XCII. — Concile de la province de Narbonne tenu à Girone
De Besalu, l'évêque d'Oloron se rendit à Urgel, où Ermengaud, surnommé de Gerp, comte de cette ville, & sa femme Lucie le reçurent très-bien & l'engagèrent de travailler à la réforme des monastères de leur domaine. Ce légat tint "7 l'année suivante un nouveau concile à Girone, où six évêques de la province de Narbonne se trouvèrent, savoir : Béranger de Girone, Béranger d'Ausone, Raimond d'Elne, Raimond de Rota ou Rode, Pierre de Carcassonne & Humbert de Barcelone, outre Foulques, archidiacre d'Urgel, au nom de l'évêque de cette ville, & Guillaume, évêque de Comminges. S. Bertrand, de la maison de l'IleJourdain dans le Toulousain, ne succéda donc pas à ce dernier en 1073 comme on le prétend. On fit treize canons dans ce concile contre la simonie & le concubinage des clercs, contre leurs fils auxquels on interdit l'exercice des armes, contre les mariages incestueux. Sec. Le onzième canon ordonne que les églises qui auroient été consacrées par des simoniaques, ou à prix d'argent, seroient consacrées de nouveau, 8c que les clercs qui avoient reçu Tordination en donnant une somme, ou des mains d'un évêque simoniaqùe, seroient réordonnés /7ar un évêque catholique, Uordination n est pas
■ De Vie, Histoire de Carcassonne, p. 60. * Catel > Mémoires de l'histoire du Languedoc ,
• Ibid, p. 61. p 780.
'Voyez tome IV, Ifote LXIV, la suite chrono- * Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2,
logique des évêques de Carcassonne. [£. M.] c. 71.
^ DiagOy Histoire des comtes de Barcelonej 1. 2, ' Conciles, édit. Hardouin, t. 11, p. 1673 8c
c 71. SUÎY.
An ,078 396 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.
réitérée par rapport à ces clercs, ajoute le canon, mais la consécration est donnée, parce que rien navoit précédé qui pût être approuvé. Tel étoit alors le sentiment commun. Enfin il est marqué dans le dernier canon que comme on ne pouvoit ôter entièrement les églises aux laïques, il ne leur étoit pas permis du moins de recevoir les oblations des messes 8c des autels & les prémices, 8c Ton feit défensie de rien donner pour le droit de sépulture 8c de baptême.
Le comte de Besalu ne se contenta pas d'avoir chassé les abbés simoniaques de ses États 8c d'en avoir fait élire de légitimés; il travailla* de plus à la réforme de leurs monastères. Dans cette vue, il donna en 1078 ceux de Campredon dans le diocèse de Girone, d'Arles dans le Valespir 8c le diocèse d'Elne, 8c de Saint-Pons surnommé Vallosa, dans le Fenouillèdes 8c le diocèse de Narbonne, à S. Hugues, abbé de Cluny, pour les agréger à sa congrégation, ce qu'il fit entre les mains de Hunaud, abbé de Moissac, son cousin. Le comte déclare dans l'acte qu'il avoit racheté le second de ces monastères, pour deux cents onces d'or, de Guifred, archevêque de Narbonne 8c d'un seigneur séculier, qui le tenoient de lui en fief. Il avoit racheté aussi le dernier, pour cent onces d'or, des mains de Pierre, vicomte de Fenouillèdes, qui l'avoît acquis en fief&L auquel il relâcha un village des dépendances de ce monastère pour en jouir pendant sa vie. Il supprima en même temps tous les mauvais usages que lui ou ses prédécesseurs avoient établis dans ces trois monastères. Il rétablit * au mois de mars de la même année, de concert avec la comtesse Ermengarde, sa femme, celui de Saint-Étienne de Bagnols qui étoit situé dans son comté de Besalu au diocèse de Girone 8c étoit presque abandonné. L'acte est souscrit par Amé, évêque d'Oloron, légat du Saint-Siège, 8c par Frotard, abbé de Saint-Pons de Thomières, son collègue dans la légation.
XCIII. — Divers plaids tenus dans la Gothie 6» le diocèse d'Agde, — Mau
jred ///, évêque de Bé'^iers,
Cet abbé repassa la même année en deçà des Pyrénées, 8c fut un de ceux qui présidèrent alors à un plaid ^ tenu dans la Gothie 8c le diocèse d'Agde, dont voici le sujet. L'abbaye '^ de Conques possédoit dans ce diocèse un lieu Édit. origin nommé Palais, sur lequel Bermond, surnommé d'Agde, seigneur du voisinage, exigeoit divers droits qu'il avoit usurpés. Etienne, abbé de Conques, ayant porté ses plaintes de cette usurpation devant Raimond, comte de Rouergue, & Ermengarde, vicomtesse de Béziers, seigneurs dominans du pays , ceux-ci tinrent différens plaids pour terminer cette affaire; mais les parties n'aj'ant pu s'accorder, elles s'en rapportèrent à la décision de Matfred, évêque de Béziers, de Frotard, abbé de Saint-Pons, 8c de plusieurs seigneurs du pays qui rendirent
^ Marca Hhpanica, p, 462 & îi68. * Voye« tome V, Chartet & Dipl/nncs , nu-
• nid, méro CCLXXV.
' Mabillon, ad ann. 1077, n. 19.
An 1079
leur jugement. Sur le refus que fit Bermond de l'exécuter, le comte Raimond, pour Vy obliger, ravagea ses domaines, ruina ses maisons 8c le dépouilla des biens qu'il possédoit auprès de Palais, dont il donna la possession à labbc de Conques. Enfin Bermond étant décédé peu de temps après, Pierre, son fils, reconnoissant l'injustice de son père 8c craignant de perdre tous ses domaines, s'accommoda avec l'abbaye de Conques, par le conseil du comte 8c de la vicomtesse 8c abandonna entièrement à ce monastère tous les droits que son père avoit exigés injustement à Palais 8c dans ses dépendances, moyennant cinq cents sols de Bé-^iers que l'abbé lui donna avec la viguerte du même lieu qu'il reçut en fief y 8c qui consistoit dans la moitié des droits seigneuriaux sur certains biens. L'accord fut passé le jeudi 2j de Juin, ce qui prouve que ce fut en 1079.
Matfred, évêque deBézîers', dont il est fait mention dans cet acte, fut le troisième de son nom. Il avoit succédé* dès le mois de janvier de l'an 1077 à Béranger, après ^ avoir été auparavant chanoine de la cathédrale 8c ensuite abbé de Saint-Aphrodise. Quant à Bermond 8c à Pierre, son fils, il paroît qu'ils étoient de la maison d'Anduze, mais nous ne saurions marquer précisément leur descendance : peut-être que le premier étoit fils'* puiné d'Almérade, fils aine de Bernard, seigneur ou marquis d'Anduze qui vivoit au commence* ment du onzième siècle.
On voit par ce que nous venons de rapporter que Raimond, comte de Saint- Gilles 8c de Rouergue, jouissoit en 1079, en qualité de marquis de Gothie , de la suzeraineté sur les vicomtes de Béziers 8c d'Agde, 8c que la vicomtesse Ermengarde, veuve de Raimond-Bernard, vicomte d'Albi 8c de Nimes, les possédoit sous son autorité. Ce prince étoit donc alors paisible possesseur des domaines qui avoient appartenu à Berthe, comtesse de Rouergue, sa cousine, 8c Robert II, comte d'Auvergne, s'étoit désisté par conséquent de ses prétentions sur la succession de cette princesse, sa première femme. Nous apprenons, en effet, d'ailleurs^ que la guerre 8c les troubles qui agitoient le Rouergue depuis la mort de Berthe étoient entièrement apaisés en 1079 lorsque Pons, évêque de Rodez, unit l'abbaye de Saint-Amand de cette ville à la congrégation de Saint-Victor de Marseille. Il est encore fait mention^ de ces troubles dans la Vie manuscrite de S« Gauzbert, qui, après avoir embrassé la vie érémitique dans le Vêlai, fonda sous le pontificat du pape Grégoire VII, pour des chanoines réguliers, le monastère de Montsalvi dont il fut le premier abbé 8c qui n'est aujourd'hui qu'une prévôté située dans le diocèse de Saint-^Flour sur les confins de l'Auvergne 8c du Rouergue* Il est rapporté dans cette Vie «que (( la vingtième année du règne du roi Philippe, ou Tan 1079, I^o^^^^ étant
■ Voyez tome IV, Note LVIII, la suite chrono- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nulogique des évêques de Béziers. [E. M.] méro CCLXXVII.
* Gallia CAristiana, noT. edit. t. 2, p. 481 . ' Bonal, Hist. manuse, des comtes de Rodent 1. i,
^ Andoque, Histoire de Béliers, p. 58, c. 20. — Bibliothèque Impériale, fonds français
4 i^ij, n. 2638. — BoUandistes^ t. 6, jnat, p. 723 Bu suit*
— : 3q8 histoire GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.
An 1079 '
i( comte d'Auvergne, 8c Raimond, comte de Rouergue, une grande éiheute « s'étant élevée à Rodez, S. Gauzbert se rendit dans cette ville pour apaiser « le tumulte; que le comte Raimond lui donna en reconnoissance Tabbaye de « Saint-Amand de Rodez pour y établir des chanoines réguliers de son instia tut 5 mais que n'ayant pu réussir, Hugues, évêque de Die & légat du Saint- (( Siège, donna cette abbaye aux religieux de Saint-Victor de Marseille' .» Ce qui convient très-bien avec la date* de cette dernière donation qui fut faite à la fin de la même année.
Guillaume, comte de Toulouse, & Raimond de Saint-Gilles, son frère, dominèrent paisiblement depuis sur presque toute la Province : époque remarquable de l'agrandissement de leur maison. Nous finirons ce livre par cette époque, après avoir ajouté quelques remarques sur les mœurs & le gouvernement des peuples du pays durant le onzième siècle.
XCIV. — Gouvernement &» mœurs des peuples de la Province durant le onjUme
siècle. — Autorité des ducs, des comtes &• du clergé.
Ed.origin. Les grands vassaux du royaume, qui étoient déjà parvenus à une autorité 'P-*4« presque souveraine à la fin du dixième siècle, lorsque le roi Hugues Capet monta sur le trône, s'y maintinrent pendant tout le siècle suivant, & le pouvoir suprême qu'ils s'arrogèrent contribua également au renversement de la discipline ecclésiastique & aux désordres de l'État: ce qui causa un changement total dans le gouvernement. La plupart d'entre eux s'érigèrent en tyrans. Se ne reconnoissant presque d'autres lois que celles que leur ambition Se leur avarice leur dictoient, ils n'épargnèrent ni le sacré , ni le profane. ^' L'Eglise surtout souffrit beaucoup de leurs vexations ; sous prétexte de pa-
tronat, ils soumirent^ les évêchés, les abbayes & les autres bénéfices ecclésiastiques à leur domaine, s'emparèrent de leurs biens, & s'étant rendus maîtres des élections, ils ne promurent aux principales dignités de TÉgliseque leurs proches^, ou des personnes riches dont ils exigeoient des sommes considérables, sans se mettre en peine si les élus avoient la capacité & les qualités requises par les canons. De là cette simonie presque universelle qui fit tant de ravages en France durant ces deux siècles Se dont on rougissoit si peu que les comtes trafiquoient publiquement les évêchés Se les abbayes de leur domaine, &i en disposoient par testament comme de leur patrimoine. Ce désordre dura dans la Province 8c dans le reste du royaume jusques au pontificat de Grégoire VII, qui rétablit enfin la plupart des églises dans leur ancienne liberté en procurant celle des élections.
Après de si grands abus , on ne doit pas être surpris si l'ignorance 81 la
* Bonal, Histoire manuscrite des comtes de Rode^, * Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- 1. 1, c. 20. méros CLXXXI, CXCIX, CCXI.
• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Glaber, 1. 4, c 5 j 1. 5, c. 3, -^ Adhémar de méro CCLXXVII. Chabanais, p. 140, 184, &c.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV. 3qo ~Z
y y An loyjj
corruption des mœurs régnèrent alors dans l'un 8c lautre clergé , & si les ecclésiastiques devenus presque entièrement séculiers s'occupèrent moins à remplir leurs fonctions qu'à vivre dans le plaisir, le luxe & la débauche. La régularité se conserva néanmoins dans quelques monastères, qui, étant immédiatement soumis au Saint-Siège, furent par là à l'abri des entreprises des puissances séculières 8c servirent dans la suite à réformer les autres. Tels furent / ceux de Cluny, de Saint-Victor de Marseille 8c de Saint-Pons de Thomières, dont les congrégations s'étendirent dans la Province sous l'autorité de divers seigneurs, qui, plus religieux que les autres, consentirent à cette réforme, se démirent du droit de nommer les abbés 8c restituèrent les biens usurpés.
D'un autre côté, la plupart des chanoines des cathédrales 8c de plusieurs anciennes abbayes de la Province, qui s'étoient sécularisés, se réformèrent vers le milieu du onzième siècle 8c embrassèrent la vie commune ou l'institut des chanoines réguliers , qui commença ' alors. Ces chanoines ne furent d'abord gouvernés que par des prévôts , tant dans les abbayes où ils furent introduits que dans les cathédrales, en sorte que quand le pape^ Urbain II leur donna en 1098 l'abbaye de Saint-Paul de Narbonne^, auparavant séculière &c gouvernée par un abbé séculier, il marque expressément dans sa bulle que l'abbé leur tiendroit lieu de prévôt. Ce ne fut en effet qu'à la fin du onzième siècle^ qu'on commença à voir des abbés parmi les chanoines réguliers. Quelques-unes de ces réformes ne durèrent qu'autant que le voulurent permettre les seigneurs qui les avoient procurées 8c qui, après avoir rendu aux églises leur ancienne liberté, les tyrannisèrent de nouveau dans la suite 8c s'emparèrent des biens qu'ils leur avoient restitués. De là vient que pour assurer davantage ces restitutions ou les donations qu'on faisoit aux églises, on employoit si fréquemment alors une foule d'imprécations contre les usurpateurs. Enfin les seigneurs ne se firent aucun scrupule de posséder les dîmes, les oblations 8c jusques aux droits purement spirituels des simples églises ou paroisses, de les transmettre à leurs descendans 8c de les donner en fief à des séculiers. Toute la dévotion consistoit presque dans ce temps-là à entreprendre des pèlerinages dans les pays les plus éloignés; les rois, les princes, les nobles 8c le commun du peuple s'en faisoient un devoir de religion.
XCV. — Domaine des grands vassaux. — Fiefs 6» titres de dignité.
Droits seigneuriaux. — Guerres particulières.
Tout le domaine direct ou utile de la Province fut possédé durant le onzième siècle par les grands vassaux ou leurs feudataires, 8c si le règne de nos rois Éd. origîn. n'étoît pas marqué dans la date des chartes, à peine sauroit-on qu'ils conservèrent toujours leur souveraineté sur ce pays. On peut comprendre de là
' Pagi* ad ann. loSp, n. 8 & seq. ' Ruinart, Vie d'Urbain II, n. i83.
• Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. CCCIV. * IbiJ.
jusques à quel point les ducs, les comtes & les vicomtes portèrent alors leur autorité.
Nous mettons ces derniers au nombre des grands vassaux qui dans ce siècle partagèrent le domaine de la Province, malgré le sentiment d'un moderne*, qui prétend que dans le royaume , les vicomtes ne furent mises au rang des fiefs de dignité que vers le milieu du quatorzième. Il est certain en effet que dès le dixième, les vicomtes de Narbonne, d'Albi, Nimes, Béziers, Agde, Polignac. Sec, jouissoient des droits régaliens dans leur domaine, ainsi que les comtes, quoiqu'ils fussent subordonnés à ces derniers. Aussi voyons-nous que les vicomtes sont nommés immédiatement après les comtes dans plusieurs chartes de nos rois & dans diverses bulles des papes de la fin du dixième siècle 8c du commencement du onzième, 8c que dans un grand nombre de monumens* de la Province ou des pays voisins, les vicomtes sont nommés ou souscrivent d'abord après les comtes 8c avant tous les autres seigneurs. Au reste, il paroît que la plupart des vicomtes de la Province s'arrogèrent euxmêmes une autorité presque absolue dans leur domaine j que les comtes ne le leur inféodèrent pas, 8c que ceux-ci tâchèrent seulement d'établir leur suzeraineté sur eux 8c de les rendre leurs vassaux 3.
Parmi les seigneurs, quelques-uns se'* qualifioîent comtor (comtores ou comitores) aU onzième siècle. Ce titre, qui subsiste encore aujourd'hui à l'égard de quelques fiefs du Rouergue 8c du Gévaudan, signîfioit un vassal immédiat du comte, inférieur au vicomte, mais supérieur à tous les autres seigneurs ; en sorte qu'on doit mettre le comtorat au rang des fiefs de dignité. Pour le terme de baron, on ne le trouve employé dans aucune charte de la Province durant le onzième siècle. On le voit à la vérité dans un titre^ du Roussillon de Tan ioîS, mais c'est pour signifier en général les principaux du pays qu'on appeloit aussi bons-hommes {boni homines). Quant aux simples seigneurs, on ne trouve pas que dans tout ce siècle, ni dans le précédent, ils se soient donné dans la Province la qualité de dominas pour celle de seigneur; on se contentoit de les qualifier en général^ seniores, qui signifie la même chose, 8c ils ne prenoient eux-mêmes communément que le simple surnom du château ou du fief dont ils avoient le domaine. Il faut en excepter les seigneurs d'Anduze 8c de Sauve qui dans ce siècle se qualifioient '^ quelquefois princes, marquis, satrapes, 8cc. Les seigneurs de Montpellier furent des premiers • qui prirent la qualité de dominas, ce qu'ils firent à la fin du même siècle.
On ne voit pas non plus que les évêques, les abbés 8c les communautés ecclésiastiques aient pris dans ce temps-là le titre de seigneurs des lieux dont
' Brussel, Usage des fiefs, c. i, p. 692 & suit. ^ Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n.CCLXI.
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numé- -^ Marca Hispanica, p. 268, 260, 1096, 1264.
ros LVI, LVIII, LXIV, LXIX, CLXIV, CLXXXIV, * Marca Hispanica, p. 1040.
CCXXXVII. — Marca Hispanica^ p. 870, 885, 921 , • Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXLVl.
945, 960, 966, 1046, &c. — Besly, Histoire des ^ Ibid, n. CCLXX; S*" & 4*' chartes citées sous ce
comtes de Poitou, p. 433, 8cc. numéro.
> Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CLXXVI. • Ihii. n. CCCIII.
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ils avoîent le domaine; on peut remarquer seulement que les prélats, après s'être enfin délivrés sous le pontificat de Grégoire VII de l'oppression où les comtes Se les vicomtes les tenoient, possédèrent depuis leur domaine en alleu.
Les filles succédèrent non-seulement aux fiefs ordinaires durant le onzième siècle & le suivant, mais encore à ceux de dignité: la Province en fournit divers exemples, entre autres ceux de Berthe, comtesse de Rouergue 8c marquise de Gothie, de Garsinde de Béziers, & d'Ermengarde de Carcassonne.
Les grands vassaux, usant alors d'un pouvoir despotique, exigèrent par la
force divers droits sur les peuples. Ils se maintinrent dans Tusage de lever des
troupes, de venger leurs querelles par les armes, de poursuivre leurs ennemis
& de porter le fer & le feu dans les terres de leurs voisins de qui ils avoîent
reçu quelque insulte. Le droit que s'attribuèrent les particuliers de se foire
raison eux-mêmes par des voies de fait 8c qu'on appeloit^i^, occasionna
une infinité de guerres particulières qui désolèrent tout le pays. De là ce
grand nombre de châteaux 8c de forteresses que les seigneurs construisirent
à l'envi dans leurs domaines pour se mettre à l'abri des entreprises les uns des
autres, 8c les sermens réciproques qu'ils se firent de n'attenter ni à leurs
personnes, ni à leurs biens, mais qu'ils se mettoient peu en peine d'enfreindre
à la première occasion. Enfin ces désordres * étoient montés à un tel excès un
peu avant le milieu du onzième siècle, que le commerce étoit généralement
interrompu 8c qu'il n'y avoit plus de sûreté pour les voyageurs. La grandeur
du mal obligea alors les deux puissances à. se réunir pour tâcher d'y remédier
par l'établissement de la trêve de Dieu dont on a parlé ailleurs &c qui fut
très-mal observée*.
Éd. origin.
t. Il, p. 243.
' Marca, ConcordU^ 1. 4, c. 14. — Pagi, ad ann. 1084, n. 3 } 1041, n. 6 & seq. — Conciles, t. 9, p. 903 & suiy.
* Déjà un synode aTait, en 993, décrété une trèye de Dieu (du Gange) ; mais ce synode n'avait prononcé que des peines canoniques contre les infracteurs de la trêve. Déjà, en 1 004, Guy, évéque du Puy, avait convoqué une assemblée, à laquelle assistèrent les évêques de Toulouse, d'Elne, de Lodève, 8c dans laquelle on défendit aux patres de porter des armes & aux laïques, non-seulement d'usurper les biens ecclésiastiques, mais encore de troubler les laboureurs dans leurs travaux. Ges nourelles décisions de TEglise n'avaient amené aucun résultat avantageux, parce que Ton n'y menaçait encore que des peines canoniques les infracteurs de la paix. Le concile de Touloujes, en ajoutant aux censures de TEglise des punitions temporelles, modéra leur ardeur belliqueuse. La trêve de Dieu dut être observée par tous les chrétiens depuis le coucher du soleil du mercredi jusqu'à son lerer du lundi de chaque semaine de Tannée $ depuis \e lundi avant le earême-prenant, jusqu'au lundi
d'après l'octave de la Pentecôte $ pendant les fêtes & Vigiles de l'Exaltation de la Croix, de la Vierge, de tous les Apôtres, de S. Laurent, de S. Jean, de S. Michel & de S. Martin, la Vigile de la Toussaint & les Quatre-Temps, sous peine d'être condamnés à payer le double du dommage qu'ils auraient causé, à se justifier dans l'église cathédrale par Vipreuve de Veau froide, 8c si un meurtre avait été commis, à l'expier par un exil éternel. Les infracteurs de la trêve auraient dû cesser partout leurs hostilités; on leur enlevait d'ailleurs l'occasion de commettre des crimes aussi fréquents que ceux auxquels ils se livraient avant la tenue du concile : la guerre ne pouvait exercer ses ravages que pendant moins de cent jours chaque année, 8c ces jours se trouvant fort habilement répartis , il paraissait impossible d'exécuter aucune grande entreprise, de tenir longtemps la campagne, de poursuivre pendant plus de trois jours l'attaque d'un poste fortifié. Le concile de Touloujes aurait donc réussi à délivrer la Province du fléau des troubles civils, si des hommes de toute condition n'avaient point, malgré les anathèmcs
ni
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