‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 100 sur 234 · LV. — Comté (y comtes de Fenouillèdes · texte numérisé non relu

LV. — Comté (y comtes de Fenouillèdes

An pSz

Éd. origin.

t, II, p. 87.

Louis, après son retour en France, se rendit au commencement de Tan 962 à Reims, où il confirma l'abbaye^de Saint-Michel de Cuxa, en Roussillon, dans la possession des biens qu'elle avoit dans les pays deCerdagne,^jF^/20ttîZlèdeSf de Berga, de Roussillon & de Valespir. Nous concluons de là que le Fenouillèdes, portion de l'ancien diocèse de Narbonne & aujourd'hui de celui d'Alet, formoit alors, comme ces autres pays, un comté particulier. Il est en effet qualifié comté dans deux bulles^ du pape Agapet, l'une de l'an çSo & l'autre de l'an 96.4, & dans divers autres monumens du dixième siècle. La dernière de ces bulles confirme Ségarîus, abbé de Saint-Martin de Lez, dans la possession des biens que son monastère avoit dans le comté de Fenouillèdes & dans ceux de Razès 6c de Roussillon , à la charge de payer une redevance annuelle à l'Église romaine. Le comté de Fenouillèdes appartenoit alors à Sunifred, comte de Barcelone, qui le tenoit de ses ancêtres. Voici, à ce qu'il nous paroît, l'origine de ce comté.

Il est certain que le pays de Capcir ^^ situé au sud-ouest de celui de Fehouillèdes , faisoit partie en 878 du comté de Razès possédé alors en commun par Wifred le Velu , comte de Barcelone , & Miron , comte de Roussillon, son frère, & par les deux frères Oliba II & Acfred I, comtes de Carcassonne. Celui de Fenouillèdes, qui est entre le Capcir & le Razès, dépendoit aussi par conséquent en même temps de ce dernier comté, & ne formoit qu'un même domaine, quoiqu'il composât un pays distingué ou une viguerîe séparée dès Tan^ 842. On a remarqué ailleurs "^ que les comtes de Barcelone & ceux de Carcassonne de la première race qui vivoîent à la fin du neuvième siècle étoient de la même famille, ce qui fit sans doute que les uns 8c les autres jouirent alors par indivis du comté de Razès. Sur ces principes, nous croyons : i^ qu'il y eut un partage de ce comté entre les deux branches après l'an 878 & avant le commencement du dixième siècle ; 2® qu'Oliba II,

* Voyez tome IV, Kotes VIII & XVII.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXI. — Voyez tome IV, Ifote VIII, n. 9.

^ Marca Hispanica, p. 863. — Mabillon, ad ann. 962, n. 56.

* Marca Hispanica^ p. 865. — Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXXIII.

* Voyez tome I, livre X, n. ex, & tome II, aux Preuves, Chartes & Diplômes, n. XCIX.

* Voyez tome II, aux Preuves, Chartes 8c Diplô-

mes, n. LVI.

'Voyez tome I, livre X, n. cxij tome Vf y Note LXXXVII, n. 100 & suiv.

& Acfred I son frère, comtes de Carcassonne, demeurèrent en possession du pays qui retint le nom de comté de Razès 8c qui compose ce qu'on appelle aujourd'hui Tofficialité de Limoux , & que Wifred le Velu , comte de Barcelone & ses frères, eurent pour leur part le pays de Fenouillèdes, qui, depuis ce temps, eut titre de comté avec les pays* de Pierrepertuse, de Capcir, de Sault & de Donazan, lesquels dépendoient anciennement du comté de Razès & faisoient certainement partie du domaine des descendans de Wifred le Velu aux dixième & onzième siècles. Il parok par ce que nous venons de dire que le comté de Fenouillèdes, après la mort de ce prince arrivée vers Tan 901, passa à Wifred II , son fils & son successeur, 8c ensuite à Miron , son autre fils, héritier de ce dernier, 8c que le même Miron le transmit à Sunifred, comte de Barcelone, son fils. Le pays de Fenouillèdes eut aussi des vicomtes dont nous parlerons ailleurs.

Nous avons la preuve que Sunifred, comte de , Barcelone, dominoit sur ce pays : I® dans un jugement^ qu'il rendit la huitième année du règne de Lothaire, ou l'an 962, en faveur de Raoul , abbé de Saint-Martin de Lez 8c de son monastère, situé dans le Fenouillèdes j 2^ dans son testament^ de l'an 965, suivant lequel il disposa du domaine de ce pays en faveur d'Oliba, son frère, qui, après la mort^ de Miron, comte de Barcelone, leur père, arrivée en 928, avoit eu pour son partage les comtés de Cerdagne 8c de Berga dans le diocèse d'Urgel. On donna à Oliba le surnom ou sobriquet de Cahreta ou Cabrète, parce que^ lorsqu'il étoit en colère il grattoît la terre du pied comme une chèvre.

Ces deux princes avoient deux autres^ frères, dont l'un, nommé Miron, eut Je comté de Girone pour son partage 8c fut évêque de cette ville, 8c l'autre, appelé Wifred, fut comte de Besalu. Les comtés de Gonflant 8c de Valespir^, situés en deçà des Pyrénées, appartenoient aussi, au milieu du dixième siècle, à Sunifred, comte de Barcelone 8c à ses frères ; 8c ce prince ayant fait rebâtir ^ leglise de l'abbaye de Guxa , située dans le premier de ces deux pays , la fit dédier, au mois de juillet de l'an 953, par Riculfe, évêque d'Elne, 8c lui donna des biens considérables avec le comte Oliba, son frère, Ave, leur mère 8c Bernard, vicomte de Gerdagne.

La plupart des comtés de la Marche d'Espagne 8c quelques-uns de la Septimanie appartenoient donc en ce temps-là à la maison de Barcelone. Gelui d'Urgel étoit aussi alors dans cette maison , 8c Soniarius , oncle paternel du même Sunifred , qui l'avoit eu pour son partage , étant déjà mort en 964 , ^^ 5 Richîlde , sa veuve , confirma ^ la donation qu'il avoit faite à l'abbaye de la

' Voyez tome II, aux Preuves^ Chartes & Diplô- * Voytz tome IV, Note XXVII.

mes, n. XCIX. — Tome V, Chartes & Diplômes, ' Marca Hispanica, p. 641 & seq.

n. XXII & n. CLI. — Tome IV, Note XXVII, « Ihid, p. 892 & seq.

n. 5, &c. ' Voyez tome IV, Note XXVII, n. 5.

' Archives de l'archevêché de Narbonne. ' Marca Hispanica^ p. 894, 868.

* Marea Hispanica, p. 885 & seq. * Ihid. p. SpS.

An 904 ^

Grasse de diverses terres situées dans les comtés de Besalu & d'Ausone. Soniarius eut trois fils de cette comtesse : Ermengaud, Borrel 6c Miron. Le second lui succéda dans le comté d'Urgel, 8c dans la suite à Sunifred, son cousin, dans celui de Barcelone, qu'il transmit à ses descendans.

LVI. — Mariage de Matfred, vicomte de Narhonne. — Lothaire succède au

roi Louis d'Outre^mery son père.

Matfred, vicomte de Narbonne, après avoir vécu assez longtemps sous la tutelle ou Tadministration de la vicomtesse Richilde, sa mère, avoit déjà pris par lui-même le gouvernement de son domaine avant la mort de Raimond- Mi^p'liS* Pons, comte de Toulouse, comme il paroît par un échange qu'il fit avec ce prince, de qui il reçut' la terre de Montlaurès dans la Ligurie, au diocèse de Narbonne. Il avoit épousé Adélaïde lorsqu'il acquît^ au mois de novembre de la dix-septième année du règne de Louis d'Outre-mer, ou l'an 962, le lieu de Creisse ou de Creissan dans le comté de Narbonne, qu'il vendit^ de concert avec elle six ans après, à Aymeri, archevêque de cette ville.

L'acte de cette vente est daté du ij avril 969, la quatrième année du règne de Lothaire i ce qui nous fait comprendre que la Gothie ou Septimanie ne se soumit pas à ce prince aussitôt après la mort du roi Louis d'Outre-mer, son père, arrivée^ le 10 de septembre de l'an 964. Lothaire ne fut en effet reconnu 8c couronné en France que le 1 2 de novembre suivant , malgré la précaution que Louis avoit prise de l'associer au trône de son vivant. La cérémonie de ce couronnement se fit à Saint-Remi de Reims, où Lothaire fut salué des principaux prélats 8c seigneurs /mnfoii, bourguignons &» aquitains.

Ce prince fut proprement redevable de la couronne aux soins que se donna Hugues le Grand de lui gagner les suffrages 5 aussi , par reconnoissance, disposa-t-il en sa faveur des duchés de Bourgogne 8c d'Aquitaine.

LVIL — Guerre au sujet du duché d* Aquitaine. — Lothaire confirme les

privilèges de Véglise du Puy.

Guillaume Tête-d'Etoupes , comte de Poitiers, pourvu de ce dernier duché depuis la mort de Raîmond-Pons, comte de Toulouse, n'étoît nullement disposé à le céder à Hugues, qui, de son côté, résolut d'employer la force pour l'en déposséder. Celui-ci, en attendant, accompagna Lothaire à Laon, où nos rois faisoient alors leur principale résidence, 8c qui étoit presque la seule ville qui leur restât de leur domaine.

Gotescalc, évêque du Puy, s'y rendit au commencement de l'année suivante, 8c s'étant adressé à Hedwige, femme du même Hugues, duc des François , 8c

' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, ^ Tome V, Chartes 8t Diplômes, n. XC, 2* charte,

p. 58. * Frodoard , Ckronieon, p. 618 & seq. -^ Ma-

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXXI. billon, ad ann. 954, n. 70.

An 955

tante du roi Lothaire , il obtint par son crédit, le 8 de mars, un diplôme ' par lequel le roi confirme la donation que Raoul , son prédécesseur, avoit faite autrefois en faveur des évêques du Puy, du bourg de ce nom, & de divers droits domaniaux. Cette charte est la dernière de celles qui nous restent , & que nos rois de la seconde race accordèrent en faveur des églises ou des particuliers de la Province. Le pouvoir de ces princes & des premiers rois de la troisième race, leurs successeurs, fut depuis si peu considérable dans le pays, que nous ne saurions prouver par aucun monument qu'ils y aient exercé quelque autorité jusques au règne de Louis le Jeune. On ne trouve dans cet intervalle d'autres marques de leur souveraineté sur la Province que la date de leur règne marquée dans les actes, encore est-elle omise dans un très-grand nombre. On peut juger par là jusques à quel point les grands vassaux portèrent leur indépendance dans cette partie du royaume.

Hugues le Grand, résolu d'obliger Guillaume Tête-d'Etoupes à lui céder le duché d'Aquitaine, assembla^ des troupes, & pour donner à ses armes quelque couleur de justice, il engagea le roi Lothaire à se mettre à la tête de son armée. Le roi 8c le duc se joignirent à Paris , à la fête de Pâques qui tomboit cette année le i5 du mois d'avril. Ils passèrent ensuite la Loire & s'avancèrent vers la ville de Poitiers qu'ils assiégèrent, 8c que Guillaume avoit abandonnée sur le bruit de leur marche. Ils ne purent cependant s'en rendre maîtres 8c ils furent obligés de se retirer après deux mois de siège. Guillaume se mit alors en campagne 8c harcela Lothaire 8c Hugues dans leur retraite ; mais ceux-ci, s'étant mis en bataille, tombèrent si rudement sur lui qu'ils le défirent entièrement 8c taillèrent presque toute son armée en pièces. Nonobstant une si grande perte, Guillaume se maintint dans la possession de son duché, 8c s'étant rendu en Auvergne au mois de juin de la même^ année, il saccommoda avec les principaux du pays qui le reconnurent enfin pour leur seigneur. La mort de Hugues le Grand ^, son concurrent, qui arriva l'année ~ ~ suivante , lui fut très-favorable. Le roi Lothaire donna à la vérité alors le comté de Poitiers à Hugues Capet, fils de ce prince; mais il ne paroît pas que ce dernier en ait jamais joui , non plus que du duché d'Aquitaine. Il fit peut-être un accord là-dessus avec Guillaume, qui étant rentré dans les bonnes grâces du roi , demeura paisible possesseur de ces dignités 8c les transmit à ses descendans.

LVin. — Mort dfArnaudy comte de Carcassonne, (yc. — Partage de ses

domaines entre ses fils.

On a déjà remarqué que le roi Lothaire fut reconnu plus tard dans la Pro- éd. ongîn. j 1 j • j r j . t. II, p. 89.

vince que dans le reste du royaume , ce qui nous donne lieu de rapporter au

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Ealuze, Histoire génial, de la. maison d'Auyer^

méro LXXXIV. gne, t. 2, p. 2.

■ Frodoard, Chronicon, p. 618 8t secj, ^ Frodoard, Chronicon, p. 621.

7717" M8 histoire générale de LANGUEDOC. LIV. XII.

commencement de son règne un acte passé dans le Toulousain, 6c daté ' régnant Notre^eigneur Jésus-Christ. Cet acte est un déguerpîssement fait en faveur de Daniel, abbé de Lézat, en présence du comte Arnaud y par un seigneur nommé Amélius, de plusieurs terres qu'il avoit usurpées sur ce monastère. Ce comte n'est pas différent d'Arnaud, comte de Carcassonne, dont les domaines s'étendoient aux environs & qui étoit déjà décédé au mois de novembre de l'an 957^, lorsque sa femme Arsinde & le comte Roger, son fils, vendirent à Gilabert, vicaire y un alleu qu'ils avoient à Cheiran. Ce lieu étoit situé dans la viguerie de Queille, portion du Toulousain, qui comprenoit tout ce qui compose aujourd'hui la partie méridionale du diocèse de Mirepoix, 8c appartenoit à la maison des comtes de Carcassonne. Le château de Queille , qui donnoit son nom à la viguerie de son nom , subsistoit encore au quatorzième siècle} mais il n'en reste plus aucun vestige. Quant à Gilabert, il est sans doute le même qu'un vicaire ou^ viguier de Saissac dans le diocèse de Carcassonne, de ce nom, lequel présida à un plaid tenu au mois d'avril de l'an 968 dans l'église de Saint-Martin, située au voisinage.

Arnaud posséda^, avec le comté de Carcassonne, ceux de Razès, de CoramingesSc de Conserans. Il laissa entre autres trois fils d'Arsinde, sa femme; savoir : Roger, Eudes ou Odon 8c Raimond. Le premier lui succéda dans les comtés de Carcassonne 8c de Conserans, 8c dans une partie de ceux de Cornminges 8c de Razès, 8c il eut outre cela en partage plusieurs domaines dans le Narbonnois 8c le Toulousain. Le second fut comte de Razès, 8c le troisième de Comminges. Il paroît par divers^ monumens que ces trois comtes demeurèrent quelque temps depuis la mort d'Arnaud, leur père, sous la tutelle Se le gouvernement d'Arsinde, leur mère.

LIX. — Dijjferentes époques du règne de Lothaire dans la Province. — Union

des vicomtes d*Albi &» de Nimes.

Si la date d'une donation ^ que fit Aymeri , archevêque de Narbonne , à l'église 8c aux chanoines de Saint-Paul , au mois d'octobre de Vannée 958 , la deuxième du règne de Lothaire , est exacte , c'est une nouvelle preuve que ce prince fut reconnu pour roi un peu tard dans les provinces méridionales du royaume. Mais il paroît, d'un autre côté, que le diocèse de Narbonne lui étoit soumis dès l'an 955 ; car on a un plaid ^ tenu dans cette ville par le même archevêque 8c la vicomtesse Richilde , au mois de mai de Van dcccclv , la première année que Lothaire commença à régner. Nous avons enfin divers autres monumens qui ne permettent pas de douter que ce prince n'ait été reconnu peu de temps après son couronnement dans une grande partie' du

* Voyez tome V, chartes 8t Diplômes, n.LXXVI. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

"I4i\£.n.LXXXIX.— Voyez tome IV, ATofe XXII, méros LXXXIX & XCI. — Voyez tome IV,

n. 3. Ifote XXII.

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XC. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XC

^ Voyez tome IV, Ifote XXII. » Ihid, n. LXXXV.

^y An 956

Languedoc. Tel est i^ une donation * faite au mois de septembre de la seconde année du règne de Lothaire à labbaye de la Grasse, fondée y dit-on dans cet acte, dans le territoire de Carcassonne &» le Val de Dagne (^in valle Aquitanica)] 2^ un échange* où il est marqué qu'on payeroit en conséquence un certain droit au vicomte Bernard (y â la vicomtesse Gawi^e.

Cette dame étoit femme ^ du même Bernard qui , de son chef, étoit vicomte d'Albi & avoit succédé alors dans cette vicomte à Aton I , son père. Nous ne doutons pas que la vicomtesse Gauze ou Gauciane ne fût héritière de celle de Nimes. Ainsi son mari , qui fut le second vicomte d'Albi de son nom, aura uni par son mariage ces deux vicomtes à son domaine. Il est certain du moins qu'il les transmit à ses descendans qui prirent le surnom de Trencavel , & dont le pouvoir 6c l'autorité augmentèrent si considérablement dans la suite, que leur maison devint la plus considérable de toute la Province après celle des comtes de Toulouse. Bernard II , vicomte d'Albi , avoit alors un frère appelé Frotaire , qui étoit évêque deCahors^ & qui possédoit encore cet évêché en 961. Une dame, nommée Senegonde, donna ^ en alleu à ces deux frères, l'an 967, la moi- ÂîTôs" tié du château de la Tour en Rouergue.

LX. — Rétablissement de Vévêché de Pailhas dans la ville de Rota, sous la

métropole de Narbonne.

Le roi Lothaire ne fut reconnu dans la Marche d'Espagne que depuis Tan 955, suivant l'acte d'érection de l'évêché de Rota, daté^ du premier de décembre de Van 967, la troisième année du règne de ce prince. Voici ce qui donna lieu à cette érection.

Raimond, comte de Pailhas "^ 8c de Ribagorça, 8c la comtesse Ermessînde, sa femme, ayant fait bâtir une église à Rota, résolurent d'établir un évêché Éd.^orîgîn. dans cette ville qui dépendoit de leur domaine. Ils eurent pour cela recours à l'autorité d'Aymeri, archevêque de Narbonne, métropolitain de la Marche d'Espagne , qui seconda leurs désirs. Ce prélat se rendit sur les lieux avec les évêques de sa province 8c consacra pour évêque de Rota , en présence d'une foule de peuple qui étoit accouru à cette cérémonie, Odissendus, qu'on dit fils^ du comte 8c de la comtesse de Pailhas. Il dédia en même temps, sous l'invocation de S. Vincent, martyr, la nouvelle cathédrale que Raimond 8c Ermessinde dotèrent richement.

Comme il est dit dans l'acte ^ qui fut dressé là-dessus, o^ily avoit eu autre^ fois un évêché à Rota, cela fait croire à un moderne '° que cet évêché est le même que celui de Pailhas, qui étendoit sa juridiction sur le comté de ce nom

' MabiUon, ad ann. pSS, n. 82. * Marca Hispanica, p. 876 8t seq.

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXXVII. "> Ihïd.

3 Voyez tome IV, Ifote XXI, n. 1 & suiv. • Ih'id, p. 876.

* Ihid. n. 4. ^ ^*'^- P- 875.

» Tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXXVIII. »» Baluze, Marea Hispanica^ p. 896.

t. II, p. go.

An 9^7

i5o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII.

& sur celui de Ribagorça ; qu'il étoit établi à Rota lorsque le concile de Fontcouverte en ordonna la suppression en 911, & qu'enfin ayant été aboli en conséquence de ce décret, il fut rétabli dans la même ville en 967 ; mais il y a lieu de douter si le décret du concile de Fontcouverte pour la suppression de l'évêché de Pailhas fut exécuté, puisqu'il * paroît qu'Aton, frère d'Isarn, comte de Pailhas, le possédoit vers l'an 946, ainsi que nous l'avons remarqué ailleurs. Nous croyons donc que l'évêché de Rota est un de ces anciens évêchés d'Espagne qui furent supprimés après l'invasion des Sarrasins, au commencement du huitième siècle; que Selva, faux évêque d'Urgel,qui avoit usurpé l'autorité métropolitaine à la fin du neuvième, démembra, du consentement du comte d'Urgel, son protecteur, une partie de son diocèse, savoir les comtés de Pailhas & de Ribagorça, pour y ériger un évêché qui prit le nom de Pailhas; que cet évêché subsista pendant le dixième siècle, malgré le décret du concile de Fontcouverte qui en ordonnoit la suppression ; 8c qu'enfin Raîmond , comte de Pailhas 8t de Ribagorça, ayant fait rebâtir la ville de Rota, y établit le siège de ce même évêché, du consentement d'Aymeri, archevêque de Narbonne, & des évêques de la Province , & en fit ordonner évêque Odissendus, son fils, après la mortd'Aton, évêque de Pailhas.

Il paroît que ce dernier étoit frère d'Odissendus 8c fils du même Raimond, comte de Pailhas. C'est ce que nous inférons d'un acte* de l'an 1007, par lequel Suniarius, comte 8c marquis, confirme la donation faite par Raimond, son aïeul, &» Isarn (y Aton évêques, ses oncles paternels, du monastère de Burgal, dans le comté de Pailhas, en faveur de l'abbaye de la Grasse. Suniarius étoit donc comte de Pailhas 8c de Ribagorça, 8c petit-fils du comte Raîmond, qui, en 967, rétablit l'évêché de Rota. La mort de ce dernier ^ arriva en 970, 8c Wifred, son fils, père sans doute de Suniarius, lui succéda dans ces deux comtés. Au reste , il ne faut pas confondre la ville de Rota où le siège épiscopal de Pailhas fut établi , avec celle de Roses (Roda) , dont le nom latin est presque le même, 8c qui est située vers la côte de la Méditerranée, dans le diocèse de Girone 8c le comté de Pierrelate; il y avoit dans la dernière un ancien monastère dédié sous l'invocation de la sainte Vierge 8c de S. Pierre. La ville épiscopale de Rota étoit située dans le comté de Ribagorça, vers les frontières d'Aragon. Son diocèse s'étendoit entre ^ les deux rivières de Noguera Ribagorçana 8c de Noguera Pailhareza, 8c comprenoit les comtés de Pailhas 8c de Ribagorça 5, dont les évêques prirent indifféremment le titre dans la suite. Comme ce pays avoit fait anciennement partie du diocèse d'Urgel, les évêques de cette dernière ville se résen^èrent une espèce d'autorité sur ceux de Pailhas 8c présidèrent à leur élection, le siège vacant. Les Sarrasins s'étant emparés de la ville de Rota dans le onzième siècle, l'évêché fut supprimé^ 8c réuni à celui

' Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes, n. LXXV ' Marca Hispanica, p. 402.

& CXLIII. ^ liid. p. 396.

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * lèid, p. 427 8t 1068.

méro CXLIII. • Uid. p. 440 8c 1068.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV, XII. i5i ^^^5^

d'Urgel en 1040; il fut rétabli vingt ans après, & le pape Pascal II le transféra à Balbastroà la réquisition de Pierre, roi d'Aragon, après que ce prince eut pris ', en I ici , cette ville sur les Maures.

LXI. — Roger /, comte de Carcassonne^ sous V autorité (VArsinde , sa mère.

Nous avons dit qu'Arnaud, comte de Carcassonne, laissa l'administration de ses domaines à la comtesse Arsinde, sa femme. C'est ce qui paroît : i^ par une donation* faite en 969 en faveur de l'abbaye de Montolieu, 6c autorisée par ][J^"^ cette comtesse 8t Roger, comte de Carcassonne, son fils; 2° par un engagement^ qu'elle fit à des Juifs avec ses fils, les comtes Eudes £» Raimond, pour le prix de raille sols, des lieux de Magrian 8c de Cuxac dans le Narbonnois, 8c qu'un tf1i,7.*9". particulier racheta depuis du consentement de ces deux comtes, qui lui donnèrent la baillîe ou administration de tous les alleux qu'ils possédoient dans le comté de Narbonne. Le même Raimond, qui eut^ pour son partage la plus grande partie du comté de Comminges, donna dans la suite, par son testament^, sa portion de Magrian 8c de Cuxac, laquelle consistoit dans un troisième y à Ermengaud, archevêque de Narbonne, 8c ce prélat en disposa quelque temps après en faveur de son église. Nous concluons de là que les comtes Roger 8c Eudes , frères de Raimond, possédoient aveo lui par indivis les deux autres tiers de ces domaines. Aussi voyons-nous que les descendans de Roger I, comte de Carcassonne, furent seigneurs^ d'une partie de Magrian dans le diocèse de Narbonne. Enfin cet acte peut servir à fixer à peu près l'époque de la mort de Raimond I, comte de Comminges, puisque Ermengaud, qui lui survécut, fut archevêque de Narbonne depuis l'an 977 jusque vers l'an ici 3.

LXII. — Le roi Lothaire reconnu dans la partie orientale du Languedoc.

Abbés de Saint-Chaffre. — Èvêques de Bé-^iers.

Le roi Lothaire s'affermît peu à peu sur le trône 8c il étendit son autorité sur les pays situés en deçà du Rhône, qui étoîent anciennement de la dépendance du royaume de Provence. On a en effet deux donations "^ datées du règne de ce prince, en faveur de l'abbaye de Saint-Chaffre, en Vêlai : l'une de l'église de Saint-Andéol d'Escolenc, dans la viguerie de Pradelles, en Vivaraisj 8c l'autre, qui est de l'an 961, de l'église de Saint-Sauveur de Macheville, située dans cette partie du diocèse de Valence qui est en deçà du Rhône 8c qui dépend du Languedoc. Geilin, comte de Valence, qui fit cette dernière donation avec sa femme Raymote, reconnoissoit par conséquent alors la souveraineté de Lothaire, du moins pour la partie de son comté située en deçà de ce

' Marca Hispantca, p. 477. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCI.

' Voyez tonie V, Chartes & Diplômes, n. XCI. * Ihid. n. CXCV, la 2* charte citée sous ce nu-

' Ibid. méro.

* Voyez tome IV, Note XXII, n. 26 & suiv. ' Ibid. n. XCI & n. XCVI.

An pSp

l52 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIL

fleuve'. Il est marqué dans cet acte que Macheville dépendoit auparavant du Lyonnois &• qu*il étoît alors du diocèse de Valence^ ce qui semble confirmer que toute la partie de l'ancien royaume de Provence qui est en deçà du Rhône étoit soumise dans ce temps-là à TEmpire François.

Ulfald, abbé de Saint-Chaffre, reçut ces donations. Il avoît déjà succédé à Dalmace dès Tan çSô, suivant une donation^ faite à ce monastère par Achi« deus, évêque de Die, la vingtième année du règne de Conrad le Pacifique. Ce prince confirma par une charte^ Tabbaye de Saint-Chaffre, du consentement du comte Geilin 8t de Tévêque Aymon, dans la possession des terres que le même Achideus, évêque de Die, & les comtes Odilon 8c Geilin lui avoient données, tant dans le pays de Die que dans celui de Valence. Le dernier de ces deux comtes Tétoit du Valentinois; l'autre Tétoit probablement de Die. Quant à Aymon, il étoit évêque de Valence & chancelier de Conrad. Ulfald '^ étant abbé de Saint-Chaffre fit construire une nouvelle église où il transféra le corps de ce saint & celui de S. Eudes, premiers abbés de ce monastère. Il parvint à Tévêché de Die vers Tan 974 & garda néanmoins son abbaye qu'il fit gouverner par des doyens.

^^ .^ C'est ainsi que Bernard, évêque de Béziers, possédoit en même temps l'abbaye

d'Aniane le premier de mai ^ de la sixième année du règne de Lothaire, ou de l'an 960, ce qui prouve que l'union de ce monastère à l'archevêché d'Arles, faite par l'autorité des rois de Provence, & dont on a parlé ailleurs, ne subsista pas longtemps. Ce prélat^ avoit succédé à Rodoalde dansl'évêché de Béziers dès la troisième année du règne du même prince.

LXIII. — Berthe y femme de Raimond I, comte de Rouergue, bienfaitrice

de Vahbaye de Montmajour.

Le règne de Lothaire est encore marqué dans une charte qui regarde autant la Provence que le Languedoc. C'est une donation que Berthe, nièce de Hugues, roi d'Italie, & femme de Raimond I, comte de Rouergue & marquis de Gothie, fit le 26 defivrier de la sixième'^ année du règne de ce prince, ou de l'an 960, à l'abbaye de Montmajour auprès d'Arles, qui étoit fondée depuis peu : elle lui donna divers alleux situés partie dans le royaume de Gothie & dans le comté de Substantion, partie dans le royaume de Provence 6c les comtés de Fréjus, de Riez, Gap, Vaison, Apt, Orange, Saint-Paul-Trois-Châteaux & Die, dont elle avoit hérité suivant les lois, du roi Hugues, son oncle. Elle fit cette dona-

* Le Cartulaire de Saint-Julien de Brioude & ^ GaUia Christiana, nor. edit. t. 2, instrum» celui de Sauxillanges, abbayes situées aussi dans la p. 764 & seq.

partie orientale du Languedoc, ou du moins sur la ^ Archives de l'abbaye d'Aniane.

limite, renferme un grand nombre de chartes da- * Andoque, Histoire de Béliers, p. 5i & suir.

tées du règne de Lothaire. [E. M.] ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCH.

* Mabillon, ad ann. 966, n. io3. — Mabillon, ad ann. 960, n. 3. -^ Ruffi, Disser- ' Ihid. — GaUia Christiana ^ noy. edit. t. 2 , tation sur l'origine des comtes de Fenaissin & de

instrum, p. 260 8c seq. Forcalquier^ p. 6.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIY. XII. i53 "I — T"

An poo

tion pour son âme, pour Raimond, son seigneur, c'est-à-dire son mari, 8c pour Raimond, son fils.

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