XV. — Èvêques de Mende. — Abbés de la Grasse
de Puylaurens.
Origine de la ville
Éd. origin.
On remarque 5 qu'Aldebert de Peyre deuxième du nom, évêque de Mende, ordonna dans son église, de même que Pons dans l'abbaye de Cluny, qu'on employeroit de bon vin pour le sacrifice de la messe. Ce prélat^ qui avoit succédé, après Tan 1098, à Robert, étoit neveu d'Aldebert de Peyre premier du nom, prédécesseur de ce dernier. Il fonda, au mois de mai de l'an 1109, dans sa cathédrale, un anniversaire pour Austorge son père, & ses autres parens, 8c fit beaucoup de bien au monastère de Chirac, situé dans son diocèse. Il mourut bientôt après, puisque Guillaume III lui avoit déjà succède
' Mabillon, ad ann. 1080, n. 57.
■ Orderic Vital, l. 1 1, p. Sîp.
Biiliotheca Cluniaeensis , p. 555* & se<{. ^ Robert du Mont, ad ann. 11 17.
• Mabillon, ad ann. 1 109, n. 75.
• Voyez tome V, Chartes 81 Diplômes, numéro CCCLII, n. 2 & suir. — GalUa Ckrist'u't. nov. edit. t. i, p. 89 & seq.
la même année 1109. Ce dernier engagea en H23 les chanoines de sa cathédrale à embrasser la vie canoniale avec la règle de Saint- Augustin '.
Guinard ou Gérard, comte de Roussillon, retourna à la Terre Sainte, où il accompagna, à ce qu'il paroît, Bertrand, comte de Toulouse. Nous savons, en effet*, qu'il étoit déjà parti le 27 de septembre de l'an 1109, lorsque la comtesse Agnès, sa femme, unit l'abbaye de Saint-André de Sureda à celle de la Grasse, avec clause expresse que si Gérard, son mari, revenoît du Saint-- Sépulcre, il confirmerait cette union. Léon étoit alors abbé de la Grasse 8c avoit succédé à Robert depuis l'année précédente. Il étoit fils de Pierre- Bernard, seigneur d'Hauterive^ dans le diocèse de Toulouse. Il reçut durant son gouvernement plusieurs enfans de qualité de la Province à la profession monastique, entre autres Roger d'Aurignac 8c Arnaud de Puylaurens. C'est le plus ancien monument que nous connoissions, où il soit parlé de ce dernier lieu, qui est aujourd'hui la principale ville du diocèse de Lavaur après la capitale.
XVL — Plaid tenu à Montpellier.
Nous avons lieu de conjecturer que Pierre-Béranger de Fougères, dans le diocèse de Béziers, se mit sous les enseignes de Bertrand, comte de Toulouse, 8c qu'il passa la mer avec lui, car nous apprenons^ qu'étant dans le dessein vers le même temps de faire le voyage de Jérusalem, où il alla effectivement & où il mourut, il fit une donation en faveur de l'abbaye de Saint-Guillem du Désert. Bernard-Raimond de Castelnau , son parent , fit quelque temps après le même voyage. La donation du premier donna occasion à divers plaids, dont le dernier, auquel Bertrand d'Anduze présida, fut tenu à Montpellier en II 19.
XVII. — Départ de Bertrand, comte de Toulouse, pour la Terre Sainte.
Bertrand, comte de Toulouse^, après avoir disposé toutes choses pour son départ, se rendît à Saint-Gilles, où il se mit à la tête de son armée composée de quatre mille chevaliers pesamment armés. Il laissa sans doute en partant le gouvernement de ses États au jeune Alphonse, son frère, ou plutôt à un conseil qu'il établit pour les administrer au nom de ce jeune prince, car il paroît qu'il lui céda tous ses domaines d'Occident 8c qu'à l'exemple de Raimond de Saint-Gilles, son père, il prit la résolution de s'établir en Orient Se d'employer le reste de ses jours à combattre contre les infidèles. Il emmena en effet avec lui Pons, son fils unique, âgé de dix à douze ans, &c sans doute
* Voyez Tome IV, IJote LXXII , la Suite chro- * Tome V, Chartes 81 Diplômes, n. CCCLXXXIIl
uologique des évêques de Mende. & suiv.
^ Marca Hispanicay p. i zB^. ' Albert d'Aix, Chronieon Hierosolymitanum, 1. 1 1 ,
^ Mabillon, ad ann. 1 108, n. 69. c. 3 & seq.
An 1 1 op
"T 586 HISTOIRE GÉNÉRALE DE lANGUEDOC. LIV. XVI.
An 1 1 09
Hélène de Bourgogne, sa femme. Bertrand fit embarquer ses troupes sur quarante galères ou vaisseaux qu'il avoit fait équiper & mit cent chevaliers armés dans chacun, sans compter les mariniers. Il fit voile ensuite vers le commencement ' de mars de Tan 1 109 8c se rendit à Pise sur les côtes d'Italie, oii une flotte de Génois &c de Pisans, composée de soixante-dix grands vaisseaux ou galères 8c de vingt autres moindres, Tattendoit pour le même dessein. Cette flotte étoit commandée par deux nobles Génois*, Ansaldus 8c Hugues Ebrinus, qui se mirent volontiers sous la conduite de Bertrand, après lui avoir donné des assurances de leur fidélité &c en avoir reçu de sa protection. L'armée navale partit ensuite^ 8c débarqua à Amirotk, ville de Grèce, située dans les États d'Alexis, empereur de Constantinople, 8c peu éloignée de cette capitale.
XVIII. — Il va à Constantinople, fait serment à Vempereur Alexis, arrive a\i
port d'Antioche &» se brouille avec Tancrède.
Les habitans du pays refusèrent d'abord de fournir des vivres au comte de Toulouse 8c à ses troupes, ce qui obligea ce prince d'avoir recours à la force pour s'en faire donner. L'empereur, informé de son arrivée, l'envoya aussitôt prier par une ambassade solennelle de se rendre à sa cour pour y conférer ensemble, avec promesse de le traiter favorablement, d'avoir pour lui les mêmes égards qu'il avoit eus pour le comte Raimond, son père, 8c de lui donner le passage libre sur ses terres. Bertrand se rendit aisément à la demande x%^p^m. d'Alexis, 8c étant descendu le long du détroit de Constantinople, ou du bras Saint-Georges, avec quelques personnes choisies de sa suite, il se rendit au palais de ce prince, qui lui fit un accueil très-gracieux, lui donna des marques singulières de son amitié, 8c après avoir reçu de sa part le serment de fidélité, lui fit, en le renvoyant, des présens magnifiques.
Bertrand rejoignit ensuite la flotte, fit voile vers Antioche, où Tancrède commandoit en l'absence de Boémond, 8c aborda au port de Saint*Simèon, éloigné de deux milles de cette ville. Il fut à peine débarqué qu'il envo)'a quelques-uns des principaux de son conseil au premier, pour lui donner avis de son arrivée, le saluer de sa part 8c le prier de lui marquer une heure pour se voir. Tancrède reçut très-bien les envoyés de Bertrand; mais craignant quelque surprise de sa part, il se fit accompagner de toutes ses troupes &c se rendit aussitôt au port de Saînt-Siméon. Son entrevue avec le comte de Toulouse se passa d'abord avec beaucoup de politesse de part 8c d'autre; ils s'embrassèrent tendrement, demeurèrent toute la nuit ensemble 8c se donnèrent réciproquement des marques d'une amitié sincère. Le lendemain Tancrède ayant demandé à Bertrand le sujet de son voyage, celui-ci le lui exposa avec franchise 8c le pria en même temps de lui remettre cette portion d*Antioche
' Voyez tome IV, Nùte XLVII, n* i. ' Albert d'Aix, Chronicon HierQsolymitanmm, Lit,
' Cuillaume de Tyr, 1. 1 1, c. p. c. 3 & scq.
' An 1 1 09
dont son père s'étoit assuré le premier, lorsque cette ville avoit été prise par les croisés. Tancrède acquiesça, ou £t semblant d'acquiescer à la demande de Bertrand; mais il exigea de lui qu'il Taidât auparavant de toutes ses forces à reprendre la ville de Mamistra en Cilicie, que les Arméniens avoient livrée depuis peu à l'empereur Alexis. Le comte s'excusa sur le serment qu'il venoit de faire à ce prince; il offrit cependant d'aller assiéger Giblet sur les Sarrasins. Tancrède, peu content de cette offre, persista à demander à Bertrand son secours pour le siège de Mamistra, & celui-ci à le lui refuser pour cette entreprise, ce qui irrita tellement le premier, qu'il ordonna à l'autre avec menaces de se retirer au plus tôt de ses terres & défendit qu'on lui fournît des vivres. Bertrand, obligé de se remettre en mer, fit voile avec toute sa flotte vers Tortose, ville dont Raimond de S. Gilles, son père, s'étoit autrefois rendu maître Se qui étoit alors au pouvoir de Guillaume-Jourdain, comte de Cerdagne.
XIX. — Accord entre Bertrand 6» Guillaume-Jourdain^ comte de Cerdagne, sur la succession de Raimond de Saint-Gilles en Orient. — Siège &» prise de Giblet 6» de Tripoli par le premier.
Guillaume-Jourdain, comte de Cerdagne, faisoit sa principale résidence' au château du Mont-Pèlerin; il avoit continué depuis la mort de Raimond de Saint-Gilles, son oncle, & conformément aux dernières volontés de ce prince, le siège ou blocus de Tripoli ; ce qui ne Tempêchoit pas d'entreprendre quelquefois d'autres expéditions aux environs, soit pour conserver les places dont le même Raimond lui avoit confié la garde en mourant, & qu'on appeloit le pays de Camolla ou Camolta, soit pour étendre ses conquêtes. Il avoit signalé sa valeur entre autres depuis peu contre Hertoldin, roi ou gouverneur de Damas pour les infidèles, qui l'étoit venu harceler aux environs du Mont- Pèlerin. Guillaume ayant fait une sortie avec mille chevaliers pesamment armés, qui composoient toute son armée, avoit entièrement défait ce prince infidèle 8c remporté sur lui de riches dépouilles. Ce comte avoit été ensuite mettre le siège devant Archos, que Raimond de Saint-Gilles 8c Godefroy de Bouillon n'avoient pu prendre dans la première croisade; 8c comme il avoit coutume tous les ans de faire le dégât aux environs de cette place, la conquête lui en fut plus aisée ; car la garnison manquant de vivres, 8c se voyant d'ailleurs extrêmement pressée, avoit pris la fuite, après avoir soutenu le siège pendant trois semaines. Le comte de Cerdagne s'étoit saisi ensuite de cette ville, qui passoit pour imprenable, 8c avoit étendu de là ses courses jusques à Damas, 8c porté la désolation dans tout le pays.
La ville de Tortose ouvrit ses portes au comte Bertrand qui y trouva tous les rafraîchissemens dont son armée avoit besoin. Le lendemain il envoya
' Albert d'Aix, 1. 9, c. 5o; 1. 1 1, c. i & suiv. — Franeorum expugn, Hierosol, c. 54. — Guillaume de Foucher de Chartres, 1. 2, c. 38 & suiv. ^ Gesta Tyr, 1. 11, c. 2, 9 & suit.
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au Mont-Pèlerin sommer le comte de Cerdagne de lui remettre le pays de Camolta^ que son père, dont il étoit légitime successeur &» héritier^ avoit conquis avant son voyage de Jérusalem, & dont il avoît disposé en sa faveur. Guillaume-Jourdain répondit aux envoyés de Bertrand que c'étoit mal à propos qu'il lui demandoit la restitution de ce pays; que Raimond de Saint-Gilles, son oncle, le lui avoit donné avant sa mort, & qu'il n'avoit cessé depuis de le t5n p"^'?'. défendre pendant quatre ans au péril de sa vie, ce qui Tavoît engagé dans de grandes dépenses. Prévoyant cependant que cette réponse ne plairoit pas à Bertrand, il assembla son conseil, 8c de l'avis de ceux qui le composoient, il envoya demander du secours à Tancrède, avec promesse de se rendre son vassal 8c de tenir de lui tous ses domaines. Tancrède, qui craignoit lui-même que Bertrand ne fît quelque entreprise sur ses États, écouta favorablement les propositions de Guillaume, 8c ils convinrent d'aller à Tortose avec toutes leurs forces pour en chasser ce prince. Celui-ci, informé de leur dessein, se rembarqua 8c arriva le troisième jour devant Tripoli, dont il forma le siège par mer &c par terre. Il envoya en même temps des ambassadeurs à Baudouin I, roi de Jérusalem, pour lui offrir ses services 8c le prier de lui accorder sa protection contre Tancrède 8c le comte de Cerdagne, lesquels, après avoir refusé de lui rendre le domaine de son père qu'ils avoient envahi, s'étoient ligués contre lui 8c avoient résolu de lui &ire la guerre. Baudouin reçut fort bien l'ambassade de Bertrand, prit ses intérêts avec chaleur 8c promit de l'aller joindre incessamment. En attendant, il envoya faire la déclaration suivante à Tancrède 8c à Guillaume-Jourdain : « Bertrand mon conjrère, £» chrétien comme moi, f( fils du comte Raimond, m'ayant demandé du secours pour tirer raison du c< refus que vous faites de lui rendre les pays 8c les villes qui avoient appartenu « à son père, je vais le joindre à Tripoli, de l'avis de toute l'église de « Jérusalem. Hâtez-vous donc de lui restituer au plus tôt, de même qu'à c( Baudouin du Bourg, prince d'Édesse, 8c à Gaucelin de Turbaysel, les places a que vous leur détenez injustement, 8c prenez jour pour vous accorder avec il eux, afin d'établir entre vous une paix durable, sans quoi vous ne sauriez ft vous soutenir contre les infidèles. »
Bertrand, en attendant' le secours du roi de Jérusalem, sans lequel il ne pouvoit espérer de forcer la ville de Tripoli à se rendre, alla assiéger Giblet, ville maritime de la Phénicie, qui avoit été autrefois au pouvoir du comte Raimond son père, 8c que les infidèles avoient reprise. Il se mit à la tête de ses propres troupes 8c attaqua cette place par terre, tandis que les Génois 8c les Pisans avec leur flotte l'assiégeoient par mer. Les habitans, se trouvant hors d'état de résister, demandèrent bientôt à capituler, 8c après avoir obtenu la permission de se retirer où ils voudroient avec leurs femmes 8c leurs en&ns, ils livrèrent la place aux Génois, ou plutôt à Bertrand, qui la céda à ces peuples, comme nous le verrons plus bas.
' GuiUaume de Tyr, L 1 1, c. 9.
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Ce prince revînt ensuite reprendre le siège de Tripoli. Il pressoît vivement 1 attaque de cette ville depuis trois semaines, lorsque le roi de Jérusalem Talla joindre à la tête de cinq cents chevaux & d'un pareil nombre de fentassins'. Ces deux princes se donnèrent réciproquement de grandes marques d'amitié, &c le comte, conformément à sa promesse, prêta serment de fidélité au roi & se déclara son vassal. Tancrède &c le comte de Cerdagne, informés de leur jonction, prirent alors le parti d'obéir aux ordres du dernier 8c se rendirent bientôt après au camp devant Tripoli , de même que Baudouin du Bourg 8c Turbaysel. Tous ces princes se réconcilièrent ensemble par l'entremise du roi Baudouin. Tancrède restitua à Baudouin du Bourg les places qu'il lui détenoit, 8c les comtes de Toulouse 8c de Cerdagne convinrent de l'accommodement suivant^. La forteresse d'Archos, que celui-ci avoit prise, lui demeura avec la ville de Tortose, leurs dépendances 8c toutes les autres conquêtes qu'il avoit faites} le château du Mont-Pèlerin, les villes de Tripoli 8c de Giblet 8c leur dépendances^ 8c en un mot tous les pays qui avoient été soumis par Raimond de Saint-Gilles, furent adjugés à Bertrand, avec clause expresse que si l'un d'entre eux venoit à mourir sans enfans, l'autre lui succëderoit. Bertrand prit ensuite du roi de Jérusalem l'investiture de tous les domaines qui lui étoient échus par ce partage 8c en fit hommage à ce prince. Le comte de Cerdagne, de son côté, se reconnut vassal de Tancrède pour les siens.
La bonne intelligence ayant été ainsi rétablie parmi tous les princes, ils joignirent leurs armes contre la ville de Tripoli, qui se rendit enfin au roi Baudouin 8c au comte Bertrand^ le lo de juin^ de l'an 1109. Suivant la capitulation, les habitans obtinrent la liberté de se retirer 8c d'emporter une partie de leurs effets. Quelques-uns aimèrent mieux rester dans la ville en payant un cens annuel au comte. C'est ainsi que cette forte place, après sept ans de siège, ou de blocus^, à compter depuis qu'elle avoit été investie par Raimond de Saint-Gilles, tomba enfin au pouvoir de son fils Bertrand. Celui-ci en fit hommage^ lige au roi de Jérusalem 8c prit depuis le titre de comte de Tripoli qu'il transmit à ses descendans.
Éd. oricîn.
t. Il, p. 335.
' Albert d'Aix, Chronicon Hierosoîymttanum jl, 1 1, c. 1 1 & se({.
* lèid. — Guillaume de Tyr, 1. 1 1, c. 9.
' Les historiens ne sont pas d^accord sur la date exacte de la prise de Tripoli. Ibn-Alathir, Aboulleda & Noveïri fixent le jour de la prise au lundi. Il de dsou'lhiddjé de l*an 5o3 (i**^ juillet i iio). Ibn-D)ou2i indique Tannée 5o2 avec le même quantième de dsou'lhiddjé (12 juillet 1109), & Guillaume de Tyr (XI, n. X), le 10 juin 1 109. Ce fut à Tancrède, et non au roi de Jérusalem, et à Bertrand que la ville se rendit, selon la Chronique de Mathieu d'Édesse; elle fut remise à Bertrand qui, en retour, prêta hommage au roi. — Voyez Chronique
de Mathieu d'Edesse, dans le Recueil Jes histonent des croisades, documents arméniens, tome 1, p. 90. [E. M.]
♦ Voyez tome IV, Note XL VII, n. i & 2.
' Après onze ans, au dire de Mathieu d'Edesse : « Cette même année, dit-il, la ville maritime de Tripoli fut prise. Après onze ans de siège les habitants, fatigués des assauts terribles & du blocus rigoureux qu'ils soutenaient, car Baudouin, roi de Jérusalem, & Bertrand, parent du grand comte de Saint-Gilles, les pressaient vivement, les habitants appelèrent Tancrède, comte d'Antioche, 8c se donnèrent à lui. » [E. M.]
' Fouchcr d« Chartres, 1. 2, c. 43.
j^^ , , 590 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI.
XX. — Bertrand donne des marques de sa reconnaissance envers les Génois.
Ce prince, par reconnoîssance pour les Génois, qui Tavoient aidé à feire une si importante conquête, donna ' le 26 du même mois, à la cathédrale de Saînt-Laurent de Gênes, en la personne de Guillaume Embriac & des autres principaux commandans de la flotte, la ville de Giblet 8c la troisième partie de Tripoli, en présence du roi de Jérusalem. Il accorda, outre cela, à ces peuples divers privilèges, en particulier une exemption de toute sorte de tributs dans ses terres depuis Nice jusques au port de Vénus, de même qu'aux Lombards qui seroient associés avec eux , concession qui occasionna dans la suite rétablissement d'un grand nombre de commerçans de ces deux nations dans la Province, Du reste, nous avons ici une preuve que Bertrand dominoit sur toute la côte de Provence, de Languedoc 8c de Roussillon, 8c quoique, à l'exemple de son père, il ne prenne dans cette donation que le simple titre de comte de Saint-Gilles, nous savons d'ailleurs qu'il fiit toujours reconnu pour comte de Toulouse après son départ, comme il paroît entre autres par un acte du mois de juillet de l'an^ iioç.
XXI. — Mort du comte de Cerdagne. — Bertrand lui succède dans les places
qu*il occupoit en Orient.
Guillaume-Jourdain, comte de Cerdagne, décéda peu de jours après la prise de Tripoli. On raconte diversement les circonstances de sa mort. Un auteur contemporain^ assure qu'ayant pris querelle, pour un vil intérêt, avec son écuyer, il le maltraita, 8c que celui-ci pour se venger lui tendît des embûches 8c lui décocha une flèche dont il lui perça le cœur. Un autre historien^ très-célèbre, mais postérieur, prétend d'un autre côté qu'il s'éleva un grand différend pour un sujet très-léger entre les écuyers de ce prince Sceaux du comte Bertrand, 8c que le premier étant monté à cheval pour aller les mettre d'accord, il fut atteint d'un coup de flèche dont il mourut. Cet auteur ajoute que quelques-uns soupçonnèrent le comte Bertrand de l'avoir fait périr, mais que jusques à son temps on n'avoit pu encore éclaircir la vérité de ce soupçon, ni découvrir l'auteur de la mort du comte de Cerdagne. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce prince étant décédé sans postérité, Bertrand lui succéda dans tous les domaines qu'il possédoit en Orient, conformément à l'accord dont on a déjà parlé. Son frère Bernard-Guillaume lui succéda, d'un autre côté, dans ceux d'Occident, qui comprenoient les comtés de Cerdagne, de Confiant 8c de Berga au delà des Pyrénées, 8c le Capcir avec une partie du
'Voyez tome V, Charte* & Diplômes, nu- ' Albert d'Aix, 1. 1 1, c. 1 5.
méro CCCLI. ^ Guillaume de Tyr, Hlstorla heUt sacri, 1. ii,
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XVL 5ni —
^ An 1 109
Razès en deçà de ces montagnes, suivant le testament* que Guillaume- Jourdain avoit Élit en 1102, avant son (Impart pour la Terre Sainte*
XXII. — Bertrand marche au secours du roi de Jérusalem &• le suit dans
diverses expéditions.
La flotte génoise * passa Thiver dans les ports d'Orient & aida le roi Baudouin à faire le siégé deBéryte^, ville importante delà Phénicie, située sur la mer entre Giblet & Sidon. Ce prince l'assiégea par terre avec toutes ses forces, tandis que le comte Bertrand, qui lui avoit conseillé cette entreprise, l'attaqua par mer avec la flotte. Ce siège, qui commença au mois de février de l'an 1 1 10, dura environ deux mois 8c demi, & la place se rendit enfin au roi de Jérusalem vers le 1 5 de mai de la même année. On accorda aux habitans la liberté de se retirer où ils voudroient ; plusieurs d'entre eux en profitèrent j mais on prétend que le comte Bertrand &c les Pisans égorgèrent tous les autres au nombre de vingt & un mille, contre la foi de la capitulation. Le roi Baudouin partit bientôt après pour Jérusalem, où il alla célébrer la fête de la Pentecôte, Se où le comte le suivit à la tête de ses troupes* Ces deux princes reçurent alors un courrier de Baudouin du Bourg, qu'une armée de Turcs'* avoit assiégé dans Edesse, à la sollicitation de Tancrède, son ennemi, & qui demandoit un prompt secours. Le roi proposa cette expédition à Bertrand qui y consentit avec joie, donna ses ordres pour la sûreté de ses places 6c partit de Jérusalem avec lui au commencement de juin. Ils employèrent un mois entier dans leur marche 8c rassemblèrent en chemin plusieurs François 8c Arméniens, ce qui renforça leur armée, laquelle, à son arrivée aux bords de TEuphrate, se trouva forte de quinze mille hommes. Le bruit de sa marche jeta une si grande terreur parmi les Turcs, que sans attendre les chrétiens, ils levèrent aussitôt le siège d'Édesse^.
Lre roi Baudouin 8c Bertrand, ayant repris la route de Jérusalem, apprirent
An II 10
Éd. origin.
t. II, p.l56.
' Marea Hispanica, p. 645, 1224 &seq. • Albert d'Aix, 1. 11, c. i5 & suiv. — Foucher de Chartres, I. 2, c. 40. ^-Guillaume deTyr, 1. 1 1, c. i3 & suW.
^ C'est-à-dire Bérouth. Guillaume deTyr (XIII, II} fixe la date de la prise de Bérouth au 27 avril t n 1 , deux ans apr^s celle de Tripoli ; Foucher de Chartres (c. 36) en 1110. Suivant ce dernier historien, le sié^e, commencé en février, dura soixante- quinze jours, ce qui nous porte vers la fin d^avril. Ibn- Alathir, Ibn-Djouzi & Elmakïn marquent à trèspeu près la même date, l'année 5o3 (3o juillet 1 109- 19 juillet II 10). Mathieu d'Édesse affirme que tous les habitants furent passés au fil de Tépée & que les Francs se gorgèrent de butin. Voyez la Chronique de Mathieu d'Edesse, p. 92. [E. M.] ^ Cette armée de Turcs était commandée par
Schéref-Eddaula-Maudoud, fils d'Altoun-Tékïn ou Altoun-Tasch , général des armées du sultan de Perse Mohammed (Daph'ar). [E. M.]
' Mathieu d*£desse dit bien qu'à l'arrivée des chrétiens sur le territoire d'Édesse les Turcs levèrent le siège, mais qu'après s'être retirés au delà de Rhar^an, afin de les attirer dans un pays qui leur était inconnu, ils revinrent sur leurs pas & forcèrent les chefs chrétiens à diviser leurs forces & à se retirer vers Samosate sur les bords de l'Euphrate, & qu'alors Maudoud put ravager tout le territoire d'Édesse sans rencontrer d'opposition, & extermina la population de la ville & celle des campagnes. Ce ne fut donc qu'après avoir remporté un succès signalé que Maudoud s'en retourna à Khar'an , & de là dans son pays, avec des masses de captif» & un butin considérable. [E. M.J
[ . An 1 1 1 o
au mois d'août qu'un corps d'infidèles avoît assiégé la ville de Ptolémaïde. Ils hâtèrent leur marche, & le roi détacha une partie de son armée pour marcher au secours de cette place, tandis qu'il alla avec le reste au-devant de Magnus, frère du roi de Norwége, qui avoit débarqué à Jafia à la tête de dix mille combattans. Il conduisit à Jérusalem ce prince du Nord, qui, après \ avoir fait ses dévotions, lui offrit ses services. Baudouin les accepta, & s'étant rendu devant Sidon, ils formèrent ensemble le siège de cette place que Magnus attaqua par mer, & le roi, avec Bertrand, par terre, & qu'ils obligèrent de se rendre au mois de décembre, après six semaines de siège. Le roi retourna ensuite à Jérusalem où il arriva le 21 du même mois. Se le comte Bertrand alla faire sa résidence à Tripoli.