LV. — Paix entre Raimond, comte de Toulouse, (S* TrencaveU
Le vicomte Raimond-Trencavel étoit donc en guerre avec Raimond V, comte de Toulouse, au commencement de l'an ii63j mais il se réconcilia enfin entièrement avec ce prince, après une longue inimitié, au mois de juin de la même année, 8<., à ce qu'il paroît, par ordre & en considération du roi Louis le Jeune, comme nous le verrons plus bas. La paix fut conclue' dans l'église d'Olmes, lieu situé sur les frontières du diocèse de Mirepoix 5c du comté de Foix. Le comte Raimond promit d'abord par serment à ce vicomte, le samedi 8 du même mois, de n'attenter ni à sa personne, ni aux domaines qu'il possédoit actuellement ni à ceux qu'il acquerroit dans la suite avec son conseil, 8c enfin de l'aider envers tous, excepté contre Bernard- Aton, neveu du même Trencavel, 8c ses propres vassaux dont il promit de lui faire justice. Le lendemain, le comte, du conseil de ses vassaux 6* de ceux de Trencavel, s'obligea à rendre à ce dernier la somme de trois mille marcs d'argent qu'il lui avoit fait payer pour sa rançon, lorsqu'il le tenoit prisonnier à Toulouse, 8c lui donna pour cela en engagement le château de Lunas au diocèse de Béziers, 8c ses dépendances, pour mille marcs; 8c pour les deux ,'^n p"^'gg. autres mille marcs d'argent fin, i° le château vieux d'Albi, avec les lieux de Tarsac, Abirac 8c Marsac, 8c ses autres dépendances, à la réserve des châteaux de Saint-Marcel Se de Cestairols ; 2° les droits 8c le domaine qu'il avoit dans la ville 8c les faubourgs d'Albi, excepté la paix, c'est-à-dire le droit de commun de paix, ou la pezade, qu'il se réserva. Le comte stipula expressément que Trencavel jouiroit de tous ces domaines en engagement, 8c que la jouissance ne seroit pas imputée sur le capital. Il s'obligea en même temps, en faveur du vicomte 8c de son fils Roger, d'accorder quarante jours à leurs vassaux du Toulousain 8c de l'Albigeois qui enfreindroient cette paix, pour leur donner le temps de réparer le dommage. Nous n'avons pas le serment que Trencavel ^ prêta alors à son tour au comte de Toulouse; mais nous ne »
doutons pas qu'une des principales conditions de la paix ne fût qu'il reconnoîtroit tenir tous ses domaines de ce prince, ainsi que ses prédécesseurs l'avoient fait, 8c qu'il n'ait renoncé à l'hommage 8c au serment de fidélité qu'il avoit fait au comte de Barcelone, comme la suite nous le fera voir, fjernard ^, évêque de Toulouse, Guillaume, évêque d'Albi, Roger-Bernard, comte de Foix, Hugues, comte de Rodez, Guillaume, seigneur de Mont-
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXXXVIII, 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nula r" charte citée sous ce numéro. méro DXXXVIII, la 3* charte citée sous ce nu-
'' Duchesne, Recueil des historiens de France^ t. 4, méro. p. 721.
An 1 163
pellier, Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, Bermond d'Uzès, Hugues de -Baux, Guillaume de Sabran, Raimond de Termes, Pierre de Minerve, Sec, furent présens à ce traité; d'où nous prendrons occasion d'ajouter ici quelques réflexions au sujet de plusieurs d'entre eux.
LVI. — Êvêques de Toulouse. — Roger-Bernard, comte de Foix, marie une
de ses filles.
Bernard, évêque de Toulouse, avoit succédé depuis peu à Raimond qui fonda' en 1109, à Mérens, dans le comté de Foix, un monastère de filles de l'ordre de Cîteaux, sous la dépendance de l'abbaye de Boul bonne, à laquelle ce monastère fut uni dans le quinzième siècle. Raimond mourut le i5 de mars de l'an ii63. Bernard, son successeur^, prenoit le surnom de Bonhomme"^. Il avoit été auparavant prévôt de la cathédrale, dignité qu'il conserva avec l'évêché. Géraud de la Barthe, archidiacre de l'église d'Auch , lui avoit déjà succédé ^ dès l'an 1164. Celui-ci passa à l'archevêché d'Auch en 1170, après avoir signalé sa libéralité envers le chapitre de Toulouse, dont il fit revenir les biens aliénés, & auquel il donna entre autres le cens annuel que l^s Juifs de la ville dévoient lui payer.
Il paroît que Roger-Bernard, comte de Foix, fut plus occupé du gouvernement de son domaine que des exercices militaires. Les seigneurs^ de Dun lui donnèrent, en 1162, tout ce qu'ils avoient dans le Toulousain, 8<. il le leur rendit en fief. Il maria <5, au mois de décembre de la même année, du consentement de Cécile de Béziers, sa femme, une de ses filles dont il ne marque pas le nom, avec Guillaume-Arnaud de Marquefave, auquel il en promit une autre, si celle-là venoit à décéder. L'acte fut passé en présence de Déodat de Girbert, fière 6* maître de la milice du Temple de la maison de Toulouse, Se de plusieurs gentilshommes du pays. Roger-Bernard donna des marques de sa piété par la cession qu'il fit''', au mois de- mars suivant, de la forteresse de Saint-Félix, en faveur du monastère de Saint-Antonin de Ramiers, 8t par une donation 8 qu'il fit, au mois de décembre suivant, à l'abbaye de Boulbonne. Il donna en fief, en ii65, avec son fils Roger, la tour de Saverdun.
' Archives de l'abbaye de Boulbonne. «Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
' Gallia Christiana, t. I , p. 683. méro DXXXV. — Voyez, au tome VII de cette
' Catel, Mémoires pour l'histoire de Languedoc , édition, la Note sur les comtes de Foix. p. 883 & suiv. — Gallia Christiana, t. i, p. 684. "^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
■* Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- méro DXXXVJ, la z'' charte citée sous ce numéro,
méro DXLIII, la 5* charte citée sous ce numéro. — Voyez aussi, au tome VIII de cette édition, le
— Voyez aussi, tome IV de cette édition, la Note catalogue des actes de l'évêché de Pamiers. sur les évêques de Toulouse. ' * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro DXXXVI , la S*" charte citée so a s ce numéro,
méro DXXXVI, la i" charte citée sous ce nu- — Voyez, au tome VII de «.ette édition, le cata-
yjiéro. logue des chartes de l'abbaye de Boulbonne.
' An I i63
LVII. — Ermengarde y vicomtesse de Narbonne, se réconcilie avec le comte de Toulouse. — Gaucelin d'Ayllan 6* Gilbert Assalit^ maîtres des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem^ natifs de la Province. — Vicomtes de Minerve.
Il y a lieu de croire qu'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, qui jusques alors avoit été étroitement liée avec le comte de Barcelone, son cousin germain, qu'elle avoit reconnu pour son seigneur, au préjudice des droits du comte de Toulouse, se réconcilia avec ce dernier en même temps que Trencavel. Elle fit du bien à diverses églises de son domaine & donna ', au mois de juillet de l'an Ii5i, à l'abbaye de Grandselve douze charges de sel tous les ans à prendre dans les salines de Narbonne. Elle confirma, le 4 d'octobre de l'an ii63, l'abbaye de Quarante dans la possession de la moitié du château de Cœmeraco, en présence d'Arnaud de Montescot, maître de la milice, de Gaucelin d'A-^illany maître de VHôpital de Jérusalem y de Pierre, vicomte de Minerve, Pierre-Raimond de Narbonne, viguier, Guillaume de Durban, Guillaume de Peiteus, Sec. Enfin elle fit une donation^, le i3 de décembre de la même année, au monastère de Sainte-Eugénie, dans le diocèse de Nar- ^f^ J'^'^oà. bonne, qui a été uni dans la suite à celui de Fontfroide.
Gaucelin d'Azillan, dont nous venons de parler, ainsi nommé d'un château de même nom situé dans le diocèse de Narbonne, est le même Gaucelin qui se qualifie dans un autre acte, passé au mois de décembre de Tan 1161, prieur^ de VHôpital de Jérusalem : ainsi nous ne doutons pas qu'on ne doive le mettre"^ au rang des grands maîtres des hospitaliers, malgré le silence des historiens de l'ordre de Malte. Il étoit venu sans doute alors en Occident, soit pour les affaires de son ordre, soit pour celles de la Terre Sainte. On vient de voir qu'Arnaud de Montescot, maître de la milice, c'est-à-dire de l'ordre des templiers, s'étoit joint à lui. Gaucelin eut pour successeur dans la maîtrise des hospitaliers Gilbert Assalit, né aussi d'une famille noble de Languedoc^, lequel fut élu vers l'an 1167 8c fit démission de sa dignité deux ans après.
Pierre, vicomte de Minerve, possédoit une portion de cette vicomte depuis l'an 1146. Il vivoit encore '^ en 1166, qu'il fonda avec son fils Béranger un anniversaire dans l'abbaye de Salvanès en Rouergue, à laquelle il donna divers biens situés dans ce pays. L'autre portion de la même vicomte étoit dans une autre branche, dont le chef, qui s'appeloit Guillaume, se qualifioit aussi vicomte de Minerve "7. Ce dernier fit une restitution, au mois de janvier
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ^ Voyez tome IV, Note LV.
méro DXLI, la 2* pièce citée sous ce numéro. * Ibid.
" Archives de l'abbaye de Fontfroide. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro DL, la 2' pièce citée sous ce numéro.
méro DXXIV, la 3^ pièce citée sous ce numéro. ' Archives de l'abbaye de Quarante.
An 1 163
de l'an ii55, à l'abbaye de Quarante, en présence de Guillaume d'Olonzac 8c de Guillaume d'Azillan, de concert avec Ermengarde, sa femme, dont il eut quatre fils, savoir : Guillaume, Pierre, Pons 8c Bernard, comme il paroît par l'acte qu'il donna ', de concert avec eux 8c leur mère, le jeudi 4 de février de l'an 1164, c'est-à-dire de l'an ii65, en faveur de l'église de Saint-Etienne de Minerve, entre les mains de Pons, archevêque de Narbonne.
LVIIL — Seigneurs de Termes. — ■ Divers plaids tenus par Trencavel.
Evêques de Carcassonne.
Enfin Raimond de Termes 8c Guillaume, son frère, firent hommage^ de ce château, de même que de celui de Durfort, au vicomte Raimond-Trencavel 8c à Roger, son fils, en présence d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, de Pierre de Minerve, 8cc., par un acte daté de Carcassonne, au mois d'octobre de Tan ii63. Ces deux frères, qui se disent fils de Guillaume, dans cet acte, étoient alors en différend pour le partage du même château de Termes j le vicomte Raimond-Trencavel, leur seigneur suzerain, vida leur querelle par une sentence qu'il rendit à Carcassonne^, au mois de décembre de la même année, assisté de Pons, évêque de cette ville, de ses deux viguiers, Guillaume de Saint-Félix 8c Pierre de Vilar, l'un du comté de Carcassonne, &. l'autre de celui de Razès, de trois gentilshommes, ses vassaux, 8c de deux jurisconsultes. Il adjugea les deux tiers du château de Termes à Raimond 8c à Rixovende, femme de Bernard de A4ontesquieu, laquelle étoit, à ce qu'il paroît, sœur du même Raimond, 8c l'autre tiers à Guillaume. Quant à leurs autres domaines qui consistoient dans les châteaux de Durfort 8c de Carcassonne, 8c le village d'Arqués, aujourd'hui baronnie dont le seigneur a droit d'entrée aux Etats de la Province, il en adjugea la moitié à chacun. Ce jugement fut rendu en présence d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, d'Udalger, vicomte de Fenouillèdes, 8c de plusieurs seigneurs 8c gentilshommes du pays.
Raimond-Trencavel tint un autre plaid "^ à Carcassonne, au mois de novembre de la même année, assisté de Pons, évêque de cette ville, 8c à peu près des mêmes assesseurs. Il y termina les démêlés qui étoient entre Hugues d'Escafré 8c ses frères, d'un côté, 8c Isarn-Jourdain de Saissac 8c ses parens, de l'autre, au sujet des châteaux de Saissac 8c de Montréal, dont les chevaliers promirent par serment de faire observer ponctuellement l'accord qui fut arrêté a ors entre ces seigneurs. Pons, évêque de Carcassonne, qui assista à ces deux plaids, étoit de la maison de Brugal , comme il paroît par une transaction^, datée de Carcassonne au mois de septembre de l'an ii63 8c passée par la médiation de Raimond-Trencavel, en présence de Roger-Ber-
'. Voyez tome V, Chartes & Diplcmes , nu- ■• Voyez tome Vj Chartes & Diplômes, numéro DL, la !'■'■ pièce citée sous ce numéro. méro DXL.
' Ibid. n. DXXXIX. ' Ibii. n. DXLI , la 1" pièce citée sous ce nu-
' Ibid. méro.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII. 83o
f An 1 163
nard, comte de Foix, d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, Sec. Ce prélat avait succédé, dès le mois d'octobre de l'an iiSç, à Pons de Tresmals (Se non pas de Trèbes, comme on le prétend'), son prédécesseur, mort* le 1 1 de février de la même année.
LIX. — Mort de Bernard-Aton F", vicomte de Nimes 6* d'Agde^ frère de Trencavel. — Bernard-Aton VI ^ son fils posthume, lui succède.
La promesse que Raimond V, comte de Toulouse, fit à Trencavel au mois Kd. origin. de juin de l'an ii63, 8c dans laquelle il excepte Bernard-Aton, neveu de ce vicomte, nous fait comprendre que Bernard-Aton, vicomte de Nimes Se d'Agde, frère de Trencavel, étoit alors décédé j car il est faux qu'il ne soit mort que le 24 de septembre de l'an 1166, ainsi qu'un moderne^ l'a avancé. Il donna en fief'^, en ii54, le château de Bernis à Éléazar de Sauve, en présence d'Aldebert, évêque de Nimes, Se de Raimond, évêque d'Uzès, /rèr^ de ce prélat. Il fit un échange^, la même année, avec Raimond de Vezenobre & vivoit encore <5 en iiSô^ mais nous n'avons plus rien de lui après cette année. Il fut le cinquième vicomte de Nimes de son nom Se de sa maison. Se ne laissa de Guillemette, sœur de Guillaume VII, seigneur de Montpellier, sa femme, qu'un fils appelé Bernard-Aton '^ comme lui, qui lui succéda dans les vicomtes de Nimes Se d'Agde, Se dont elle accoucha après sa mort. C'est ce que nous apprenons par le serment de fidélité ^ qu'Éléazar de Sauve, étant aux Arènes de Nimes, prêta pour le château de Bernis, à la vicomtesse Guillemette, femme de feu Bernard-Aton, tant quelle posséderait la seigneurie du château des Arènes, 6* â l'héritier qu'elle auroit du même Bernard-Aton, dont elle étoit grosse. Cet acte, qui fait voir que le château des Arènes étoit le chef-lieu de la vicomte de Nimes, n'est pas daté j mais il ne sauroit être postérieur à Tan iiSç, puisque Guillemette étoit alors veuve de Bernard-Aton, comme il paroît par une donation ^ faite cette année à Aybilihe, abbesse du monastère de Saint-Sauveur de la Font de Nimes, en présence d'Aldebert, évêque de cette ville, Se de la vicomtesse Guillemette. Nous voyons d'ailleurs, par un grand nombre de titres '°, que le jeune Bernard-Aton, vicomte de Nimes, ne fut majeur que vers l'an 11 72, Se que Guillemette, sa mère, eut jusques alors la tutelle de sa personne Se l'administration de ses domaines, qu'elle partagea", ce semble, avec Bermond de Vezenobre, baile de Montpellier.
' GalUa Christlana, t. 2, p. 456. « Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXVII.
' De Vie, Hist. des évêques de Carcassonne, p. 76. ' Ihid. n. DXVIII, la 2* charte citée sous ce nu-
' Baluze, Histoire généalogique de la maison d'Au- méro.
vergne, t. 1 , p. 268. '"Trésor des chartes de Toulouse, sac i3, n. 23,
* Trésor des chartes de Toulouse, sac i3, n. i5. 3i, 33; sac 14, n. 36 & suiv.; n. 43, &c. —Voyez
* Ibid. sac 21, n. 3. tome V, Chartes & Diplômes, n. DLL
« Tome V, Chartes & Diplômes, n. D. " Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. DLI,
' GeofTroi, prieur du Vigeois, p. 307. la 4'' charte citée sous ce numéro.
An 1 1 63
Bernard-Aton, qui fut le sixième vicomte de Nimes de son nom, naquit donc posthume vers l'an iiSg. Il s'éleva quelques troubles dans cette vicomte durant sa minorité ' : Pons de Vezenobre se révolta contre lui avec plusieurs autres chevaliers, & contre la vicomtesse Guillemette, sa mèrej mais ils rentrèrent bientôt après dans leur devoir. Il y eut vers le même temps une grande dispute^ entre les chevaliers 6- les bourgeois de Nimes, qui fut terminée par un accord en 1166. Eléazar de Sauve Se Rostaing, son frère ^, renouvelèrent leur serment de fidélité à ce vicomte, vers l'an 1168, pour le château de Bernis.
LX. — Le comte de Toulouse prend le Jeune vicomte de Nimes sous sa protection. — Il promet en mariage Albéricy son fils puîné, à Béatrix, héritière du Dauphinéj dont il prend possession.
Le comte Raimond avoit déjà pris le jeune Bernard-Aton, son vassal, sous sa protection, lorsqu'il conclut la paix avec Trencavel, oncle paternel de ce vicomte. Nous avons, en effet, un acte de serment"* prêté à Raimond, le i" de juin de l'an ii63, parles chevaliers des Arènes, « qui lui promettent de vivre « en paix avec lui 5c de ne pas lui faire la guerre avec leur vicomte, depuis « ce jour, jusqu'à ce que ce vicomte eût atteint 1 âge de quatorze ans. Se sup- « posé qu'il s'élevât quelque guerre dans le pays, de l'aider à la défense de (c son domaine depuis la rivière de Vidourle jusques au Rhône. » Le comte leur promit, de son côté, de les protéger St leur donna six de ses vassaux, du nombre desquels étoient Guillaume de Sabran , Géraud Amici Se Eléazar d'Uzès, pour cautions de sa promesse. Le comte de Toulouse reçut ce serment à Nimes Se assigna ^ alors à Pierre-Gérard, chevalier des Arènes, le remboursement de la somme de cinq mille cinq cents sols melgoriens qu'il lui devoit, sur le domaine de Saint-Gilles Se sur Bermond d'Uzès.
Ce prince, après avoir conclu la paix avec Trencavel, retourna du côté du Rhône Se, s'étant rendu à Saint-Gilles, accorda"^, le i" d'août de l'an ii63, une exception de péage dans toutes ses terres à l'abbaye de Fontfroide. Il écrivit vers le même temps au roi Louis le Jeune, son beau-frère, pour lui rendre compte de la paix qu'il avoit conclue avec le vicomte Raimond-Trencavel. « Dès qu'un accord amiable nous a uni avec Trencavel, marque-t-il au « roi dans cette lettre'^, Se qu'un serment réciproque a rétabli parmi nous une « paix éternelle, notre dessein a été de prier votre excellence en faveur des « otages de Montaigu} c'est pourquoi je vous supplie de les faire mettre en
■ Tome V, Chartes & Diplômes, n. DLI , la ■• Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXXXVII,
S*" charte citée sous ce numéro. la i'''' charte citée sous ce numéro.
' Voyez tome V, Chroniques, n. V. s Ibid. la 2* charte citée sous ce numéro.
' Trésor des chartes de Toulouse, sac i3, n. 23, * Archives de l'abbaye de Fontfroide.
3i, 33 ; sac 14, n. 36 & suiv.; n. 43, &c. — Tome V, ' Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4,
Chartes & Diplômes, n. DLI, le 5*' acte cité. p. 721.
An I loi
« liberté 5c d'exhorter Trencavel par vos lettres à une fidélité inviolable. Je Éd. origin.
« lerai part en même temps à votre altesse de la promesse de mariage que «( je viens de conclure, après avoir pris toutes les sûretés nécessaires, entre « mon fils, votre neveu, & la fille du comte Dauphin j en sorte que j'ai déjà « cette princesse en mon pouvoir, avec la plus grande partie de son domaine. « Comme mon agrandissement rejaillit sur la gloire de votre règne, je prie « votre excellence d'approuver ce mariage, de le protéger dans le besoin, soit « par vos paroles, soit par vos actions, & d'écrire là-dessus à la comtesse, mère « du Dauphin, 6c aux principaux du pays. Quoique- le comté du Jeu comte « Dauphin appartienne à la juridiction de l'empereur, cela ne laissé pas « d'accroître votre autorité Se de lui ouvrir une porte pour l'étendre. Dieu « vous conserve pendant longtemps, mon seigneur Se mon roi, afin que vous « puissiez continuer de me protéger, comme vous avez déjà commencé, dans « l'affaire du roi d'Angleterre. »
On voit par cette lettre que Raimond V, comte de Toulouse, promit en mariage', vers la fin de l'an 11 63, Albéric-Taillefer, son fils puîné, à Béatrix, fille 5c héritière de Guigues IV ou V, comte d'Albon, de Viennois 5c de Graisivaudan, alors déjà décédé^, 5c qu'il s'assura de la plus grande partie de ses domaines, ce qui augmenta considérablement son pouvoir. Ce mariage s'accomplit, en effet, dans la suite, mais non pas si tôt, car le fils du comte de Toulouse n'avoit alors que cinq à six ans, 5c Béatrix n'étoit guère plus^ âgée. Pendant leur minorité, Raimond confia le gouvernement de Dauphiné à Alphonse, son frère, qui eut à soutenir contre Humbert, comte de Savoie, une longue guerre dont nous parlerons ailleurs.
LXI. — Suites de la paix entre le comte de Toulouse 6* Trencavel.
Constance, femme de Raimond, écrivit aussi au roi Louis le Jeune, son frère, peu de temps après la paix de Trencavel. Voici les termes de sa lettre :
c( A Louis '^, par la grâce de Dieu roi de France, son respectable seigneur « 5c très -cher frère. Constance, sa sœur unique, comtesse de Toulouse, « duchesse de Narbonne, marquise de Provence, salut avec la félicité dfe « l'une 5c de l'autre vie.
« Votre altesse saura que Trencavel se comporte fidèlement à l'égard de « mon seigneur le comte 5c de vos neveux, 5c qu'il m'a priée très-instamment « de vous écrire pour obtenir la délivrance de ses otages; c'est pourquoi je « prie votre clémence, comme celui en qui je mets tout mon espoir, d'accorder u leur liberté à mes prières 6c à la piété de vos neveux. Je prends Dieu à u témoin que si je connoissois qu'il vous fût utile de garder encore ces pri-
■ Voyez tome IV, Note L, n. 19. ' Voyez tome IV, Ifote L, n. 19.
'Duchesne, Recueil des historiens de France, ^ Duchesne, Recueil des historiens de France^ t. ^,
"TTiTTT" ^4- HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIÎI.
« sonniers, je ne vous aurois jamais parlé de leur liberté. Si vous jugez à « propos d'exaucer ma prière, écrivez à Trencavel d'être plus fidèle à l'avenir (( qu'il ne l'a été par le passé à mon seigneur le comte & à vos neveux, 8c « qu'il n'entreprenne plus aucune guerre contre eux. Enfin je vous prie de « m'envoyer Frédéric, chanoine de Saint-Victor, avec la permission de son « abbé. Adieu. » Trencavel lui-même écrivit au roi vers le même temps, en ces termes :
« A Louis', par la grâce de Dieu suprême roi des François, son ami 5c « son seigneur très-cher, Raimond-Trencavel, vicomte de Béziers, salut Se « obéissance dans un légitime service. L'attachement Se l'affection que je « crois que vous avez pour ma personne me donnent la confiance de vous « demander conseils 8<. secours dans mes besoins, S<. de vous faire part de mes « plus importantes affaires. Ayant considéré ce que les membres doivent à leur « chef, j'ai fait incessamment la paix, pour l'amour de vous, avec le seigneur « Raimond, comte de Toulouse, Se je lui ai rendu ensuite tous les services « possibles, de même quà la dame reine. Comme je suis enfin parvenu « à cette union, je ne crains pas de vous prier d'ajouter foi à ce que vous « dira de ma part Pierre-Raimond, chevalier, que je vous envoie. Se que (( j'ai chargé de cette lettre. Je vous prie de lui donner des marques de votre « amitié pour l'amour de moi. »
Toutes ces lettres nous font voir que Trencavel ne fit sa paix avec le comte de Toulouse, qu'à la prière Se par l'autorité de Louis le Jeune j que ce roi, durant la négociation, obligea ce vicomte à donner des otages pour la sûreté de ses promesses j que ces otages se rendirent prisonniers au château de Mont^n "p'^So-^ taigu en Albigeois, Se que Louis différa à leur rendre la liberté, jusqu'à ce que la paix étant bien affermie, le comte Se la comtesse de Toulouse s'employèrent pour leur délivrance. Se c'est sans doute cette délivrance que Pierre- Raimond alla négocier à la cour de la part du vicomte.
LXn. — Arrivée de deux ambassadeurs de Vempereur de Constantinople à Saint-Gilles. — Leur négociation avec le roi Louis le Jeune 6* le comte de Toulouse.
Ces mêmes lettres prouvent que le roi Louis le Jeune avoit acquis alors une très-grande autorité dans la Province, Se qu'il y entretenoit correspondance. C'est ce qu'on voit encore par diverses autres lettres^ dont nous parlerons dans peu. Se parmi lesquelles il y en a quelques-unes de Bertrand de Saint-Cosme, abbé de Saint-Gilles, que ce prince honoroit des siennes. Se à qui il accorda^, en ii63, un diplôme en faveur de son monastère. Cet abbé
* Hwchtsnt, Recueil des historiens de France, t. j\, Kecueil des historiens de France, de dom Bouquet, p. 718. t. 16, p. .56, 69 & suiv.
' Ibld. — Ces lettres ont été reproduites dans le ^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXLII.
écrivit' entre autres à Louis dans une occasion, en lui envoyant, pour marque de son amitié {in pignus amicitiae). diverses sortes d'épiceries du Levant.
Ces marchandises abordoient directement au port de Saint-Gilles sur le Rhône, vers l'embouchure de ce fleuve dans la Méditerranée. Les ambassadeurs que Manuel Comnène, empereur de Constantinople, envoya en France, en 1162, débarquèrent dans ce port, qui étoit alors le plus fréquenté de tout le royaume sur cette côte. Ces ambassadeurs^ étoient l'abbé d'Andrinople 8c le prieur de l'Hôpital de Constantinople, dont l'un tomba malade à Saint-Gilles, & fut obligé de s'y arrêter, 8c l'autre continua son chemin. Ils venoient tant pour rendre obéissance de la part de leur maître au pape Alexandre III, que pour proposer quelques affaires secrètes au roi 8c à Raimond, comte de Toulouse, qui les fit accompagner à la cour par ses propres ambassadeurs. II paroît que les affaires secrètes-^ qu'ils étoient chargés de négocier avec ces princes regardoient une nouvelle expédition dans la Terre Sainte, que Louis 8c Raimond résolurent, en effet, d'entreprendre. Le premier'* fit reconduire ces ambassadeurs jusques à Saint-Gilles par ceux qu'il avoit destiné d'envoyer à l'empereur grec 5 mais il les rappela bientôt après. Raimond, de son côté, envoya les siens à Constantinople avec ceux du pape 8c écrivit^ au roi pour lui apprendre qu'il avoit pris des engagemens, conformément à ses desseins, avec les ambassadeurs de Manuel, 8c le prier d'en envoyer incessamment d'autres à ce prince qui fussent capables de terminer heureusement la négociation qu'ils avoient commencée.
LXIIÏ. — Le roi Louis le Jeune permet à Ermengarde , vicomtesse de Narbonne, de rendre elle-même la Justice. — Lois romaines observées dans la Province.
Depuis la réconciliation de Trencavel 8c d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, avec le comte de Toulouse, le roi Louis le Jeune donna diverses marques de sa bienveillance à la dernière. C'est ce qu'on apprend entre autres par une lettre '^ que ce prince lui écrivit, en ces termes : « Louis, par « la grâce de Dieu roi des François, à sa très-chère illustre dame, Ermen- « garde de Narbonne, salut. Vous nous apprenez par l'abbé de Saint-Paul « 8c Pierre-Raimond, vos envoyés, qu'on décide chez vous les procès confor- « mément aux lois des empereurs, qui défendent aux femmes de rendre la « justice. La coutume de notre royaume est beaucoup plus indulgente j elle « permet aux femmes de succéder au défaut des mâles, 8c d'administrer elles- « mêmes leurs biens. Souvenez-vous donc que vous êtes de notre royaume, « 8c que nous voulons que vous en suiviez les maximes j car quoique vous
' Diichesne, Recueil des historiens de France, t. 4, * Diichesne, Kccae/Z des historiens de France, t. 4,
p. 736. p. 619, 691 & siiiv.
* liid. t. 4, p. 612, 619, 691 8c suiv. p. 719. * lèid. t. 4, p. 691.
' Baronius, ad ann. r 1 80. * Ihid. t. 4. p. 732.
An 1 163
« soyez voisine de l'Empirej vous ne devez pas suivre ses lois Se ses usages « sur cet article. Rendez donc vous-même la justice, 8< examinez les affaires « avec attention. Employez le zèle de celui qui, pouvant vous créer homme, « ne vous a créée que femme, 8c qui par sa bonté a mis dans vos mains le « gouvernement de la province de Narbonne. Quoique vous ne soyez donc « qu'une femme, nous ordonnons, par notre autorité, qu'il ne soit permis à « personne de décliner votre juridiction. »
Cette lettre prouve évidemment que les lois romaines étoient alors exactement observées dans la Province, puisque sous ce prétexte on y faisoit difficulté de souffrir que la vicomtesse Ermengarde rendît elle-même la justice} mais sans avoir recours à l'autorité du roi qui le lui permit, elle pouvoit se servir de l'exemple de plusieurs comtesses ou vicomtesses du pays, qui avoient auparavant présidé à divers plaids. Se se fonder ainsi sur un usage déjà établi, 8c pour lequel on avoit dérogé en cela au droit romain.
Cette vicomtesse écrivit ' de son côté au roi Louis le Jeune qu'elle qua- Éd. origin. lifie, dans la suscription de sa lettre, « très-honorable 8c très-heureux roi
t. II. p. 504- ' ...
« des François, i,> son unique seigneur. Elle s'y qualifie elle-même vassale a (foemina) spéciale de ce prince, aux ordres duquel elle marque qu'elle est « toujours prête d'obéir; elle déclare que tout ce qu'elle a au monde est « soumis à son empire, 8c le prie de lui donner des marques fréquentes de « son souvenir, parce qu'après Dieu elle met toute sa confiance en lui. C'est « pourquoi, ajoute-t-elle, je vous enverrois tous les jours quelque nouveau « messager, si j'en avois la commodité, pour vous prier de vous souvenir de « moi. » Elle s'excuse ensuite de ce qu'elle ne lui avoit pas envoyé le cheval qu'il lui avoit demandé, parce qu'elle ntn avoit pas encore trouvé de bon ; elle promet de lui envoyer incessamment le meilleur qui se trouvera dans son domaine.
LXIV. — Démêlés de cette vicomtesse avec Béranger de Puiserguier.
Ermengarde eut une nouvelle occasion d'avoir recours à l'autorité du roi, dans une affaire qui lui tenoit fort à cœur; voici le fait : Béranger^, seigneur de Puiserguier, dans le diocèse de Narbonne, à l'exemple de plusieurs autres seigneurs qui ne faisoient aucun scrupule de tyranniser les peuples, avoit établi de son autorité un nouveau péage sur le grand chemin qui va de Narbonne à Béziers, 8c vexoit par là impitoyablement tous les passans. La vicomtesse, qui aimoit la justice, 8c dont Béranger étoit vassal, voulut faire cesser ces violences; mais comme ce chevalier étoit sous la protection du comte de Toulouse, elle écrivit au roi Louis le Jeune pour le prévenir 8c le prier de l'appuyer de son autorité. Elle en obtint des lettres favorables contre
' Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4, ^ Duchesne, Recueil des historien; de France, t. 4
le seigneur de Puiserguier qu'elle fit citer ensuite à sa cour, 8c qu'elle condamna en présence de Jean, évêque de Maguelonne, de l'évêque de Béziers, de l'abbé de Saint-Gilles, de Guillaume, seigneur de Montpellier, Se de plusieurs autres prélats 8c barons qui s'y trouvèrent, à discontinuer de lever le nouveau péage, conformément aux lettres du roi qui lui furent présentées. Béranger refusa de les recevoir, 8c comme on voulut l'obliger à les prendre, 8c qu'on les lui eut mises dans le sein, il les jeta par terre, avec le sceau royal qui y étoit attaché. L'évêque de Maguelonne 8c Guillaume de Montpellier marquent toutes ces circonstances dans les lettres qu'ils écrivirent quelque temps après au roi, pour lui recommander le droit d'Ermengarde dans cette affaire, 8c le prier de punir la témérité de Béranger.
Guillaume appelle ce prince son seigneur, dans sa lettre', 8c se qualifie son chevalier très-dévoué 6- très-fidèle, 8cc. Ainsi, quoique le même Guillaume se regardât en quelque manière comme vassal du pape, il reconnoissoit cependant l'autorité supérieure de nos rois. Il en est de même de l'évêque de Maguelonne 8c de son chapitre, qui, dans une lettre^ qu'ils écrivirent en it63 au roi Louis le Jeune, l'appellent leur seigneur 8c le remercient de ce qu'il avoit écouté favorablement leurs envoyés, ce qui augmente, ajoutent-ils, notre fidélité. Ils le prient de recevoir avec la même bonté leurs nouveaux députés 8c de leur obtenir une audience d'Alexandre III , si ce pape étoit encore sur les lieux, ou de lui écrire en leur faveur pour l'affaire dont ces mêmes députés étoient chargés, 8c qui regarde, ajoutent-ils, votre église de Maguelonne.
Béranger de Puiserguier, après avoir plaidé lui-même sa cause à la cour de la vicomtesse Ermengarde, se voyant condamné, appela de ce jugement au conseil du roi, sous prétexte qu'il étoit vassal immédiat de ce prince, 8c résolut d'aller soutenir son affaire à la cour. Avant son départ, il eut recours à la protection du comte 8c de la comtesse de Toulouse, qui lui donnèrent des lettres 3 de recommandation auprès de Louis. Le comte, pour engager ce prince, son beau-frère, à protéger Béranger, qui est, lui dit-il, votre homme lige, lui marque que ce seigneur étoit son ami particulier, qu'il lui avoit rendu des services considérables Se qu'il s'étoit fait des ennemis pour l'amour de lui. La comtesse marque"^ au roi, son frère, que ce chevalier étoit trèsattaché à sa maison 8c que, suivant le témoignage des voisins de Puiserguier, son château relevoit immédiatement de la couronne.
Ermengarde envoya de son côté des députés à la cour, pour y défendre ses droits, 8c elle obtint en faveur de ces envoyés une nouvelle lettre^ de recommandation de Guillaume de Montpellier, lequel se sert de la suscription isuivante : « A mon très-noble seigneur 8c très-respectable cousin, Louis, par
' Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4, * Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4,
' Ibid. p, 65o. ' liid. p 713.
' lèiJ. p. 718.
An I i63
t^ii°''l'o5 " ^^ grâce de Dieu roi des François, Guillaume, seigneur de Montpel- « lier, &.C. Il marque à ce prince qu'il ne doit pas souffrir que les comtes « Se les barons de son royaume qui tiennent leur domaine de lui soient à « la merci de leurs propres vassaux, qu'il ne doit pas écouter par conséquent « ce que lui dira Béranger de Puiserguier contre la vicomtesse Ermengarde, « 8c que s'il accorde sa protection à ce seigneur, il pourra en arriver un « très-grand malheur dans le royaume. »
^^ 1 j^ Cette vicomtesse, pour mieux réussir dans son dessein, engagea le pape
Alexandre III à écrire au roi en sa faveur. La lettre d'Alexandre est datée de Sens ' le 3 d'avril de l'an 1164, ce qui nous donne l'époque de ce différend; le pape prie fortement Louis le Jeune, dans sa lettre, d'accorder sa protection à Ermengarde Se de vouloir bien écouter ses prières, a Les serti vices qu'elle nous a rendus, dit-il, lorsque nous étions dans le pays, nous « engagent, 8c nos frères les cardinaux, à l'aimer comme une fille spéciale « de l'Église, 8c à lui accorder ses demandes en tout ce qui est conforme à « la justice, 8cc. » Enfin Ermengarde écrivit^ elle-même au roi pour l'avertir que Béranger, chevalier, son vassal, devoit aller bientôt à la cour. « Toute « la province est témoin, dit cette vicomtesse, que ce chevalier, qui doit être «( soumis à ma juridiction, tâche, sous votre protection, de s'en soustraire par « des mensonges. Je supplie donc votre majesté de ne pas se laisser sur- «( prendre par ses artifices, mais de me le renvoyer comme étant mon sujet, « ainsi qu'il est convenable. Cependant, si vous ne jugez pas à propos de vous « en rapporter à moi, ordonnez que nous nous représentions tous les deux u devant vos évêques, savoir devant celui de Maguelonne 8c les autres. » E.lle ajoute à la fin : « Vous m'avez commandé de conserver une paix ferme « avec le comte de Toulouse 8c de le servir, c'est ce que j'ai déjà fait, 8c je « dois l'aller joindre avec mes troupes quinze jours après l'Assomption, pour « le suivre contre ses ennemis. »
Il paroît que, malgré tous les soins d'Ermengarde, Béranger de Puiserguier gagna son procès à la cour du roi Louis le Jeune. Ce seigneur marque, en effet, dans" une lettre ^ qu'il écrivit à ce prince 8c dans laquelle il prend la qualité de son chevalier 6* de son homme lige, qu'à son retour de la cour il y avoit eu un jugement entre lui 8c Ermengarde qui y avoit été déboutée de ses demandes. Il dit ensuite ; « J'ai ouï dire qu'elle a envoyé de nou- « veaux ambassadeurs à la cour pour obtenir de votre libéralité un ordre (( pour me pousstr plus vivement dans un autre plaid j c'est pourquoi je (( supplie très-humblement votre altesse sérénissime de ne lui accorder rien « qui puisse lui donner un nouveau droit sur moi, qui suis votre vassal «' 8c votre chevalier, ni sur la province de Narbonne ; mais qu'elle soit seu- « lement à mon égard comme elle étoit lorsque je me suis rendu à votre
' Conciles^ t. 10, p. i356. ' Duchesne, Becueil des historiens de France, t. 4,
* Duchesne, RecaeiZ des historiens de France, t. 4, p. 372. p. 724.
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« cour. » Bélanger marque au bas de sa lettre que, n'ayant pas son sceau, il l'a scellée avec son anneau.
LXV. — Le roi d'Angleterre renouvelle la guerre contre le comte de Toulouse,
L'article de la lettre d'Ermengarde, où elle parle au roi Louis le Jeune de son union avec le comte de Toulouse, fait voir aussi qu'elle l'écrivit en 1164, car la guerre s'étoit alors renouvelée entre ce comte & le roi d'Angleterre, ainsi qu'on l'a déjà vu 8c qu'il paroi t par la date d'une charte de l'abbaye de Saint-Marcel en Querci, donnée^ Van de l'Incarnation MCLXIV^ le jeudi 14 de mai, Henri, roi d'Angleterre, étant en dijférend avec Raimond, comte de Toulouse.
On peut rapporter à cette même guerre une lettre^ de Pierre, évêque de R.odez, au roi Louis le Jeune, dans laquelle ce prélat s'excuse de ce qu'étant près de partir pour la cour, il n'a pu se mettre en chemin à cause des courses des Anglois qui désoloient le Rouergue, pays soumis à la domination des comtes de Toulouse. Il ajoute qu'il avoit été obligé de demeurer pour la défense du pays, 5c que le comte de Rodez, qui alloit à la cour, suppléeroit à son défaut. Il se loue beaucoup de ce comte, nommé Hugues, 8c l'appelle le père de la patrie. On prétend ^ que Pierre n'étoit plus évêque de Rodez en 1 164, Se que Hugues lui avoit déjà succédé en 1 160 ou 1161 ; ce qui prouveroit que cette lettre est antérieure à l'an 1164. Mais comme il est certain que Pierre se qualifioif^ encore évêque de Rodez en ii63, 8c qu'on ne fonde le commencement de l'épiscopat de Hugues, son successeur, que sur une bulle Éd. origin. d'Alexandre III, datée de Veroli, en Italie, le 14 de mai de la seconde année ' '^' " ' de son pontificat, au lieu qu'elle est certainement de la onyème, rien n'empêche que Pierre n'ait été encore évêque de Rodez en 1164.
Il paroît qu'on doit rapporter aussi à la guerre que le roi d'Angleterre fît, cette dernière année, au comte de Toulouse, une lettre'* que les habitans de cette ville écrivirent au roi Louis le Jeune pour le remercier de la protection qu'il leur avoit accordée contre ce prince 8c le prier de la leur continuer. « Nous voulons, très-cher seigneur, disent-ils, vous faire part de ce qui vient « de nous arriver depuis peu. L'archevêque de Bordeaux, servant plutôt dans " la milice du roi d'Angleterre que dans celle de Jésus-Christ, vient de faire <' une course jusques aux portes de Toulouse, dont il s'est approché d'un jet « de pierre. Il a rasé plusieurs châteaux, brûlé ou détruit diverses églises, « tait prisonniers quelques-uns de nos concitoyens 8c fait mourir quelques « autres. Il y a longtemps que notre seigneur le comte n'est pas avec nous,
' G.ilVta. Chriitiana, nov. edit. t. I, p. i83. * Gall'ia Christiana, nov. edit. t. i, p. 207.
Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4, ' Duchesne, R.ecueil des historiens de France, t. 4,
p. 699 & Siiiv. p. y 18. — Recueil des historiens de France, de dcm
^ Gallia Christiana, t. 3, p. çôj, & nov. edit. t. i, Bouquet, t. 16. p. 2o3.
« c'est pourquoi nous supplions votre altesse de ne pas souffrir davantage « qu'on désole ainsi la ville de Toulouse Se son territoire, qui vous apparue tiennent, 8c nous-mêmes, qui sommes aussi à vous; car si vous ne nous « secourez promptement, tout le pays va devenir un désert. »
LXVL — Voyage du comte de Toulouse dans le has Languedoc. — Il s^ accorde avec Guillaume VIIj seigneur de Montpellier.
Il est d'autant plus vraisemblable que cette lettre appartient à l'an 1164, que nous savons que le comte Raimond demeura du côté du Rhône pendant cette année, de même que la précédente, tant pour conclure le mariage de son iils avec l'héritière de Dauphiné, que pour d'autres affaires. Il étoit, en effet', à Montpellier au mois de juin de l'an 1164, 8c il convint alors de la paix, avec Guillaume VII, seigneur de cette ville ; ils promirent par un serment mutuel de s'entr'aider 8c de se conserver leurs domaines. Raimond fit encore un accord^, en 11 64, à Saint-Saturnin du Port, aujourd'hui le Pont-Saint-Esprit sur le Rhône, avec les religieux de ce monastère, touchant le domaine 8c la justice du lieu, dont ils réglèrent le partage, en présence de Bermond d'Uzès, de Guillaume de Sabran, connétable du comte, 8cc. Raimond revint cependant à Toulouse avant la fin de l'année ; car outre qu'on a vu qu'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, devoit l'y aller joindre à la tête de ses troupes vers le commencement de septembre, il fit une donation^, en 11 64, en faveur de l'abbaye de Grandselve 8c accorda une exemption de péage dans toutes ses terres à celle de Belleperche, d'où il résulte qu'il devoit être alors aux environs de Toulouse où ces deux abbayes sont situées.
LXVII. — Bernard Pelet y comte de Melgueil 6* seigneur d'Alaisy se soumet au comte de Toulouse. — Il est excommunié. — Maison d'Andu-:^e.
Durant le séjour que le comte Raimond fit, en 1164, dans le bas Languedoc, Bernard Pelet, qui étoit seigneur d'Alais de son chef 8c comte de Melgueil par Béatrix, sa femme, se soumit à la domination de ce prince. C'est ' ce que nous apprenons d'une lettre "^ que Guillaume, seigneur de Montpellier, écrivit alors au roi Louis le Jeune, avec cette suscription : « A son très- « excellent seigneur Louis, roi des François , Guillaume de Montpellier son « cousin 8c son chevalier très-dévoué : joie 8c plaisir sans fin. » Suivant cette lettre, 8c quatre autres^ à peu près semblables qu'écrivirent au roi en même temps Aldebert, évêque de Nimes, Bertrand, abbé de Saint-Gilles, Guillaume de Sabran, connétable, 8c Bermond d'Uzès (ces deux derniers se qualifient
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXLIV. ^ Duchesne, Recueil des historiens de France^ t. 4,
=" Ihld. n. DXLVIII. p. 716.
' Ibld. n. DXLV, la 1'"'' charte citée. * Ibld. p. 674, 707, 709 8c 738.
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aussi chevaliers du roi) y Bernard d'Anduze 8c le comte de Melgueil ayant établi un nouveau péage du côté d'Alais, le roi, qui vit que cet établissement étoit très-onéreux au public, leur défendit de le lever. Sur cette défense, Bernard d'Anduze, chevalier également sage 8c discret, voulant donner des marques de sa soumission, fit cesser de son côté la levée de ce nouveau droit, mais le comte de Melgueil continua à l'exiger j ce qui engagea le seigneur d'Anduze à le rétablir, conformément à la permission que le roi lui en avoit donnée par son envoyé. Ce seigneur, reconnoissant cependant l'injustice d'une telle exaction, y renonça pour toujours, prit ensuite l'habit monastique 8c mourut peu de temps après, laissant Pierre-Bernard, son fils 8c son héritier, sous la tutelle de Guillaume de Montpellier, son proche parent 8c son ancien ami. Celui-ci, dans sa lettre au roi, répond de la fidélité de ce pupille 8c le prie de lui accorder sa protection. Guillaume, les deux prélats 8c les deux seigneurs dont on a déjà parlé le prient aussi de défendre au comte Éd.origin. de Melgueil, qui continuoit de lever le nouveau péage contre ses ordres, de l'exiger davantage à peine d'encourir son indignation. « Il est de votre devoir, « ajoutent-ils dans leurs lettres, d'empêcher de pareilles vexations dans votre <c royaume. Ecrivez au comte Raimond, votre beau-frère, pour lui ordonner, u en considération de la fidélité 8c de l'amitié qu'il vous doit, de faire cesser « cette injustice en la personne du comte de Melgueil, qui s'est soumis «i depuis peu à son autorité 8c à sa domination, 8c pour lui défendre de « donner aucun secours à ce comte, avec ordre de le traiter comme son « ennemi, s'il n'obéissoit pas. Persuadez aussi au pape d'étendre dans tout « le domaine du même comte de Melgueil, tant sur celui qu'il possède en « propre y que sur celui dont il jouit en commun, l'excommunication qu'il « a déjà lancée contre sa personne j en sorte qu'on ne célèbre plus l'office « divin partout où il sera, 8c que le pape ordonne aux évêques de Nimes, de « Mende, de Maguelonne 8c d'Uzès de faire observer cette sentence dans u leurs diocèses. >> Enfin Guillaume finit sa lettre au roi en priant ce prince d'ajouter foi à l'exprès qu'il lui députoit sur cette affaire.
Louis répondit favorablement à la demande des prélats 8c des seigneurs qui s'étoient adressés à lui 8c agit selon leurs souhaits auprès d'Alexandre III. Ce pape écrivit en conséquence de Sens, le 17 de janvier' de l'an ii65, à Pons, archevêque de Narbonne, 8c aux évêques de Nimes, d'Uzès, de Mende 8c de Maguelonne. Il approuve par cette lettre le zèle de ceux d'entre eux qui l'avoient sollicité d'empêcher l'établissement des nouveaux péages, 8c ajoute que c'est dans ce dessein qu'il a écrit à Bernard, comte de Melgueil, sans lui donner cependant le salut , à cause du refus qu'il faisoit d'exécuter leurs ordres, pour lui commander de s'y soumettre 8c de supprimer les nouveaux péages qu'il exigeoit. « Sinon, ajoute-t-il, nous ratifions la sentence que vous, notre « frère, archevêque, avez prononcée contre lui, 8c nous vous enjoignons de la
' Gariel, Séries praesulum Magalonensium, 2* édit. p. 2i3.
"T ~ — 85o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIl.
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« faire observer jusqu'à ce qu'il y ait entièrement satisfait, vous ordonnant « de faire garder l'interdit à Alais 5c dans tout le reste de son domaine, avec « défense d'y célébrer l'office divin quand il y sera présent. »
On peut inférer de cette lettre que Bernard Pelet possédoit des domaines tant de son chef qu'au nom de Béatrix, comtesse de Melgueil, sa femme, dans les diocèses de Nimes, de Maguelonne, de Mende & d'Uzès. Quant à Bernard d'Anduze, qui jouissoit en commun avec Bernard Pelet de la seigneurie d'Alais, on a déjà vu qu'il mourut vers ce temps-là, après avoir pris l'habit religieux. On prétend ' qu'il laissa plusieurs enfans d'Adélaïde de Roquefeuil, sa femme, héritière de cette maison, entre autres Frédol d'Anduze, abbé de Saint-Victor de Marseille, élu évêque de Fréjus^ en 1164, 8c Bermond , chanoine de Maguelonne Se évêque de Sisteron en 1174; mais ces prélats étoient plutôt ses frères, puisque son fils aîné 8c héritier étoit encore pupille vers Tan 1164, 8c qu'il paroît d'ailleurs qu'il n'eut que ce fils. Du reste, le même Bernard n'est pas différent, sans doute, de Bernard d'Anduze, dit V Ancien, qui vivoit encore ^ en 1162 8c qui possédoit la baronnie du Luc 8c la seigneurie de Portes, sous la mouvance du monastère de Sauve. On fait"^ ce dernier oncle paternel 8c héritier d'un autre Bernard d'Anduze, second mari d'Ermengarde , vicomtesse de Narbonne, ce qui prouveroit que celui-ci mourut avant l'an 1164J mais on ignore l'époque précise de la mort de ce second mari d'Ermengarde, ce qui vient sans doute de ce qu'elle ne partagea pas son autorité avec lui, comme fit Béatrix, comtesse de Melgueil, avec Bernard Pelet, son second mari. On trouve cependant ^ quelques sermens de fidélité prêtés à Bernard d'Andu-^e, mari d'Ermengarde , dans lesquels on excepte le droit d'Ermessinde, sœur de cette vicomtesse. Ces actes, qui sont sans date, prouvent que comme la première n'avoit point d'enfans, ni espérance d'en avoir, on regardoit sa sœur comme son héritière présomptive. Ermengarde se remaria peut-être en troisièmes noces après la mort de Bernard d'Anduze; car nous avons deux titres^ de l'an iiSç, passés en présence d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, 6* de Bermond, son maître^ à moins que ce dernier ne soit le même que Bernard d'Anduze, dans la maison duquel le nom de Bermond fut fort usité 8c lui servit ensuite de surnom.
LXVIII. — Accord entre Trencavel 6* la vicomtesse de Narhonne au sujet des mines d'argent de leur domaine. — Dijférens actes de ce dernier.
Éd. orîgîn. Cette vicomtesse eut un différend en 1164 avec Trencavel, au sujet des
t.II, p.3o8. . ,, • • - ' J. J 1 • - 1
mines d argent qui avoient ete découvertes dans les montagnes situées sur les
' Le Laboureur, Histoire manuscrite de la maison ^ Le Laboureur, Histoire manuscrite de la maison
d'Anduze. d'Andu^^e.
^ Gallia Christiana, nov. edit. t. i, p. 428 & 486. ^ Catel, Mém. pour l'hist.'du Languedoc, p. 590.
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXXXIV, « Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXVlII, le
la i""" & la z^ charte citées sous ce numéro. i'"'' & le 2*" extrait cités sous ce numéro.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIl. 85 1
frontières de leur domaine vers l'abbaye de Villemagne, qu'on nomme à cause de cela VArgentière. Comme Trencavel 8c Ermengarde avoient toujours été très-unis, ils terminèrent aisément leur ditt'érend par une transaction qu'ils passèrent, au mois de juillet ' de la même année, Si dans laquelle il fut dit que les seigneurs particuliers des lieux où étoient les mines auroient la moitié de leur revenu, & que l'autre moitié, avec les lods, vente 8c confiscation, appartiendroit au vicomte 8c à la vicomtesse, excepté dans le domaine de l'abbaye de Villemagne, laquelle percevroit le tiers de ces mêmes droits dans les mines de ses dépendances.
Cette transaction fut passée, selon toutes les apparences, dans cette abbaye, car le vicomte^ Trencavel y reçut, à la fête de la Magdelaine de la même année, le serment de fidélité des seigneurs de Vinsan ou Vinassan, au diocèse de Narbônne. Ce vicomte autorisa^ vers le même temps, par son propre sceau, une donation faite à l'abbaye de Salvanés 8c l'oblation qu'une femme, nommée Bertrande, fit de sa personne à l'abbaye de Castres pour être religieuse {monacha) sous l'obéissance de Rigaud, abbé de ce monastère. Trencavel étoit"^ à Carcassonne, le Jeudi i8 de mars de Van 1164, ou de l'an ii65 suivant notre manière de compter. Il donna en fief, au mois d'avril suivant, à divers^ chevaliers le château de Saint-Jory, en Albigeois, qu'il avoit fait construire. Il fit publier <5 à "Carcassonne, étant dessous l'ormeau devant son palais, avec son fils Roger, le 12 de juillet de la même année, une ordonnance en faveur des habitans de cette ville, touchant la manière dont sa cour de^?oit se comporter, tant envers leurs débiteurs qu'envers leurs créanciers, 8c fit faire serment à Guillaume de Saint- Félix, son viguier, de l'observer. Il accorda^ la même année à l'abbaye de Salvanés, en Rouergue, l'exemption du péage dans toutes ses terres, en présence de Guillaume, évêque d'Agde, Vital, abbé de Fontfroide, Ermengaud, abbé de Valmagne, Raimond, abbé de Saint-Thibéry 8c Jean, prieur de Cassan. Enfin ce vicomte assista, vers le mois de mai de l'an ii65, au concile de Lombers en Albigeois 5. Ce concile fut tenu contre les hérétiques qu'on nomma depuis albigeois, qui avoient fait alors de grands progrès dans la Province 8c les pays voisins, 8c qui y excitèrent dans la suite une guerre de religion également sanglante 8c opiniâtre. Cette guerre causa une révolution générale dans tout le Languedoc 8c occasionna la réunion de cette province au domaine de la couronne, ce que nous développerons dans le volume suivant^, après avoir rassemblé ici sous un seul point de vue, pour une plus grande intelligence de cet événement célèbre, quelques observations sur le gouvernement 8c les mœurs des peuples du pays durant le douzième siècle.
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXLVl. « Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXLIX.
' Jhid. n, DXLVIl, la 2" charte citée. ' Ibid. n. DXLVII , la S*" charte citée sous ce
' Ih'id. In y charte citée. numéro.
* [bid. la i'*" charte citée. • Voyez tome VII, Note I.
'• Ibid. la y charte citée. ' Tome VI de la présente édition.
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An I i65
An,, 65 ^^^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII.
LXIX. — Gouvernement 6* mœurs des peuples de la Province au dourièmù siècle. — Principaux seigneurs du pays. ^- Etendue de leur domaine.
Le domaine de la Province continua d'être possédé pendant ce siècle pai les grands vassaux ou par leurs feudataires, lesquels ne donnèrent guère, durant tous ce temps-là, d'autres marques de dépendance envers nos rois, que de dater les chartes des années de leur règne. Les comtes de Toulouse dominèrent, soit directement, soit indirectement, sur presque toute la Province, sur une grande partie de l'Aquitaine Se sur la moitié de l'ancien comté de Provence; de sorte qu'ils alloient de pair avec nos rois, s'ils ne les surpassoient en étendue de domaine : il étoit borné au levant par les Alpes; au midi par la Durance, la Méditerranée Se les Pyrénées; au couchant par le duché de Gascogne; Se enfin au nord par l'Isère, les montagnes d'Auvergne Se ia Dordogne. Aussi eurent-ils une cour proportionnée à leur puissance. Se on voit qu'ils avoient dès lors un connétable, un chancelier Se d'autres grands officiers. La fonction de leur chancelier ne regardoit pas cependant l'administration de la justice : elle consistoit principalement à dicter Se à faire expédier leurs chartes Se à les sceller de leur sceau. Quant à la justice, ces princes l'administrèrent par eux-mêmes avec leur cour, c'est-à-dire assistés de leurs principaux barons Se officiers Se de quelques jurisconsultes, ou la firent rendre par des vicaires ou viguiers, qui étoient leurs lieutenans en cette fonction. Se qui étoient toujours des personnes de condition. On trouve des viguiers de Toulouse Se des sous-viguiers ', qui leur étoient subordonnés, dès la fin du Éd. origin. onzième siècle Se pendant tout le suivant. Les comtes de Toulouse, ou leurs
t. II, p. Sog. ^ 1 .... .
viguiers en leur absence, présidoient ordinairement au commun conseil ou chapitre de la ville de Toulouse, composé de capitulaires ou capitouls, de deux juges, de deux avocats ou assesseurs. Se des principaux bourgeois de cette ville; ce commun conseil forma proprement, depuis son établissement, la cour des comtes dans cette ville. Quant à leur domaine, ces princes le faisoient administrer dans le même siècle par des bailes {bajuli) ou baillis.
Les comtes de Barcelone étendirent leur autorité dans ce siècle sur une partie considérable de la Province. Outre le comté de Fenouillèdes Se la vicomte de Gévaudan, dont ils avoient le domaine direct, ils prétendirent la suzeraineté sur les comtés de Carcassonne Se de Razès, sur le Lauragais Se le Termenois, Sec, pour les raisons que nous avons dites ailleurs. Cette suzeraineté leur fut contestée par les comtes de Toulouse, ce qui causa diverses guerres entre eux. Ils en jouirent tour à tour suivant que les vicomtes Se les autres seigneurs qui possédoient le domaine utile de ces pays voulurent bien se soumettre aux uns ou aux autres. Les comtes de Barcelone s'efforcèrent encore d'étendre leur domination dans le Languedoc, en sassujettissant les
' Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc, p. 73.
vicomtes de Naibonne 5t les comtes de Foix, qui les reconnurent, en eftet, pour leurs suzerains pendant une partie du douzième siècle, au préjudice des droits anciens St légitimes des comtes de Toulouse.
Après ces princes, la plus puissante maison de la Province, sinon en dignité, du moins en domaines, fut celle des Trencavels, qui posséda les vicomtes de Béziers, Agde, Carcassonne, Razès, Albi 6c Nimes, avec plusieurs châteaux 5c seigneuries dans le Toulousain, le Narbonnois, 8cc. Ces vicomtes, quoique vassaux des comtes de Toulouse, tranchoient du souverain 8c exerçoient les droits régaliens. Ils faisoient battre monnoie, établissoient des foires Se des marchés, faisoient des ordonnances pour la justice 8c la rendoient à leurs vassaux, soit par eux-mêmes, soit par leurs officiers, dont les principaux étoient les viguiers de Carcassonne, de Razès, de Béziers, 8cc.
Les comtes de Foix, descendus d'une branche puînée de la maison des anciens comtes de Carcassonne, étoient supérieurs aux Trencavels en dignité, mais ils leur étoient beaucoup inférieurs en étendue de domaine. Comme le comté de Foix, qui le composoit prescjue en entier, étoit situé dans le Toulousain, ils reconnurent pendant longtemps les comtes de Toulouse pour leurs seuls suzerains, jusqu'à ce que les comtes de Barcelone les engagèrent, vers le milieu du douzième siècle, à se déclarer leurs vassaux : c'est ce qui a donné l'origine, à ce que nous croyons', à la division qu'on voit dans la suite du comté de Foix, en pays situé en deçà Se au delà du Pas de la Barre, ou en partie septentrionale Se méridionale. Les comtes de Foix, dans les hommages postérieurs, avouèrent toujours tenir la première des comtes de Toulouse j 8c il paroît que c'est pour l'autre qu'ils reconnurent pendant quelque temps les comtes de Barcelone pour leurs seigneurs. Cette mouvance n'empêcha pas cependant les comtes de Foix de jouir des droits régaliens.
Les comtes de Melgueil ou de Substantion exerçoient aussi les mêmes droits. Leur domaine, renfermé dans le diocèse de Maguelonne, aujourd'hui de Montpellier, n'étoit pas fort étendu; mais il étoit très-considérable par le profit qu'ils tiroient de la monnoie qu'ils faisoient fabriquer dans leur château de Melgueil, Se qui avoit cours non-seulement dans toute la Province, mais dans les voisines. Se jusques au-delà des Pyrénées. Quant à la mouvance de leur comté, il n'y a pas lieu de douter qu'étant situé dans l'étendue du duché de Narbonne, ou de l'ancien marquisat de Gothie, ils ne dussent le tenir des comtes de Toulouse, qui possédoient ce duché ou marquisat. Mais Pierre, comte de Melgueil, s'étant rendu vassal de l'Église romaine sous le pontificat de Grégoire VII, les comtes de Toulouse n'osèrent contester aux papes, ses successeurs, la suzeraineté sur ce comté, jusques à Raimond V, comte de Toulouse, qui assujettit enfin Bernard Pelet, comte de Melgueil, à son autorité Se unit ensuite le comté de Melg;ueil à son domaine^.
' Voyez tome IV, Note XXII, n. 23. chronologie des comtes de Melgueil & de Subs-
' Voyez , au tome VII de cette édition , la tantion.
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Après ces maisons comtales, l'une des plus distinguées étoit celle des vicomtes de Narbonne, qui jouirent aussi des droits régaliens. Les autres t'^fj ^''Ti^o ^T^sisons vicomtales de la Province, au douzième siècle, furent celles des vicomtes de Toulouse ou de Bruniquel , de Polignac, de Lautrec, de Fenouillèdes, de Sault, de Gimoez ou de Terride, &. de Minerve'. La vicomte de Lodève appartenoit alors aux comtes de Rodez, hommagers des comtes de Toulouse pour l'une 8c l'autre de ces deux dignités.
Parmi les maisons des simples seigneurs, celle qui figura le plus en Languedoc, durant ce siècle, fut celle des seigneurs de Montpellier, qui tenoient en fief cette ville des évêques de Maguelonnè, 8c le reste de leur domaine, qui étoit assez étendu, ou de ces prélats, ou du comte de Melgueil, ou enfin des vicomtes de Béziers 8c de Narbonne. Les seigneurs d'Uzès, d'Alais, d'Anduze, de Sauve, de Lunel, de Sabran, de l'Ile-Jourdain, 8cc., la plupart vassaux immédiats des comtes de Toulouse, étoient ensuite les plus considérables du pays. Au reste, c'est seulement dans ce siècle que quelques-uns de ces seigneurs particuliers commencèrent à se qualifier seigneurs, 8c en latin domini, des villes ou châteaux dont ils avoient le domaine ; cependant ils ne prirent plus communément durant ce temps-là, comme auparavant, que le simple titre de Guillaume de Montpellier, de Bernard d'Andu-^e, de Bermond d'U-^ès, 8cc. Les vassaux employèrent même très-rarement alors le nom de dominus à l'égard de leurs seigneurs, qu'ils appeloient communément senior ou seniores, terme qui signifie la même chose.