LI. — Troisième concile de Toulouse
Il assista vers l'an ioo5 à un concile que Raimond, évêque de Toulouse, 8c Guillaume, comte de cette ville, y convoquèrent*. Les anciens seigneurs de Caramaing ou Caraman, lieu situé à quatre lieues de Toulouse vers le sudest, avoient obtenu de nos rois le privilège de faire tenir un marché les trois derniers jours de la semaine, en tel endroit de leur domaine qu'ils jugeroient à propos, depuis le lieu de Stap jusques aux murs de Toulouse, 8c d'y faire lever certains droits. Ces seigneurs abusant de leur autorité, étendirent si fort ce privilège par l'établissement de divers péages, 8cc., que leurs vexations in terrompoient entièrement le commerce. Donat, l'un de leurs descendans, résolu de le rétablir, renonça publiquement à ces mauvais usages entre les mains de l'évêque 8c du comte de Toulouse, 8c déclara qu'il s'en tenoit aux droits portés par les chartes de nos rois ; mais dans la crainte que ses successeurs ne renouvelassent les mêmes vexations, l'évêque Raimond 8c le comte Guillaume convoquèrent le concile de Toulouse dont on a parlé. L'archevêque de Narbonne, les évêques de Carcassonne, de Béziers 8c de Maguelonne ses suffragans, l'archevêque d'Auch, 8c trois évêques de sa province dont les noms ne sont pas marqués, s'y trouvèrent avec plusieurs abbés 8c y dirent anathème à tous ceux qui rétabliroient ces mauvais usages. L'acte est sans date, mais il doit être du
• Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes, n. CXLI Catel, Mémoires de l'histoire du Languedocjp. S62*
' An ioo5
commencement du onzième siècle, Guillaume y est qualifié comte des peuples de V Albigeois y du Querci 6* du Toulousain.
Le même Donat de Caraman signala sa piété envers Téglise de Saint-Sernin de Toulouse, par une donation " qu'il fit avec Rixende, sa femme, du marché de Baziége dans le Lauragais. L'acte est du temps du comte Guillaume & de Raimond, évêque de Toulouse. Ce dernier obtint en 1007 du pape Jean XVIII une bulle* qui maintient dans la possession de leurs biens la cathédrale de de Saint-Etienne & les monastères de Saint-Sernin & de Notre-Dame de la Daurade de Toulouse, avec défense à tous les évêques de faire, sans la permission de ce prélat, aucune ordination dans son diocèse.
LU. — Mort de S. Fulcrandy évêque de Lodève.
S. Fulcrand, évêque de Lodève, étoit en ioo5 dans un âge fort avancé; maïs quoique courbé sous le poids des années^, on ne le vit jamais se relâcher en rien de sa première ferveur & de sa vie pénitente. Les désordres que causoient alors dans tout le royaume la licence des mœurs & la tyrannie des seigneurs séculiers, l'obligèrent d'user quelquefois de rigueur pour rétablir la paix & la tranquillité. Il eut entre autres recours aux armes pour reprendre le château de Gibret, dans le domaine de son évêché, dont une troupe de brigands s'étoient emparés, & qu'il soumit à ce qu'on prétend par un miracle. Il poussa un jour si loin son zèle pour la religion, que ne pouvant entendre sans indignation le récit de l'apostasie d'un évêque du voisinage qui avoit abandonné la foi pour embrasser le judaïsme, il lui échappa de dire publiquement que ce prélat méritoit d'être brûlé vif, ce qui arriva bientôt après, par la fureur du peuple animé contre cet apostat. La crainte d'avoir donné lieu par la véhémence de son discours à cette violence causa un grand scrupule à Fulcrand. Il en fut si touché que, soit pour expier la faute dont il se croyoit coupable, soit pour satisfaire à celle du peuple qui avoit fait mourir cet évêque, il entreprit trois divers pèlerinages à Rome au tombeau des saints Apôtres, où il fit une pénitence publique. A son premier voyage il quitta ses habits aux approches de Rome, se couvrit d'épines, & se fit conduire publiquement, en se faisant fustiger, dans l'église de Saint- Pierre où il demeura longtemps dans les veilles, la prière & le jeûne, avant que de recevoir son absolution. Au troisième voyage, il passa tout le carême dans un exercice continuel de pénitence & défraya tous les cardinaux jusques au jour de Pâques. A son départ de Rome, le pape lui fit présent de quelques reliques de S. Sébastien , & Dieu, pour marquer qu'il lui avoit pardonné, Éd. orîgin. continua d'opérer depuis divers miracles par son ministère.
Ce prélat'* se voyant à la fin de sa carrière fit appeler autour de son lit les chanoines de sa cathédrale, les abbés, de son diocèse & Matfred, évêque de
* Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 176. ^ Vita S. Fuîcranni , BoUandistes, févr. t. 2,
* Catel, Mémoires de l histoire du Languedoc, p. 712 & suiv. p. 853 8t 861. — Voyez tome IV, Note XIX, n. 2. ^ Vita S. Fulcr, BoUandistes, mai, t. 6, p. 824.
t. II, p. 143.
An 1006
An 1007
Béziers', qui lui étoit très-cher; il se fit lire en leur présence le testament qu'il avoit déjà fait depuis longtemps & qu'il confirma dans tous ses points. II se fit transporter ensuite, le 4 de février de Tan 1006, dans sa cathédrale, où il bénit le tombeau qu'il s'y étoit fait préparer par avance, se fit rapporter sur son grabat, reçut les derniers sacremens des mains de Tévêque de Béziers Se s'étant feiit mettre à terre sur la cendre & le cilice, il y expira le mercredi i3 de février de la même année, après un épiscopat de cinquante-sept ans & quelques jours. Il fut honoré d'un culte public environ cent ans après. On leva alors son corps de terre pour l'enfermer dans une châsse qui fut placée avec les autres reliques de la cathédrale; mais ce précieux trésor fut brûlé ou dissipé par les calvinistes, lorsqu'ils s'emparèrent en iSyS de la ville de Lodève, 8c Ton ne put sauver qu'une main 8c quelques autres ossemens.
On prétend* que Raimond^ comte de Toulouse y donna à S. Fulcrand 8c à son église quelques villages du comté d'Agde; mais, comme nous ne trouvons aucun Raimond qui ait été comte de Toulouse sous son épiscopat, on doit attribuer cette donation à Raimond I ou à Raimond II , son fils, comtes de Rouergue 8c marquis de Gothie, de la maison de Toulouse. On croit ^ que Matfred, évêque de Béziers, qui succéda à ce saint prélat dans l'évêché de Lodève, 8c qui posséda en même temps ^ ces deux évêchés jusques à sa mort, étoit natif du dernier; peut-être étoit-il issu de la famille des vicomtes du pays, ce qui lui aura donné lieu, suivant l'usage de ce siècle, d'envahir l'évêché. II paroît du moins qu'il étoit parent d'Ermengaud, archevêque de Narbonne, ainsi que nous l'avons déjà remarqué.
LUI. — Plaid tenu dans le diocèse de Narbonne.
Ce dernier tînt^ un plaid dans le village de Saint-Georges, autrement dit Ravinian, dans le comté de Narhonne, au mois de mars de Vannée 1007, la onzième du règne du roi Robert y avec Raimond, vicomte de Narbonne, son frère, Deusdet, abbé de Saint-Paul, Bernard, chevalier {miles\ Aton Vassadellus, viguier, 8c plusieurs autres personnes tant ecclésiastiques que séculières ; il est fait mention dans l'acte des sols 6» des deniers de Narbonne. Le même Deusdet^^, abbé de Saint-Paul de Narbonne, 8c ses chanoines, reçurent en échange, le 10 du mois d!avrilde Vannée 1006, la dixième du règne du roi Robert, un alleu ou bénéfice situé à Bages, dans le comté de Narbonne, dont la vicomtesse Adélaïde 8c ses fils Ermengaud, archevêque de cette ville, & Raimond, vicomte, avoient fait donation au père de celui qui le donna en
' Il y a n/e Roie\ dam Pédition que Bollandus 'Plantavit, Chronologia praesulum Lodorenstum ,
a donnée de la Fie de S. Fulcrand; mais il faut p. yS.
lire de Béliers avec le manuscrit de Saint-Guillem ^ Ibid»
du Désert 8c l'édition de Pin ntavit. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
* Plantavit, Chronologia praesulum Lodoyensiunij méro CXLII, la 2* charte citée sous ce numéro,
p. 70. * Ibid,
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. aSo "T
y An 1007
échange. La date de ces actes prouve d'une manière très-précise Tépoque du règne du roi Robert & de la mort du roi Hugues, son père.
LIV. — Assemblée provinciale tenue à Urgel. — Etendue de la province
ecclésiastique de Narbonne.
An 1010
L'archevêque Ermengaud assista, le 18 de novembre de Tan loio, à une grande assemblée tenue à Urgel pour l'établissement de la vie canoniale parmi les chanoines de la' cathédrale de cette ville, suivant l'institution que Vempereur Louis le Débonnaire en avoit faite à Aix-la-Chapelle , « Raimond, comte £• c( marquis de Barcelone; Ermessinde, sa femme; la veuve d'Ermengaud , comte tt d'Urgel; son fils Ermengaud encore enfant; Guifred, comte de Cerdagne « 8c sa femme Guisle; Soniarius, comte de Pailhas & ses fils; Ermengaud, tt autre comte de Pailhas; Ermengaud, archevêque de Narbonne; les co-diocé- « sains 6* sujjragans de ce prélat, savoir : Adalbert de Carcassonne, Matfred « de Béziers, Pierre de Maguelonne, Frotaire de Nimes, Etienne d'Agde, « Eriballus d'Uzès Se Raimond de Toulouse ; & enfin ses suffiagans espagnols, « Pierre de Girone, Borrel d'Ausone, Oliba d'Elne, dont Vevêché est en deçà « (m) des Pyrénées y Deusdet de Barcelone 8c Aymeri de Ribagorça » se trouvèrent à cette assemblée 8c confirmèrent la donation qu'Ermengaud , évêque d'Urgel, fit dans cette occasion à ses chanoines. Cet acte nous donne lieu de Éd.orîgîn. remarquer: i^ que la province ecclésiastique de Narbonne comprenoit alors seize diocèses, tant en deçà qu'au delà des Pyrénées, avec celui de la métropole. Il n'est pas fait mention de l'évêque de Lodève , parce que Matfred occupoit alors cet évêché conjointement avec celui de Béziers; 2® que le diocèse d'Elne étoît alors compris dans l'Espagne, quoiqu'il appartînt naturellement à la Gaule & à la Septimanie, par la raison qu'il dépendoit pour le temporel de divers comtes de la Marche d'Espagne, soumis cependant à la souveraineté de nos rois. Ce diocèse renfermoit en effet les trois comtés de Roussillon, de Confiant 8c de Valespir, dont le premier étoit possédé* par Guillabert qui avoit succédé à Wifred ou Guifred, son père. Celui-ci eut un frère appelé Gausfred, auquel les comtés d'Ampurias 8c de Pierrelate, portion du diocèse de Girone, échurent en partage, 8c à qui son fils Hugues avoit succédé alors. Bernard, comte de Besalu, étoit maître du comté de Valespir, 8c Guifred son frère, comte de Cerdagne, de celui de Confiant. Au reste, l'endroit de cet acte où il est marqué^ que le diocèse d'Elne est situé en deçà des Pyrénées par rapport à Urgel est certainement fautif, 8c il faut lire au delà.
On a parlé ailleurs de la plupart des évêques de la Province qui assistèrent à l'assemblée d'Urgel. On ajoutera seulement qu'Erîballus étoit déjà^ évêque d'Uzès dès l'an 994, qu'il se trouva au concile d'Anse dans le Lyonnois, 8c que sous Tépiscopat de Pierre, évêque de Maguelonne, Bernard, comte de Substan-
' Marca Hispaniea, p. 974 8c seq. ' Marea Hispanicaj p. 974 8c seq.
* lèid. p. 968. ^ Martène, Thésaurus anecd, t. 4, p. 78.
";[7I7i7" M° HISTOIRE Gl^ÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII.
tion', donna en ioo5 à Tabbaye de Saint-Michel de la Cluse, en Piémont, l'église de Sainte-Croix auprès de Melgueil. Ce dernier prélat fit, à ce qu'il paroît, un voyage à Rome en ioi3, puisqu'il souscrivit alors à une bulle du pape Benoît VIII en faveur de l'église d'Urgel^.