‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 199 sur 234 · XXXIX. — Évêques du Fuy. — Vicomtes de Polignac · texte numérisé non relu

XXXIX. — Évêques du Fuy. — Vicomtes de Polignac

Quelque soin que les papes & les conciles se fussent donné depuis le pontificat de Grégoire VII pour rétablir les églises dans leur ancienne liberté & les mettre à couvert des entreprises de la noblesse, il y avoit cependant encore, au commencement du douzième siècle, divers diocèses qui gémissoient sous la tyrannie des seigneurs séculiers, entre autres celui du Puy.

Après la mort d'Aymar de Monteil, évêque de cette ville, décédé à Antioche le I*' d'août de l'an 1098, son siège demeura ' vacant jusques en 1102, que le clergé & le peuple du Vêlai, voulant lui donner un successeur, élurent d'un consentement unanime Pons, abbé de la Chaise-Dieu, qui fut le premier évêque du Puy de son nom. Ce prélat, qu'on fait de la maison de Tournon en ^^^ oùçmu Vivarais, sans aucune preuve, étoit alors déjà âgé. Il avoit d'abord embrassé la profession monastique^ à la Chaise-Dieu, dont il avoit été élu abbé en 1094. Il avoit parfaitement bien soutenu la réputation de régularité que ce monastère s'étoit acquise. Il avoit assisté, en logS, aux conciles de Plaisance & de Clermont & avoit contracté, en 1096, à Lyon, une amitié particulière avec S. Anselme, archevêque de Cantorbéry, qui se trouvoit alors dans cette ville & qu'il avoit ensuite amené dans son abbaye.

Pons, après son élection ^ à l'évêché du Puy, entreprit de réduire divers chevaliers de la ville qui avoient élevé des tours dans leurs maisons &c s'en servoient comme d'autant de forteresses pour tyranniser les peuples. Il fut obligé pour cela d'avoir recours à la force & de faire la guerre à ces gentilshommes qui se soumirent enfin 8c se rendirent vassaux de l'église du Puy, moyennant la somme de dix mille sols du Puy qu'il leur distribua. Ce prélat mourut vers ^ l'an 11 12, le 24 de janvier, 8c fut inhumé dans le prieuré ou monastère de Rochepaule en Vivarais, vers les frontières du Vêlai, qu'il avoit fondé avec ses parens, sous la dépendance de l'abbaye de la Chaise-Dieu. On y voyoit^son tombeau avant la destruction de l'église de ce prieuré par les calvinistes. Elle appartient aujourd'hui aux minimes 8c est dédiée sous l'invocation dé saint Pons, qu'on croit être le même que notre évêque du Puy qui par conséquent aura été honoré d'un culte public.

Ce prélat étoit, à ce qu'il paroît, frère d'Auxiliende, mère de Pons, vicomte de Polignac. On a, en effet ^, une donation de ce dernier en faveur de l'abbaye de Pebrac en Auvergne, faite du consentement de Pons, évêque du Puy, son oncle y de sa femme 8c de son fils Armand. Le vicomte Pons ne marque pas le

« Hugo Flaviniacensis, Chronicon, p, 269. ^ Mabillon, Acta Sanctorum ordinis Sancti Benc-

* Mabillon, ad ann. 1094,11. io3;adann. 1102, dlcti, sacc. 5, part. 2, p. 21 5.

n. 47. GaUia Christiana, noT. éd. t. 2, p. 33 1 & ^ Chabron, Histoire manuscrite des vicomtes de Po^

seq. ; p. 7o3 8c seq. Hgnac, 1. 7, c. 6. — GaUia ChristiariA, noT. edit.

' Voyca tome V, Chroniques, n. IV. t. 2, p. 469 & 707.

-• Ibid. — Voyez tome IV, Note XXVIII, n. 10.

Tmrr" ^^^ histoire générale de LANGUEDOC. LIV. XVI.

nom de sa femme dans cet acte; maïs nous l'apprenons d'une autre donation' qu'il fit, en iio5, à l'abbaye de Conques en Rouergue, a avec Elisabeth sa « femme 8c leur fils Armand, de l'avis de l'évêque Pons 8c de Pons-Maunce^ (t ahbéy de l'église de Bains dans le Vêlai, à condition que si lui ou ses jih « avoient dessein d'embrasser Tétat monastique, l'abbé 8c les religieux de « Conques seroient obligés de les recevoir. » Il y eut depuis un prieuré conventuel à Bains, qui fut uni en 1622 au collège des jésuites du Puy.

Le clergé 8c le peuple* du Vêlai élurent pour succédera Pons I, èvêque du Puy, Pons-Maurice de la maison de Montboissier en Auvergne, le même, à ce qu'il paroît, que l'abbé Pons-Maurice dont on vient de parler. Ce prélat, qui étoit oncle ou grand-oncle paternel de S. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, fut exposé à la contradiction de quelques envieux qui contestèrent la canonicité de son élection ; en sorte qu'il fut obligé d'aller à Rome pour la justifier auprès du pape Pascal II. Pons, vicomte de Polignac, qui étoit peutêtre du nombre de ses ennemis, le suivit dans cette ville 8c y mourut. Il est marqué dans une ancienne chronique^ qu'il y jut inhumé avec beaucoup dfhonneur. Les mémoires^ de la maison de Polignac ajoutent qu'il décéda le 23 de septembre, 6c que le pape Pascal II le fit inhumer dans l'église de Saint-Jean de Latran. On vient de voir que ce vicomte laissa plusieurs fils. Nous ne connoissons qu'Armand IV, son aîné, qui lui succéda, 8c Héracle, qui fut prévôt de Brioude, dignité qu'il possédoit ^ en ii38. Quant à Pons II, évêque du Puy, il revint triomphant dans son diocèse , où il fut reçu avec de grandes démonstrations de joie; mais ses ennemis lui suscitèrent bientôt après de nouvelles affaires 8c lui firent une cruelle guerre, ce qui mit la désolation dans tout le pays.

XL. — Le comte Alphonse rétablit les abbés séculiers de Moissac. — Le vicomte BernardrAton renonce à la dépouille des évêques de Carcassonne, — Viguerie infiodée de Béliers,

Les grands vassaux du royaume ne ménagèrent pas davantage la liberté des églises , au commencement du douzième siècle , que les simples seigneurs. Le jeune Alphonse^, peu de temps après son avènement au comté de Toulouse, rétablit entre autres, dans l'abbaye de Moissac, les abbés c/t^va&Vrj^ ou séculiers que ses prédécesseurs, touchés du préjudice qu'ils causoient à la régularité, avoient abolis. Les courtisans de ce prince, abusant de son extrême jeunesse, l'engagèrent dans cette démarche , comme il l'avoue lui-même dans une charte

'Voyez tome V, Chartes & DiplSmes , nu- * CYi^hron y Histoire manuscrite des yicomtnit?9-

méro CCCXLIII. Hgnae, 1. 7, c. 6.

* Voyez tome V, Chroniques, n. VI. — Voyez * GaUia Christiana, noY. edit. t. Zy p. 483. aussi tome IV, Note XXVIII, n. 10. * Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCIU.—

* Voyez tome V, Chroniques, n. VI. Voyez aussi tome IV, Note L, n. 5.

qu'il donna dans la suite pour tâcher de réparer le mal qu'il avoît fait en cela à ce monastère.

D'un autre côté , quoique le vicomte Bernard-Aton ne prît que la qualité de vicomte de Carcassonne, il s'attribuoit cependant les dépouilles de l'évêque t.^n p^^^*. de cette ville, lorsque celui-ci venoit à décéder. C'est ce que nous apprenons par la renonciation qu'il fit, ci le samedi 3 de mai ' de l'an 1 1 13, avec sa femme ^„ ,,^3 tt Cécile & leurs fils Roger & Raimond, à ce droit & à tous les biens qu'ils « avoient usurpés jusques alors sur l'église de Carcassonne^ en faveur d'Arnaud a surnommé de Girone, évêque de cette ville. » Le vicomte Bernard-Aton déclare ensuite qu'il met les biens des évêques de Carcassonne, après leur décès, sous sa sauvegarde, & promet de les remettre entre les mains de l'archidiacre qui les garderoit pour l'évêque futur.

Ce vicomte donna ^, au mois de juin de l'année suivante, avec sa femme 6c ""TTTmT" ses deux fils, aux deux frères Loup & Bernard de Bé-^iers^ le tiers de la justice de cette ville & des environs; il se réserva les deux autres tiers, avec celle des homicides & des adultères tout entière. Loup & Bernard, son frère, qui exerçoient déjà la justice sur les juifs de Béziers, obtinrent ce tiers comme ricaires ou viguiers du vicomte 6c lui en firent sans doute hommage. Le vicomte avoit encore son halle à Béziers pour rendre la justice en son nom j en sorte que les viguiers jouissoient alors d'une partie du domaine de la ville par l'inféodation que les comtes ou les vicomtes leur en avoient faite. Cela donna occasion à la plupart de ceux qui possédoîent ces vigueries inféodées , lorsque les noms propres furent mis en usage, de prendre le leur de ceux des villes 6c des lieux dont ils étoient viguiers.

XLI. — Droits domaniaux des seigneurs de Montpellier sur cette ville.

Les seigneurs de Montpellier avoient aussi inféodé ^ alors la vîguerie de cette ville. Bernard-Guillaume qui la possédoit héréditairement, ayant dessein de faire le voyage de Jérusalem, partagea, en 11 18, ses domaines à ses trois fils Se disposa entre autres de cette viguerie en faveur de Guillaume-Aymon qui étoit l'aîné. Les deux autres s'appeloient Gaucelin de Claret 8c Raimond- Aymon. On a remarqué ailleurs qu'il paroît que les viguiers héréditaires de Montpellier étoient d'une branche cadette des seigneurs de cette ville. Ils s'allioient cependant avec de simples bourgeoises, comme on voit par un acte^ de l'an iii3, suivant lequel Guillaume V, seigneur de Montpellier, étant en droit d'empêcher qu'aucun bourgeois de cette ville ne vendît ou n'aliénât ses ]3iens en Êiveur d'un chevalier ou de l'église, ou qu'il mariât ses filles à des

' Cartulaire d a château de Foix, méro CCCLXIII. -Garicl, Histoire de MontpeUier,

'Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- p. iSy. xri^ro CCCLXIV. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

3 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro CCCDCIII.

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chevaliers, s'opposa au mariage de la fille d'un de ces bourgeois avec le même Guillaume-Aymon, & ne voulut y consentir qu'après avoir été dédommagé du préjudice que ce mariage causoit à son domaine, en ce qu'il faisoit passer les biens possédés par les bourgeois, & sur lesquels il avoit certains droits, dans les mains de la noblesse qui en étoit exempte.

XLII. — Guillaume de Montpellier, le vicomte de Narbonne 6» plusieurs chevaliers de la Province vont à la conquête de Vile de Majorque sur Us infidèles.

Le même seigneur de Montpellier, non content de s'être distingué par ses exploits dans la Terre Sainte durant la première croisade, se signala encore dans la guerre contre les Maures & les Sarrasins d'Espagne^ maîtres des îles Baléares ou de Majorque 8c de Minorque, d'où ils infestoîent toutes les côtes de la Méditerranée. Les Pisans' & les Génois entre autres souffroient beaucoup des fréquentes courses de ces pirates. Raîmond-Béranger, comte de- Barcelone, qui en étoit également incommodé, fit un voyage exprès à Gênes &à Pise, 6c engagea les peuples de ces deux républiques à joindre leurs armes avec les siennes pour aller attaquer les infidèles dans ces îles. Les Génois 8c les Pisans, alors très-recommandables par leur puissance sur mer, animés par ce prince 8c par leur propre intérêt, équipèrent une flotte de trois cents voiles 8c partirent du port de Pise le jour de Saint-Sixte, 6 d'août de l'an 11 14. Ils joignirent sur les côtes de Catalogne le comte de Barcelone, qui avoit fait armer un grand nombre de vaisseaux 8c y avoit embarqué un corps de troupes qu'il avoit rassemblées de toutes parts. Il avoit prié entre autres Guillaume de Montpellier, dont il connoissoit la valeur 8c l'expérience dans l'art militaire, de venir prendre part à cette expédition. Ce seigneur, ravi de trouver une nouvelle occasion de combattre contre les infidèles, se disposa à son départ 8c £t un testament^, en présence de Gautier, évêque de Maguelonne, 6c de ses principaux vassaux, par lequel il pourvut à la baillie ou gouvernement de Montpellier 6c à la tutelle de ses enfans, s'il venoit à décéder durant cette guerre. Il disposa de cette ville 8c des autres biens qu'il tenoit de l'église de ^Ld. oricin. Maguelonue en faveur de la même église, en cas que tous ses en&ns vinssent à mourir avant l'âge de quatorze ans. Quant aux divers domaines qu'il avoit acquis, il donna entre autres, en alleu y dans le même cas, les châteaux de Frontignan, de Montbazon, de Montferrier, 8cc., à ceux qui les tenoîent en fief de lui. Il légua à Bernard d'Anduze, son frère, 8c aux enfans de ce seigneur, le château d'Omelas, avec les autres châteaux qu'il tenoit en fief des vicomtes de Béziers 8c de Narbonne^, 8c donna à Decan de Posquièrcs le chà-

' Ckronieon Pisan, I tait a. Sacra , nor, edit. t. lo, 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

p. 91 & sc({*; p* 127 & seq.; Scriptores rerum Ital, méro CCCLXV, t. 6. — Martène, Collectio amplissima, t. i , p. ôSp. ' liid.

teau de Melgueil & les autres biens qu'il tenoit en fief du comte de Melgueil. II fit encore quelques autres legs à divers seigneurs; le tout, à ce' qu'il paroît, en cas que ses enfans vinssent à décéder avant Tâge de quatorze ans; ce qui prouve qu'ils étoient alors mineurs. Nous apprenons par cet acte qu'outre le domaine de Montpellier, que les seigneurs de cette ville tenoient en fief de l'église de Maguelonne , ils possédoient encore divers châteaux en alleu dans le diocèse, ce qui composa ce qu'on appela dans la suite la baronnie de Montpellier, dont la ville de Frontignan, située sur la côte, étoit le chef-lieu.

Guillaume, après avoir donné ' ordre à ses affaires, s'embarqua avec cent chevaliers & un corps d'infanterie sur vingt vaisseaux qu'il avoit fait équiper, & fit voile vers la côte de Catalogne. Aymeri II, vicomte de Narbonne, fit armer de son côté un pareil nombre de vaisseaux & alla en personne joindre le comte de Barcelone, son frère utérin, & prendre part à cette expédition. Raimond de Baux, beau-frère du même comte, marcha aussi à son secours avec sept vaisseaux. L'évêque de Barcelone, les comtes d'Urgel & de Cerdagne, & divers seigneurs du Roussillon, des diocèses de Béziers, de Nimes, de Maguelonne & de toute la Province, s'empressèrent à l'envi de réunir leurs forces pour le même dessein.

Après la jonction de toutes ces troupes, la flotte mit à la voile vers Majorque ; mais elle fut à peine en pleine mer, qu'elle essuya une violente tempête qui la dissipa. La plupart des vaisseaux gagnèrent le port de Pise; & comme ils avoient besoin de se radouber, 8c que la saison étoit déjà avancée, ils y passèrent riiiver; les autres se rendirent dans le port de Barcelone. Quant aux troupes de débarquement, elles se partagèrent pour subsister plus commodément : une partie alla hiverner à Montpellier, à Nimes 8c Arles, 8c le gros de l'armée demeura à Barcelone avec Guillaume de Montpellier. Toute la flotte 8c les troupes s'étant rassemblées à la Saint-Jean de l'année suivante, on commença par assiéger l'île d'Iviça, qui se soumit le jour de Saint- Laurent, 10 d'août. On alla ensuite mouiller devant Majorque, le 24 du même mois, 8c on entreprit aussitôt le siège de cette ville, qui se rendit enfin le 6 de février de Tan 11 16. Durant ce siège*, Guillaume de Montpellier se distingua beaucoup par ses exploits, de même que Dalmace de Castries, brave chevalier du diocèse de Maguelonne, qui servoit sous ses enseignes. Celui-ci, dans une sortie que firent les ennemis, les repoussa avec force, 8c il les avoit déjà obligés pour la plupart à rentrer dans la place, lorsque deux Maures des plus robustes vinrent l'attaquer. Il abattit d'abord l'un d'eux à ses pieds; mais l'autre lui ayant porté en même temps un coup de lance qui perça son bouclier, il fut mis hors de combat 8c accablé bientôt après par une troupe d'infidèles, dont l'un lui coupa la tête d'un coup de sabre. Guillaume de Montpellier, informé de ce triste accident, ne put d'abord refuser ses larmes sur la perte d'un cheva-

■ Chrontcon Pisan. Italia Sacra, t. lo. — Marca ' Chronieon Pisan. Italia sacra, noy. edit. t. lO,

ffispartica, p. 646 & ySS. — Chrontcon Malleaccnse, p. i5i 81 seq. dans Labbe, t. 2, p. 18. '

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lier qui avoit acquis son amitié 8c son estime. Résolu ensuite de venger sa mort sur-le-champ, il se met à la tête de cent chevaliers, donne sur les infidèles, les défait entièrement 8c leur enlève la tête de Dalmace qu'il rapporte dans le camp.

Aymeri, vicomte de Narbonne, se signala aussi au siège de Majorque. Il anima également ses soldats 6c par ses discours 6c par ses exemples. Plusieurs chevaliers de la Province y donnèrent des preuves de leur valeur, entre autres Béranger de la Vérune. L'auteur contemporain ' qui a conservé la mémoire de leurs exploits 8c des autres troupes de la Province donne le nom de Goths aux peuples qui Thabitoient 6c les distingue des Catalans. Il donne aussi le nom de Catalogne à fci Marche d'Espagne. C'est le plus ancien monument que nous connoissions où on se serve de cette dernière dénomination. Un moderne L n, p^Ç?i. prétend * que le vicomte Bernard-Aton se trouva à l'expédition de Majorque, sur l'autorité de l'historien des comtes de Barcelone qui n'en dit rien.

Après la prise de l'ancienne ville de Majorque, l'armée chrétienne fit le siège de la nouvelle, qui se soumit enfin avec le reste de l'île le 3 d'avril de l'an 11 16. Le pape Pascal II, comblé de joie de l'heureux succès de cette conquête, écrivit^ au commencement de mai de la même année au comte de Barcelone pour l'en féliciter. Guillaume de Montpellier, à qui la principale^ gloire en étoit due, fit ensuite quelque séjour à la cour de ce prince, 8c il y étoit encore au mois^ de janvier de Tan 1 1 17.

XLIII. — Guillaume IX, comte de Poitiers & duc d' Aquitaine , &• sa femme Philippe s^emparent du comté de Toulouse sur Alphonse-- Jourdain.

Tandis qu'une partie de la noblesse de la Province combattoit contre les infidèles, l'autre étoit partagée entre le jeune Alphonse-Jourdain 8c Guillaume IX, comte de Poitiers, compétiteur de ce prince au comté de Toulouse. Nous avons parlé ailleurs des prétentions qu'avoit ce dernier, au nom de Philippe, sa femme, sur les domaines qui avoient appartenu à Guillaume IV, comte de Toulouse, père de cette princesse, 8c on a vu qu'il s'en étoit désisté; comme il étoit néanmoins ambitieux 6c entreprenant, il chercha querelle, quelque temps après la mort du comte Bertrand , à Alphonse son frère 8c dépouilla enfin du comté de Toulpuse ce prince qui, à cause de sa jeunesse, étoi: peu en état de se défendre. Nous ignorons la plupart des circonstances de cette révolution; nous savons seulement qu'elle arriva^ en 11 14, 8c que le comte de Poitiers ne s'empara pas de Toulouse sans effusion de sang. Il est marqué, en effet, dans un ancien monument^, qu'il se donna alors un combat dans

' Chronieon Pisan, dans VltalU sacra, noT. edit. ^ Marea Hispanlca, p. 1248.

t. 10, p. i5i & seq. • Voyez tome IV, Note L, n. 4.

' Besse, Histoire de Carcassonne^ p. 1 14. ' Garibay, Compcndium historicum, édition d'An-

' Martènc, Collectio amplissima, t. 1 , p. 639. vers de 1671 , 1. 23, c. 7. — Voyez tome IV, Noï«L,

* Guillaume de Maltnesbury, 1. 4, c. 2, p. 91. n. 4.

cette ville, 8c que Pierre, évêque de Pampelune, qui s'y trouvoit, ayant voulu pacifier les esprits, fut atteint d'un coup de pierre dont il fut blessé dangereusement 8c dont il mourut peu de jours après, le jeudi i5 d'octohre.

Ce prélat ', sujet par sa naissance des comtes de Toulouse, étoit fils unique d un seigneur de Rouergue, nommé Didon d'Andoque, qui Tavoit offert dans sa jeunesse à Tabbaye de Conques, où il avoit embrassé l'état monastique. Son mérite le fit élire évêque de Pampelune, en Espagne, en 1082, 8c voulant témoigner sa reconnoissance envers l'abbaye où il avoit reçu son éducation, il lui donna, en 1090 8c 1092, quatre prieurés de son diocèse. Il donna aussi une église ^ du même diocèse, sous le règne de Sanche, roi de Navarre, à l'abbaye de Saint-Sernin de Toulouse. Après sa mort, son corps fut apporté à Pampelune 8c inhumé dans la cathédrale où sa mémoire est en vénération.

On peut inférer de ce que nous venons de rapporter, qu'une partie des Toulousains s'opposa à l'invasion du comte de Poitiers : il y a lieu de croire qu'ils supportèrent impatiemment sa domination ; car depuis la mort de Bertrand, comte de Toulouse, jusques à la jouissance paisible de ce comté par Alphonse, son frère, à peine trouve-t-on quelque acte' qui nous apprenne le nom du comte qui dominoit alors dans le comté de Toulouse, contre l'usage ordinaire de ce siècle de marquer le nom des comtes dans la date des chartes. Nous ne sommes pas mieux instruits de ce que devint le jeune Alphonse pendant tout le temps que le duc d'Aquitaine 8c Philippe, sa femme, demeurèrent maîtres de la ville 8c du comté de Toulouse. Quelques historiens ^ ont voulu dire qu'il se retira en Espagne à la cour des rois de Gastille ou d'Aragon, 8c qu'il implora leur protection pour son rétablissement dans le patrimoine de ses pères î mais on ne donne aucune preuve certaine de ce fait , qu'on accompagne de plusieurs circonstances fabuleuses. Ce qui paroît de plus vraisemblable, c'est que les tuteurs de ce prince l'emmenèrent ou en Provence ou dans quelqu'un des autres domaines qui avoient appartenu à Raimond de Saint- GilleSy son père.

XLIV. — Le vicomte Bernard- Aton 6» quelques autres seigneurs du pays

reconnoissent le comte 6» la comtesse de Poitiers.

Nous avons un acte ^ suivant lequel le vicomte Bernard-Aton prête serment de fidélité à la comtesse Philippe, pour tous les domaines que Guillaume^ comte de Toulouse y son père, avoit possèdes, 8c cela à raison des fiefs du Rouergue qu'il tenoit d'elle. La comtesse promet ensuite à son tour au vicomte de lui conserver la vie, 8cc. Il résulte de ce monument : i^ que Philippe prétendoit que le Rouergue lui appartenoit, quoique son père ne l'eût jamais

• CartuîtLire de Vahhaye de Coitf uei. •»• Maki lion, ' Voyez tome IV, Note L, n. 5.

Analecta, t. 3, p. 371; & ad ann. 1 1 10, n. 114. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-«

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXXXIX. méro CCCLXVI.

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possédé, 8c que ce pays eût toujours été du domaine de Raîmond de Saint- Gilles ; 2^ que le vicomte Bernard-Aton, l'un des plus puissans seigneurs de la iAilV^^'ié. Province, abandonna, en 1 1 14, les intérêts du jeune Alphonse pour se déclarer en faveur de la duchesse d'Aquitaine, comme il avoît abandonné, en 1098, ceux de Raimond de Saint-Gilles pour la même princesse. Bernard-Aton fit ce serment à Toulouse, en présence de Léger, archevêque de Bourges, de Géiaud, évêque d'Angoulême, de Bertrand, évêque de Bazas, du chantre de leglise d'Angoulême, de l'archidiacre de celle de Bourges, de Robert d'Arbrissel&de divers seigneurs ou princes séculiers, entres autres de Centule, comte de Bigorre, de Pons, vicomte de Caussade en Querci , d'Arnoult de Montgomraeii, de Pons de Montpezat, &c. Ce qui fait voir que le duc d'Aquitaine étoit bien accompagné lorsqu'il s'empara de Toulouse, & que le bienheureux Robert d'Arbrissel, attaché depuis longtemps à ce prince & à sa femme, les suivit alors dans cette ville, comme il avoitdéjà fait en 1098.

XLV. — Le bienheureux Robert d'Arbrissel /ait un second voyage à Toulouse

6» fonde dans ce diocèse divers monastères de son ordre,

La réputation de sainteté où étoit ce personnage 8c le talent qu'il avoit pour la parole contribuèrent sans doute beaucoup à gagner les Toulousains Se- les autres peuples de la Province au parti du duc 8c de la duchesse d'Aquitaine. Il profita lui-même de cette occasion pour étendre l'ordre de Fontevrault, qu'il avoit institué sous la règle de S. Benoît. En effet, la comtesse Philippe' lui donna en 1 1 14 la forêt d'Espeses, aujourd'hui TEspinasse, située entre la Garonne 8c le petit Lhers, à deux lieues de Toulouse vers le nord-ouest, où il fonda un monastère de son ordre. Ce monastère a donné l'origine à quelques autres du même institut, qui furent fondés dans le diocèse de Toulouse, savoir : à ceux de Saint-Agnan, Longages, la Grâce-Dieu, Sainte-Croix de Volvestre & Notre-Dame de Bragairac; celui-ci avoît été d'abord fondé pour des filles, & dépendoit*, au milieu du onzième siècle, de l'abbaye de Moissac. Il fut détruit dans la suite 8c rétabli pour des hommes. Aymeri, qui en étoit prieur, le donna en 1122 à Pétronille, abbesse de Fontevrault, 8c lui promit obéissance, avec l'agrément d'Amélius, évêque de Toulouse, en présence de Guillaume, évêque de Lectoure, 8c de Béatrix, vicomtesse de Lomagne. Ce prieuré étoit situé dans cette partie du Toulousain dont on forma, au quatorzième siècle, le diocèse de Lombez, 8c subsistoit encore au milieu du treizième. Ceux de Saint-Agnan, de Longages , de la Grâce-Dieu 8c de Sainte-Croix de Volvestre subsistent encore de nos jours, savoir : les trois derniers dans le diocèse de Rieux 8c l'autre dans le diocèse de Montauban, à la gauche de la Garonne. Celui de Saint^

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ' Aymeri du Peyrat, Chronique mauBScrite, k I:

r.\cro CCCLXVll,^'Clypeum nase, Fontehrald, ord. Bibliothèque nationale, fonds latin, ntaér. t. I, p. 147. — Voyez tome IV, Note L, n. 4. 4991 a.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. ôiS "T

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Croix ', qui étoit déjà fondé en 1145, doit son origine aux évêques de Toulouse, & sans doute à Tévêque Araélius dont on a déjà parlé. Les comtes de Toulouse, successeurs de Philippe & d'Alphonse-Jourdain, furent les protecteurs de tous ces monastères, de même que de celui de Fontevrault qui en étoit le chef.

XLVI. — Fondation des abbayes de Grandselve, de Vajal 6» d*Ardorel.

Il y avoît, en 11 14, un autre monastère dans le diocèse de Toulouse qui devoît son origine au bienheureux Robert d'Arbrissel, ou plutôt au bienheureux Gérard de Sales, son disciple, qui^ fonda au commencement du douzième siècle divers monastères en Aquitaine, sous la règle de S. Benoît 8c son institut particulier : c'étoit celui de Grandselve, où Gérard mit Etienne peur premier abbé, & dont les religieux vécurent d'abord en ermites. Presque tous ces monastères furent unis dans la suite à Tordre de Cîteaux, entre autres celui de Grandselve, qui est situé dans une solitude environnée de bois, à une lieue de la Garonne vers la gauche, dans cette partie du diocèse de Toulouse qui dépend aujourd'hui de la province de Guyenne. Les abbés de Fontdouce & de Tenaille, dans les diocèses de Saintes & de Poitiers, disciples du bienheureux Gérard de Sales, fondèrent un autre monastère de leur institut, dans un lieu nommé Vajal, sur l'Ariége, dans le diocèse de Toulouse 8c le comté de Foîx. Bertrand de Belpech ou de Beaupuy en fut le principal^ bienfaiteur en 1120 & 1 1 25. Ce monastère fut gouverné par des abbés particuliers jusques en 1 196, que les religieux, réduits à une extrême pauvreté, se soumirent, avec leur abbé, à celui de Boulbonne, de l'ordre de Ckeaux, situé dans le voisinage j en sorte qu'il n'y eut plus de religieux à Vajal depuis l'an 1224. Enfin Élie, abbé de Cadouin en Périgord, autre disciple du bienheureux Gérard de Sales, construisit^ dans la Province un troisième monastère de cet institut, savoir celui d'Ardorel, situé en Albigeois, vers la frontière du Toulousain, à une demi-lieue de la petite rivière de Tore. Cécile, femme du vicomte Bernard-Aton, en est ^^{\- °'''Ç"g regardée comme la fondatrice. Le vicomte son mari 8c Roger leur fils autorisèrent, en II 24, avec Bertrand, évêque d'Albi, une donation considérable d'une partie de la forêt d'Ardorel que firent alors à ce monastère quelques seigneurs du pays. On prétend que Foulques, moine de Cadouin 8c premier abbé d'Ardorel, unit ce même monastère 5, vers l'an 1 133, à l'ordre de Cîteaux j mais cette union est postérieure de plus de dix ans. L'abbaye d'Ardorel, qui étoit dans le diocèse de Castres, ayant été entièrement ruinée durant les

' Cîypenm nase, Fontehrald. ordinis, t. 3, p. 261. ' Archives de l'abbaye de Boulbonne.

' Chronicon Maîleacense, p. 218 & seq. — Mabil- * Gallia Ckristiana, nov. edit. t. 1, p. 79 & seq.|

Ion, ad ann. 1 1 1 1, n. 18; ad ann. 1 1 13, n. 63. — instrum. p. 14.

f^ic de Gérard de Sales dans Martène, Amplissima ^ Annales Cistere, ann. 1 133, c. 8. Collectio, t. 6, p. 994.

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guerres de religion, les religieux se sont transférés à la Rode, qui est une de leurs dépendances, dans le diocèse de Lavaur, où ils ont bâti un nouveau monastère.

XLVII. — Fondation de V église (y du prieuré de Saint-Antoine de Toulouse,

Toulouse étoit encore dans le trouble à la fin d'octobre de Tan 1 1 14, lorsque le duc d'Aquitaine, cherchant à pacifier cette ville par quelque spectacle de piété qui frappât les habitans, pria Amélius ', évêque de cette ville, d'indiquer une procession solennelle. Le prélat, entrant dans les vues du duc, manda tout le clergé de son diocèse, avec les reliques de leurs églises; & la procession, k laquelle il invita les évêques ses comprovinciaux, avec les abbés & les principaux du pays, se fit le i«'de novembre. Odon, abbé de Lézat, s'y rendit entre autres, avec les reliques de S. Antoine, que son monastère prétendoit ^ posséder, du moins en partie, 8c qu'on assuroit y avoir été transférées de Constantinople. Les religieux de Lézat, s'étant mis en marche, se joignirent en chemin avec ceux qui portoient la châsse de S. Ferréol, martyr. L'affluence du peuple qui, dans cette occasion, accourut à Toulouse fut si grande, qu'on se vit obligé de dresser des tentes hors la ville pour en loger une partie. On ajoute que Dieu opéra alors divers miracles par les reliques de S. Antoine ; que le bruit en étant venu aux oreilles de Guillaume, duc d'Aquitaine, l'abbé de Lézat, craignant que ce prince ne ks fit enlever, en confia la garde aux plus notables du pays, qui se firent un honneur de s'en charger} & qu'enfin, lorsqu'il fallut s'en retourner, on ne put jamais venir à bout de tirer la châsse de sa place, jusques à ce que l'évêque de Toulouse eût promis de donner à l'abbaye de Lézat le lieu où elle avoit été déposée, pour y construire une église sous Tinvocation du saint.

Quoi qu'il en soit de cette merveille, il est certzin^ que Guillaume, comte di Toulouse 6» prince de la province de Poitiers, donna en Vhonneur de saint Antoine, avec sa femme (y son fils Guillaume, aux religieux de Lézat & à Odon, leur abbé, au mois d'août de l'an iii5, un terrain situé dans les iâubourgsde Toulouse, devant la porte du château Narbonnois, avec exemption de toute domination, 8c avec l'autorité &c la justice sur tous ceux qui habiteroient cet endroit. L'acte est souscrit par Amélius, évêque de Toulouse, 8c par divers seigneurs du pays, entre autres Guillaume de Laurac, Gérard de Verfeil, Guillaume-Unaud de Lanta 8c Etienne de Calmont. Après cette donation, les religieux de Lézat firent bâtir en ce lieu une église sous le nom de Saint-Antoine, avec un prieuré conventuel dépendant de leur abbaye. L'un 8c l'autre furen: détruits^ en i355, durant la guerre des Anglois. Les religieux se transferèren:

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Tome V, Chartes 8c Diplômes, n. CCCLXn.

méro CCCLXVIII. * Catel , Mémoires pour Vhiitoire du Lan^uiUi,

* Mabillon, ad ann. 1096, n. 43. p. 240 & suiv.

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bienlôt après dans la ville, à la place de Salin, où ils construisirent une nouvelle église*, que le prieur céda, en i58o, aux cordeliers de Tlle-Jourdain, qui avoient été chassés par les religionnaires, & qui la desservent encore aujourd'hui.

XLVIII. — Le duc ^Aquitaine excommunié. — Philippe de Toulouse, sa

Jemme, meurt religieuse à Fontevrault,

Guillaume IX, duc d'Aquitaine, sa femme 8c leur fils Guillaume étoientdonc encore à Toulouse au mois d'août iii5, ce qui prouve manifestement que lorsque ce prince fut excommunié*, en 11 14, ce ne fut point pour avoir répudié sa femme légitime, comme divers auteurs^ l'ont avancé, 8c encore moins pour avoir enlevé la femme de son frère, ainsi que le prétendent quelques autres^, sans aucune autorité. Guillaume fut sans doute alors frappé d'anathème pour avoir persécuté l'évêque de Poitiers qui lui reprochoit sa vie scandaleuse. Nous savons, en effet, qu'il fut^ excommunié sous le pontificat de Pascal M y pour avoir persécuté l Église. Les mêmes auteurs prétendent encore que ce fut Géraud, évêque d'Angoulême, qui, en qualité de légat du Saint-Siège, excommunia Guillaume en 1 1 14; mais cela n'est pas vraisemblable, puisqu'on a déjà i.^n^.p^fy'J;. vu que ce prélat étoit à Toulouse, la même année, à la suite de ce prince, 8c par conséquent en liaison d'amitié avec lui.

On assure^, d'un autre côté, que Guillaume répudia Philippe de Toulouse pour épouser Hildegarde, qui eut le même sort en 11 19. Mais comme le pape 8c le concile de Reims, tenu la même année, reconnoissoient^ cette dernière pour légitime, c'est une preuve que le duc d'Aquitaine ne répudia pas la première, 8c que celle-ci étoit déjà décédée avant le mariage de ce prince avec Hildegarde. Un moderne^ prétend que Philippe, touchée* des prédications du bienheureux Robert d'Arbrissel qu'elle entendit à Toulouse, le suivit à Fontevrault 8c qu'elle y prit l'habit religieux : nous ne voyons pas que cet instituteur soit demeuré à Toulouse jusques au mois d'août de Van 1 1 15, que cette princesse y étoit encore} ainsi il n'y a aucune apparence qu'elle l'ait suivi. Ce qu'il y a de vrai, c'est que quelque temps avant sa mort elle prit l'habit de l'ordre de Fontevrault, soit, suivant les uns 9, dans cette même abbaye, soit, selon les autres '°, dans le monastère de l'Espinasse, au diocèse de Toulouse, qu'elle avoit fondé, 8c qu'elle décéda le 28 de novembre, ainsi qu'il est marqué dans le

' La chapelle qui a remplacé cette église fait au- ' GeofTroi du Vigeoîs, 1. i, ep. 9.

aujourd'hui partie d'un couvent de femmes & est ' Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de

placée sous le vocable de S. François de Sales. France, t. 2, p. 52o.

' Chronicon MaUeacense, p. 218. ' Orderic Vital, 1. 12, p. SSy.

^ Hauteserre, Rerum A^uit, 1. 10, c. i3. — Cfy' * Clypeum nase. Fontehrald, ordinis, t. 1, p* Sp.

peum nase, Fontehrald. ordinis, t. 2, p. 197. * Ibid,

* Baillet, Fies des Saints, 10 février, p. i^S. — " Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de

Gerraisey Vie de Suger, 1. 6, p. 10. France, t. 2, p. 520.

nécrologe du monastère de Fontaines du même ordre. Nous ne savons pas Tannée précise qu'elle embrassa Tétat monastique 5 car ce ne peut avoir été en 1126 ou 1127, après le décès du duc son mari, comme on Ta avancé^, pour les raisons que nous avons déjà dites. On doit ajouter à cela que nous n'avons aucun monument qui prouve que Guillaume fût maître de Toulouse, ou du moins qu'il y fût reconnu pour comte, & que Philippe sa femme ait vécu après l'an 1 1 15. Nous croyons donc que cette princesse embrassa l'institiit de Fontevrault vers l'an 11 16, qu'elle mourut peu de temps après, & avant le mariage du duc son mari avec Hildegarde, que ce prince avoit déjà épousée solennellement en troisièmes noces l'an 11 19, &c que la retraite & la monde Philippe, jointes aux déréglemens de Guillaume, contribuèrent beaucoup à détacher les Toulousains du parti de ce prince, qu'ils chassèrent enfin de leur ville.

XLIX. — Assemblée tenue à Cassan, dans le diocèse de Béjiers* — Origine

d'Aton, archevêque d*Arles.

Il se tînt* une assemblée célèbre dans la Province, au mois d'octobre de l'an iii5, pour la consécration de l'église du monastère de Cassan au diocèse de Béziers. Les archevêques Richard de Narbonne & Aton d'Arles y assistèrent, avec les évêques Arnaud de Béziers, Gautier de Maguelonne, Bernard d'Agde, Jean de Nimes, Arnaud de Carcassonne 8c Raimond de Balbastro, Se il sS trouva un grand concours de personnes de considération de l'un & de l'autre sexe.

On prétend qu'Aton^, archevêque d'Arles, étoit de la maison des vicomtes de Béziers; mais on n'en donne point de preuve, & nous n'en avons trouvé aucune dans un grand nombre de titres de cette maison que nous avons vus. Ce ne peut être donc qu'une conjecture fondée sur le nom de ce prélat, fon usité dans la maison de ces vicomtes. On pourroit appuyer cette conjecture sur ce qu'Aton fit de fréquens voyages dans la Province, où on le trouve souscrit dans plusieurs actes. Mais nous sommes persuadés'* qu'il nètoit qu'allié des vicomtes de Béziers, qu'il étoit de la maison des vicomtes de Bruniquel, 8c neveu par sa mère de Richard de Millau, archevêque de Narbonne. Ce dernier, qui se à\x. parent (consanguineus) & ami de Bernaid- Aton, vicomte de Béziers 5, avoit en effet, en 11 12, un neveu^ appelé Aton; enfin Aton, archevêque d'Arles, vécut dans une très-grande union avec Richard, archevêque de Narbonne, & passa une partie de sa vie auprès de lui. Le crédit qu'avoit celui-ci en Provence, où il avoit été abbé de Saint-Victor de

' Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de ^ Voyez tome IV, Note XXXIII, n. 7.

France, t. 2, p. 52o. * Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, flï-

" Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- mcro CCCXLVI.

méro CCCLXX. « Uid, n. CCCLVIII.

' GaUia. Christiana, t. i , p 5i ; & nov. éd. p. 569.

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Marseille, & où Douce, sa petite-nièce, étoit comtesse d'Arles, aura beaucoup contribué sans doute à foire élire Aton, son neveu, archevêque de cette ville.

L. — Les évêques de Viviers reconnaissent les empereurs df Allemagne,

Léger, évêque de Viviers, assista ' de son côté, en 1 1 15, à un concile assemblé dans Pabbaye de Tournus en Bourgogne. Ce prélat est qualifié légat du Saint-Siège dans un ancien * monument de son église, où il est marqué qu'il la fit réparer & qu'il l'enrichit de diverses reliques que ses prédécesseurs avoient recueillies. Il donna ^, en 1 112, les églises du mandement de Saint- Auban au prieuré de Ruons, de l'ordre de Cluny, situé dans son diocèse, par un acte daté du règne de V empereur Henri. Il semble par là que Léger reconnoissoit alors ce prince pour son souverain, mais du moins on n'en peut tirer ^{^^^^^'z aucune conséquence pour le pays, car nous voyons que Philippe I, roi de France, dominoit sur le Vivarais en 1096^, & nous avons une^ transaction passée cette année entre Guillaume, abbé de Saint-Chaffre 8c les seigneurs de Mézène dans le diocèse de Viviers, en présence du même Léger, & datée du règne du roi Philippe. Comme ce prélat exerça sa légation dans la province de Vienne, qui pour la plus grande partie dépendoit du royaume de Provence, uni alors avec l'Empire, ce fut sans doute la raison pour laquelle il reconnut la souveraineté de l'empereur Henri. Il paroît, en effet, que Léger est le premier évêque de Viviers qui ait regardé les empereurs d'Allemagne pour ses souverains, démarche dont ses successeurs profitèrent pour leur agrandissement, ainsi que nous le verrons dans la suite.

LL — Concile de Saint-Gilles. — Anciens comtes de Ra'^ès.

Un autre légat du Saint-Siège dont nous ignorons le nom tint, en iii5, à Saint-Gilles sur le Rhône, un concile dans lequel on agita un différend qui étoit alors entre les abbés de la Grasse & d'Alet, touchant l'abbaye de Saint- Polycarpe, que chacun prétendoit devoir être de sa dépendance. C'est tout ce que nous trouvons de ce concile, dont il est feit mention dans une bulle^ que le pape Pascal II donna, à la fin du mois de novembre de l'an 11 16, & par laquelle il adjuge le monastère de Saint-Polycarpe à l'abbaye d'Alet, <i confor- (c mément à la donation que le comte Guillemond lui en avoit foite du temps « de l'empereur Charles, à la restitution qu'elle en avoit reçue du comte « Raimond, sous le règne du roi Philippe, 8c à la confirmation de la comtesse « Ermengarde. » Pascal ajoute « que ce monastère n'avoit jamais été tiré de

* Conciles, t. lo, p. 8o5. ^ Voyez ci -dessus, livre XV, n. lvi.

* Columbi, Episcopi Vivarienses, p. 207 & scq. * Columbi, Episcopi Vivarienses, p. 207 & seq.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCLVI, la 2* charte citée sous ce numéro. raéro CCCLXXII.

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c( cette dépendance par aucun jugement ecclésiastique, mais seulement parla « violence & par lautorité des puissances séculières. » Cette bulle confirme les conjectures que nous avons données' ailleurs touchant l'origine du comte Béra, fondateur de labbaye d'Alet, & fait voir qu'il n'est pas différent* du comte de Barcelone de ce nom, qui vivoit au commencement du neuvième siècle, puisqu'il est certain que celui-ci eut un fils appelé Willemond. Le comte Willemond qui, sous le règne de Charlemagne, unit l'abbaye deSaint- Polycarpeà celle d'Alet, aura donc succédé, avant Tan 814, dans le comté de Razès où ces deux abbayes sont situées, à Béra, comte .de Barcelone, son père, qui s'en sera démis en sa faveur. Nous avons parlé ailleurs ^ de Raimond II, comte de Razès, dont il est fait mention dans cette bulle. Quant à Ermengarde, c'est improprement qu'elle y est qualifiée comtesse; car, quoiqu'elle fût de race comtale & héritière du comté de Razès, elle ne le posséda cependant qu'en titre de vicomte, ainsi qu'on l'a déjà vu. Au reste, il paroît^ que l'abbaye de Saint-Polycarpe dépendoit de celle d'Alet à la fin du douzième siècle j mais elle devint indépendante dans la suite Se l'est encore aujourd'hui.

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