‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 194 sur 234 · C. i33. Thésaurus Anecd. t. i, p. 281 & seq · texte numérisé non relu

C. i33. Thésaurus Anecd. t. i, p. 281 & seq

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XV. 53û ~:

y An 1 099

vue il marcha enseignes déployées, & ayant jointje camp des croisés, il se disposoit à attaquer le comte de Toulouse, qui de son côté, averti de ses desseins, s'étoit mis en état de défense, lorsque le comte de Flandres & les autres princes s'étant mis entre les deux armées les empêchèrent d'en venir aux mains 8c firent tant auprès de ces deux princes qu'ils les obligèrent à se réconcilier. Après leur réconciliation, qui se fit de bonne grâce de part & d'autre, le comte de Flandres, le duc de Normandie & le comte de Toulouse déclarèrent à Godefroy qu'ils étoient résolus de.se retirer, à quoi celui-ci consentit enfin avec peine. Ils retournèrent avec lui à Jérusalem poup y prendre le reste de leur bagage & les malades qu'ils y avoient laissés. Ils prirent bientôt après congé de ce prince : ils l'embrassèrent tendrement, & lui de son côté leur témoigna beaucoup d'amitié. Ils partirent ensuite avec toutes leurs troupes au nombre d'environ vingt mille hommes, qui portoient des palmes dans leurs mains . pour marque de leur victoire.

LXXXV. — Départ de Raîmond de Jérusalem, — Il s* arrête à Laodicée 6» se réconcilie avec Boémond. — Retour d*une partie des croisés en Occident.

Les trois princes prirent leur route par les mêmes villes où ils avoient passé en allant à Jérusalem, c'est-à-dire par Ptolémaïde, Tyr, Sidon & Tripoli. Étant arrivés devant Giblet où ils s'arrêtèrent deux jours, ils apprirent que Boémond , prince d'Antioche, par un motif d'avarice & d'ambition, avoit assiégé Laodicée sur l'empereur Alexis, & qu'il la pressoit vivement. Cette ville, située à six milles d'Antioche, étoit venue au pouvoir de l'empereur de la manière suivante. Durant * le siège de cette dernière ville par les chrétiens, une flotte de pirates, auxquels plusieurs chrétiens flamands et frisons s'étoient joints, débarqua dans la terre de Saint-Gilles^ qui étoit du domaine du comte Raimond, & s'associa avec un grand nombre de Provençaux, sujets de ce prince. Ces troupes ayant abordé au port de Laodicée, sous la conduite d'un fameux capitaine nommé Winemand de Bologne, attaquèrent cette ville, s'en emparèrent, après avoir fait passer tous les infidèles qui étoient dedans au fil de l'épée, & la remirent au même Raimond après la prise d'Antioche ; mais ce prince, fidèle observateur du serment qu'il avoit fait à l'empereur, la lui céda aussitôt, & ce dernier l'avoit toujours conservée depuis. La démarche de Boémond étant donc également injurieuse à l'un & à l'autre, les princes lui envoyèrent des ambassadeurs pour le sommer de lever le siège de Laodicée 8c de laisser en paix les Grecs maîtres de cette ville. Boémond reçut très-mal ces envoyés : il leur déclara fièrement qu'il ne décamperoit qu'après la prise de la ville, ce qui fit résoudre les princes à employer la force pour l'y obliger. Ils n'eurent pas besoin d'y avoir recours. Dacbert, archevêque de Pise, que le pape Pascal II

' Albert d'Âix, 1. 6, c. 5i & suiv.

An lopp

Éd. origin.

t. II. p. 326.

venoit de nommer son légat dans la Terre Sainte à la place du feu évêque du Puy, se trouvoit alors par hasard au camp de Boémond : ce prélat avoit débarqué depuis peu au port de Laodicée avec une flotte de Pisans & de Génois que Boémond avoit engagés sous un faux prétexte à l'aider dans le siège de cette place. Le légat n'eut pas plutôt appris l'arrivée des princes auprès de Giblet, qu'il alla en diligence à leur rencontre pour les embrasser; 8c ceux-ci lui ayant fait comprendre l'injustice du procédé de Boémond, il engagea aussitôt les Pisans & les Génois à l'abandonner. Ce prince, se trouvant par là trop foible pour continuer le siège, fut obligé de le lever malgré lui & il décampa pendant la nuit.

Les princes, qui ignoroient sa démarche, s'avancèrent cependant vers son camp en ordre de bataille, dans le dessein de le combattre & de le faire repentir de son refus. Ils apprirent à leur arrivée à Laodicée qu'il s'étoît retiré & qu'il étoit allé camper à un mille. Ils furent reçus avec joie par les habitans qui leur ouvrirent les portes de la ville où ils prirent leur logement. Le comte de Toulouse mit aussitôt cinq cents hommes de ses troupes à la garde de la forteresse & fit arborer son drapeau, qui étoit très^onnu, sur le plus haut de la tour. Il distribua les Gascons dans les autres tours de la ville, & le reste des croisés fut logé dans l'enceinte. Les princes demeurèrent quinze jours à Laodicée pour se délasser de leurs fatigues. Pendant leur séjour, ils envoyèrent des députés à Boémond , tant pour lui faire des plaintes de sa conduite que pour lui offrir leur amitié. Ce prince, touché de cette ambassade, partit d'Antioche, s'avança vers Laodicée & s'aboucha avec les autres chefs qui l'allèrent joindre. Il se réconcilia avec eux , mais surtout avec le comte de Toulouse, à qui il fit beaucoup de caresses. Enfin, après s'être donné réciproquement des marques d'une véritable amitié & avoir passé trois jours ensemble, Boémond retourna à Antioche.

Robert, comte de Flandres*, Robert, duc de Normandie, Gaston de Béarn, Conon de Montaigu &• tous les autres compairs s'embarquèrent quelques jours après (c'étoit à la fin de septembre), au port de Laodicée, firent voile vers Constantinople, où l'empereur leur fit un accueil très-gracieux, & retournèrent enfin dans leurs États. Un célèbre auteur* qui a écrit depuis peu l'histoire de l'ordre de Malte prétend cependant, on ne sait sur quelle autorité, que Gaston de Béarn (dont le nom est corrompu ^ dans les manuscrits sous celui de Gastus de Berdeis) & Conon de Montaigu s'arrêtèrent à Jérusalem après la prise de cette ville, &c qu'ayant renoncé pour toujours à leur patrie, ils prirent l'habit d'hospitaliers dans la maison de Saint-Jean & s'y consacrèrent au service des pauvres Se des pèlerins : mais il est certain, par le témoignage des historiens du temps, qu'ils retournèrent^ l'un & l'autre en Europe.

* Albert d*Aix, 1. 6, c. 60. — Guillaume de Tyr, 1. 9, c. 3 8c i3. — Orderic Vital, 1. 10.

* Vertot, Histoire de Vordre de Malte, 1. 1, p. 47,

' Marca, Histoire de Béarn, 1. 5, c. 6. ^ lèid.

Quant au comte de Toulouse, comme il avoit fait vœu de ne plus revenir dans sa patrie , il demeura en Orient & s'arrêta à Laodicée avec une partie de ses troupes : le reste ou s'embarqua alors dans le même endroit pour repasser en France, ou avoit déjà pris parti avec Godefroy. Guillaume de Montpellier fut' du nombre des derniers, & il servit dans les diverses expéditions que ce roi entreprit tant pour affermir sa domination que pour l'étendre. Il se trouva entre autres au siège d'Assur, que Godefroy fit quelque temps après le départ des princes, & nous n'avons pas de preuves qu'il soit revenu en France avant l'an iio3.

Un ancien historien* donne à entendre que le comte Raimond s'embarqua avec le duc de Normandie & le comte de Flandres, & alla avec eux à Constantinople. Il raconte différemment la manière dont Laodicée étoit tombée au pouvoir dé l'empereur Alexis, lorsque les princes obligèrent Boémond à lever le siège de cette ville, & il prétend qu'elle avoit appartenu auparavant au duc de Normandie. Quoi qu'il en soit, il convient que Raimond s'en assura à son retour de Jérusalem, & il est certain qu'il y fit alors un assez long séjour. Il y reçut^, au mois de novembre de la même année, Baudouin, prince d'Edesse, qui alloit voir à Jérusalem le roi Godefroy, son frère. Raimond l'accompagna dans cette ville, ou du moins il s'y rendit quelque temps après; car il écrivit alors de Jérusalem une lettre'*, conjointement avec Dacbert, archevêque de Pise & légat du Saint-Siège, & le roi Godefroy, au pape Pascal II, pour lui apprendre le succès de la croisade.

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