LIVRE SEIZIÈME
L — Bertrand^ fils (y successeur de Raïmond de Saint-Gilles^ se maintient
dans la possession de ses États.
ERTRAND, fils aîné & successeur de Raïmond de Saînt-Gilles, après
avoir recouvré le comté de Toulouse que Guillaume IX, duo d'Aquitaine, avoit envahi sur lui, jouit depuis tranquillement de ce comté & lAil^Hl^', de tous les autres domaines que le comte son père avoit possédés, 8c que ce prince lui avoit laissés en partant pour la croisade. Nous voyons*, en effet, qu'il se qualifioit vers Tan iioi comte de Toulouse, de Rouergue 6* d^Albigeois, & nous apprenons d'ailleurs qu'il dominoit Tannée suivante le long du Rhône.
C'est ce qui paroît par l'union!^ qui fut faite le 29 de mars de l'an 1102 de l'ancienne abbaye de Saint-Romain d'Aculeia, située sur ce fleuve dans le voisinage de Beaucaire, à celle de Psalmodi, & qu'il autorisa. Le premier de ces deux monastères ne fut plus depuis qu'un prieuré conventuel, qui fut sécularisé en i538 avec l'autre, dont il dépendoit. Les religieux de Psalmodi, devenus chanoines, cédèrent ensuite le prieuré de Saint-Romain à un seigneur séculier dont les successeurs en ont fait un château.
Bertrand, comte de Toulouse, autorisa aussi ^ en 1104 une vente en faveur Éd. origm.
de l'abbaye de Moissac, preuve que ce prince étendoit sa domination sur le
Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
méro CCCXXX. méro CCCXXXIX , la 2« charte citée sous ce
' Ihid. n. CCCXXXIIl. numéro.
An 1 io5
Quercî. Enfin nous avons une donation faite en iio5" à labbaye de Lézat, Bertrand étant comte de la ville de Toulouse, du lieu appelé alors la Salvetat de Saint-Jacques & anciennement Quincian, par Hugues, cardinal, chapelain de Véglise de Compostelle, à la charge que la même abbaye payerait tous les ans à cette église quinze sols monnoie de Tours. Hugues fit cette donation entre les mains dlsarn, évêque de Toulouse, & par ordre de Tévêque de Compostelle nommé Didace, prélat fort affectionné à Tordre de Cluny, doù dépendoit l'abbaye de Lézat, lequel, quelque temps auparavant, avoit passé à Toulouse en allant* à Rome pour y recevoir le pallium des mains du pape Pascal II. Isarn, évêque de Toulouse, netoit donc pas décédé^ en iioo, comme quelques auteurs lont avancé , & Âmélius ne lui succéda par conséquent au plus tôt qu'en no5.
II. — Mariage de Matheline, fille aînée du vicomte Bernard^Aton,
Le vicomte Bernard-Aton revint de la Terre Sainte peu de temps après la mort de Raimond de Saint-Gilles. Il maria, en effet, le ig de décembre de Tan no5'*, Matheline, sa fille aînée, avec un des principaux seigneurs du diocèse de Béziers nommé Arnaud , fils de Guillaume-Alferic 8c d'Engelrade, lesquels lui donnèrent, en faveur de ce mariage, le château de Saint-Nazaire dans le comté de Narbonne, celui de Sauvian dans le comté de Béziers, k outre cela, par préciput après leur mort, celui de Porcian, ce qu'ils possédoient aux environs de la rivière d'Hérault vers l'orient, le château de Tesan, les fiefs qu'ils tenoient du vicomte de Béziers & le village de Saint-Marcel dans le comté de Narbonne. L'acte est souscrit par Agnès de Sauvian, mère d'Engelrade, & par divers seigneurs du pays. La même Agnès, Engelrade sa fille, 8c Guillaume-Alfaric, mari de la dernière, avoient vendu, le 27 de novembre précédent, au vicomte Bernard-Aton & à sa femme Cécile le Éaïubourg de Béziers qui avoit appartenu à Gaucelin-Arnaud.
Ce dernier^ avoit eu d'Engelrade, sa femme, Guillaume-Arnaud de Béliers, mort sans postérité, & Agnès dont on vient de parler. Celle-ci hérita du faubourg vicomtal de Béziers Se épousa le seigneur de Sauvian dans ce diocèse. Elle eut de ce mariage un fils nommé Guillaume, mort sans enfans, & Engelrade de Sauvian , femme de Guillaume-Alfaric, laquelle s'étoit remariée en secondes noces en 1122 ou 11 23, avec Èléa-^ar de Castries, fils d'Ausilie. La même Engelrade eut aussi une fille nommée Agnès qui épousa Gaucelin de Claret.
Il paroît que Guillaume-Arnaud , mari de Matheline , fille du vicomte
* Tome V, Chartes & Diplômei , n. CCCXLI , * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nula i*"' charte citée sous ce numéro. méro CCCXLII,
* Mabillon, ad ann. 1 102, n. 52. ^ Ihid^ n. CCCXCI, la 2* charte citée sous ce nj- ' Voyez tome IV, Note XIX, n. 1 1, méro. — CartuUire de Vaièaye d'Aniane,
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. 56q ~ T
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Bernard-Aton, étoît déjà mort sans enfans en 1122. Nous trouvons en ii58 un Guillaume-Arnaud de Bé':[iers, & en iigo & 1209 Éléazar & Bernard de Bé:[ierSj fils d'Éléazar & d'Adélaïde de Cognas, & Mathieu de Béziers , en qualité de baile de Rostaing de Posquières, qui font hommage du château de Sauvian à l'abbaye d'Aniane.
m. — Voyage d*Aymeri ly vicomte de Narbonney à la Terre Sainte. — Sa
mort. — Son fils Aymeri 11 lui succède.
Aymeri premier du nom , vicomte de Narbonne , mourut dans la Terre Sainte peu de temps avant ou après Raimond de Saint-Gilles. Nous ignorons l'époque précise du départ de ce vicomte pour l'Orient, Nous apprenons seulement qu'il étoit encore dans la Province, en 1 102, par deux actes de Bertrand, archevêque de Narbonne, Par le premier', ce prélat donna, au mois de janvier de cette année, à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières « "plusieurs églises de « son diocèse du consentement de ses chanoines, à la prière de Béranger, « moine de ce monastère, & pour l'amour d' Aymeri, vicomte de Narbonne, « son père, de Mahaud, femme de ce dernier, 8c de leurs fils Aymeri, Guiscard ce & Bernard. » Par l'autre*, Bertrand 8c ses chanoines, voulant rétablir la régularité dans l'abbaye de Saint-Chinian, où elle étoit fort déchue, l'unissent le 19 de mars suivant à celle de Saint-Pons, en présence des évêques Pierre de Carcassonne, Isarn de Toulouse, 8c Godefroy de Maguelonne, ^Aymeriy ^/icomte de Narbonne, de Bernard de Narbonne, 8cc. Ermengaud ^, moine de Saint-Pons, fut élu alors abbé de Saint-Chinian.
Il paroît par ce que nous venons de rapporter, que Béranger, fils puîné d'Aymeri I, vicomte de Narbonne, étoit déjà moine de Saint-Pons dès le mois de janvier de l'an iio3. Son père ne l'offrit^ cependant solennellement dans ^-^^'^i^^x ce monastère que quelques mois après. Aymeri donna a cette occasion, le 29 d'avril de la même année, « à l'abbaye de S3\nt-FonSjJbndée par Pons, comte a de Toulouse, grand duc ou primat d^Aquitaine, tout ce que les religieux « pourroient acquérir dans son domaine, 8c les fiefs qui relevoient de lui, « pour posséder le tout en alleu, 8c enfin la paroisse de Saint-Saturnin de u Bisan, Il fit cette donation avec sa femme Mahaud 8c ses fils Aymeri, « Guiscard 8c Bernard-Raimond, pour la rémission de ses péchés, pour les <i âmes de son père Bernard, de son aïeul Béranger 8c de Pierre-Béranger son « oncle, 8c spécialement pour l'amour de Béranger son fils, que lui 8c sa « femme Mahaud offrent dans ce monastère pour y être religieux. » Bertrand, archevêque de Narbonne, Bernard, vicomte de Minerve, 8c Pierre son fils.
* Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXXXII, ^ Mabillon, ad ann. iioi, n. 26.
la i*"' charte citée sous ce numéro. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
' IhU. n. CCCXXXII, la 2« charte citée sous ce méro CCCXXXVIII. riuméro.
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Raîmond-Étienne de Narbonne, & plusieurs autres des principaux du diocèse souscrivirent à cette donation. Bernard, vicomte de Minerve, offrit* aussi la même année son second fils, nommé Raimond, à labbaye de Saint-Pons, en présence de Pierre son fils, d'Engelbert d'Olargue, Bernard de Durban, Ayric de Minerve, &c.
Ces différens actes font voir qu'Aymeri I, vicomte, & Bertrand, archevêque de Narbonne, vivoient en bonne intelligence en i io3 & peuvent nous donner lieu de conjecturer que le premier, qui s'étoit saisi du domaine de 1 archevêché après la mort de Tarchevêque Dalmace, lavoit alors restitué à Bertrand, successeur de ce prélat. Il paroît cependant qu'Aymeri étoit toujours maître de ce domaine lorsqu'il partit pour la Terre Sainte, ainsi qu'on peut l'inférer d'une lettre que Pierre*, évêque d'Albara & élu' archevêque d*Alep, écrivit, peu de temps après la mort de ce vicomte, à la comtesse Mahaud sa veuve & à leur fils Aymeri. « Le seigneur & amiral Aymeri, dît ce prélat, ayant été atteint « dans cet évêché de la maladie dont il, est mort, nous l'avons été trouver pour « l'exhorter à son salut. Il nous a confessé ses péchés, 8c touché de componcrion, « il a remis à notre discrétion d'ordonner, pour la décharge de sa conscience, « la réparation des torts & dommages qu'il avoit causés depuis longtemps à a Bertrand , archevêque de Narbonne, qu'il avoit fort maltraité, & dont il a « témoigné un grand repentir. Nous vous prions donc, au nom de Dieu S; « pour l'amour que vous devez lui porter, de réparer ces dommages; sinon, tt sachez qu'il en sera quitte 8c que vous demeurerez en votre propre péché. ï»
Quoique cette lettre ne soit pas datée, elle peut servir à fixer à peu près l'époque de la mort d'Aymeri, puisqu'elle est antérieure à la déposition de Bertrand, archevêque de Narbonne, arrivée en 1106, comme nous le verrons bientôt. Il paroît d'ailleurs que ce vicomte n'étoit plus en France au mois de juillet de l'an 1104, car « la comtesse Mahaud 8c Aymeri de Narbonne, son « fils, donnèrent^ alors pour le prix de cent sols, à Jean de la Monnoie, toute tt la monnoie de Narbonne, sans l'assujettir à aucun autre devoir seigneurial c( qu'à celui de reconnoitre leur autorité, avec le pouvoir de fabriquer une a livre de monnoie d'argent par semaine, à perpétuité, 8c permission d'aliéner te ce droit de leur consentement. » Cet acte, qui est souscrit par Guillaume- Raimond de la Redorte, Béranger-Raimond de Narbonne, 8c Raimond, fils de ce dernier, prouve évidemment que Mahaud eut la tutelle de ses enfens pendant l'absence ou après la mort d'Aymeri premier du nom, vicomte de Narbonne, son mari : ce qu'on voit^ encore par la confirmation qu'elle, son fils Aymeri 8c tous les citoyens de Narbonne firent en faveur de la cathédrale Je cette ville, de la donation de la dîme du sel Se du poisson. Enfin « Aymeri àt c( Narbonne 6» la comtesse Mahaud, sa mère^^ confirmèrent, au mois d'avril
' D'Achery, 5/>rcrZ«'^/iifn^ t. lo, p. i63 & seq. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nj-
' Catel , Mémoires pour l'histoire du Languedoc, méro CCLXXXI. p. 187. ' Cjiel, Mémoires pour l'histoire du LoA^arJc:,
' Catel, ihid, p. 78 & suiv.; & p. ôSy. p. 687.
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« de Tan un, en faveur du même Jean de la Monnoîe, d'Ermengarde sa tt femme, & de leurs enfans, le bail de la monnoie de Narbonne, aux condic( tionsdonton a déjà parlé, pour le prix de six cents sols melgoriens & de « cent sols de Narbonne.
Ces divers monumens nous font comprendre ; i^ qu'Aymeri I, vicomte de Narbonne, qui étoit encore dans le pays' au mois d'avril de Tan iio3, ny étoit plus au mois de juillet de Tan 1104; qu'il étoit dès lors parti pour la t^iVp"^'"'. Terre Sainte , & peut-être même déjà décédé, & qu'il mourut du moins au plus tard en 1106 ; 2° qu'Aymeri II lui succéda seul dans la vicomte de Narbonne, à l'exclusion de ses frères, sous la tutelle ou administration de Mahaud, sa mère j 3® que cette tutelle ou administration avoit fini en un, puisque, dans l'acte de cette année, Aymeri II est nommé avant Mahaud, au lieu que dans les précédens il est nommé après ellej 4° enfin que cette dame qui étoit sœur de Boémond, prince d'Antioche, & veuve en premières noces de Rairaond-Béranger II, comte de Barcelone, ne se retira pas en Catalogne immédiatement après la mort du vicomte de Narbonne, son second mari, comme quelques auteurs* l'ont avancé. Au reste elle se qualifie comtesse dans tous ces actes, parce qu'elle avoit épousé un comte en premières noces, dignité dont elle conserva le titre après son second mariage , comme le plus honorable, suivant l'usage du siècle. Quant à celui d'amiral^ que l'évêque d'Albara donne à Aymeri I, vicomte de Narbonne, on croit ^ que le roi de Jérusalem avoit honoré ce dernier de cette dignité dans son royaume. On pourroit croire plus vraisemblablement que Boémond, prince d'Antioche, son beau-frère, la lui avoit conférée dans l'étendue de sa principauté. On peut conjecturer aussi que l'évêque d'Albara n'a voulu lui donner que la qualité d'émir, qui étoit en usage en Orient, & qui signifie seigneur; mais pour mieux juger de la signification de ce terme, il faudroit avoir le texte latin de la lettre de ce prélat dont il ne nous reste qu'une traduction françoise. On a déjà vu qu'Aymeri I laissa quatre fils de Mahaud sa femme, savoir : Aymeri II, qui lui succéda, Guiscard, Bernard-Raîmond, & Béranger. Celui-ci, après avoir pris l'habit monastique dans l'abbaye de Saint-Pons, fijt élu dans la suite abbé de la Grasse & parvint enfin à l'archevêché de Narbonne. Quant à Guiscard & à Bernard-Raimond , nous ignorons leur sort.
IV. — Déposition de Bertrandy archevêque de Narbonne, — Le cardinal Richard, abbé de Saint^Victor de Marseille, lui succède.
Mahaud 8c Aymeri II, vicomte de Narbonne, son fils, n'eurent aucun égard EL la lettre de l'évêque d'Albara & ils continuèrent^ de retenir le domaine de
' Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes , nu- * Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc,
nkéro CCCLXXXVIII. p. 584.
■ Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
c. 79. * méroCCCLXXV,
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rarchevêché de Narbonne jusques au mois de novembre de Tan i io6 que Tarchevêque Bertrand fut déposé de son sîége. Nous connoissons lepoque précise de cette déposition par celle de Télection du cardinal Richard, abbé de Saint-Victor de Marseille, son successeur immédiat, qui étant décédé' le i5 de février, après avoir possédé V archevêché de Narbonne quatorze ans trois mois f/ dix fours, doit avoir été élu par conséquent le 5 de novembre. Or, comme Richard étoit déjà certainement archevêque de cette ville au mois de juillet* de Tan 1107, il fut donc élu le 5 de novembre de Tan 1106 & non en II 07 ou II 08 comme on Ta prétendu.
Nous ignorons le motif pour lequel Bertrand fut déposé j peut-être Taccusat-on de simonie & que la comtesse Mahaud, son ennemie, employa le crédit de Boémond, prince d'Antioche, son frère, afin d'engager le pape Pascal II à envoyer un légat dans la Province pour faire le procès à ce prélat. Nous savons^, en effet, que Boémond alla à Rome en 1 106, qu'il vint la même année en France, accompagné du cardinal Brunon, évêque de Segnî, légat du Saint-Siège, 8c que ce dernier se rendit vers le même temps à Toulouse^, où il exerça sa légation 8c décida un différend qui étoit entre les religieux de Moissac 8c ceux du Mas-Garnier.
Richard , lorsqu'il fut élu archevêque de Narbonne, étoit actuellement légat en Espagne, où le pape Grégoire VII, qui l'avoit élevé au cardinalat, Tavoit envoyé. On a dit ailleurs qu'il étoit fils de Richard II , vicomte de Millau 8c de Gévaudan, 8c qu'il avoit succédé en 1079 ^ Bernard, son frère, dans l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, où ils avoient pris l'un 8c l'autre l'habit monastique. Richard rend lui-même témoignage ^ que le pape Pascalll l'accorda aux vœux du clergé 8c du peuple de Narbonne, qui l'élurent unanimement pour leur archevêque, après la déposition de Bertrand. Au reste, il est remarquable que ce prélat, depuis sa promotion à cet archevêché, ne prit plus le titre de cardinal, comme nous le prouverons dans la suite.
V. — Le pape Pascal II vient dans la Province &• confirme les privilèges de Véglise de Narbonne. — Nouvelle église de Saint-Gilles.
Pascal II confirma cette élection peu de temps avant son arrivée en France, où il vint à la fin de l'an 1106. Ce pape étoit en chemin pour s*y rendre, Éd.origîn. lorsqu'il confirma^ à Parme, le 2 de novembre de la même année, Hugues, '*** ^ ■ abbé de Saint-Gilles dans la vallée Flavienne, dans l'autorité qu'il avoit sur le monastère de Saint-Gilles de Sémichen en Hongrie, fondé pour des François, vers l'an 1078, par le roi.Ladislas qui y avoit été inhumé. Pascal approuva
' GaUia Chri$tiana,x, i, p. $76. — Mabillon, ad ^ Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes , no-
ann. 1 108, n. 69. méro CCCLXI.
* Conciles, t. 10, p. 670 & »uiv. * Ihid, n. CCCLXXV.
' Mabillon,ad ann. 1 106, n. 7. — Pagi,ad Ltin. ' Baluze, Mi scella nea, u 2, p. i83. — Mabillon,
f 104, n. lo} ad ann. 1 106, n. 7. ad ann. 1078, n. 48.
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HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. SyS
en même temps tous les privilèges que ce prince avoit accordés en faveur de cette dernière abbaye, qui suivoit sans doute la réforme de Cluny, puisque celle de Saint-Gilles sur le Rhône, dont elle dépendoit, lavoit embrassée *.
Hugues*, abbé de Saint-Gilles, vi voit encore en 11 16. Pierre-Guillaume, qui en étoit religieux & bibliothécaire, lui dédia alors un traité qu'il avoit composé sur les miracles de ce saint. L'auteur marque dans cet ouvrage qu'on jeta la même année les fondemens d'une nouvelle église, parce que l'ancienne n'étoit pas assez grande pour contenir l'affluence des pèlerins qui venoient de toutes parts à ce monastère. Outre cette église, dédiée sous l'invocation de S. Gilles, il y en avoit deux autres, savoir : celle de Saint-Pierre, destinée pour les religieux, dont le chœur contenoit quatre-vingts stalles, & celle de la Vierge. Les fondemens de la nouvelle église furent jetés le lundi dans l'octave de Pâques de l'an 11 16, suivant une inscription qu'on lit encore sur la muraille. C'étoit une des plus belles de toute l'Europe} mais les calvinistes en détruisirent la meilleure partie en iSôz 8c 1622. Reprenons le voyage de Pascal II en France.
Ce pape célébra^ à Cluny la fête de Noël de Tan 1 106, & y séjourna jusques ■
au mois de février. Il parcourut ensuite diverses villes de Bourgogne & tint, "*'®7 au mois de mai suivant, un concile à Troyes, où il donna une bulle ^ le 28 de juin, en faveur de l'abbaye de Saint-Pons de Thomières. Il partit bientôt après de cette ville, traversa le Bourbonnois, passa à Sauxillanges sur les confins de l'Auvergne, arriva dans le Vêlai sur la fin de ce mois 8c se rendit à Privas dans le Vivarais. Ilyconfirma^, le i3 de juillet de l'an 1 107, Richard, archevêque de Narbonne, 8c les successeurs de ce prélat, dans la possession des biens de cette église jitués dans les comtés de Narbonne, de Béziers, Razès, Substantion 8c Nimes, entre autres de l'église de Saint-Paul, ie la moitié du comté de Narbonne, 8c des droits que le comte y exigeoit. Pascal ordonna en même temps que les évêchés de Béziers, Carcassonne , Toulouse, Elne, Agde, Lodève, Maguelonne, Nimes 8c Uzès seroient toujours soumis à la métropole de Narbonne, qu'il confirma dans sa primatie sur la seconde Narbonnoise, ou métropole d'Aix, ainsi quil avoit été ordonné par ses prédécesseurs.
Le pape ayant passé le Rhône à Valence quelques jours après, termina un différend^ qui étoit entre les abbés de la Chaise-Dieu 8c d'Aniane, au sujet du monastère de Notre-Dame de Goudargues, au diocèse d'Uzès, que chacun prétendoit devoir lui être soumis. Il donna gain de cause à la dernière de ces abbayes, sur le rapport que lui firent de cette affaire le cardinal Richard, évêque d'Albano, quatre autres évêques parmi lesquels étoit Gautier de Maguelonne, 8c six cardinaux dont trois étoîent prêtres 8c trois diacres, auxquels il en avoit renvoyé l'examen. Il fit encore quelque séjour aux environs
• Baluze, Miscellanea, t. 7, p. i33. * Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXLVIIt.
* Mabillon, ad ann. 11 16, n. i3i. ^ Mabillon, Annales, ad ann. 1107, n. 42 8c 3 /^ii. ad ann. 1 106, n. ij ad ann. 1107,11.26. p. 676$ ad ann. 1 1 14, n. 82^ & append. p. 6^3
^ Chronologie des ahbés de Saint-Pons, p. 20. & seq. '
du Rhône & se trouvoit à Aiguebelle dans le diocèse de Saint-Paul-Trois- Châteaux, à deux lieues de Viviers, le 3 d'août j mais il repassa bientôt après les Alpes & retourna à Rome.
VI. — Différend entre Raimondy comte de Substantîon (y Godefroy^ ivêque
de Maguelonne. — Gautier, successeur de ce dernier,
Gautier, évêque de Maguelonne, avoît donc succédé à Godefroy, son prédécesseur, dès Tan H07 & non pas seulement en 1108 ou 11 10, comme quelques auteurs' l'ont avancé. Nous savons d'ailleurs* qu'il étoît, le 9 de mai de Tan iiaS, dans la vingt-deuxième année de son épiscopat; il fut donc élu au plus tard au commencement de mai de l'an 1 104 8c il peut être parvenu à cet évêché dès Tan i io3, ce qui rend très-incertain ce qu'on rapporte du voyage de Godefroy, son prédécesseur, en Syrie, où on prétend qu'il mourut; car il étoit encore dans le pays^ en iio3.
Godefroy avoit eu quelques années auparavant un différend considérable avecRaimond, comte de Substantîon ou de Melgueil. Celui-ci'*, se mettant peu en peine du délaissement que le comte Pierre, son père, avoit fait en feveur t. ii,°p!^46. ^'^ l'église de Maguelonne, de divers droits dont ses prédécesseurs avoient joui sur le domaine de cette église, continuoit de les lever. L'évêque, pour obliger le comte à se désister de ses prétentions, l'excommunia & partit aussitôt pour Rome où il assista^, la troisième semaine après Pâques de l'an 1099, à un concile qui s'y tint alors. Raîmond, souffrant impatiemment de se voir excommunié, suivit^ bientôt après Godefroy, accompagné de la principale noblesse du pays. A son arrivée à Rome, il se présenta devant le pape Urbain II & lui demanda l'absolution de son excommunication. L'évêque de son côté plaida sa cause, 8c le comte ayant été convaincu d'avoir violé le testament de son père, s'avoua coupable, fit hommage au pape de son comté en présence de toute la cour romaine, promit de payer tous les ans au Saint-Siège une once d'or de redevance, conformément à ce testament, 8c renonça à tous les droits qu^l avoit exigés jusques alors sur l'église de Maguelonne. Raimond confirma toutes ces choses, au mois de septembre de la même année, après son retour en France, 8c étant peu de temps après sur son départ pour le pèlerinage de Saint-Jacques en Galice , il renouvela ses promesses, choisit sa sépulture dans l'église de Maguelonne, à Vexemple de son père, 8c abandonna aux chanoines l'église de Saint-Côme, au sujet de laquelle ceux-ci avoient un différend avec l'abbaye d'Aniane.
' Gariel, Séries praesulum Magaîonensium, p. 94, ' Gariel, Séries praesulum Magalonenstum,^. ()i'
1^ éd. — Arnaud de Verdale, dans Gariel, Séries ^ Voyez tome V, Chartes & DiplSmes, nu-
praesulum Magalonensîum , p. 799 & 801 ; 8c dans méro CCCXX VI. -—Arnaud de Verdale, dans Gariel,
Pourrage de M. Germain , Maguelone sous ses éyé~ Séries praesulum Magalonensîum, p. 8oo.
^ucs & ses chanoines, * Bertold, ad ann. 1099.
" Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCI. • Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXXVI.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. SjB
On loue beaucoup Godefroy, évêque de Maguelonne, d'avoir * réformé sa cathédrale, où il établit les chanoines réguliers, & d'avoir rendu l'ancienne liberté à son église, soit en ôtant aux seigneurs séculiers les biens dont ils s'étoient emparés sur elle, soit en obligeant les comtes de Substantîon à se soumettre â leur tour (yersis vicibus) aux évêques : preuve qu'avant son épiscopat les comtes regardoient ces prélats comme leurs feudataires.
Gautier, successeur de Godefroy, avoit été auparavant* jo/i élève, c'est-àdire qu'il avoit été sans doute chanoine de Maguelonne. Il étoit né^ à Lille en Flandres, &il n'est pas différent de JValteruSy à qui on attribue une collection sur les Psaumes, & que certains auteurs^ font évêque d'une prétendue ville de Maguelonne dans les Pays-Bas, laquelle n'a jamais subsisté. Gautier n'est pas l'auteur de cet ouvrage intitulé les Fleurs des Psaumes : ce fut Letbert, chanoine de Lille, & ensuite abbé de Saint-Ruf d'Avignon, qui le composa, comme il est marqué dans une préface que Gautier lui-même y ajouta^ & qu'il adressa à Robert, prévôt du chapitre de Lille, son parent; ainsi c'est mal à propos qu'on le lui donne dans quelques manuscrits^. Gautier étoit cependant très-capable d'un tel ouvrage, car il joîgnoit à beaucoup de piété & d'érudition une grande application à l'étude de l'Écriture sainte, comme il paroît par la lettre que lui écrivit^ le cardinal Brunon, évêque de Segni, qu'il avoit connu à Rome 8c avec lequel il étoit fort lié d'amitié.
VII. — Différend entre V archevêque 6» le vicomte de Narbonne. — Dou-^ième
concile de cette ville.
Le temporel de l'église de Narbonne étoit dans un très-grand désordre, lorsque Richard de Millau fut promu à l'archevêché de cette ville. Les vicomtes^ en détenoient toujours la plus grande partie & les châtela^ins & les viguiers^, préposés à l'administration des châteaux 8c des villages qui en dépendoient, se les étoient appropriés. Richard n'eut pas été plutôt élu, qu'il se mit'*" en état de se faire restituer tous ces domaines, 8c ayant trouvé
An 1107
' Arnaud de Verdale, dans Gariel, Séries praesw lum Magalonensium, p. 797.
* liiJ. p. 801.
3 Analecta, t. i, p. 289 & seq. — Pagi , ad ann. I 102, n. 5*
^ Gariel, Séries praesuîum Magalonensium , p. 94. Gallia. Christiana, t. 3, p. 667.
* Outre PouTragc de Letbert ou Lietbert, chanoine de Lille en Flandres, & ensuite abbé de Saint- I\iif d'Avignon, intitulé les Fleurs des Psaumes, auquel Gautier, évêque de Maguelonne, ajouta une préface, ce dernier composa lui-même un commentaire ou Exposition sur les Psaumes, qu'il tira pour la plupart de Touvrage de Letbert, comme Fa prouvé ^l, de Villebrun, curé de Sainte-Anne de Montj>ellier,dans une dissertation manuscrite qu'il nous
envoya, & qui a paru dans un des Mereures de France \ M. de Villebrun fit cette dissertation à l'occasion d'un manuscrit qui s'est trouvé parmi ceux de feu M. Colbert, évêque de Montpellier, & qui contient le commentaire ou V Exposition sur les Psaumes, par Gautier, évêque de Maguelonne, qui y est qualifié saint. [Note des Bénédictins insérée au t, V, p, 680, de Védit, origin,]
^ Manuscrit de la bibliothèque du roi^ latin, numéro 2492.
' Gariel, Séries praesuîum Magalonensium, p»ç^,
• Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLXXV.
• Cartulaire de l'archeyéché de Narbonne.
'" Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLXXV.
■ Novembre ijig.
An 1 107 '
de la résistance, il eut recours aux armes spirituelles. C'est ce que nous avons lieu d'inférer de la plainte' qu'il porta en 1107 ^^ P^P^ Pascal II, de ce que Pierre, abbé de Saint-Pons, & Raimond, abbé d'Alet, communîquoient avec ceux qu'il avoit excommuniés ou interdits. Le pape écrivit là-dessus aux deux abbés & leur ordonna de se conformer aux décrets du concile de Troyes qu'il venoit de tenir.
Richard* s'accorda dans la suite avec le vicomte Aymeri II qui, s'étant rendu avec la comtesse Mahaud, sa mère, ses officiers {bajulï)^ & plusieurs barons du pays, dans un concile de la province que ce prélat avoit assemblé, lui fit hommage pour les biens qu'il tenoit de l'église de Narbonne. Richard donna alors à Aymeri les mêmes fiefs que Guifred, son prédécesseur, avoit donnés à Béranger, izVaiVi/Z de ce vicomte; mais leur réconciliation ne dura pas longtemps , &c ils se brouillèrent de nouveau à l'occasion du dénombrement de ces fiefs.
VIII. — Hommage de Bernard-Aton, vicomte de Bé-j^iers^ à Varcheveque
de Narbonne.
Éd.origin. Richard eut aussi un démêlé^ au commencement de son épiscopat avec .p. 47. gernard-Aton, vicomte de Béziers Ik de Carcassonne. Ce fut au sujet de l'hommage que le dernier devoit à ce prélat pour divers domaines dépendans de l'église de Narbonne, qu'il possédoit en qualité d'héritier du comte Pierre- Raimond, son aïeul maternel, à qui l'archevêque Guifred les avoit donnés autrefois pour obtenir son secours contre le vicomte Béranger. Bernard-Aton offroit de rendre cet hommage à Richard, mais il vouloit y comprendre le lieu de Capestang, aujourd'hui petite ville du diocèse de Narbonne, ce que larchevêque ne vouloit pas lui permettre. Ils s'accordèrent enfin par l'entremise d'Amélius, évêque de Toulouse, de Raimond, évêque de Carcassonne, & de quelques autres arbitres. Le vicomte se désista de sa demande, 8c l'archevêque, qui étoit son parent (y son ancien ami, lui donna une plus* grosse somme d'argent que ses prédécesseurs n'avoient donnée à ceux du vicomte 6» à son aïeul. En conséquence, Bernard-Aton fit hommage à Richard & lui prêta serment de fidélité contre tous , excepté contre le comte de Toulouscy contrt Alphonse, fils appelé de Raimond, Richard &• Gilbert, 6» ses propres vassaux. Cette clause peut servir à fixer l'époque de l'acte, qui n'est pas daté, car il est postérieur à l'élection de Richard à l'archevêché de Narbonne, arrivée à la fin de l'an 1106, & antérieur à l'an 11 12, car Gilbert, qui y est excepté ave: son frère Richard, étoit alors déjà décédé. Ces deux frères étoient neveux de l'archevêque Richard, & c'est sans doute la raison pour laquelle le vicomte Bernard-Aton ne les comprend pas dans son serment. Quant au comte ai
* Conciles, t. lo, p. 670 & suit. — Chronologie * Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCinV.
dei ahhis de Saint-Pons, p. 20. ' Ihid, n. CCCXLV.
' ' An 1107
Toulouse, dont il ne dit pas le nom, & qu'il excepte, avec Alphonse, fils du comte Raimond, à cause qu'il étoit soumis à leur suzeraineté, c'est une preuve que le premier est le même que Bertrand, fils de Raimond de Saint-Gilles, & que le second étoit alors venu de Syrie en France.
IX. — r Guillaume V, seigneur de Montpellier, amène en France, de la Terre Sainte, le jeune Alphonse-Jourdaîn, fils de Raimond de Saint-Gilles.
Nous apprenons l'époque de cet événement d'un ancien historien', qui assure « que Guillaume de Montpellier, 6» les autres capitaines de Provence, « ayant appris la mort de Raimond de Saint-Gilles, amenèrent dans sa « patrie Alphonse, fils de ce prince, âgé alors d^environ quatre ans. » Le jeune Alphonse, qui étoit né en iio3, passa donc en Europe vers l'an 1107. Cet auteur ajoute que cela se fit sans la participation du comte Bertrand qui n'en fut pas cependant fâché, dans l'espérance qu'Alphonse, son frère, soutiendroit la gloire de ses ancêtres.
Nous comprenons par là que Guillaume V, seigneur de Montpellier, entreprit vers l'an iio5 un nouveau voyage à la Terre Sainte. Il est certain, en effet, que ce seigneur étoit de retour en France après la première croisade, dès le mois de janvier de l'an iio3, puisqu'il passa alors à Montpellier un accord* avec Raimond-Guillaume, évêque de Nimes, & Bernard-Guillaume, /rère de ce prélat, touchant la viguerie 6» la haiïlie de Montpellier, qu'il leur donna en fief, 81 aux descendans du dernier à certaines conditions. On voit par les actes qui furent dressés à cette occasion en quoi consistoient les droits attachés à cette viguerie , Se que le viguier avoit la principale autorité à Montpellier, après le seigneur, dans l'administration de la justice* Guillaume se réserva en même temps la justice des chevaliers {militum) , & la part que sa femme avoit aux plaids lorsque la somme dont il s'agissoit excédoit celle de quinze sols» Ce seigneur donna, outre cela, en fief à l'évêque de Nimes & à son frère le château situé à la porte de Saint-Nicolas de Montpellier, avec plusieurs maisons 81 quelques droits, entre autres sur les fours qui avoient été construits dans cette ville durant la vie de Guillaume, son àieul. Godefroy, évêque de Maguelonne, donna ^ de son côté en fief à Bernard-Guillaume, frère de l'évêque de Nimes, la viguerie de Montpellieret. Ces deux frères étoient, à ce qu'il paroît^, de la race des seigneurs de Montpellier, d'une branche puinée, qui avoit reçu en fief de l'aînée la viguerie de cette ville &c de ses dépendances.
Guillaume V, seigneur de Montpellier, s'accorda ^ vers le même temps avec
■ Guillaume de Malmesbury, 1. 4, c. 2. — Voyez ' Gariel, Séria praesulum MagaUnensium, p. 90,
t. IV, Note L, n. I. inédit.
• Brussel, Usage des fiefs, t. 2, p. 726 & suiv.— ^ Voyez tome IV, Note XXXVII, n. 5.
Voyex tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXXXVI. * Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXXXVII.
ni 37
An 1107 '
Raimond , comte de Substantîon ou de Melgueîl , au sujet des leudes ou péages que ce dernier exigeoit sur les chemins de Montpellier. Raimond promit de ne plus les lever ni sur les juifs, ni sur les chrétiens, 8c les donna en x%%^^% fief à Guillaume, avec promesse, tant envers ce seigneur qu'envers Raimond- Guillaume, évêque de Nimes , 8c Bernard-Guillaume, frère de ce prélat, d'accorder une entière sûreté aux habitans de Montpellier qui viendroient à son château de Melgueil.
Au reste, nous ignorons si Guillaume V alla rejoindre Raimond de Saint- Gilles du vivant de ce prince, ou s'il entreprit seulement après sa mort le voyage de la Terre Sainte pour en ramener Alphonse. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il donna en cela un témoignage d'amitié 8c d'attachement à la mémoire du père de ce jeune prince, auquel il avoit toujours été lié très-étroitemem. Quanta Elvire de Castille, veuve de Raimond, nous ne savons pas si elle étoit alors décédée, ou si jelle repassa en Europe, car il n'est plus feit mention de cette princesse depuis la mort du comte son époux.
X. — Le comté de Rouergue échoit en partage à Alphonse-Jourdain,
Il paroît qu'après le retour d'Alphonse-Jourdain de la Terre Sainte, Bertrand, comte de Toulouse, son frère, lui céda le comté de Rouergue, si Raimond de Saint-Gilles, leur père, n en avoit déjà disposé avant sa mort en &veur de ce jeune prince : c'est ce que nous inférons d'un acte' par lequel a Aymcri U, a vicomte de Narbonne, promet au vicomte Bernard-Aton de ne pas lui ôter c( les villes de Béziers, de Carcassonne, Agde, Nimes, Razès 8c Albi, & ses c( autres domaines, 8c de l'aider contre tous, excepté contre l'archevêque de « Narbonne, le comte de Toulouse, le comte de Rode^, le comte de Besalu,Sc tt les deux frères Gilbert 8c Richard. » Cet acte n'est pas daté j mais il est antérieur à la mort de Bernard, dernier comte de Besalu, arrivée en 11 11; ainsi il esta peu près de l'an 1107. Il est évident que le comte de Rodje\,Q\i plutôt de Rouergue, dont il est fiait mention, doit être différent du vicomte Richard qui acquit le comté de cette ville des comtes de Toulouse, puisque celui-ci y est nommé séparément. Il fistut donc que le vicomte de Narbonne ait voulu désigner par ce titre le jeune Alphonse-Jourdain, à qui le comté de Rouergue sera échu, comme au puiné, conformément aux partages précédens faits entre les princes de la maison de Toulouse.
XI. — La ville de Carcassonne se soumet au comte de Barcelone. — Le
vicomte Bernard^Aton la reprend.
Bertrand, comte de Toulouse, marcha* vers le même temps au secours du vicomte Bernard-Aton, son vassal. Voici à quelle occasion.
' Tome V, Chartes & Dij^lômes, n. CCCXLVI. • Voyez tome IV, Uote XLVL
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. biq ~
^ y An 1 107
Nous avons remarqué ailleurs^ que ce vicomte avoît promis avec serment à
Raimond-Béranger III, comte de Barcelone, de lui restituer la ville 8c le
comté de Carcassonne, lorsque ce prince seroit fait chevalier, c'est-à-dire
quand il seroit parvenu à sa majorité. Raimond-Béranger, ayant atteint l'âge
de quatorze ans à la fin de l'an 1096, demanda* alors cette restitution j mais le
vicomte ne fit aucun cas de sa demande. Le comte, qui n'étoit pas en état de
se venger de ce refus, dissimula pendant quelques années : il pratiqua enfin
une intelligence dans Carcassonne dont la plupart des habitans, qui lui étoient
entièrement dévoués, se soumirent à son obéissance 8c secouèrent le joug du
vicomte. Ce dernier, se voyant chassé de cette ville, résolut de la reprendre :
il implora la protection de Bertrand, comte de Toulouse, son suzerain, à qui il
renouvela l'hommage pour le comté de Carcassonne, 8c qui l'aida de toutes ses
forces. Bernard-Aton mit aussitôt le siège devant la place; 8c comme les
assiégés n'avoient aucun secours à attendre du comte de Barcelone, à cause
que ce prince avoit la guerre à soutenir contre les Sarrasins, ils capitulèrent
enfin 8c se rendirent au vicomte, à condition qu'ils ne souffriroient aucun
dommage, ni dans leurs personnes, ni dans leurs biens; ce que Bernard-Aton
leur promit par serment. En conséquence, les chevaliers, les bourgeois^ 8c les
autres habitans de Carcassonne jurèrent fidélité à ce vicomte, â sa femme &•
à ses fils; mais Roger ^, son fils aîné, viola bientôt après ses promesses. Ce
seigneur, âgé alors d'environ dix-huit à vingt ans, n'eut pas plutôt appris que
la ville s'étoit soumise à son père, qu'il y accourut, fit emprisonner de son
autorité les principaux habitans, 8c après leur avoir fait arracher les yeux 8c le
nez 8c les avoir fait eunuques, il les chassa honteusement du pays. Ces
malheureux se réfugièrent auprès du comte de Barcelone, qui tâcha de les
consoler dans leurs malheurs. Ce prince, extrêmement irrité de cet attentat,
résolut aussitôt d'en tirer vengeance ; mais il fut obligé de la différer parce que
les Arabes ou Mahométans menaçoient ses États d'une prochaine irruption ; xfï\%]!Î%
ainsi Bernard-Aton demeura paisible possesseur des comtés de Carcassonne 8c
de Razès, dont il ne prit cependant toujours que le titre de vicomte.
Xll. — Retour de Roger II, comte de Foîx, de la Terre Sainte.
Roger II, comte de Foix, revint peut-être de la Terre Sainte avec le jeune •
Alphonse-Jourdain. Nous n'avons du moins aucune preuve qu'il ait été en Occident depuis l'an logS, qu'il vendit^ une partie de son domaine pour le voyage de Jérusalem, jusques en 1108 qu'il restitua, avec son fils Roger, moyennant quatre-vingts sols, monnoie de Toulouse, au monastère de Notre- ZDame d'Alet, les droits injustes qu'il exigeoit dans un village de son domaine
■ Voyez dans ce volume, livre XV, n. xviii. ** Voyez tome V, Chroniques, n. VI.
' Voyez tome V, Chroniques, n. VI. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
5 Tome V, Chartes & Diplômes , n. CCCXLVII, méros CCCX & CCCXLIX.
An 1108
An I io8
58o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI.
qui avoît été donné à cette abbaye par Roger, comte de Carcassonne. On voit par là que Roger II, qui en logS n'avoit pas d'enfans" deSicarde, sa première femme, avoit en iio8 un fils de Stéphanie ou Étiennette qu'il avoit épousée en secondes noces. L'acte de cette restitution est daté simplement de Van 1108, sous le règne du roi Philippe^ ce qui prouve qu'il est antérieur au 3 d août de la même année, jour de la mort de ce prince.
XIII. — Bertrand, comte de Toulouse, se dispose à son expédition de la Terre Sainte, — Raimond, comte de Melgueil, son cousin, se prépare à le suivre,
Louis sixième du nom , surnommé le Gros, que Philippe son père avoit associé à la royauté quelques années auparavant, lui succéda ; mais il fut à peine sur le trône, que la plupart des grands * vassaux du royaume, entre autres le roi d'Angleterre, comme duc de Normandie, & les ducs d'Aquitaine & de Bourgogne refusèrent de lui rendre hommage. Il n'est point dît que Bertrand, comte de Toulouse, ait été de ce nombre. Le dessein qu'avoit ce dernier de passer bientôt en Orient l'obligeant à laisser ses États en paix, le porta sans doute à se soumettre des premiers. Le comte de Barcelone envoya de son côté ^„ ,j des ambassadeurs à Louis le Gros au commencement de l'année suivante, tant pour reconnoître sa souveraineté que pour implorer sa protection contre une nuée d'infidèles qui étoient venus d'Afrique en Espagne , s'étoîent approchés à deux ou trois journées de sa capitale &c désoloient le pays. Quoique le roi fût en guerre avec divers seigneurs de France , il promit de marcher au secours de ce prince, en reconnoissance de sa fidélité. Se pour se disposera cette expédition , il fit la paix avec quelques-uns des grands vassaux du royaume qui lui étoient rebelles, & qui enfin lui rendirent hommage. 11 conclut une trêve avec les autres 8c leur accorda un délai pour s'acquitter de ce devoir j il ne paroît pas cependant qu'il ait passé au delà des Pyrénées.
Bertrand, comte de Toulouse, dans le dessein d'aller, à l'exemple de son père, consacrer le reste de ses jours à faire la guerre aux infidèles dans la Terre Sainte, disposa toutes choses pour son départ. Afin d'éviter les périls que ce dernier avoit courus en prenant sa route par terre, il résolut^ de faire le voyage par mer, & fit équiper une flotte à Saint-Gilles sur le Rhône, où il # donna rendez-vous à la noblesse de ses États, qui voulut bien le suivre. Nom
ignorons les noms des seigneurs de la Province & des pays voisins qui sengagèrent dans cette nouvelle croisade ; mais il y a lieu de croire que Raimond, comte de Melgueil ou de Substantion, cousin germain de ce prince, fut du nombre. Nous avons ^, en effet, un testament qu'il fit vers le même temps,
• Voyez tome IV, 'Note XXII, n. 2. ' Albert d*Aix, 1. 1 1, c. 3.
* Chronicon S. Pétri Fivi. — D'Achery, Spicile- * D'Achery, Spicilegtum, t. 9, p. i35. — Garit ^fum, t. 2, p. 753 & seq. — Marca Hispanica,p, ^f^ Séries praesulum Magalonensium , 1^ édit. p< y & seq. & seq.
An 1 1 09
étant sur le point de partir pour Jérusalem. Raîmond donne par cet acte à 1 église de Maguelonne, en cas qu'il vînt à décéder dans le voyage & que son fils mourût sans enfans légitimes, les droits qu'il avoît sur les salines & sur le port le long de la mer. Il laisse après sa mort l'administration des biens de son fils à sa femme, à condition qu'elle vivroit en viduîté j sinon il lui donne dix mille sols melgoriens, outre son douaire {sponsalitium). Il met son fils sous la tutelle de sa mère, c'est-à-dire de Vaïeule de ce jeune seigneur. Enfin il fait divers legs à plusieurs de ses vassaux, sur la monnoie de Melgueil qu'il avoit engagée pour la somme de treize mille sols. Raimond ne marque dans cet acte ni le nom de sa mère, ni ceux de sa femme &c de son fils, que nous connoissons d'ailleurs. La première, appelée Almodis, étoit sœur' de Raimond de Saint-Gilles ; la seconde s'appeloit Marie , mais nous ne savons pas son extraction. Quanta son fils, il se nommoit Bernard. Enfin Raimond fait mention dans son testament de sa sœur^ kdèle^ fimme de Pierre du Puy.
XIV. — Pons, abbé de Cluny, frère de Raimond, comte de Melgueil.
Pons*, qui fut élu abbé de Cluny quelques jours après la mort de S. Hugues,
son prédécesseur, arrivée le 29 d'avril de l'an 1 109, étoit frère du même comte ^^^ °"^^^
de Melgueil. On lui donna au baptême le nom de Pons, qui étoit celui du
comte de Toulouse, son aïeul maternel^ j ses parens l'offrirent, étant encore
en&nt, à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières, où il prit l'habit monastique.
Il avoit atteint à peine l'âge d'adolescence qu'il fut élu évêque; mais le pape
Pascal II, qui étoit son parrain, s'opposa à sa promotion à l'épiscopat 8c le mit
entre les mains de S. Hugues, abbé de Cluny, qui le fit élever sous ses yeux
dans ce célèbre monastère, oîi Pons fit une nouvelle profession. Ce pape,
appelé auparavant Raynier, l'avoit tenu sur les fonts, lorsque, étant cardinal &
légat du pape Grégoire VII en Espagne 8ç dans la Narbonnoise, il en exerçoit
les fonctions dans cette dernière province. On prétend^ que Pons fut prieur
de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, dépendante alors de celle de Cluny.
Ce qu'il y a de vrai, c'est que l'espérance que les religieux de la dernière
conçurent de son bon naturel & de son éducation les porta, quoiqu'il fût
encore fort jeune, à l'élire pour leur abbé^. Le portrait que fait de lui un
auteur contemporain^ est, en effet, des plus avantageux, a Pons, fils du
«t comte de Melgueil , dit cet auteur, & filleul du pape Pascal , par l'ordre
ce duquel il avoit été élevé à Cluny, étoit encore jeune lorsqu'il en fut élu
a abbé. Il étoit d'une taille médiocre, d'un naturel docile, gai & affable, mais
■ Voyez tome IV, Uote XXXVI, n. 6. * Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 4 & suit.
* Bibliotheea Cluniacensls, p. 55i & seq.j p. i3io ^ Geoffroi du Vigeois, dans Labbe, Bitliotheca
3c seq. — Orderic Vital, 1. 1 1 , p< SSç ; 1. 12, nova manuscr, t. 2, p. 298. p. 861. — Iperius, Chronic. S, Berttni, dans Mar- * Orderic Vital, ad ann. 1 1 19.
•cène. Thésaurus Anecd. t. 3, p. 6o5. -* Geoffroi du ' Ihid.
Vî^tfois, c. 42.
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« formé à la vertu. Il avoit le teint blanc & un très-beau visage, & il netoli « pas moins recommandable par sa naissance que par ses mœurs, car il « appartenoît par le sang aux rois & aux empereurs; enfin il étoit très-bien « instruit dans la piété 8c dans les lettres. » Pons nous fait connoître luimême l'ancienneté de sa noblesse, quand il marque dans les lettres de la société ' de prières qu'il établit entre son abbaye de Cluny & celle d'Aniane, qu'il étoit parent des fondateurs de la dernière. Il étoit donc de la race de S. Benoît d'Aniane, fils d'un comte de Maguelonne ou de Melgueil; ce qui remonte jusques au règne de Pépin le Bref, & au temps même des rois visigoths qui avoient régné dans la Septimanie *.
Pons^ fut béni abbé de Cluny le 9 de mai de l'an 1109 par Guy, archevêque devienne, qui fut ensuite pape sous le nom de Callixte II. Il reçut la même année deux donations faites à son monastère, l'une par Judith, sa tante^j veuve de Robert, & mère de Guillaume, comte d'Auvergne, laquelle lui donna entre autres une somme pour acheter une vigne dont on pm recueillir de bon vin pour le sacrifice de la messe, & l'autre par Hugues de Lusignan, son cousin germain^ ^ & ses deux fils Hugues & Roger. Âmèlius, évêque de Toulouse, donna ^ de son côté en 11 10 à l'abbaye de Cluny, du consentement de son chapitre, l'église de Sain te -Colombe, située dans h Toulousain &» le pays de Chercorh, auprès de la rivière de Lhers, Pierre- Raimond, frère de ce prélat Se sa femme Adèle, sœur du même Pons, abbé de Cluny, rendirent alors à cette abbaye tous les biens de l'église de Sainte-Cclombe dont ils étoient en possession &c y offrirent leur fils Guillaume, encor; enfant, pour y être religieux. L'acte est daté de Sainte-Eulalie, près de Carcas sonne, & souscrit par Raimond, archevêque d'Auch, Isarn, prieur de Frédela; 8c le vicomte Bernard-Aton, qui restitua en même temps à cette église tous les biens qu'il avoit usurpés sur elle. Nous apprenons par là que Pierre du ?uy mari d'Adèle de Melgueil, avoit ses domaines dans la partie méridionale k Toulousain vers le comté de Foix. Ainsi il est fort vraisemblable qu'Amèlius, évêque de Toulouse, son frère, est le même qu'Amélius auparavant abbé' de Foix, 8c prieur de Frédelas ou Pamiers. Ce prélat consentit*, avec son chapitre, à la donation que Gérard, commandeur de l'hôpital de Notre-Dame de la Daurade de Toulouse, fit à l'abbaye de Cluny, de l'église de Notre-Dame de la Dalbade dans la même ville.
Pons de Melgueil se comporta avec beaucoup de sagesse 8c de modestie durant les premières années de son gouvernement, & se distingua dans diffê-
' Bibl, Cluniaeensis, p. 55i & seq. ^ Mabillon, ' Bihliotheca Cluniacensis, p. 55 1 & s«q. — Cet-
ad ann. 1109, n. 75. — GaUia Christiana , nov. ciles, t. ic, p. 846. edit. t. 4, p. 1 134 & seq. ■• Amita, Voyez tome IV, Note XXXV'I, n. ^&
' Cette assertion du savant bénédictin ne peut suiv. éTideminent être prise au pied de la lettre; elle ne * Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 5.
repose, en eiTet, que sur Pautorité de l'abbé Pons, ' Bihliotheca Cluniacensis, p. 578.
qui peut fort bien s*étre fait illusion lui-même sur ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXXl
sa propre origine. [E. M.] * Bihliotheca Cluniacensis, p. 578.
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rentes négociations importantes. Il s'employa entre autres pour rétablir la paix entre le sacerdoce & l'empire, 8c faire cesser les disputes que les prétentions réciproques des papes & des empereurs avoient fait naître. Pascal II lui écrivit ' diverses fois 8c lui donna des marques d'une amitié singulière. L'empereur Henri V l'envoya à Rome en 11 16 pour y être son principal Éd.origin. ambassadeur* auprès de ce pape. Pons, qui se disoit parent de ce dernier, assista alors au concile de Latran. Callixte II l'honora^, en 11 19, ainsi que i'évêque de Châlons-sur-Marne , d'un pareil emploi auprès de ce prince, durant le concile de Reims. Pons y fit paroître'* son éloquence 8c défendit avec fermeté les intérêts de son monastère. Ce pape, qui avoit été élu dans l'abbaye de Cluny, où Gélase II, son prédécesseur, étoit décédé, accorda en II 20 à Pons 8c aux abbés de Cluny, ses successeurs, le privilège ^ de faire partout la fonction de cardinal de l'Église romaine, 8c il l'investit en particulier de cette dignité par Vanneau y enfin cet abbé fut en relation avec les personnages les plus célèbres de son siècle, en particulier avec le fameux Yves de Chartres 8c Geoffroi de Vendôme. Hildebert, évêque du Mans, lui dédia la Vie de S. Hugues, abbé de Cluny.
Pons^ ne sut se contenir longtemps dans les bornes de la modestie ; il vécut en grand seigneur 8c eut la vanité de se qualifier abhé des abbés 8c d'aspirer, à ce qu'on prétend 7, à la papauté. Ses grandes dépenses l'obligèrent à endetter considérablement son monastère, ce qui fit murmurer ses religieux, qui s'en plaignirent au pape Callixte II. Sur leurs plaintes, Pons se rendit à Rome, au mois d'avril de l'an 1122, 8c déclara au pape qu'il étoit résolu de se démettre de son abbaye. Le pontife tâcha de le détourner de ce dessein j mais Pons persistant dans sa résolution, il ordonna aux religieux de Cluny d'élire un autre abbé. Le choix tomba sur Hugues II, natif de Besançon, 8c auparavant religieux de Saint-Pons de Thomières. Pons partit ensuite pour l'Orient 8c arriva en 11 23 à Jérusalem^, où il fit vœu de finir ses jours. Il demeura, en effet, quelque temps dans la Terre Sainte 8c s'y acquit une grande réputation de piété. On prétend qu'il étoit dans l'armée chrétienne 8c qu'il y portoit la lance ^ de Notre-Seigneur qui avoit été trouvée à Antioche, lorsque les chrétiens remportèrent une victoire signalée sur les infidèles, la dix-huitième année après la prise de Jérusalem ; mais il est certain que Pons étoit encore alors en Occident. Cet abbé '°, après deux ans de séjour dans la Terre Sainte, changea de résolution, revint en Italie 8c s'arrêta dans le diocèse de Trévise, où il bâtit un petit monastère. Il retourna bientôt après à Cluny durant
■ Conciles, t. lo, p. 686 & suiv. • Bibl. Clunîaeensis , p. 56o. — Orderic Vital,
' Mabillon, Annales ordinis Sancti Benedutî, ad 1. 12, p. 871. — Mabillon, ad ann. 1112, n. 28.
nnn. I 116, n. 116. ' Geoffroi du Vigeois. — Labbe, Bibîiotheca novj.
^ Galîia Christiana , noT. edit. t. 4> p* 1 134 & manuser, t. 2, p. 298.
seq. * Martène, Thésaurus Anecd, t. 3, p. 1387.
^ Orderic Vital, ad ann. 1 1 19. * Martène, AmpUss, Collectio, t. 5, p. 539;
* Bibliotkeca Clunîaeensis , p. 56o. *" Bibîiotheca Cluniacensis, p. 56o.
An 1 1 op
l'absence de S. Pierre le Vénérable qui en avoît été élu abbé après la mon de Hugues II 8c qui faisoit actuellement lavisîtedes monastères de sa congrégation dans la seconde Aquitaine. L'arrivée de Pons partagea les religieux du monastère, dont les uns se déclarèrent en sa faveur & les autres refusèrent de le recevoir. La noblesse & les gens du pays dont il avoit gagné raffection prirent hautement son parti, l'aidèrent à s'emparer de l'abbaye, y entrèrent^ main armée, la mirent au pillage 8c y firent un grand carnage. Pons demeura ainsi par violence possesseur de Cluny, depuis le carême jusques au i*' d'octobre, ce qui causa un grand schisme dans l'ordre. Pierre le Vénérable se rendit aussitôt à Rome pour implorer la protection du pape Honoré II, qui siégeoit alors 8c qui ordonna au cardinal Pierre, son légat à latere, en France, & à Humbaud, archevêque de Lyon, d'excommunier Pons 8c de le citer à Rome. Ce dernier ayant comparu à cette citation, le pape le déposa de toute dignité ecclésiastique, comme un usurpateur 8c un sacrilège, 8c le fit enfermer dans une étroite prison, où il mourut de chagrin trois mois après, le 28 de décembre de l'an 1 1 25. Le pape le fit enterrer cependant avec honneur dans le monastère de Saint-André de Rome, d'où on transféra son corps dans la suite à l'abbaye de Cluny. On y voit son tombeau, où il est représenté les pieds Iiés% à cause, dit-on, qu'il étoit décédé excommunié. Un auteur contemporain^ assure néanmoins que les miracles qui* s'opéroient tous les jours à son tombeau étaient une preuve évidente de sa sainteté, 8c en effet, quelques modernes ^ lui donnent le titre de saint. Un autre historien du temps ^ feit son apologie 8c prétend qu'il n'encourut la haine de ses religieux que pour avoir voulu corriger les défauts de quelques-uns d'entre eux. Il ajoute que Pons mourut dans l'abbaye de Cave, où le pape l'avoit sans doute &it enfermer.