II. — Principaux seigneurs de la Province
Pour achever de donner ici une idée du gouvernement de la Province en 1079, nous ferons une énumératîon des principaux seigneurs qui, après le comte de Toulouse & Raimond de Saint-Gilles, son frère, en partageoient alors le domaine. Les comtés de Carcassonne 8c de Razès appartenoient à Raimond 8c à Béranger, comtes de Barcelone, leurs frères utérins, qui possédoient aussi le Lauragais, avec divers autres domaines qu'ils avoient acquis de la branche aînée des comtes de Carcassonne. Bernard, comte de Besalu, possédoit le comté de Fenouillèdes, 8c le comte de Cerdagne, son cousin, le Capcîr, le Donazan 8c une partie du Razès. Le comte de Substantion ou de Mauguio, qui étendoit son autorité sur le diocèse de Maguelonne, s'appeloit Pierre 8c avoit épousé la sœur du comte de Toulouse. Le comté particulier du Velai étoit, à ce qu'il paroît, dans la maison des comtes d'Auvergne. Enfin Roger II, comte de Foix, occupoit une partie du Toulousain sous la suzerai-
• Voyer tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-' méros CCXXVI & CCCXVHI. méro CCXVI.
' Ibid, n. CCCXI. ^ Ihid. n. CCXV.
» Voyez tome IV, Notes XVI & XVII. ' Voyez tome I, livre X, n. cvii.
* Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes , nu- ■ Ibid, tiléro CCXX; 8c tome IV, Notes XVI 8c XVII.
j^^ 418 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XV.
neté des comtes de Toulouse. Nous ne parlons pas des comtes de Vienne & de Valence qui étendoient leur domination sur cette partie du Vivarais qui dépend encore aujourd'hui des diocèses de ces deux villes, non plus que des comtes de Comminges. Après ces comtes il y avoit plusieurs vicomtes dans la Province, parmi lesquels Bernard-Aton étoit celui dont le domaine étoit le plus étendu : il possédoit en effet les vicomtes d'Albi, de Nimes, de Béziers, d'Agde, de Carcassonne & de Razès , sous l'administration d'Ermengarde , sa mère. Béranger II , vicomte de Millau & de Cariât, jouissoit des vicomtes de Gévaudan & de Lodève. Venoient ensuite les vicomtes de Toulouse, de Narbonne, de Polignac, de Lautrec, de Fenouillèdes, de Minervois, de Gimoez, &c. Parmi les simples seigneurs les plus distingués étoient ceux de Montpellier, Uzès, Anduze, Sauve, llle-Jourdain, Pierrepertuse , Termes , &c. Enfin les évêques & abbés & les autres seigneurs ecclésiastiques avoient chacun un domaine particulier plus ou moins étendu j quelques-uns, entre autres Tarchevêque de Narbonne, possédoient en tout ou en partie celui de leur ville épiscopale.
III. — Guerre entre Guillaume IV^ comte de Toulouse y £* Gui-Geoffioi y duc
d'Aquitaine, — Le dernier prend Toulouse,
Peut-être que la qualité de duc que prit Guillaume, comte de Toulouse, occasionna quelque différend entre lui & Gui-Geoffroi, dit Guillaume VIII, comte de Poitiers & duc d'Aquitaine, 8c que la guerre qui s'éleva entre eux en fut une suite. Nous savons du moins que le premier' porta ses armes jusques à Bordeaux, qu'il attaqua l'autre & lui tua cent chevaliers des plus distingués de son armée. L'historien qui rapporte ce fait ajoute que le comte de Toulouse attaqua celui de Poitiers par trahison, & que ce dernier en fut si irrité qu'il vint jusques à Toulouse, à la tête de tous ses vassaux, pour en tirer vengeance; . qu'il ravagea les environs de cette ville, qu'il la prit & qu'il la rendit bientôt après. Cet auteur ne marque pas l'époque & les autres circonstances de cet événement dont il parle sous l'an loSç, ce qui a donné lieu sans doute à quelques modernes * d'avancer que Gui-Geoffroi n'étoit encore que comte de Bordeaux dans le temps de cette expédition & qu'ainsi elle est antérieure à Tan io58; mais ils n'ont pas pris garde que l'ancien historien fait entendre qu'elle arriva longtemps après l'an io5g, puisqu'il donne le titre de duc^ Gui-Geoffroi , & celui de comte de Toulouse à Guillaume. Cet événement est donc postérieur à l'an 1061 que celui-ci succéda à Pons, son père, dans le comté de Toulouse.
» Chrontcon MaUeaccnse, p. 210. Le P Ange, Histoire généal. deS pairs de Frence^
* Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 202. — t. 2, p. 5 18.
iV. — Guillaume, comte de Toulouse, fait un voyage à Rome, — Il se déclare
le défenseur de Vabbaye de Saint^Pons.
La suzeraineté du même Guillaume sur le Pérîgord, TAgenois & TAstarac est marquée expressément dans une charte qu'il donna ' en faveur de Tabbaye de Saint-Pons de Thomières & dans laquelle il se qualifie, par la grâce de Dieu, duc &» comte de Toulouse, Alhi, Cahors, Lodève (y Carcassonne. Ce prince qui revenoit alors de Rome où il avoit fait un voyage, ayant logé en passant dans ce monastère, fut si édifié de la régularité des religieux qui Thabitoient, ^-^^ ong»". qu il confirma en leur faveur la donation que Roger II, comte de Foix, leur avoit faite quelque temps auparavant de l'église de Saint-Pierre d'Escousse. Guillaume permit en même temps aux religieux de Saint-Pons, monastère fondé, dit-il, anciennement (y soumis à VKglise romaine, par Pons, duc £» comte des Aquitains, de faire des acquisitions dans les évêchés, comtés & terres de sa domination, ainsi que dans le Périgord, VAgenois 6» VAstarac, & promit d'être à l'avenir leur défenseur. On voit par là qu'il se regardoit non-seulement comme suzerain de ces domaines, mais encore de tout le comté de Foix. La copie que nous avons de ce titre n'est pas datée, mais il est à peu près de l'an 1079. ^^ comte fit cette promesse à la porte de l'église de Saint-Pons, en présence d'Ermengarde , vicomtesse de Bé-^iers, Il s'offrit ensuite lui-^même devant l'autel dédié en l'honneur du Sauveur, de la Vierge, de saint Pons & des autres martyrs & confesseurs dont on conservoit les reliques dans ce monastère, & recommanda enfin son fils Pons aux prières de la communauté.
V. — Raimond &» Béranger, comtes de Barcelone, se réconcilient £• partagent
le comté de Carcassonne.
Raimond & Béranger, qui prenoient la qualité de comtes de Barcelone par la grâce de Dieu, signalèrent* aussi leur piété envers l'abbaye de Saint-Pons, en lui donnant de concert, le 20 de juin de la dix-neuvième année du règne du roi Philippe , ou de l'an 1079, la moitié du château de Peyriac dans le Minervois. Nous comprenons par cette donation que ces deux frères, qui étoient encore brouillés au commencement de la même année, à l'occasion du partage de la succession de leur père, s'étoient alors réconciliés, & qu'ils étoient convenus de ce partage, suivant lequel ils eurent chacun la moitié du comté de Carcassonne & des autres domaines que leur père avoit acquis en deçà des Pyrénées. Leur querelle^ n'étoit pas apaisée en effet le 2 de janvier de l'an 1079, lorsque le pape Grégoire VII écrivit à Béranger, évêque de Girone, pour l'engager, conjointement avec les abbés de Saint-Pons de Thomières, de Ripoll
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Grégoire VII , Kecaei/ i« co/iciitfi, i. lo, 1. 6,
méro CCLXXVIII. efat. lù.
An 1079
8c de Saînt-Cucufat, à les mettre d accord j ainsi il est très--vraisemblable que les deux comtes firent cette donation à labbaye de Saint-Pons, en considération des soins que Frotard , qui en étoit abbé, s'étoit donnés pour les réconcilier.
VL — Guifredy archevêque de Narbonney 6» Raîmond de Saint-Gilles
excommuniés de nouveau.
Le pape dans la même lettre exhorte Tévêque de Gîrone à s'employer avec encore plus d'ardeur qu'auparavant à ramener dans le bon chemin l'archevêque de Narbonne, son frère germain. Il le charge de lui représenter que se trouvant déjà dans un âge fort avancé, il étoit sur le point de paroître au tribunal du souverain juge & d'y recevoir la punition des excès de sa vie passée} il le prie enfin de ne rien négliger pour porter ce prélat à prévenir, par une salutaire pénitence, un châtiment éternel. Guifred, archevêque de Narbonne, insensible à l'anathème dont il avoit été déjà frappé diverses fois, se mettoit dpnc peu en peine de le faire lever, & il se maintenoit toujours dans son siège malgré l'excommunication que Grégoire VII avoit renouvelée * contre lui, en confirmant celle de ses prédécesseurs, au concile assemblé à Rome au mois de mars de l'an 1078. Ce pape, qui l'avoit déposé en même temps de l'épiscopat sans aucune espérance de retour, confirma cette sentence dans le concile suivant *, tenu au mois de novembre de la même année. Il excommunia aussi de nouveau alors le comte de Saint-Gilles, d cause de sa femme, ainsi qu'on l'a remarqué ailleurs.
VII. — Mort de Guifred de Cerdagne, archevêque de Narbonne. — Pierre de Narbonne, évêque de Rode'^, s'empare de son siège.
Guifred, archevêque de Narbonne, fut encore excommunié ^ au concile romain tenu au mois de février de l'an 1079 avec les clercs & les laïques qui tenoient son parti j d'où l'on doit conclure que Béranger, évêque de Girone, son frère, ne put rien gagner sur lui & qu'il mourut dans son péché. Sa raort^ arriva la même année. Il étoit alors âgé d'environ soixante-treize ans, & avoit occupé le siège de Narbonne pendant soixante-trois, puisqu'il n'en avoit que dix vers l'an 1016, lorsque le comte de Cerdagne, son père, acheta cet archevêché pour lui par une somme considérable. Pierre, évêque de Rodez, fils de feu Béranger, vicomte de Narbonne, n'eut pas plus tôt appris la mort de Guifred, qu'usant du crédit qu'il avoit dans cette ville, soit par lui-même, soit par Raimond de Saint-Gilles, qui, à ce qu'il paroît, se déclara son protecteur, il s'en fit élire archevêque, ou plutôt s'empara du siège 5.
' Conciles, t. lo, p. 369. * Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc,
* Ibid. p. 371. p. 781.
3 Ihid. p. 38o. ^ Gallla Christiana, t. 6, col. 38.