‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 220 sur 227 · XLVIII. — Concile de Montpellier · texte numérisé non relu

XLVIII. — Concile de Montpellier

Alexandre tint un concile à Montpellier le jour de l'Ascension, 17 de mai, comme il paroît par une lettre^ qu'il écrivit ce jour-là à l'évêque de Vérone, 8c dans laquelle il marque à ce prélat qu'il jouissoit d'une santé parfaite, de même que tous les cardinaux; que les archevêques, les évêques, les rois 8c les princes s'empressoient de lui témoigner à l'envi leur attachement 8c leur vénération, soit par eux-mêmes, soit par leurs envoyés. Parmi les archevêques il nomme ceux de Sens, de Tours 8c d'Aix, 8c celui de Narbonne qu'il avoit sacré à Montpellier ; 8c entre les évêques, celui de Maguelonne. Il ajoute enfin qu'il avoit excommunié publiquement le même jour, de concert avec tous ces prélats, l'antipape Octavien 8c ses complices, 8c qu'il attendoit le retour des légats qu'il avoit envoyés aux rois de France 8c d'Angleterre. Ce

' Conciles, t. lo, p. i3i3, i3i6&suiv, ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

' Baronius, Acta Altxandri III. méro CXXXI, la i''* charte citée sous ce numéro.

' Archives de l'église d'Alet. ' Conciles, t. lo, p. i36j & suiv.

concile déclara' excommuniés les princes qui ne réprimoient pas les hérétiques, les pirates & ceux qui fournissoient des armes aux Sarrasins, 5c défendit aux moines, aux chanoines réguliers Se à tous les religieux de professer le droit &. la médecine. Raimond de Dourgne, abbé de Saint-Pons de Thomières, se trouva, à ce qu'on prétend, au même concile,

XLIX. — Archevêques de Narbonne. — Départ du pape Alexandre de Montpellier. — Il passe à Alaisj à Mende i/ au Puy.

On vient de voir que le pape sacra, au mois de mai de l'an 1 162, un nouvel archevêque de Narbonne j c'étoit Pons d'Arsac qui avoit été élu après la mort de Béranger de Narbonne, son prédécesseur immédiat, arrivée* le 7 d'avril de la même année ^ après cinq ans huit mois 6* dix-huit jours d'épiscopat ; ainsi c'est mal à propos qu'on met Pons^ sur ce siège dès l'an 1160.

Il est certain par divers monumens qu'Alexandre séjourna à Montpellier jusques à la mi-juillet de l'an 1162, ce qui prouve que ceux^ qui le font partir de cette ville à la fin de mois de juin se trompent. Il y confirma 5, en effet, par une bulle, le 8 de juillet, un accord fait entre le prévôt 8c les chanoines de la cathédrale de Toulouse, d'un côté, 8c ceux de Saint-Sernin 8c Hugues leur abbé, de l'autre, touchant la sépulture des chevaliers de Toulouse. Le pape écrivit'^ aussi de Montpellier, le 10 8c le 14 du même mois, au roi Louis le Jeune pour le remercier de la protection qu'il accordoit au Saint-Siège, 8c des lettres que ce prince lui avoit écrites par l'abbé de Saint- Germain des Prés, son envoyé.

Nous trouvons enfin deux brefs^ d'Alexandre, datés de Montpellier le i" 8c le i5 du mois de juillet, en faveur de Guillaume VII, seigneur de cette ville, 8c ces brefs appartiennent certainement à l'an 1162, quoique dans les copies que nous en avons ils soient datés de la quatrième année de son pontificat au lieu de la troisième. Par l'un, ce pontife prend Guillaume sous la protection du Saint-Siège, en considération des services qu'il avoit rendus à l'Église romaine, 8c fait défense à tout autre qu'au pape, ou à un cardinal légat a latere, d'excommunier ce seigneur 8c de mettre en interdit les chapelles de ses deux châteaux de Montpellier 8c de la Palu, qui dévoient payer chacun tous les ans un écu d'or de redevance au palais de Latran. Par l'autre il déclare à l'archevêque de Narbonne, au chapitre de la cathédrale d'Arles, à leurs suffragans 8c aux évêques de Viviers, de Mende, du Puy 8c de Rodez, qu'il a mis Guillaume 8c les habitans de Montpellier sous sa protection, avec ordre à ces prélats de les défendre 8c de les protéger.

' Conciles, t. 10, i». 1410&SUIV. 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

' Catel, Mém. pour l'hist. du Languedoc, p. 788. méro DXXXI, la 2' charte citée sous ce numéro. ' Gallia Christiana, t. i, p. Syy. ' Conciles, t. 10, p, i3i6 & i3i8.

^ Baronius, ann. 1 162. — Fleury, Histoire ecclé- ' Gariel, Séries praesulum Magalonensium, 2' edit.

siastique, 1. 70, n. 60, Sic. p. 21 i & seq.

An 1 162

An 1 162

Éd. origiii. t. Il, p. 492

Alexandre ' auroit fait encore un plus long séjour dans cette ville, si la famine qui désoloit tout le pays ne lui eût fait prendre la résolution de se rendre incessamment en France. Il partit donc de Montpellier, & passa par Alais & par Mende. Il écrivit^ de cette dernière ville, le 24 du même mois de juillet, à Hugues, évêque de Soissons, pour le prier d'employer ses bons offices auprès du roi Louis le Jeune, qui s'étoit un peu refroidi à son égard, 6c de l'empêcher de se rendre à la conférence qu'il avoit projeté d'avoir sur son élection avec l'empereur Frédéric I. Le pape demeura quelques jours à Mende 8c il y donna, le 29 de juillet de Tan 1162, une bulle ^ souscrite par sept cardinaux en faveur de l'abbaye de Bonneval en Rouergue. Il '^ se rendit ensuite au Puy en Vêlai, 8c arriva à Clermont en Auvergne le 14 du mois d'août, dans le dessein d'aller joindre le roi Louis le Jeune, qui de son côté s'étoit avancé jusques à Souvigni^, dans le Bourbonnois, pouraller à la conférence qu'il devoit avoir à Saint-Jean de Lône, en Bourgogne, avec l'empereur. Le pape alla trouver le roi 8c ils restèrent quelque temps ensemble à Souvigni, comme il paroît par une charte qui est datée de ce monastère <5 8c que Louis le Jeune accorda à l'abbaye de Saint-Guillem du Désert, en présence du pape Alexandre.

L. — Le roi Louis le Jeune prend connaissance des différends qui étaient entre les vicomtes de Polignac 6* les évêques du Puy.

Pendant le séjour de Louis à Souvigni , ce prince y jugea un différend qui duroit depuis longtemps entre les évêques du Puy 8c les vicomtes de Polignac, ce qu'il faut reprendre de plus haut. Armand IV, après avoir succédé dans cette vicomte à Pons, son père, mort vers l'an 11 12, entre autres vexations qu'il commit dans le pays, établit''' de sa propre autorité un péage sur les grands chemins qui conduisent au Puy, 8c se servit de ce prétexte pour rançonner tous les pèlerins qui alloient par dévotion visiter la cathédrale de cette ville. Il avoit deux fils, Pons 8c Héracle, qu'il associa à ses brigandages 8c qui commirent avec lui tant de ravages dans le Vêlai, que l'évêque se vit enfin obligé de se mettre en armes, soit pour défendre son propre domaine, soit pour soutenir les intérêts du peuple. II y eut entre eux plusieurs négociations 8c plusieurs accords; mais la paix étoit à peine conclue, que les vicomtes recommençoient leurs hostilités 8c leurs brigandages.

Pons, qui se qualifioit déjà vicomte de Polignac en ii5i, du vivant d'Armand IV, son père, fit un accord ^ cette année avec Pierre, évêque du Puy, à qui il donna trente chevaliers en otage pour la sûreté de ses promesses

' Baronius, ann. 1162.

' Conciles, t. 10, p. i3io.

' Archives de l'abbaye de Bonneval.

■* Baronius, ann. 1162.

^ Pagi, ad ann. 1 162, n. 4

^ Acta Sanctorum ordinis sancti Benedict't, saec.4, part. I , p. 90.

^ Baluze, Histoire généalogique de la maison d'Aw vergne, t. 2, p. 66.

* Archives de l'église du Puy.

An I 162

5c l'observation des transactions précédentes. La guerre se renouvela bientôt après entre le vicomte Armand 8c ce prélat, Se dura jusques à ce que Bernard, évêque de Valence, ayant reçu ordre du pape' Eugène III de paciher le Vêlai, fît convenir levêque & le vicomte d'un nouveau traité, en ii53, en présence de Guillaume, archevêque d'Embrun, 8c de Guillaume, évêque de Viviers. Le vicomte Armand 8c ses deux fils^ firent serment, avec plusieurs de leurs vassaux, d'observer cette paix qui fut scellée du sceau de ces trois évêquesj mais ils la violèrent peu de temps après, firent la guerre à l'évêque, établirent de nouveaux péages 8c commirent une infinité de ravages 8c de vexations dans tout le pays. Ce prélat tâcha de s'opposer à leurs entreprises 8c convint enfin avec eux d'un autre accord par l'entremise d'Aldebert, évêque de Mende. Les vicomtes jurèrent de l'observer, avec leurs chevaliers 6- vassauxy Se l'enfreignirent presque aussitôt. Guillaume 3, comte d'Auvergne, se mêla alors de les accorder j mais ne pouvant se promettre d'établir parmi eux une paix durable, il se contenta de les faire convenir, en 1104, d'une trêve de sept ans, que le vicomte Pons Se plusieurs de ses chevaliers firent serment de garder, avec promesse de ne plus exiger, pendant ce temps-là, aucun péage sur les grands chemins Se de rétablir le château de Saint-Paulhan qu'il avoit détruit. Ce seigneur, peu fidèle à ce nouveau traité, le viola presque aussitôt, ce qui engagea les abbés '^ de la Chaise-Dieu 8c de Mauzac à faire une nouvelle tentative pour pacifier le pays. Ils moyennèrent entre l'évêque Se les vicomtes un nouvel accord dont nous ignorons les conditions, mais nous ne doutons pas que ce ne soit le même dont parle Aldebert, évêque de Mende, dans une , lettre 5 qu'il écrivit au roi Louis le Jeune, Se dans laquelle il marque à ce prince que l'évêque du Puy ayant excommunié le vicomte de Polignac pour avoir continué de lever le péage sur les grands chemins Se de vexer les passans, ils étoient néanmoins convenus d'un traité, suivant lequel ils dévoient partager les émolumens du péage Se lui députer pour obtenir la confirmation de ce traité. Aldebert fit tous ses efforts pour détourner le roi de l'accorder Se se récria beaucoup, dans sa lettre, sur l'injustice d'une convention suivant laquelle l'église du Puy devoit participer aux violences Se aux vexations du vicomte.

Soit que le roi eût déféré aux plaintes de l'évêque de Mende Se refusé cette confirmation, soit que les vicomtes de Polignac, accoutumés à ces exactions, eussent refusé de faire part à l'évêque du Puy des revenus du péage, il est certain que leur division*^ recommença bientôt après, Se qu'elle duroit encore lorsque le roi Louis le Jeune, étant venu à Souvigni^j en 1162, les manda Éd.origin.

' Baluze, Histoire généalogique de la maison d'Au- ^ Baliize, Histoire généalogique de la maison d'Auvergne, t. 2, p. 66. — Gallia Christiana , t. 3, vergne, t. 2, p. 66, p. I I 82. ' Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4,

' Baluze, Histoire généalogique de la maison d'Au- p. 676. vergne, t. 2, p. 66. * Baluze, Histoire généalogique de la maison d'Au-

^ Baluze, Ibid. — Archives de l'église du Puy. — vergne, t. 2, p. 66 & suiv. Gallia Christiana, nov. éd. t. 2, p. yoS. ' Voyez tome VII, Note III, n. 2.

An 1 162

pour prendre connoissaiice de leur différend &c faire cesser par son autorité la désolation du pays. Ce prince les fit convenir d'un accord suivant lequel 1° le vicomte Armand 6* ses fils jurèrent de vivre en paix avec l'évêque Se de ne plus exiger à l'avenir des voyageurs aucun droit de passage. 2° Ils engagèrent pour la sûreté de leur promesse tout ce qu'ils tenoient en fief de l'évêque, jusques à cinq cents marcs d'argent, Se ayant accompagné ensuite le roi à Vézelai, ils y ajoutèrent celle de deux cents autres marcs. 3° Ils se soumirent à perdre tous les domaines qu'ils possédoient en fief de ce prince &: de l'évêque du Puy s'ils venoient à enfreindre cette paix, pour l'observation de laquelle ils donnèrent des otages & remirent quelques châteaux tant au roi qu'à ce prélat. Nonobstant une convention si solennelle, les vicomtes y donnèrent bientôt atteinte, Se il fallut, quelques années après, que le roi vînt en personne dans le pays pour punir leurs nouvelles infractions, comme nous le verrons dans la suite.

Armand IV, vicomte de Polignac, vivoit donc encore en 1162. Bernard, prieur de Sainte-Gemme, fait mention de lui dans une relation ' des miracles opérés à la Chaise-Dieu au tombeau de saint Robert, qu'il écrivit en 1160 8<. dans laquelle il atteste qu'Armandy alors vicomte de Polignac, ayant mis en prison un de ses chevaliers, surnommé le Renard, ce dernier fut délivré miraculeusement par l'intercession du saint. Ce vicomte mourut avant l'an ii65, dans un âge avancé. Pons, son fils aîné, qui, comme on l'a déjà dit, prenoit le titre de vicomte dès l'an ii5i &. exerçoit dès lors une pleine autorité, lui succéda.

LI. — Dijjerends entre V église de Maguelonne 6- Vahhaye de Cluny.

Le pape Alexandre, après son entrevue à Souvigni avec le roi Louis le Jeune, prit la route du Berry où il fit un assez long séjour. Il tint à Tours, au mois de mai de l'année suivante, un concile auquel Pons d'Arsac, archevêque de Narbonne^ & la plupart des évêques de la Province Se des royaumes de France Se d'Angleterre se trouvèrent. On décida dans ce concile ^ un différend qui étoit entre Jean, évêque de Maguelonne Se son chapitre, d'un côté, Se l'abbaye de Cluny de l'autre, touchant le monastère de Saint-Pierre de Sauzet, situé auprès de Montpellier Se dépendant de cette abbaye. Le concile défendit qu'il y eût plus de douze religieux dans ce monastère Se de l'ériger en abbaye. Durant le séjour qu'Alexandre III fit à Tours, il écrivif^, le 17 de juin , à l'archevêque de Narbonne Se aux évêques de Carcassonne Se d'Elne pour les reprendre de la conduite qu'ils tenoient envers les religieux de la Grasse, à qui ils faisoient acheter le saint chrême.

' Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 6, ' Baluze, Miscellanea, t. 7, p. 87.

part. 2, p. io3 & seq. 216 8c seq. ^ Martène, Thésaurus anecdotorum, t. 1, p. 468.

' Conciles, t. ic, p. 1425.

' An 1 162

LU. — Le comte de Barcelone termine la guerre de Provence avec le secours de Trencavelj de la vicomtesse de Narbonne 6* du seigneur de Montpellier,

Tandis que toute la France s'empressoit à l'envi de donner à Alexandre des marques de sa soumission, l'empereur Frédéric faisoit tous ses efforts pour soutenir Victor & pour lui chercher des protecteurs. Ce prince, dans la vue d'engager Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone & prince d'Aragon, 8c le comte de Provence, son neveu, à embrasser le parti de cet antipape, abandonna les intérêts des seigneurs de la maison de Baux, k qui il avoit donné en 1 155 la Provence en fief, 8c fit avec ces deux comtes, à la fin ' de l'an 1 161 , ou au commencement de l'année suivante, un traité^ par lequel on convint 1° que l'empereur, en qualité de roi d'Arles, donneroit en fief à Raimond- Béranger 8c à son neveu le comté de Provence^ situé entre la Durance, les Alpes, la mer 8c le Rhône, comme il avoit été partagé avec Alphonse j comte de Toulouse i ce qui en dépendoit à Avignon 8c ailleurs; la ville d'Arles 8c les droits régaliens sur cette ville, excepté ce que l'archevêque possédoit depuis cent ans ; 8c enfin le comté de Forcalquier, dont les comtes, qui seroient désormais vassaux de ces deux princes, ne tiendroient plus leur domaine qu'en arrière-fief de l'Empire j 2° que le comte de Provence s'engageroit à faire hommage 8c à prêter serment de fidélité à l'empereur pour tous ces domaines, 8c à lui payer tous les ans, à Arles, le 2 de février, quinze marcs d'or de redevance, outre la somme de douze mille morabatins d'or qu'il lui donneroit avant la fête de la Noël suivante, celle de deux mille à l'impératrice, 8c celle de mille à la cour impériale ; 3° que le comte de Provence reconnoîtroit Victor pour pape légitime, recevroit ses légats 8c regarderoit comme ennemis Roland (c'étoit le pape Alexandre III) 8c ses adhérens j 4° qu'il seroit permis ^-^^ <>"«'"• à ce comte ainsi qu'à celui de Barcelone, après qu'ils auroient reçu de l'empereur l'investiture des fiefs dont on vient de parler, 8c qu'ils en auroient fait hommage 8c prêté serment de fidélité, d'intenter contre Hugues de Baux l'action de parjure 8c de faux hommage, 8c que soit que Hugues se défendît ou qu'il se soumît, l'empereur 8c sa cour lui feroient justice; 5° que si le comte accusoit Hugues de trahison 8c de félonie, 8c que ce seigneur refusât le duel contre un de ses pairs, ou si, l'ayant accepté, il étoit vaincu, l'empereur confisqueroit alors son domaine 8c ne le protégeroit plus, non plus que sa mère Se ses frères ; 6*^ que les comtes de Barcelone 8c de Provence se rendroient, le 1" d'août suivant, à la cour de l'empereur pour exécuter entièrement ces articles; 7° enfin que la dot de Richilde, nièce du même empereur, 8c maintenant, dit-on, comtesse de Provence, seroit en sûreté. Cette princesse avoit donc épousé dès lors Raimond-Béranger, comte de Provence, neveu du comte de Barcelone. Elle étoit veuve d'Alphonse VII, roi de Castille, qu'elle avoit

' Pagi, ad ann. 1162, n. 23. * Marca Hispanica, p. i33i 81 seq.

An 1 162

épousé en ii53 8c qui étoit mort en ii5j. Comme ce prince se qualifioit empereur, elle conserva le titre (X impératrice , après son second mariage, suivant l'usage du siècle.

Cette alliance, qui fut suivie du traité dont nous venons de parler, lia trèsétroitement les comtes de Barcelone Se de Provence avec l'empereur Frédéric Se fut très-préjudiciable aux seigneurs de Baux. Les deux comtes les attaquèrent bientôt après Se assiégèrent le château de ce nom. Le comte de Barcelone • étoit occupé à cette expédition au mois de février de l'an 1161, ou de l'an 1162 suivant notre manière de compter, comme il paroît par une obligation qu'il passa alors durant le siège de Baux, en présence du vicomte Raimond-Trencavel, d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, de Guillaume de Montpellier Se de plusieurs prélats Se seigneurs catalans. Les trois premiers avoient donc renouvelé leur ligue avec ce prince dès le commencement de l'an 1162 Se l'avoient été joindre en Provence à la tête de leurs troupes, ce qu'on peut inférer encore d'un accord ^ passé le dernier du mois de janvier de la même année, par l'entremise du comte de Barcelone 6* de sa cour, entre le vicomte Raimond-Trencavel Se la vicomtesse Ermengarde, au sujet de quelques usages que cette dernière exigeoit sur les vassaux de l'autre. Trencavel étoit de retour à Carcassonne au mois d'août de la même année, comme on le voit par le serment^ de fidélité que les chevaliers du château de Montréal, situé dans le voisinage de cette ville, lui prêtèrent alors Se à Roger, son fils. Il reçut aussi, vers le même temps, le serment"^ de fidélité des seigneurs de Saissac.

LUI. — Fin de Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone. — Il partage à ses fils le domaine qu'il avoit ou prétendoit avoir dans la Province.

Le comte de Barcelone , soutenu de l'autorité de l'empereur Se des secours de ses alliés, se rendit maître aisément du château de Baux Se attaqua ensuite celui de Trinquetaille, auprès d'Arles, qui se défendit plus longtemps, mais qu'il prit enfin Se qu'il rasa. Il s'embarqua quelque temps après avec le comte de Provence, son neveu, pour se rendre à Gênes, Se ensuite à Turin, où l'empereur étoit alors, pour conclure avec ce prince le traité dont ils étoient convenus. Il fut à peine arrivé au bourg de Saint-Dalmace, auprès de Gênes, qu'il fut attaqué d'une violente maladie dont il mourut le 6 d'août de l'an 1162. Il disposa 5 verbalement, deux jours avant sa mort, de ses Etats en faveur de ses fils, qu'il laissa avec sa fille sous la tutelle de la reine Pétronille, sa femme. Se sous la protection de Henri II, roi d'Angleterre. Il donna à son

' Diago, Histoire des comtes de Barcelone , 1. 2, * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

p. 170. méro DXXXIII , la i""* charte citée solis ce nu-

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro. méro DXXX. ' Diago , Histoire des comtes de Barcelone, I, 2 ,

' Ihid. n. DXXXIII, la 2'" charte citée sous ce p. 173. — Gesta comltum Barcinonensium^ apud

numéro. Marcam Hispanicam, p. 646 & seq.

An 1 162

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XViil. 829

fils aîné, qu'on avoit d'abord appelé' Raimond 8t qui prit ensuite le nom d'Alphonse par le conseil de la reine, sa mère, le royaume d'Aragon qu'il avoit uni à son domaine par son mariage avec cette princesse, 8c le comté de Barcelone. Il légua à Pierre, son second fils, 1° le comté de Cerdagne 8c tout le domaine des anciens comtes de ce nom, ce qui comprenoit le Capcir 8c le Donazanj 2° le comté de Carcassonne avec ses dépendances, 8c tout ce que le vicomte Raimond-Trencavel tenoit de lui; 3° le droit qu'il avoit sur la ville de Narbonne, avec le fief qu'Ermengarde, vicomtesse de cette ville, tenoit de lui, à condition que Pierre tiendroit lui-même en fief ses dpmaines de son aîné 8c qu'il n'en jouiroit qu'après qu'il seroit chevalier. Nous verrons dans la suite que ce second fils du comte de Barcelone changea de nom, à l'exemple de son frère aîné, 8c qu'il prit celui de Raimond-Béranger. Quelques^ auteurs prétendent que le comte de Barcelone donna le Roussillon à Sanche, son l'JoriRin. troisième fils; mais outre que ce comté ne fut uni au domaine des comtes de Barcelone que longtemps après, nous ne voyons pas que Sanche ait eu d'abord aucune part^ à la succession de son père, qui se contenta de le substituer à ses deux aînés. Ce prince donna enfin à la reine"^ Pétronille, sa femme, le comté de Besalu, d'où dépendoit celui de Fenouillèdes, en deçà des Pyrénées. Cette princesse jouit de ces deux comtés jusques à sa mort, arrivée en iiySj ils furent alors réunis au domaine des comtes de Barcelone 8c rois d'Aragon. Raimond-Béranger IV demanda d'être inhumé dans l'abbaye de Ripoll, en Catalogne, où il avoit choisi sa sépulture ^ : il y fut porté après sa mort 8c mis dans un cercueil d'argent. C'est ainsi que mourut ce comte, l'un des plus grands princes de son temps.

Suivant l'éloge'^.que font de lui les anciens historiens, il se rendit recommandable par les qualités du corps 8c de l'esprit, par sa piété, ses vertus militaires, la douceur 8c la sagesse de son gouvernement, sa probité, sa capacité dans les affaires, la magnificence de sa cour 8c surtout par sa modestie. Quoiqu'il possédât le royaume d'Aragon, dit un de ces historiens"^, 8c qu'il pût par conséquent prendre le titre de roi, il s'en abstint cependant 8c se contenta de celui de prince 6* de marquis d'Aragon y 8c quand ses courtisans le pressoient de se revêtir de la pourpre 8c de se faire couronner solennellement, puisqu'il possédoit un royaume, il leur répondoit « qu'il ne le feroit pas, que tous ses K ancêtres n'avoient possédé que la dignité de comte, qu'il étoit fils de comte, « 8c que comme il n'étoit pas meilleur que ses pères, il ne vouloit pas être « plus honoré qu'ils ne l'avoient été. Il ajoutoit qu'il refusoit d'un coté le nom « de roi 8c la dignité royale, afin que sa naissance ne parût par inférieure à « sa fortune; mais que de l'autre il ne rejetoit pas la grandeur 8c la puissance

' Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, ^ M.irca H'tspanica, p. 497, 1287 & seq.

p. 173, & 1. 3, c. 6. * Gesta comitum Barcinonensium, apiid Marcam

' Bouche, Histoire de Provence, t. 2, p. i3i. Hispanicam, p. 047 & seq. — Marca Hispanica,

' Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, p. 497, 1287 & seq. p. 173, & 1. 3, c. 6. ' Guillaume de Neubrige, Historia rerum AngU-

' Il>id. carum, 1. 2, c. 10.

An 1 iôz

83o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII.

« royale, sous le simple titre de comte, afin que sa fortune secondât sa nais- « sance. Enfin, disoit-il, si je prenois le titre de roi, je serois obligé de céder « aux autres rois, soit pour la gloire, soit pour les richesses ; mais possédant « un royaume avec l'autorité royale, aucun comte du monde ne peut s'égaler « à moi. C'est pourquoi j'aime mieux être le premier des comtes que de n'être ce pas même le septième des rois. C'est ainsi, dit un ancien', qui rapporte « ces paroles, que cet homme admirable se mettant en quelque sorte au-dessus « de la royauté par l'élévation de ses sentimens, railloit avec ses amis lorsce qu'ils vouloient l'engager à en prendre les marques. Il ne voulut pas même ce qu'on lui donnât la qualité de duc, mais seulement celle de comte de Barct celone, quoiqu'il possédât, avec le royaume d'Aragon, le duché de Provence, ce c'est-à-dire le pays ainsi nommé qui s'étend depuis le Rhône jusques aux « confins de l'Italie. »

Raimond-Béranger passa presque toute sa vie dans l'exercice des armes, ce qui lui acquit une très-grande réputation de valeur. 11 fit entre autres une guerre implacable aux Sarrasins, ses voisins, recula leurs frontières Se leur enleva diverses places qu'il unit à son comté de Barcelone, connu dans la suite sous le nom de principauté de Catalogne. Dans le dessein^ où il étoit de faire toujours la guerre à ces infidèles, il établit, en 1 148, dans une assemblée solennelle à laquelle se trouvèrent Bernard, comte de Comminges &. Pierre, comte de Bigorre, un ordre militaire sous la dépendance des templiers. Il fut le protecteur de toutes les églises de ses États &. renonça"^, la même année 1143, à la dépouille des évêques de Barcelone dont ses prédécesseurs étoient dans l'usage de s'emparer après leur mort. Il étendit cette concession, en ii5o, à toutes les églises de la Marche d'Espagne.

On voit par la disposition que ce prince fit de ses États qu'il dominoit ou qu'il prétendoit dominer sur une grande partie de la Province, Si qu'il mettoit entre autres le vicomte Raimond-Trencavel &. Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, au nombre de ses vassaux. On a parlé ailleurs des motifs qui engagèrent cette vicomtesse à se soumettre à la suzeraineté du comte de Barcelone; mais il ne paroît pas qu'elle ou ses successeurs aient reconnu dans la suite les descendans de ce prince pour leurs suzerains. Quant à Trencavel, Éd. origin. il s'étoit déclaré vassal de Raimond-Béranger pour les comtés de Carcassonne &. de Razès, 8<. le pays de Lauragais dont il conserva le domaine utile; ce qui fut un nouveau sujet de querelle entre ce dernier & le comte de Toulouse, qui avoit droit de suzeraineté sur tous ces pays & qui le recouvra bientôt après, ainsi que nous le verrons dans la suite. Raimond-Béranger avoit engagé aussi le comte de Foix à se reconnoître pour son vassal, mais nous ne voyons pas qu'il dominât sur le pays de Foix dans le temps de sa mort : il n'en dit

' Guillaume de Neubrige, Histor'ia rerum Angli- ^ Marca Hispinlca, p. I283 8c seq. — Diago,

carum 1. z c. lo. Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, c. i58. —

" Marca Hispanica, p. 458, 1291 & seq. — Pag') Gesta comitum Barcinonensium, apud Marcam His-

ad ann. 1 148, n. i3. /-articam, p. 547.

rien du moins clans son testament. Enfin ce prince, outre le comté de Fenouillèdes S<. quelques pays voisins dont il étoit le maître, eut l'administration de la vicomte de Gévaudan, au nom du comte de Provence, son neveu 8c son pupille, qui d'ailleurs avoit des prétentions sur le comté de Melgueil. Tout cela joint à la liaison intime que le comte de Barcelone eut soin d'entretenir avec les seigneurs de Montpellier, lui donna un très-grand crédit dans la Province.

Raimond-Béranger IV auroit vécu longtemps après l'an 1162, si on devoit s'arrêtera la fausse époque qu'un moderne' a donnée à deux accords faits entre ce prince 8c le seigneur de Moncade, 8c que cet auteur rapporte mal à propos à l'an Ii65, sous prétexte que ces actes sont datés de la vingt-septième année du règne de Louis le Jeune. Mais il n'a pas fait attention que Raimond-Béranger étant mort certainement au mois d'août de l'an 1 162, il ne peut avoir transigé en ii65. Il faut donc compter les années du règne de Louis, dans la date de ces chartes, depuis qu'il fut associé au trône par le roi Louis le Gros, son père, en ii3i, 8c les rapporter à l'an 11 58. Elles prouvent que les comtes de Barcelone reconnoissoient encore alors la souveraineté de nos rois, dont ils étoient feudataires, comme les autres grands vassaux de la couronne. Il est vrai que depuis qu'ils eurent uni le royaume d'Aragon à leur domaine, ils négligèrent souvent de faire mention du règne de nos rois dans la date de leurs chartes, 8c qu'enfin ils discontinuèrent entièrement cet ancien usage. Nous voyons cependant par divers monumens ^ que les peuples de Catalogne le conservèrent jusques en 1180, qu'on l'abolit dans un concile de Tarragone, ce qu'on ne pouvoit faire au préjudice des droits légitimes de nos rois. Aussi, malgré le décret qui fut fait alors à ce sujet, nous avons des actes postérieurs ^ où on fait mention du règne des rois de France, qui par conséquent étoient reconnus pour souverains du pays. On en trouve même quelques-uns"* d'Alphonse, roi d'Aragon 8c comte de Barcelone, fils de Raimond-Béranger IV j mais les successeurs de ce roi cessèrent absolument de donner cette légère marque de dépendance jusques à Jacques II, roi d'Aragon, qui fit en i258 un traité avec le roi saint Louis, touchant la souveraineté que ce dernier prince avoit sur la Catalogne.

Après la mort du comte de Barcelone au bourg de Saint-Dalmace, Raimond- Béranger, comte de Provence, son neveu, continua sa rojite vers Turin, où il rencontra l'empereur Frédéric qui l'y attendoit, 8c qui, suivant leur traité précédent, lui donna en fief, par un acte ^ solennel daté du 18 d'août de l'an 1162, le comté de Provence comme il avoit été limité par le partage réglé entre le comte de Barcelone, son aïeul, 8c Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, le comté de Forcalquier 8c les autres domaines énoncés dans le même traité. Hugues de Baux, qui s'étoit rendu de son côté à la cour impé-

' Baluze, Marca Hispanlca , p. Soç, 1340 & seq. * Bnliize, Marca Hispanica, p. .'514, iSyy, 8c seq.

* Ibid. p. 514, 1349, i35i , i363, &. seq. — Tome VIII , Chartes 81 Diplômes, n. XIII.

' Ib'id. p. 614, 1377, St seq. ^ DiHgo, Hist. des comtes de Barcelone, 1.2, c. 174.

An I 161

riale pour soutenir ses prétentions sur la Provence, en fut débouté. Se les deux diplômes favorables qu'il avoit obtenus là-dessus, l'un de l'empereur Conrad, oncle de Frédéric, 8c l'autre de Frédéric lui-même, furent cassés par ce dernier; en sorte que le comte Raimond-Béranger demeura seul maître de la partie de la Provence située entre le Rhône, la Durance, les Alpes & la mer, sans qu'il paroisse que les seigneurs de Baux aient insisté davantage dans la suite pour leurs droits. Il paroît au contraire qu'ils vécurent depuis en bonne intelligence avec les comtes de Provence de la maison de Barcelone, 8c qu'ils les reconnurent pour leurs suzerains dans les terres qu'ils possédoient dans cette portion du pays. Ils furent aussi vassaux des comtes de Toulouse pour les autres terres qu'ils avoient à la droite de la Durance.

Le comte de Provence se rendit ensuite en Catalogne', où il fit un séjour de deux ans pour veiller à l'éducation 8(. aux intérêts des princes, ses cousins, ^Éd. origin. conjointement avec la reine Pétronille, leur mère, avec laquelle il partagea le gouvernement des États du jeune Alphonse, roi d'Aragon, pendant la minorité de ce prince, qui n'avoit alors que dix ans^ 8c qui fut le deuxième de son nom. Cette reine conclut^ d'abord une trêve de treize ans avec le roi de Navarre 8c fit un traité d'alliance, le 27 de septembre de l'an 1162, avec Sanche, roi de Castille. Elle convoqua, le 1 1 du mois d'octobre suivant, les Etats généraux d'Aragon 8c de Catalogne à Huesca 8c fit autoriser par cette assemblée, à laquelle Guillaume VII, seigneur de Montpellier, se trouva, le partage ({ue le comte de Barcelone, son mari, avoit fait de ses Etats entre ses fils; elle prit ensuite l'administration de l'Aragon, où elle établit sa résidence, &c laissa le gouvernement de la Catalogne 8c des autres domaines de la maison de Barcelone au comte de Provence.

LIV. — Henri II, roi d'Angleterre, conclut une trêve avec le comte de Toulouse. — Rupture de cette trêve.

On a vu que lorsque Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone, mourut au mois d'août de l'an 1162, il regardoit Henri II, roi d'Angleterre, comme son allié, puisqu'il mit ses enfans sous la protection de ce prince. Cela nous donne lieu de croire que leur ligue contre le comte de Toulouse duroit toujours. Il paroît, en effet, que Henri menaça Toulouse la même année d'un nouveau siège : c'est ce qu'on peut inférer i® du témoignage d'un historien du temps '^, qui nous apprend que ce roi, après l'entrevue qu'il eut à Coucisur-Loire avec le pape Alexandre III 8c le roi L.ouis le Jeune, vers le commencement de septembre de l'an 1162, demeura en Aquitaine & en Gascogne pour régler les affaires de ces provinces, jusques à l'Avent, qu'il retourna en

' Gesta. comitum Barcinonensium, apud Marcam ^ Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 3,

Hispanicam, p. 55o. cl. — Ferreras, ad ann. i 162, n. 3.

* Marca Hispatiica, p. i3p4. ^ Robert du Mont, Cliron'icon, ami. 1 162, p. 782.

Normandie; 2° d'une lettre' que les habitans de Toulouse écrivirent au roi Louis le Jeune en ces termes :

« Le commun conseil de la ville & du faubourg de Toulouse, à Louis, par « la grâce de Dieu leur magnifique & très-cher seigneur, l'esprit de conseil « 6c de force.

« Que votre altesse ne soit pas surprise, très-cher seigneur, si nous vous « écrivons souvent. Après Dieu nous avons recours à vous, comme à notre bon « seigneur, notre défenseur 8t notre libérateur, lorsque nous sommes menacés «( de quelque chose de sinistre, ayant une entière confiance en votre bien- « veillance. Vous avez mandé, par vos lettres, de vous informer de tout ce « qui se passeroit ici d'intéressant j nous avons appris par nos amis que le roi « d'Angleterre se prépare cette année à nous faire la guerre. Vous pouvez en « être instruit plus tôt que nous, à cause que vous êtes voisin de ce prince, « & nous le faire savoir pour n'être pas opprimés par ses hostilités. Toute « notre espérance est dans votre protection. Le souvenir des promesses que « vous nous avez faites nous rassure 81 nous cause une joie extrême. Nous « rendons grâces à Dieu Se à vous de ce que nous possédons votre sœur, notre « dame. Adieu. Le Seigneur tout-puissant conserve longtemps 8c votre perte sonne 8c votre royaume. » Il est évident que cette lettre est postérieure à l'expédition que Henri II, roi d'Angleterre, entreprit en 1169 contre Toulouse, puisque les habitans de cette ville appellent le roi Louis le Jeune leur défenseur 6* leur libérateur, 8c que ce roi les délivra en effet alors, par sa présence, des entreprises de Henri. Or ce dernier demeura en Angleterre* en ii63 8c 1164, 8c ne fit alors la guerre que par ses lieutenans au comte de Toulouse, ainsi que nous le verrons bientôt : il aura donc menacé de marcher lui-même contre les Toulousains en 1162.

Louis le Jeune répondit à cette lettre, comme on voit par une autre^ que les habitans de Toulouse lui écrivirent, 8c dans laquelle ils le remercient de les avoir consolés au milieu des travaux 6" des périls éminens dont ils étaient menacés. « Nous prions votre altesse, ajoutent-ils, de vous souvenir toujours de « nous, de protéger notre seigneur le comte, la sérénissime reine, notre dame, « votre sœur, 8c nous qui vous appartenons, 8c de nous conseiller suivant nos « besoins. »

Enfin il paroîf* par une lettre que le comte de Toulouse écrivit au roi vers la fin de l'année 1162, ou au commencement de la suivante, qu'il étoit convenu depuis peu d'une trêve avec le roi d'Angleterre 8c de reconnoître sans doute par provision ce prince pour son suzerain. Cette lettre est conçue en ces termes :

« A Louis, par la grâce de Dieu magnifique roi des François, son seigneur

' Ducliesne, Recueil des historiens de France, t. 4, ' Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4,

' Robert du Mont, Chronicon , ad ann. 1162, ^ Ibid, t. 4, p. yiB.

An 1 162

An I 102

Ed. origin.

t. II, p. 498.

An 1 163

(c très-cher 5c très-excellent par dessus tous les autres, Raimond, par la « même grâce, duc de Narbonne, comte de Toulouse, marquis de Provence : « le salut par celui qui le donne aux rois.

« Seigneur, nous avons vu vos lettres Se entendu leur teneur. Nous nous « sommes rendu à Castelsarrasin au jour marqué, & nous v avons eu une « conférence avec un grand nombre des plus sages Anglois, au sujet de la « trêve dont on étoit déjà convenu j mais ils n'en ont fait aucun cas, à moins c( qu'on tiy comprit nommément Trencavel 6* le roi d'Aragon, fils du comte (c de Barcelone. Le premier est notre vassal, 8(. le roi d'Angleterre n'a aucun « droit sur lui pour nous obliger à le comprendre dans la trêve, ou pour la «( rompre à cause de lui. Nous lui avons toujours fait la guerre, sans que « personne nous en ait empêché. Se il n'a pas été compris dans les trêves « précédentes, non plus que le comte de Barcelone. Cependant, voulant satis- « faire en quelque sorte au désir des Anglois, nous leur avons dit de vous «( dépêcher un envoyé qui iroit à la cour avec le nôtre, ce qu'ils ont négligé « de faire. Pour nous, craignant de transgresser vos ordres, nous ne rom- « prons pas la trêve présente, jusqu'à ce que vous nous ayez déclaré votre « volonté, ne dépendant entièrement que de vous. C'est en vous, après Dieu, « que nous mettons toute notre confiance. Se nous agirons toujours confor- (( mément à vos désirs. Du reste, nous ne croyons pas, magnifique seigneur, « que votre royale majesté ignore que si nous venons à perdre notre domaine « qui est en vos mains, ce ne sera pas le nôtre que nous perdrons, mais le « vôtre 5 car je suis proprement à vous. Se tout ce que j'ai vous appartient. «( Nous supplions donc instamment votre clémence de ne pas nous laisser, « s'il lui plaît, longtemps déshérités. Adieu. »

Il est aisé de voir que cette lettre, qui est sans date, appartient à l'époque que nous avons déjà fixée. Se de déterminer les circonstances qui y donnèrent occasion. D'un côté elle est postérieure à la mort du comte de Barcelone, décédé au mois d'août de l'an 1162 ; de l'autre, elle est antérieure à la paix que le comte Raimond conclut avec Trencavel, au mois de juin de l'an ii63, Se dont nous parlerons bientôt. Il s'ensuit qu'elle fut écrite vers la fin de l'an 1162, ou au commencement de l'année suivante. Nous apprenons par là 1° que depuis l'an iiSç, que Henri II, roi d'Angleterre, assiégea Toulouse, il y eut divers traités de trêve conclus entre ce prince Se le comte de Toulouse jusques à la mort du comte de Barcelone, lequel n'y fut pas compris ; 2° que le roi d'Angleterre Se le comte de Toulouse convinrent d'une nouvelle trêve, en 1162, 5c que le dernier s'assembla quelque temps après avec les ministres de l'autre pour la confirmer, mais que ce fut sans succès : aussi voyons-nous que la guerre ou la division entre ces deux princes continuoit encore en ii63 Se même au commencement de l'année suivante, selon la date d'une charte' de l'abbaye de Saint-Marcel en Querci, pays du

' Gallia Christiana, nov. edit. t. I, instrumenta, p. 46, col. ?..

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIl. 835 "": ~

domaine du comte de Toulouse. Fait Van ii63 de l'Incarnation j est-il dit dans cette charte, le septième jour de la lune, au mois de Janvier, Raimond de Saint-Gilles étant en dijjèrend (litigante) avec Henri, roi d'Angleterre,

Page 1