LII. — Béranger de Narbonne, abbé de la Grasse
L'abbaye de la Grasse se dédommagea de cette perte par les bienfaits quelle reçut de Raimond-Béranger III, comte de Barcelone, qui, dans le dessein de réformer le monastère de Saint-Pierre de Gallicant, situé sous les mun de Girone, en accorda^ l'administration, le 20 janvier de l'an 11 17, à Béranger, abbé de la Grasse, son frère , 8c à ses successeurs, avec pouvoir d'y envoyer un abbé 8c des religieux soumis à leur autorité & à leur juridiction. L'acte est daté de Girone & souscrit, après le comte, par Raimond-Béranger, Raimond 8c Bernard, ses fils, la comtesse Douce, sa femme, Béranger-Bernard, son sénéchal, 8cc. On voit par là que ce prince avoit, en 11 17, trois fils de Douce, comtesse de Provence, sa femme.
Béranger de Narbonne étant alors fort jeune avoît été élu depuis peu abbé de la Grasse. On a vu, en effet, qu'il étoit encore enfant en iio3, lorsque le vicomte Aymeri I, son père, l'offrit à l'abbaye de Saînt-Ponsde Thomièrei, où il avoit pris l'habit monastique, 8c nous verrons dans la suite qu'il parvint, en ii56, à l'archevêché de Narbonne. Nous inférons de là que le crédit du comte de Barcelone & d'Aymeri II, vicomte de Narbonne, ses frères, contribua beaucoup à son élection. On l'accuse^ d'avoir été, Tannée suivante, par un esprit d'ambition, dans le diocèse de Girone, où, soutenu de toute l'autorité du prince, il s'empara à main armée du monastère de Saint- Félix de Guixols, sans le consentement de l'abbé 8c des religieux, 8c malgré
■ Voyez tome II, "Note XCI, n. 2.
* Voyez tome IV, Ifote XXII n. 24.
» IbU.
^MabiUon, ad ann. 1129, n. 129, ^ Marca Hispanica, p. 1248 & se^.
^ Ihid, p. 1261 & seq.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. 63l
Tévêque 8c son chapitre j ce qui engagea ce prélat à jeter l'interdit sur tous les Éd. oriçin. domaines qui, dans son diocèse, dépendoient de l'abbaye de la Grasse, & à porter cette affaire à Rome. Il paroît cependant que l'évêque de Girone la perdit, puisque l'abbaye de Saint-Félix de Guixols dépendoit* de celle de la Grasse sous le pontificat du pape Grégoire IX.
Béranger de Narbonne, abbé de la Grasse, soumit aussi à son autorité & à celle de ses successeurs l'abbaye de Saint-André de Sureda, dans le diocèse d'Elne, que Gausfred, comte de Roussillon, sa femme Trencavelle, & leur fils Guinard lui donnèrent^, le i3 de mai de l'an iiSç. Enfin cet abbé augmenta considérablement le domaine de son monastère par le retrait^ qu'il fit de divers biens aliénés. Il transigea entre autres là-dessus, en 1128, avec Raimond & Guillaume de Termes, fils d'Olivier.
LUI. — Fin des comtes de Cerdagne. — Leur domaine est uni à celui des
comtes de Barcelone.
Bernard-Guillaume, comte de Cerdagne, fut un des bienfaiteurs de l'abbaye de la Grasse, à laquelle il unit^ celle de Saint-Martin de Canigou, fondée par le comte Guifred, son trisaïeul. Raimond, comte de Barcelone, la comtesse Douce, sa femme, Raimond & Béranger, leurs fils, qui étoient encore alors à la mamelle, se trouvent souscrits à l'acte avec Bernard-Béranger de Pierrepertuse. Le comte de Cerdagne mourut^ sans postérité trois ans après. Raimond- Béranger III, comte de Barcelone, lui succéda comme son plus proche parent, étant tous les deux de la même maison. Par là les comtés de Cerdagne & de Berga au delà des Pyrénées, celui de Confiant, le Capcir & une partie du Razès en deçà de ces montagnes, furent réunis au domaine des comtes de Barcelone.
LIV. — Dou-^ième concile de Narbonne, — Nouveaux dijjerends entre
Varchevêque de cette ville 6* le vicomte.
Il paroît que Richard, archevêque de Narbonne, tint dans cette ville un concile de sa province Tan 1 1 17, & que ce fut durant cette assemblée qu'Aton, archevêque d'Arles, & les évêques Arnaud de Béziers & Arnaud de Carcassonne terminèrent par un accord, en qualité d'arbitres, le différend qu'il avoit avec Hugues, abbé de Saint-Paul. Il est du moins certain que cet abbé s'obligea, par cet accord^, à ne vendre ni engager les biens de son église & à
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Bernard de Montfaucon, Piariam fta/icam, p. 7
méro CCCCXLIV. & seq.
» Jbid. n. CCCCXLVII. « Marca Hispanica, p. 546.
* Archives de Tabbaye de la Grasse. < Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLXXIIL
An 1117
ne pas pourvoir aux bénéfices sans le consentement ôc la volonté de Tarchevêque.
Richard avoit alors un différend bien plus considérable avec Aymeri II, vicomte de Narbonne. Celui-ci lui avoit véritablement rendu hommage pour ce qu'il tenoit de l'église de Narbonne; mais il formoit plusieurs difficultés sur la nature & le détail des divers fiefs qu'il avoit reconnus. L'archevêque, qui de son côté se croyoit lésé, fit proposer* au vicomte de s'en rapportera la décision de leurs amis communs & des principaux du pays. Mais Aymeri, loin d'accepter cette proposition, s'empara des biens de l'église de Narbonne. L'archevêque employa auprès de lui ses amis particuliers, les barons du pays, les évêques, les abbés, les vicomtes (y les chevaliers , pour l'engager ou à se désister de ses prétentions, ou à en venir à un jugement définitif. Le vicomte ne voulant écouter aucune proposition, Richard prit enfin le parti de l'excommunier & se mit aussitôt en lieu de sûreté pour éviter sa vengeance; mais il eut le malheur de tomber entre les mains des gens du vicomte qui se saisirent de sa personne, le maltraitèrent extrêmement & l'enfermèrent dans une étroite prison ; en sorte que pour recouvrer sa liberté, il fut obligé d'acquiescer à toutes les demandes d' Aymeri & de se réconcilier avec lui. Leur réconciliation ne fut pas cependant de durée. Le vicomte s'empara bientôt après de la leude du vermillon & de la justice des vassaux de l'église de Narbonne. L'archevêque, ne pouvant tirer raison de ces entreprises, dressa alors une espèce de manifeste pour le laisser à la postérité. Richard expose, dans cet écrit qui a passé jusques à nous, tous les griefs que lui 8c son église avoient contre les vicomtes de Narbonne, & appuie la vérité des faits qu'il avance sur le témoignage d'Aton, archevêque d'Arles, de Jean, évêque de Nimes, &c.
LV. — Accord entre le vicomte Bernard-Aton 6» Aymeri II, vicomte
de Narbonne.
Aymeri II, vicomte de Narbonne, avoit vers le même temps un autre différend* avec le vicomte Bernard-Aton, au sujet du sel dont le premier empêchoit le transport 8c la vente dans le domaine de l'autre. Les deui vicomtes s'accordèrent enfin, le lundi 12 de fivrier de Van 11 17. Aymeri & Ermengarde, sa femme, promirent solennellement à Bernard-Aton, à Cécile, sa femme, 8c à leurs fils Roger 8c Raimond de ne plus défendre ce commerce.
tfn,p"f8o. ^ ^*^^^ ^^ ^^^ ^^^^ ^^^ ^^^^ V^^ l'usage de compter le commencement de l'année à Pâques n'étoit pas encore alors généralement observé dans toute la Province.
On voit par divers monumens que le vicomte Bernard-Aton augmenta
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
méro CCCLXXV. méro CCCLXXI, la t*^ charte citée sous ce numéro.
considérablement son domaine. Il acquît, en iii5', une partie de la ville de Limoux qui lui fut vendue en alleu. Guillaume de Margon lui donna aussi en alleu, Se à sa pçstérité, la moitié du château de Loupian, dans le diocèse d'Agde. La dame d'Ornesons, dans celui de Narbonne, lui fit donation, en 1116, de tous les biens qu'elle avoit dans les comtés de Narbonne, Carcassonne, Razès, Roussillon, Béziers & Agde, & lui rendit hommage pour le château d'Ornesons. Déodat de Boussagues lui donna en alleu, en 11 17, le château de ce nom, dans le diocèse de Béziers. Enfin ce vicomte toucha une somme considérable, en 11 18, de Raynon du Caylar, dans le diocèse de Nimes, 8c de Guillaume, son frère, pour quelques droits qu'il leur accorda.
LVI. — Neuvième concile de Toulouse, — Bernard-Aton fait son testament 6» va servir en Espagne contre les Sarrasins. — Etendue de son domaine.
Tous ces actes sont autant de preuves de la capacité de Bernard-Aton pour
le gouvernement. Ce vicomte ne se rendit pas moins recommandable par ses
exploits militaires: non content d'avoir été servir dans la Terre Sainte contre
les infidèles, il résolut en 11 18 de marcher au secours d'Alphonse I, roi
d'Aragon, qui faisoit la guerre aux Maures d'Espagne. Ce dernier, dans le
dessein d'assiéger la ville de Saragosse sur ces infidèles, envoya solliciter du
secours dans les provinces de France * voisines de ses États, 8c employa pour
l'obtenir, à ce qu'il paroît, l'autorité du pape Gélase II, lequel avoit succédé
à Pascal II le 24 de janvier de la même année. Nous voyons du moins qu'on
tint 3 un concile à Toulouse en 11 18, dans lequel on confirma V expédition
d'Espagne. Nous ne trouvons rien autre chose de ce concile qui fut le neuvième
de Toulouse. Il y a lieu de croire que Raimond, évêque^ de Balbastro, qui
étoit dans le pays au mois de février de l'an 11 18, assista à ce concile qui se
tint au commencement de l'année : Bernard-Aton, qui ne se détermina sans
doute à partir pour l'Espagne qu'après sa tenue, fit en effet son testament le
7 de mai de l'an 11 18.
Ce vicomte, étant sur son départ pour VEspagne, dispose de ses domaines par cet acte^, de l'avis de plusieurs nobles 6» gens de loi qu'il avoit convoqués. Il fait quelques legs pieux en faveur de l'abbaye de la Chaise-Dieu 8c laisse la jouissance de tous ses biens à Cécile, sa femme, pendant tout le temps qu'elle le jugeroità propos. Il donne à Roger, son fils aîné, après la mort de cette dame : i^ les vicomtes de Carcassonne 8c de Razès 8c les domaines du Toulousain qui en dépendoient; 2^ le pays de Termenois 8c tout ce qu'il possédoit dans la vicomte de Narbonne en qualité de seigneur de Carcassonne 8c de
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Chronicon Malleacense, dans h&hhcy ^» 21c.
méro CCCLXXI, la i'* charte citée sous ce numéro. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
' Ferreras, Histoire d'Espagne, ann. 1118, n. 5 méro CCCLXXVI.
& suiv. * liid, n. CCCLXXVII.
An 1117
An 1118
Termes; S® la vicomte de Béziers, excepté quelques châteaux qu'il résene pour Raimond Trencavel, son fils puîné; 4<> le fief du seigneur de Muret, dans le diocèse de Toulouse, celui du seigneur de Bruniquel, dans le Querci, & ce qu'il avoit dans le Minervois ; 5^ les châteaux de Capestang & de Cessenon dans le diocèse de Narbonne; 6^ les abbayes de Caunes & de Valseguier ou de Montolieu, le village d'Alsau, 8c enfin toutes les acquisitions qu'il avoit faites dans ces domaines, avec défense au même Roger d'y en feiire de nouvelles sans le conseil de Raimond, son frère. Il laisse à ce dernier : v la vicomte d'Albi 8c ce qui dépendoit du château d'Ambialet, qui en étoit le chef-lieu, tant dans le Rouergue, que dans le Querci, le Toulousain 6cle Narbonnois ; 2^ la vicomte d'Agde avec le château de Pézénas , & tous les domaines qu'il avoit depuis l'Hérault jusques au Rhône ; 3<^ ce qui devoit lui revenir dans le comté de Melgueil ; 4® la vicomte de Ni mes avec ses dépendances; 5° le château de Lunas 8c l'abbaye de Joncels dans le diocèse de Béziers; ô® les fiefs de Bernard d'Anduze, de Bernard Pelet 8c de Guillaume de Montpellier, 8c enfin toutes les acquisitions qu'il avoit faites dans ce pars, où il défend au même Raimond d'en faire de nouvelles sans l'avis Ec le consentement de Roger, son frère aîné. Il lègue à l'un 8c à l'autre en commun les châteaux de Boussagues, de Castelnaudary 8c de Saint-Félix, 8c en cas que la. vicomtesse, sa femme, voulût vivre séparée de ses deux fils, il lui donne les trois vicomtes de Béziers, d'Agde 8c de Nîmes, le Termenois, le ^Éd. oriçn. château de Cessenon 8c quelques autres domaines, tout le pays situé entre les rivières d'Agout 8c de Tore, 8c le village de Burlas. Tel est le testament que fit alors le vicomte Bernard-Aton : il en changea les dispositions dans la suite en faveur de Bernard-Aton, son troisième fils, dont il ne dit rien dans cet acte. Nous apprenons par là quelle étoit l'étendue de son domaine, & qu'outre six grandes vicomtes, il possédoit encore en différens pays des terres très-considérables j en sorte qu'il dominoit directement ou indirectement sur le tiers de la Province, sans parler des provinces voisines. C'est là le plus ancien monument que nous ayons vu où il soit fiait mention de la ville de Castelnaudary, aujourd'hui capitale du Lauragais, pays qu'Ermengarde, mère de Bernard-Aton , avoit vendu autrefois avec les comtés de Carcassonne à de Razès au comte de Barcelone , 8c dont ce vicomte s'étoit remis en possession.
LVII. — Réforme de Vahbaye de Sorè-^e- — Mariage d*Ermesstnde y fiUek vicomte Bernard-Aton. — Expéditions de ce vicomte en Espagne,
On voit encore que Bernard-Aton dominoit alors sur le Lauragais, par le soin qu'il prit, au mois de mai de l'année suivante, de réformer* l'abbaye de Sorèze, située dans ce pays. Ce vicomte, se reprochant sa négligence envers les
' Voycs tome V^ Chartes & Diplômes, numéro CCCLXXX.
églises de son domaine, résolut de rétablir la régularité dans cette abbaye, qui étoit devenue toute séculière, 8c la soumit à Roger, abbé de Moissac, & à ses religieux, qui ordonnèrent que les comtes de Toulouse nauroient aucun domaine sur elle, mais seulement le vicomte Bernard 8c sa postérité.
Ce vicomte, dans son testament, ne fait mention d'aucune de ses filles,
quoique nous sachions* qu'il en avoit plusieurs. On a parlé ailleurs des deux
aînées, dont l'une avoit déjà épousé Guillaume-Alfaric de Béziers, 8c l'autre
le comte de Roussillon. Bernard -Aton en avoit une troisième, nommée
Ermessinde, qu'il maria en 1121 avec Rostaing, fils de Decan, seigneur de
Posquières, dans le diocèse de Nimes. Il fit ce mariage conjointement avec
Cécile, sa femme, 8c du conseil de leurs fils Roger, Trencavel 8c Bernard. Il
donna à Ermessinde pour sa dot les châteaux de Marguerites, de Cauvisson 8c
de Beauvoisin dans le même diocèse, 8c quelques autres domaines, à condition
que Rostaing les tiendroit en fief & à tous honneurs de lui 8c de celui de ses
fils en faveur duquel il en disposeroit. Il donna de plus à Ermessinde un juif
&» un bourgeois de Bé-^iers avec leurs possessions. Bernard-Aton qui, dans l'acte,
prend le titre de vicomte de Nimes, Agde 8c Béziers, se réserva la justice sur
ces domaines, supposé que son gendre, sa fille 8c leur postérité ne voulussent
ou ne pussent pas la rendre : preuve que les seigneurs particuliers l'exerçoient
alors dans leurs terres.
Bernard-Aton ne différa pas sans doute après son testament de partir pour l'Espagne, oîi Alphonse, roi d'Aragon, s'étant mis en campagne, prit au mois de juin de la même année le château d'Almudabar, situé aux environs de Saragosse, forma ensuite le siège de cette ville & remporta une victoire complète, le 6 de décembre, sur les Sarrasins qui lui avoient livré bataille. Ce prince se rendit cinq jours après maître de Saragosse 8c fit diverses autres conquêtes sur les infidèles. Bernard-Aton prit part sans doute à ces expéditions; car il est certain qu'il partit pour l'Espagne 8c qu'il étoit absent de la Province en 1 1 18, comme il paroît par la donation* que Guillaume de Termes 8c ses frères firent alors en faveur de la vicomtesse Cécile, sa femme, de ce vicomte 8c de ses fils, de ce qui leur appartenoit au château de Termes.
LiVIII. — Arrivée &» séjour du pape Gélase II dans la Province. — Origine
de la ville d^ A lais.
Le pape Gélase II écrivit ^ d'Alais en Languedoc, le 10 de décembre de la même année, aux chrétiens qui étoîent occupés au siège de Saragosse, tant pour approuver le choix qu'ils avoient fait d'un évêque de cette ville qu'il leur renvoyoit après l'avoir consacré, que pour les exhorter à continuer leur entreprise. Ce pape avoit été obligé d'abandonner l'Italie 8c de se réfugier en
■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Tome V, Chartes & Diplômes, n.CCCLXXVIII.
méro CCCLXXXVIII. » Conciles, t. lo, p. 820.
An 1118
An 1 1 1 8
France pour éviter la persécution de Tempereur Henri V, dont les différends avec le Saint-Siège au sujet des investitures continuoîent toujours. Gélase partit' de Pise au commencement de novembre de Tan iii8 & débarqua à Saint-Gilles sur le Rhône, où il étoit déjà arrivé le 7 du même mois, suivant une bulle qu'il accorda alors en faveur de la primatie de Tolède. Pons de Melgueil, abbé de Cluny, qui Taccompagnoit, après lavoir quitté à Pise, Tavoit devancé pour venir en France annoncer son arrivée & porter les t^u °"?82 peuples à lui faire la réception qui convenoit à sa dignité; il vint ensuite le rejoindre à Saint-Gilles avec un nombreux cortège. Comme le pape 6c les cardinaux qui étoient avec lui manquoient de tout, il leur fit divers présens 8c leur fournit pour sa part trente chevaux pour leurs équipages. Hugues, abbé de Saint-Gilles, & sa communauté, n'omirent rien de leur côté pour bien recevoir ce pontife : ils le défrayèrent avec toute sa cour pendant un asseï long séjour qu'il fit dans leur monastère, lui firent des présens & lui fournirent dix chevaux. Plusieurs évêques*, abbés & seigneurs séculiers s'empressèrent d'aller à Saint-Gilles pour offrir leurs services & leur bourse à Gélase, qui dédia alors aux environs de cette abbaye les églises de Sainte-Cécile de Stage) ou Tavels, de Saint-Sylvestre de Tillan, & de Saint-Etienne de Tornac, dont il prescrivit les limites par des pierres qu'il fit planter. Pendant son séjour à Saint-Gilles, S. Norbert^, fondateur de l'ordre de Prémontré, vint lui demander l'absolution de la faute qu'il avoit commise d'avoir reçu le diaconat & la prêtrise dans une seule ordination, contre la disposition des canons. Le pape conçut une très-grande estime de cet homme apostolique & lui permit de prêcher partout l'Évangile.
Gélase, après avoir demeuré quelque temps à Saint-Gilles, s*embarqua& se rendit par mer dans l'île de Maguelonne, où il donna, le dernier de novembre^, une bulle en faveur de l'abbaye de la Grasse. On doit remarquer que cette bulle, quoique datée de l'an 11 19 & de l'indiction XII, appartient cependant certainement à l'an 11 18, parce que ce pape, de même que quelques-uns de ses prédécesseurs & de ses successeurs, suivoit ordinairement^ le calcul pisan j ce qu'un auteur^ qui a écrit depuis peu n'a pas compris. Suger", alors moine & ensuite abbé de Saint-Denis, envoyé par le roi Louis le Gros, vint à Maguelonne offrir au pape les services & le secours de ce prince. t( Maguelonne, dit Suger à cette occasion, est une petite île où Gélase étoii « arrivé par mer, & où l'on voit une ville qui à peine suffit pour loger « l'évêque & son chapitre} elle est cependant très-forte & très-importante à « cause des fréquentes courses des pirates sarrasins. » Le pape reçut très-
■ Pandulphus, Fita Gelas'ti papae II. — Epist. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
Hugonis Clunlacensis, B'iblioth. Clunîaeensis, p. 555. méro CCCLXXIX.
— Cajetan, Notae in Paniulph. p. 106, 120, & $eq. ' Cajetan, tfotae in Pandulph, p. 100. — Paji,«
— Falco, monachus, Chronicon, ann. 11 18, n. 12 &seq.
' Falco, monachus, Chronicon, * Gervaise, Vie de Suger, 1. 3, p. 99.
^ Vie de S, Norbert, BoUandistcs, 6 juin, p. 821. ' Suger, Vita Ludovici Crassi, p. 309.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVL ôSy
gracieusement cet ambassadeur & accepta volontiers les offres du roi , qui lui donna rendez-vous pour une entrevue à Vézelai en Bourgogne.
Les fatigues que Gélase avoit essuyées durant son voyage altérèrent sa santé', & il tomba malade à Maguelonne. Pons, abbé de Cluny, qui ne le quittoit pas, lui conseilla de se faire transporter à Mauguio ou Melgueil, sur la côte, à deux lieues de Maguelonne vers le nord-est, dans le domaine de sa famille, où il prit un si grand soin de lui, que ce pontife recouvra bientôt ses forces & fut dans peu en état de continuer sa route. On a déjà vu qu'il étoit arrivé à Alais sur le Gardon, à huit lieues de Mauguio, le 10 de décembre, 8c qu'il y avoit consacré Pierre, nouvel évêque de Saragosse. Nous apprenons d'ailleurs * qu'il étoit encore dans cette ville deux jours après, & que Richard, archevêque de Narbonne, les évêquesGui, de Lescar, Géraud, d'Angoulême, Pierre, de Saragosse, & Pons, abbé de Cluny, l'y avoient suivi. Ce sont là les plus anciens monumens que nous connoissions d'Alais, autrefois du diocèse de Nimes, 8c aujourd'hui ville épiscopale. Il paroît qu'elle ^ appartenoit alors à Raimond Pelet, ou à Agnès, sa femme.
Gélase alla d'Alais au Puy^ en Vêlai, 8c étant revenu du côté du Rhône, il se rendit dans l'abbaye de Saint-André, vis-à-vis d'Avignon, 8c en dédia ^ l'église dont on venoit d'achever le bâtiment. Il fit cette cérémonie le i3 de décembre^, passa ensuite ce fleuve 8c donna une bulle à Avignon "^j le 16 de ce mois. Il étoit quatre jours après à Orange, où il confirma®, à la demande des archevêques de Narbonne 8c d'Arles qui étoient à sa suite, en faveur d'Arnaud, abbé de Caunes, les privilèges de ce monastère, fondé par Vempereur Charles 6» le ministère du comte Milon. Il donna le même jour^ une autre bulle en faveur de Pierre, abbé de Saint-André du Mont-Andaon sur le Rhône, dont il avoit consacré Véglise de ses propres mains dans le temps qu^il étoit dans les Gaules : preuve bien authentique que tous les pays situés à la droite du Rhône appartenoient alors entièrement à la France, 8c que les empereurs d'Allemagne ne portoient leurs prétentions, au sujet du royaume de Provence, que jusques au bord oriental de ce fleuve. Nous en trouvons une nouvelle ^{^^l^li preuve dans la donation '° que Raimond, évêque d'Uzès, fit un jeudi du mois de juin de l'an 1 121, régnant le roi Louis, à l'abbaye de Saint-Gilles, de l'église de Chambonas dans son diocèse, en présence de Bertrand, prévôt de sa cathédrale, de Raimond, abbé de Saint-Privat, 8c de plusieurs autres. Le pape continua sa route vers Lyon, mais il ne tint *' pas de concile à Vienne, comme quelques auteurs l'ont prétendu. A son arrivée à Mâcon, il fut attaqué d'une
' Bibl'iotheca Cluniaeensisj -p, 555. ^ GaUia Christianaj noT. edît. t. i, p. 878.
* Marca, Histoire de Béarn, 1. 5, c. 82. — Pagi, ' Conciles, t. 10, p. 823.
ad ann. 1 1 18, n. 19. ' CapituUires, t. 2, p. i557.
^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCLXXXIV la i'"'' charte citée sous ce nu- méro CCCLXXIX, la 2« charte citée sous ce numéro, méro.
^ Pandulphus, p. 100. '^ Archives de l'abbaye de Saint-Gilles.
^ Mabillon, adann. 1087, n. 34. " Pagi, ad ann, 1119, n. i.
An 1 1 1 9
pleurésie, & s'étant fait transporter aussitôt dans l'abbaye de Cluny, ilv décéda le 29 de janvier de Tan 11 19.