l'au- (( torité spirituelle, mais encore la temporelle; que ce prélat, sachant que la « justice appartenoit à l'autorité royale, étoit venu reconnoître, en présence « des principaux barons du royaume, que son évêché dépendoit de la « couronne de France Se que, se soumettant à sa personne, il lui avoit prêté

' Gallia Christiana, t. 3, p. 672.

' Ihid. p. 2o3 & seq.

^ Conciles, t. 10, p. 1406 & suiv.

^ Chroni<iue de Saint-Pons, p, 22.

' Conciles, t. 10, p, 1406 & suiv.

*■ Gallia Christiana, nov. edit. t. I, p. 90. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro DXXV.

' An 1 101

« serment de fidélité. Le roi déclare enfin que cet acte ne préjudicieroit en « rien aux droits dont le même prélat avoit joui jusques alors, lui accorde, & « à ses successeurs, tout l'évêché de Gévaudan avec les droits régaliens, St veut »( que son église soit libre & exempte de toute exaction. »

Cette charte est le premier Se le principal fondement de l'autorité temporelle dont les évêques de Mende, qui se qualifient comtes de Gévaudan, jouissent aujourd'hui dans leur diocèse ; car on ne sauroit prouver par des monumens plus anciens qu'ils eussent exercé auparavant une pareille autorité sur tout le pays. On a vu, au contraire, par le témoignage tant des historiens du temps que des chartes, que le Gévaudan avoit toujours dépendu de la couronne, &c qu'il avoit été gouverné, jusque bien avant dans la troisième race de nos rois, par des comtes & des vicomtes' particuliers qui étoient devenus héréditaires, comme ceux des autres diocèses du royaume. Le dernier comte de ce pays que nous trouvons est le fameux Raimond de Saint-Gilles qui se qualifioit^ comte de Gévaudan vers la fin du onzième siècle, & qui aliéna peut-être ce comté en faveur des évêques, pour fournir aux dépenses immenses qu'il fit pour la guerre d'outre-mer, 11 y avoit encore des vicomtes de Gévaudan dans le temps de la charte de Louis le Jeune j cette vicomte appartenoit alors à Raimond-Béranger, comte de Provence, qui la transmit à ses successeurs,

& qui en avoit hérité^ de Gilbert, vicomte de Millau, son bisaïeul maternel. Éd. origin. . . . . I • i> I 1 1. 11, p. 488.

On ne voit pas que ce prince se soit soumis à la suzeraineté d Aldebert pour la

même vicomte, & il paroît d'ailleurs que ce prélat trouva de la contradiction

dans quelques seigneurs du pays qui refusèrent de reconnoître sa supériorité.

C'est ce que nous inférons d'une lettre qu'il écrivif^ au roi Louis le Jeune,

8c dans laquelle il lui porta ses plaintes des persécutions qu'il avoit à souffrir

depuis qu'il lui avoit prêté serment de fidélité 6» qu'il lui avoit soumis son

évêché avec ses biens paternels. Il se plaint surtout de son propre frère, qu'il

accuse de n'être pas né légitime, 5c à qui il avoit donné une portion de son

domaine en fief, après l'avoir fait chevalier 5 il l'accuse de s'être associé avec

d'autres, 8c de s'être emparé de deux châteaux de l'évêché. Il implora là-dessus

la protection du roi, par un exprès qu'il dépêcha à ce prince, lequel, comme

il paroît par une autre lettre ^ de ce prélat, tâcha de le consoler 8c prit ses

intérêts à cœur. On assure^ qu'Aldebert fit fermer de murailles la ville de

Mende, qui n'étoit auparavant qu'un bourg '7.

' Voyez tome IV, Note XXVI. 6 Catel , Mémoires pour l'histoire de Languedoc,

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- p. 309.

méro CCXCVIII. ' On donnait autrefois le nom de bourg à toute

' Voyez tome IV, Note XXVI. ville qui n'avait pas une enceinte de murailles j &

" 'D\.\c\\ssnt, Recueil des historiens de France, t.. ^, c'est en ce sens que dom Vaissete appelle la ville

p. j5i. — Gallia Christiana, nov. edit. t. 1 , p. 90. de Mende « un bourg », avant l'établissement de

' T)uc\\i%x\c, Recueil des historiens de France, t. ^, ses fortifications, par les soins de l'évêque Alde-

p. 683. bert. fE. M.J

An I i6i

8i8 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII.

XLV. — Pacification des différends que Guillaume Vlly seigneur de Montpellier ^ avoit avec Gui, son frère , 6* avec le comte 6* la comtesse de Melgueilj ^c.

Louis le Jeune étant à Chaumont donna un diplôme, l'année 1161, la trente-cinquième de son règne, en faveur de Jean de Montlaur, évêque de Maguelonne, qui reçut, au mois de juin' de l'an 1161, le serment de fidélité de Guillaume VII, seigneur de Montpellier.

Il y avoit alors de la division entre ce dernier 8c Gui, seigneur de Paulian, au diocèse de Béziers, qui se prétendoit héritier de Guillaume de Tortose, leur frère. Cette querelle engagea^ Guillaume VI, religieux de Grandselve, leur père, à faire un voyage à Montpellier pour les mettre d'accord, &«. il les fit convenir d'une transaction , suivant laquelle Gui renonça à l'hérédité de Guillaume de Tortose en faveur de Guillaume VII, qui lui céda de son côté quelques biens pour le dédommager. L'acte fut passé dans la maison des templiers de Montpellier, au mois d'octobre de l'an 1161. Gui de Montpellier, seigneur de Paulian, fut surnommé Guerrejat, 8c vécut encore longtemps après. Il fut arbitre^, en ii65, d'un différend qu'avoit l'évêque de Maguelonne, 8c il donna, en 1174, à l'abbaye de Valmagne tous les droits qu'il avoit sur les moulins de Paulian. Jean, qui étoit alors abbé de Valmagne, avoit succédé à Ermengaud, en faveur duquel Guillaume VII, seigneur de Montpellier"^, confirma, en 1161, la donation qu'on lui avoit faite d'un terrain, dans la même ville, pour y fonder une maison de l'ordre de Cîteaux, sous la dépendance de cette abbaye.

Guillaume VII avoit alors un différend bien plus considérable avec Bernard Pelet, comte de Melgueil, 8c la comtesse Béatrix, sa femme. On rapporte de la manière suivante -'^ l'origine de leur querelle. On prétend que le comte 8c la comtesse, soutenus des seigneurs de la Vérune 8c de Pignan, enlevèrent des marchandises aux habitans de Montpellier; que ceux-ci eurent recours à la protection de Guillaume, leur seigneur ; que ce dernier ayant proposé des moyens de pacification , Bernard refusa de les accepter ; que sur ce refus la guerre s'alluma entre eux ; que Guillaume ayant fait le dégât dans tout le comté de Melgueil, Bernard, devenu plus traitable, écouta enfin les propositions de ce seigneur, 8c qu'ils convinrent ensemble, dans une entrevue, d'une trêve de cinq ans 8c ensuite de la paix, par l'entremise de Jean de Montlaur, évêque de Maguelonne.

Il est vrai que nous avons'^ un traité de trêve conclu pour cinq ans, au mois

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXXVIII, la '' Cartulaire de Vabhaye de Salvanès.

t'"'" charte citée sous ce numéro. * Gariel, Séries praesulum Magaloncnsium , p. 2o5.

' Ibid. n. DXXVI. « Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

3 Ibid. n. DXLIII , la 6' charte citée sous ce méro DXXVII. numéro.

An I 162

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII. 8ig ~T T

/ An I loc

d'octobre de l'an 1161, entre Bernard Pelet & Béatrix sa femme, d'un CJté, 8c Guillaume de Montpellier, de l'autre, mais il n'est rien dit dans cet accord des diverses circonstances dont nous venons de parler: il paroît au contraire, par ce que nous rapporterons bientôt, que la guerre qu'ils avoient eue ensemble étoit une suite de la ligue que Guillaume avoit formée avec le comte de Barcelone 8c le vicomte Raimond-Trencavel, contre le comte de Toulouse, dont le comte 8c la comtesse de Melgueil avoient embrassé les intérêts. Nous voyons d'ailleurs que ce fut Raimond de Montferrier qui négocia ce traité de trêve, dans lequel le comte 8c la comtesse de Melgueil promirent d'abandonner Bernard de Pignan', 8c ses frères, 8c tous leurs autres alliés.

Les seigneurs de Pignan firent leur paix l'année suivante avec Guillaume de Montpellier. Ils étoient trois frères nommés Bernard, Guillaume 8c Raimond. Le seigneur de Montpellier, pour les indemniser des dommages qu'il Éd.origin. leur avoit causés, 8c à leurs associés, ians l'armée de Trencavelf en réparation d'avoir fait prisonnier le premier 8c détruit le château de Pignan, leur pardonna tout le mal qu'ils lui avoient causé à lui-même durant cette guerre^ 8c leur donna la somme de deux mille sols melgoriens. Ces trois chevaliers promirent de leur côté de ne plus faire la guerre à Guillaume 8c de ne plus servir avec lui en faveur de personne, excepté lorsque le comte 8c la comtesse de Melgueil, Raimond-Gaucelin (de Lunel), Pons de Besan, Béranger de Sauve, Bernard d'Aymargues 8c Bertrand de Torolle auraient quelque guerre personnelle contre lui. Bernard Pelet, Béatrix sa femme, les chevaliers qu'on vient de nommer, 8c quelques autres ratifièrent cet accord 8c se rendirent cautions des seigneurs de Pignan envers Guillaume de Montpellier, avec promesse, en cas d'infraction de leur part, de s'en rapporter au jugement de l'archevêque de Narbonne 8c de ses successeurs. Nous inférons de ce traité que le comte, la comtesse de Melgueil 8c tous les chevaliers qui y sont nommés avoient déclaré la guerre à Guillaume de Montpellier, durant celle que Raimond-Trencavel 8c le comte de Barcelone, ses alliés, faisoient au comte de Toulouse, qui par là fit une diversion favorable du côté du bas Languedoc. Il paroît d'ailleurs que Bernard Pelet 8c la comtesse Béatrix, sa femme, étoient en différend au sujet du comté de Melgueil avec la maison de Barcelone j car le comte de Provence, fils de cette comtesse 8c neveu du comte de Barcelone, s'en qualifioit comte ^ dans le même temps que Bernard Pelet, second mari de Béatrix, héritière de ce comté. Bernard prend, en effet, cette qualité dans divers actes, entre autres dans une vente ^ que lui 8c Béatrix, sa femme, firent en ii58 à Pierre, abbé d'Aniane, 8c dans une donation"^ que cette comtesse fit l'année suivante aux pauvres de l'hôpital du pont de Castelnau, en présence de Guillemette de Montpellier, sa mère^.

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXXIX. ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXIV, le

* Dingo, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, i ''" titre cité sous ce numéro,

c. 168, — Gista comitum Barcinonensium, apud * Ibid. le 2* titre cité sous ce numéro.

Marcam. ^ Archives de l'archevêché de Narbonne.

--; ; ' — 820 PIISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIH.

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XLVI. — Mort de Guillaume VI ^ seigneur de Montpellier, religieux

de Cïteaux.

On a déjà vu que Guillaume VI, ancien seigneur de cette ville, & depuis religieux de Grandselve, vivoit encore au mois d'octobre de l'an 1161, contre le sentiment de ceux' qui le font mourir beaucoup plus tôt. Il paroît même qu'il vécut ^ encore plus d'un an après. Dès que ce seigneur eut embrassé l'institut de Cïteaux à Grandselve, il devint un modèle de religion 8c de piété. Son abbé l'employa bientôt après à l'établissement de diverses maisons de son ordre, & il contribua beaucoup par ses soins, en ii5o, à la fondation de celle ^ de Candeil en Albigeois. Il fit ensuite un voyage en Catalogne 8c fut présent"^, au mois de décembre de la même année, lorsque Guillaume-Raimond de Moncade fonda ^ la célèbre abbaye de Vallaure, aujourd'hui Santa-Cru-:^, sous la dépendance de celle de Grandselve. On assure qu'il fut nommé alors abbé de la première, qu'il la gouvernoit encore en ii54 8c qu'il mourut avant l'an 1 159, sous prétexte que Pierre étoit abbé de Vallaure cette dernière année; mais cela prouve seulement que Guillaume avoit fait alors démission de cette abbaye. Il entreprit*^ un voyage, vers l'an iiSi, à Clairvaux pour y voir saint Bernard, son ami, qui faisoit beaucoup de cas de sa piété 8c de son mérite, 8c qui lui apparut à Grandselve en ii53, le jour de sa mort. Guillaume, qui étoit alors dans ce monastère, retourna ensuite en Catalogne pour affermir la fondation de l'abbaye de Vallaure, qu'il transféra en iiSj à Santa-Cru-^. Il revint peu de temps après en France 8c fit un voyage à CandeiF, la même année iiSy. Enfin il se rendit à Grandselve, où il fit depuis son séjour ordinaire. Il y étoit en effet^ en 1161, 8c il y décéda en odeur de sainteté l'année suivante, ou au plus tard en ii63. Les religieux de la maison assurent qu'il fut enterré dans l'église, auprès du marche-pied du grand autel, du côté de l'évangile, avec Guillaume VII, son fils Se Raimond, son petit-fils. On l'a mis au nombre des saints de l'ordre de Cïteaux; mais nous ne voyons pas qu'on l'ait honoré encore d'un culte public. Divers auteurs^ l'ont confondu avec un simple frère convers de la maison, appelé Guillaume, qui, quoiqu'il n'eût jamais pu apprendre que ces deux mots, Ave Maria, parvint néanmoins à une éminente sainteté. Guillaume VII, seigneur de Montpellier, confirma '°, au mois d'août de l'an 1161, l'exemption que Guillaume IV, son Hd origin. père, avoit accordée par son testament de l'an 1 146 aux religieux de Cïteaux,

' Manrique, Annales C'isterc'ienses , ann. ixS-j, c. 3, n. 5; ann. ii5i, c. 6, n. 2; ann. ii53, c, 5,

c. 5, n. 2. n. 2. — Vita S. Bemard'i, 1. 4, c. i, & seq.

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXXVII. 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

' Ib'id. n. CCCCLXXIX, les deux actes cités sous méro DVII, la 2.*^ charte citée sous ce numéro.

ce numéro. « j^,-^ „ CCCCXCI , la 2* charte citée soiib ce

■* Marca Hispanica, p. i3io. numéro.

' Ihid. p. 5o2. ^ Manrique, Annales C'istercienses,

^Manrique, Annales Clstercienscs , ann. 1149, '" Archives de l'nbbaye de Valmajnc.

de payer aucun droit ou péage à Montpellier. Il confirma ce privilège en particulier pour la maison de Valmagne : l'acte est daté de la maison de la milice du Temple située devant la place de Notre-Dame de Montpellier.

XLVII. — Arrivée i/ séjour du pape Alexandre III à Montpellier.

Guillaume VII fut un des seigneurs de tout le royaume qui se distingua le plus par son zèle 8c son attachement à la personne du pape Alexandre III. Aussi ce pontife, se voyant obligé de quitter Tltalie 8<. de se réfugier en France, vint-il d'abord à Montpellier, où il fit un assez long séjour. Alexandre ' s'embarqua à Terracine, au commencement de janvier de l'an 1162, 5c aborda à Gênes le 22 de ce mois. Il se rembarqua au port de cette ville, le 25 de mars, 5c aborda en l'île de Maguelonne le mercredi 11 d'avril suivant. Après son arrivée dans cette île, il dédia le grand autel de la cathédrale j mais comme le lieu étoit trop peu spacieux pour se loger avec toute sa cour, 6c qu'un grand nombre de prélats de France qui étoient venus au-devant de lui l'attendoient sur la côte, il jugea à propos de se rendre incessamment à Montpellier, ville fort peuplée^ suivant l'historien contemporain qui nous a laissé le récit du voyage de ce pape. Alexandre fit le trajet de Maguelonne à Montpellier, qui est de près de deux lieues, avec pompe 8c cérémonie, monté sur une haquenée blanche 8c revêtu de ses habits pontificaux. L'affluence du peuple qui étoit accouru pour recevoir sa bénédiction étoit si grande, qu'il eut toutes les peines du monde à percer la foule. Guillaume, seigneur de Montpellier, accompagné de ses barons 8c de plusieurs chevaliers, alla au-devant de lui 8c lui servit d'écuyer pendant un mille. Un auteur^ du temps ajoute que ce seigneur se reconnoissoit pour vassal lige du pape. Alexandre entra ainsi à Montpellier en procession^ ^ au milieu des grands du pays qui s'y étoient rassemblés pour le recevoir 8c qui s'empressèrent de l'aller saluer après son arrivée j il y eut entre autres un prince sarrasin qui lui baisa les pieds avec sa suite, 8c qui le harangua en sa langue au nom du roi, son maître.

Raimond V, comte de Toulouse, se rendit à Montpellier pour y recevoir le pape, comme ce pontife le témoigne lui-même dans une lettre qu'il écrivit de cette ville, le 29 d'avriH, au roi Louis le Jeune, pour lui donner part de son arrivée. Alexandre se loue beaucoup de l'accueil que ce comte, le vicomte Trencavel , Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, plusieurs autres barons du pays ^ 8c tout le peuple, lui avoient fait, 8c aux cardinaux qui étoient avec lui. Dans une autre lettre 5, qu'il écrivit le lendemain à l'évêque de Soissons, il parle encore avec éloge de la magnifique réception que lui avoient faite le clergé 8c le peuple de Montpellier; 8c dans une troisième"^, qu'il écrivit

' Baronius, ann. 1162, Acta Aîexandri III. * Conciles, t. 10, p. i3i2 & suiv.

" Raoul de Di^ay, p. 533, ' Ibid. p. i3i9 & suiv.

^ Baronius, ann. 1162, Acta Aîexandri III. * Ibid. p. i356.

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quelque temps après au roi de France, il avoue que, dans cette occasion, la vicomtesse Ermengarde lui avoit rendu des services importans.

Alexandre d'abord après son arrivée à Montpellier nomma des légats pour aller soutenir ses intérêts à la cour de France auprès du roi Louis le Jeune. Il choisit pour cette fonction l'archevêque de Reims, frère de ce prince, les évêques de Langres & de Senlis, 8t l'abbé de Grandselve'. Il écrivit au roi 8c à la reine, le 21 d'avril, pour les leur recommander. Dans la lettre qu'il adressa au roi, il le remercie de ce que Raimond, comte de Saint-Gilles^ étoit venu au-devant de lui , lui avoit fait offre de sa propre personne &. de tous ses domaines, 8c lui avoit rendu toute sorte d'honneurs. Il ajoute qu'il en témoignera sa reconnoissance au comte dans l'occasion. Cet article de la lettre du pape nous donne lieu de conjecturer que Raimond avoit fait d'abord difficulté de le reconnoître, 8c qu'il ne se soumit à son obéissance qu'à la sollicitation du roi Louis le Jeune, son beau-frère. On verra dans la suite que le comte de Toulouse ne fut pas toujours dans le parti d'Alexandre, 8c qu'il l'abandonna pour embrasser celui de l'antipape.

Le dimanche d'après son entrée à Montpellier^, Alexandre célébra pontificalement la messe dans la principale église 8c y prêcha en présence d'une infinité de peuple. Dans son discours il rendit compte des circonstances de son élection 8c parla avec beaucoup de chaleur contre l'antipape 8c ses adhérens, Éd. origin. qu'il déclara de nouveau excommuniés. Nous apprenons le nom de la plupart des cardinaux qui étoient à sa suite, par la souscription de deux bulles qu'il donna à Montpellier, l'une le 27 de mai ^ en faveur de l'abbaye d'Alet, 8c l'autre sept jours après '^, pour le monastère de Salvanés en Rouerguej cette dernière est souscrite par onze cardinaux.

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