‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 217 sur 234 · XXXVII. — Fondation de tabbaye de Valmagne · texte numérisé non relu

XXXVII. — Fondation de tabbaye de Valmagne

Plusieurs anciens monastères furent unis à l'ordre de Ctteaux au douzième siècle : tels furent entre autres ceux d'Ardorel , au diocèse de Castres, & de Valmagne ', dans celui d'Agde. Ce dernier, qui est situé sur la grande route de Languedoc, fut fondé * en ii38, sous la dépendance de l'autre & l'institut du bienheureux Géraud de Sales. Foulques, abbé d'Ardorel, y envoya alors de ses religieux pour y établir la régularité. Raimond-Trencavel, vicomte de Béziers, & sa femme Adélaïde en furent les principaux bienfaiteurs, avec Guillaume d'Omelas, frère de Guillaume VII, seigneur de Montpellier, & divers cheva- t!^ii;p"j24. liers du voisinage. Elle reçut encore une donation considérable^, en 1147, de Trencavelle, comtesse de Roussillon, du vicomte Raimond-Trencavel son frère, de Géraud son fils, 8c de la vicomtesse Cécile sa mère.

Les abbayes d'Ardorel & de Valmagne embrassèrent Tinstîtut^de Cîteaux, vers Tan i i5o, du consentement de l'abbé de Cadouîn leur supérieur. C^est ce qui paroît en particulier par une lettre^ que Rigaud, évêque d'Albi, écrivit quelques années après à Jean, abbé d'Ardorel, 8c à ses religieux, dont quelques-uns vouloîent quitter cet institut. Ce prélat leur marque que c'étoit à leur prière 8c à celle de Guillaume, qui étoit alors leur abbé, qu'il avoit écrit à Cîteaux pour établir cet ordre parmi eux, ce qui avoit été exécuté du consentement de Tabbé de Cadouîn 8c de l'avis de son chapitre 8c des princes du pays, savoir : de Roger, de Trencavel, d'Ermengaud de Vintron 8c de plusieurs autres nobles. Rigaud avoit succédé dans l'évêché d'Albi à Hugues, qui, au mois de février de l'an 1 1 38, fit la cérémonie <5 de lever de terre le corps de saint Guillaume, fondateur de l'abbaye de Gellone.

XXXVIII. — Mort de Guillaume X, duc d* Aquitaine. — Éléonor, sa fille &• sort héritière, épouse le roi Louis le Jeune. — Etendue de ce duché.

Guillaume X, comte "^ de Poitiers 8c duc d'Aquitaine, après sa réconciliation avec rÉglise, se ligua avec Geoffroi V, comte d'Anjou, 8c marcha à son secours pour soumettre la Normandie, tl fit tant de ravages dans cette province 8c y commit tant d'excès, que pour les expier il résolut de faire un pèlerinage à Saint-Jacques en Galice. Avant son départ, il disposa de ses domaines en faveur d'Éléonor, sa fille aînée, car il n'avoit pas d'enfans mâles, 8c destina

* Voyez tome IV les Vor« sur les abbayes d'Ar- ^ GaUU Christiana, nov. cdit. t. i, instrum, dorel & de Valmagne. p- 2oz.

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXLI. • Aeta Sanct, ordinis santti Bettedittl, sacc. IV,

* liid. n. CCCCLXXIII, la 3« charte citée sout part, i, p. 556.

ce numéro. ' Orderic Vital, 1. i3. — Suger, Flu Ludo*

* litd. n. CCCCLXV. — Voye* aussi tome IV, viei FI, p.Sio & seq. — Chronîeon MaurinUftnee, Note IX, n. 5. dans Duchesne, t. 4, 1. 3.

^TTiâr" 70S HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.

de la donner en mariage au roi Louis le Jeune, que le roi Louis le Gros son père avoit associé au trône. Guillaume fit cette disposition, non pas parle testament supposé que quelques-uns ^ ont donné sous son nom , mais par quelque autre acte ^. Il se mit ensuite en chemin, 81 après son arrivée à Compostelle,ou du moins aux environs, il fut attaqué d'une violente maladie An 1 137 dont il mourut^ le vendredi saint, 9 d'avril de Tan iiSy. Il fit faire serment, avant sa mort, à ceux qui Taccompagnoient d'exécuter sa volonté touchant le mariage de sa fille avec le roi Louis le Jeune. Son corps fut inhumé de\fam le grand autel de l'église de Saint-Jacques. Telle fut la fin de ce prince, Toulousain de naissance, qui se rendit aussi fameux par son attachement au parti de l'antipape Anaclet, & par les maux qu'il fit à l'Église, à cette occasion, qu'il l'est devenu depuis par les fables que divers auteurs, qui l'ont confondu avec Guillaume ÏX, son père, Se avec deux saints de même nom, ont inventées sur son sujet. Ce duc, qui descendoit en droite ligne ^ de Bernard FI, marquis de Gothie & comte de Poitiers dans le neuvième siècle^, mourut âgé d'environ trente-huit ans, après avoir été marié deux fois. Il ne lui restoit plus que deux filles du premier lit. Éléonor, l'aînée, hérita de tous ses domaines, ainsi qu'on l'a déjà dit; & Alix ou Perronelle, la cadette, épousa dans la suite le comte de Vermandois. Raimond, prince d'Antioche, frère de Guillaume, continua la postérité.

Le roi Louis le Gros n'eut pas été plutôt informé de la mort & des dernières dispositions de ce prince, qu'il fit partir le roi Louis le Jeune, son fils, accompagné d'une cour superbe, pour aller épouser la duchesse d'Aquitaine 8c prendre possession de cette portion de la monarchie. Louis le Jeune arriva le 3o de juin à Limoges. Alphonse, comte ^ de Toulouse, qui ignoroit quece prince dût aller dans cette ville, s'y rencontra par hasard, à l'occasion de la fête de Saint-Martial qu'il y étoit venu célébrer 8c qui tombe ce même jour. Louis se rendit de là à Bordeaux, où il épousa solennellement Éléonor, laquelle fut couronnée reine de France. Il fut ensuite couronné lui-même duc d'Aquitaine, à Poitiers, le 8 du mois d'août suivant. Ce duché, qu'il réunit pour un temps à la couronne par son mariage avec Éléonor, comprenoitalon les comtés particuliers de Poitou 8c de Limousin, avec l'autorité suzeraine sur le reste de la province "^ ecclésiastique de Bordeaux ou Aquitaine deuxième; i! comprenoit aussi la Novempopulanie ou province d'Auch, c'est-à-dire le duché de Gascogne 8c les comtés particuliers de Bordeaux 8c d'Agen, qui avoientété unis au domaine des comtes de Poitiers, vers le milieu du onzième siècle, par le mariage de Brisque, qui en étoit héritière, avec Guillaume V, duc d'Aqui-

* Gervaiie, Vie de Suger, 1. 6. p. 19 8i luiv, ^ Voyer tome II, Note LXXXVTI.

' Besly, Histoire des comtes de Poitou, c. 87, 'Voyez à ce sujet la note additionnelle d« b

p. 137. — Hauteterre, Rerum A^uitaniearum 1. 10, Note LXXXVII, t. II de cette édition,

c. 17. — Pagiy ad ann. ii36, n. i3. * Geoffroi du Vi^ois, dans Labbe, BHlifth>t*

' Orderic Vital, 1. i3. — • Suger, Vita Ludo^ manaser, p. 304.

yiei Fi, * Ernaldus, Fita S, Bernardi, 1. 2, c. 6.

taine, bisaïeul du père d'ÉIéonor. Ce dernier possédoit aussi la partie de la ^oriRin. Touraine située à la gauche de la Loire.

On voit par ce détail, pris d'un auteur' du temps, que les comtes de Poitiers n'avoient aucun pouvoir sur la plupart des pays qui composent l'Aquitaine première, ou province ecclésiastique de Bourges. En effet, les comtes de Toulouse, qui jouissoient eux-mêmes de l'autorité ducale, domînoient alors sur la plus grande partie de cette province, savoir : sur l'Albigeois, le Rouergue, le Querci , le Vêlai & le Gévaudan. De là vient que quelques auteurs, pour distinguer ces deux portions de l'ancienne Aquitaine, donnent le nom de Guyenne à celle dont les comtes de Poitiers se qualifioient ducs; mais ce nom n'a pas été en usage avant le treizième siècle, Nous nous en servirons cependant dans la suite pour désigner les domaines dont Éléonor hérita & qui furent unis à la couronne d'Angleterre.

XXXIX. — Mort du roi Louis le Gros. — Louis le Jeune, son fils, fait un voyage au Puy. — Fondation de cette ville. — Comtes de Vêlai. — Évêques du Puy. — Vicomtes de Lautrec.

Le roi Louis le Jeune fut obligé de quitter le Poitou 8c de revenir incessamment en France, sur la nouvelle qu'il reçut du décès du roi Louis le Gros, son père, qui mourut le i" d'août de l'an iiSy, & qui lui avoit déjà cédé le gouvernement du royaume durant une maladie qu'il avoit eue quelque temps auparavant. Louis le Gros est le premier de nos rois de la troisième race que nous trouvons avoir exercé quelque acte d'autorité dans la Province. Un auteur* qui a écrit au milieu du quatorzième siècle prétend qu'il fit tenir un parlement, en 1 1 22, dans l'abbaye de Saint-Benoît de Castres, 8c qu'Alphonse, comte de Toulouse, y fut ajourné pour rendre hommage de ce comté; mais tout cela paroît avancé sans preuve^. Il est certain seulement que ce roi donna des chartes en faveur des églises de Maguelonne 8c du Puy. La date n'est pas marquée dans la première^ de ces deux chartes, par laquelle Louis confirma Tèglise de Maguelonne dans la possession de ses domaines. Celle qu'il donna en faveur de Humbert^, évêque du Puy, qui l'étoit allé trouver en ii34, est datée d'Orléans 8c souscrite par les principaux officiers de la couronne. Par ce dernier diplôme, Louis accorde à Humbert la cité d'Anis ou du Puy, avec le château de Corneille, les droits de péage, de monnoie, de justice, 8cc. Nous remarquerons, à cette occasion : i® que cette charte est la première que nous ayons de nos rois de la troisième race pour la Province, comme celle de

* Ernaldus, Vita S, Bernardi, 1. 2, c. 6. — Pagif le fait dont il est ici question. Nous Terrons, plut

ad ann. i iSy, n. 2i. tard, que le parlement de Toulouse ne peut pas

' Chronique ic Bardin, remonter au delà des premières années du quator-

3 Lra Chronique de Bardin^ k laquelle les Béné- zième siècle, f £. M.] dictins Tont allusion, est un monument apocryphe * Gallia Christiana, t. 3, p. 571.

qui ne peut ayotr aucune autorité, notamment pour ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXXXIII,

An 1137 '

Lothaire, donnée en çSS pour la même église, est la dernière de ceux de la seconde, &c que nous n'avons aucune preuve que ces princes aient eiercé quelque autorité sur ce pays durant tout cet intervalle ; 2^ que le Puy nest qualifié que bourg dans la charte de Lothaire Se que Louis lui donne, dans la sienne, le titre de cité. La ville du Puy a donc été construite entre la fin du dixième siècle &c le commencement du douzième; 3^ enfin que, quoique ces chartes accordent toute Tautoritë &c la juridiction à Tévêque sur le bourg ou la ville du Puy, il n'y est cependant rien dit du comté de Vêlai. Ce pays eut, en effet, encore longtemps ' après des comtes particuliers Se ne fut pas sitôt uni au domaine de l'église du Puy. Il appartenoit alors, à ce qu'il paroit, aux comtes de Tripoli en Syrie, descendus de Raimond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, qui firent donation^, en iiSi Se 11 42, des domaines qu'ils possédoient dans le pays, au même Humbert, évêquedu Puy.

Sous l'épiscopat de ce prélat, qui mourut en 1144, son église ^ reçut de grandes libéralités de divers seigneurs, entre autres d'Isarn, vicomte de Lautrec, de Bégon de Caraman, Pierre de Panât, Bernard-Isard de Mirandol 8c Hugues-Ermengaud de Vintron, &c. Ce dernier donna, en ii35, à l'église du Puy la paroisse Se le village de Cuzolas, du consentement de Hugues, évêque d'Albi 8c de Sicard, vicomte de Lautrec. Nous conjecturons que celui-ci, qui fut le quatrième vicomte de Lautrec de son nom Se qui vivoit ^ encore en ii57, étoit fils d'I^m dont on vient de parler, lequel fut le troisième vicomte de Lautrec de ce nom.

Le roi Louis le Jeune fit, en 11 38, un voyage au Puy, où il célébra la fête de l'Annonciation de la Vierge. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, fait mention de ce voyage dans une lettre^ qu'il écrivit à S. Bernard, au mois de mai de cette année^, & dans laquelle il marque qu'il avoit été trouver le roi au Puy, où ce prince tenoit sa cour, la dernière fête de la Vierge, pour lui uii ^p!^^26 d^n^si'ïder la confirmation de l'élection d'un de ses religieux, que le chapitre de Langres avoit choisi pour son évêque.

XL. — Nouvelle ligue entre Alphonse, comte de Toulouse, (/ les trois vicomtes^

fils de Bernard^Aton.

Il ne parolt pas qu'Alphonse, comte de Toulouse, ait assisté à la cérémonie du mariage de l'héritière d'Aquitaine avec le roi Louis le Jeune, quoique cette princesse fût sa proche parente. Peut-être que les prétentions qu'elle avoit sur le comté de Toulouse firent que ce comte s'empressa beaucoup moins de prendre part à une alliance qui pouvoit un jour lui causer du trouble, ce

' Voyef tomt IV, Note XVII^ n. ii 8i suit. * Voyez tome V, Chartes 8i Dipltocs , no

* Voyez tome V , Chartes 8i Diplômes , nu- méros CCCCL & DVII.

méro CCCCLIII, la i" charte citée sous ce nu- * Pierre le Vénérahle, 1. i, ép(trt 29.

méro. * GaUia ChristUmm, nor. edit. t. 4, p. 57$ &se^'

* Gissey, Hisuire de Notre-Dame du Puy, p. SSy. — Fita S. Bernordi, 1. 4, c. 1 ^ 1. 1 1 , c. 7, o. 4'.

An ii38

qui arriva, en effet, quelques années après, Alphonse s*unit de nouveau, vers le même temps, avec les trois vicomtes, fils de Bernard-Aton , & promit par serment*, au mois de janvier de Tan ii38, de leur conserver leurs domaines envers tous & contre tous, excepté contre ses propres vassaux. Il s'engagea par cet acte à leur faire prêter un pareil serment par Raimond, son fils, lorsqu'il seroit parvenu à un âge plus avancé : ce prince, né en ii34, n avoit* encore alors que quatre ans. Alphonse acquît^ la même année, pour la somme de onie cent cinquante sols, monnoie de Saint-Gilles, le château de Bernis, qu'une dame, nommée Galburge, lui vendit en alleu 8c reprit ensuite en fief, k condition que les successeurs mâles de ce prince le posséderoient préfërablement aux filles.

XLL — Domaine de ces trois vicomtes.

Roger, l'aîné des trois fils du vicomte Bernard-Aton, se qualifioît, en^ ii36, comte de Carcassonne & de Razès, & vicomte d'Ambialet, comme il paroît par la sauvegarde qu'il accorda, le lundi 24 de février de cette année, à l'abbaye de Caunes. Il s'engagea par cet acte à ne pas faire la guerre à ses ennemis dans le district du monastère, ce qu'il promit en présence de Pierre, abbé de Caunes, de tout le peuple de ce lieu 8c de six de ses barons qui servirent de caution, savoir : Bernard de Canet, Isarn 8c Jourdain de Saissac, Pierre de Lauran, Bernard de Tresmals, vîguier de Carcassonne, 8c Guillaume-Roger d'Aragon. Le titre de comte de Carcassonne 8c de Razès, que Roger se donnoit alors, nous donne lieu de croire que Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone, qui avoit des prétentions sur ces deux comtés,- en étoit entièrement dépouillé 8c qu'il n'y possédoit aucun domaine. On peut confirmer cette conjecture par la donation^ que le même Roger fit, au mois de mai de l'an ïi38, à Arnaud de Corneillan, du château de Calamont qu'il faisoît construire dans son comté de Ra-^ès, pour le tenir en fief de lui 8c de ses enfans, 8c à leur dé&ut, du vicomte Raimond-Trencavel , son frère. Dans cet acte 8c dans plusieurs autres Roger se qualifie sxmi^Xtm^nt Roger de Bé'{iers. Il reçut^, en ii36, conjointement avec la vicomtesse Cécile, sa mère, l'hommage des seigneurs du château d'Hautpoul dans le Toulousain, 8c en ii37 8c les années suivantes, en son nom, celui des seigneurs des châteaux de Cabarez, Lavaur, Saint-Félix, du Caylar de Lauragais , de Roquefort, Termes, Auriac , Penne, 8cc. Armand, vicomte de Bruniquel, fut présent à ce dernier hommage, qui est de l'an 1139. Roger échangea cette année, en présence*^ de la vicomtesse Cécile, sa mère, la terre de Villeneuve qu'il donna en alleu à

*■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ^ Martène, Thésaurus ûnecdotorum, u i,p. 365.

méro CCCCXXXVIII. » Tom^ V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXLII.

' Voyez tome V, Chroniques, n. V, • Ihid,

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu* ^ GaUia Christiana , nor. edit. t. i, itistrum.

méro CCCCXL. p. 14 & seq.

Ait f 1 39

""J^^TIâT" 7'^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.

I abbaye d'Ardorel, pour celle de Cambon, que Gauzbert de la Valette avoit donnée à cette abbaye. II accorda en même temps aux religieux de ce monastère la liberté de posséder en alleu tout ce qu'ils avoient acquis ou qails acquerroient dans la suite des chevaliers^ ses vassaux*

Le vicomte Raimond-Trencavel, frère puiné de Roger, acquît ' de son côté, en 1 138, différens biens qui lui furent vendus tn franc-alleu à Marseiiian, dans le diocèse d'Agde. Nous avons encore^ un acte sans date par lequel Rostaing de Posquières, de la maison d'Uzès, promet de donner ce qu'il avoit à Mèze & quelques autres biens du diocèse d'Agde à celui de ses fils, Pierre ou Rostaing, qui épouseroit une des filles du même vicomte; mais nous ne savons pas si ce mariage s'accomplit. Peut-être que la parenté qu'il y avoit entre eux y mît obstacle } car Rostaing de Posquières avoit épousé^, en 1121, Ermessinde, sœur du même Raimond-Trencavel, dont il avoit eu ces deux fils. Cet acte prouve que Raimond-Trencavel avoit alors des enfans. Nous savons d'ailleurs que sa femme s'appeloit Adélaïde^ Se qu'il étoit déjà marie avec elle en iiSj. Ce vicomte fait encore mention de sa femmcy dont il ne marque pas le nom, dans un acte^ de Tan 1 142, par lequel il remet, en faveur t^n p"*^?' de l'abbé & des religieux de Saint-Thibéry & des habitans de ce lieu, la chevauchées qu'il demandoit à ces habitans, avec la justice & les finances^ \k se réserve seulement la connoissance des crimes d'homicide & d'adultère.

Quanta Bernard-A ton, troisième frère de Roger, il donna^ en fief, en ii38, différens biens dépendans de la vicomte de Nimes qui lui étoit échue en partage. Il vendit trois ans'^ après, à Rainon, seigneur* d'Uzès en partie, à Guillaume-Rainon, qui étoit vraisemblablement fils de ce dernier, & à leurs chevaliers &c vassaux, pour la somme de cinq cents sols de Saint-Gilles Se trois cents sols melgoriens, les pâtis qui étoient dans le territoire du Caylar Se de Saint-Sylvestre de Teillan, au diocèse de Nimes. L'acte est souscrit entre autres par Bermond du Caylar.

XLII. — Alphonse y comte de Toulouse ^ renonce à la dépouille des ivéques

de cette ville.

Alphonse, comte de Toulouse, non content de s'être uni plus étroitement avec les vicomtes de Carcassonne, de Béziers & de Nîmes, chercha à se concilier de plus en plus l'amitié de l'évêque & du peuple de Toulouse. Il renonça solennellement^, la même année ii38, en faveur de ce prélat, au droit dont les comtes de Toulouse ses prédécesseurs avoient joui auparavant, de se saisii

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ' Baluze, Histoire géniëlog. de la mmisM i'Àsr

miro ÇCCCXLIII. vergne^ t. i, p. 489.

' Ibid. n. CCCCXXIII. ' Ihid,

' Jiid. n. CCCLXXXVIII. • Voyez tome IV, Nête LU.

^ /^f'i. n. CCCCXLIII. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, ne*

» Ihid, n. CCCCLl. méro CCCCXXXIX.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIL ji3

de la dépouille des évêques après leur mort. Alphonse fit cette renonciation en présence de tout le peuple de Toulouse, assemblé un dimanche dans la cathédrale de Saint-Étienne, pendant la célébration de la messe matutinale ou de paroisse, 8c en présence de Bernard, comte de Comminges, Roger, comte de Foix, Gautier, vicomte de Terride, & plusieurs autres seigneurs. Le comte de Toulouse fait mention de ses viguiers dans cet acte, 6c de ses bailes {bajulorum) dans un autre de Tannée suivante \ Les premiers avoient l'administration de la justice. Se les autres le soin de ses domaines.

XLIIL — Vicomtes de Gimoe-^ ou de Terride.

Gautier est le plus ancien vicomte de Terride dont nous ayons connoîssance. Nous trouvons ensuite un Arnaud-Gauzbert, j?Zj du vicomte de Terride, qui, en 1166, fit une donation* en faveur de Belleperche. Cette vicomte s etendoit dans le pays de Gimoez, ainsi appelé de la rivière de Gimone qui Tarrose, & comprenoit la portion la plus occidentale du diocèse de Toulouse à la gauche de la Garonne, vers le confluent de ce fleuve avec le Tarn. Ce pays dépend aujourd'hui du diocèse de Montaubanj ses vicomtes se qualifîoient indifféremment vicomtes de Gimoez ou de Terride, château qui étoit le chef-lieu de leur domaine^^

XLIV. — Roger III, comte de Foix, fonde la commanderie de Ville^Dieu pour les templiers (y renonce à ses droits sur Vabbaye de Lé-^at.

Roger III, comte de Foix, signala sa piété, en 1 136, par la fondation^ d'une maison de Tordre des chevaliers du Temple, auxquels il donna en /ranc-alleu, de concert avec la comtesse Ximène, sa femme, le lieu de la Nogarède, situé aux environs de TAriége, & qu'il voulut qu'on nommât à l'avenir Ville-Dieu. Arnaud de Bedos & Raimond de Gaure, frères de la milice du Temple, reçurent au nom de leur ordre cette donation, qui fut faite entre les mains d'Amélius, évêque de Toulouse. C'est la plus ancienne commanderie de l'ordre des templiers que nous trouvons avoir été fondée dans la Province. Cet ordre militaire, qui avoit été établi à Jérusalem ^ en 11 20 & dont la règle fut approuvée huit ans après au concile de Troyes, en posséda depuis plusieurs autres très-considérables dans ce pays.

Quelque temps après, le comte de Foix accorda sa protection à l'abbaye de Lézat, située^ dans l'étendue de son domaine Se alors exposée aux pillages

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCCXLVII. méro CCCCXXXVII.

* Archives de Tabbaye de Belleperche. ' Pagi* a^ ann. 1118, n. 22.

* Voyez, tome VII de cette édition , la ^ore sur ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nules ▼! comtes de Gimoez & de Terride. méro CCCCXLIV,

An iiaa

& aux vexations, soit des grands du pays, soit des étrangers. Guillaume, qui en ëtoit abbé, convoqua, du consentement de sa communauté, au mois d avril

^^ ,i3 de lan iiSg, du temps d'AlphonsCj comte de Toulouse, 6» de Véviqut Amk^ lius, les princes & les nobles du pays, savoir : le même Roger, comte de Foix Bernard, comte de Comminges, & les seigneurs de Benque, d'Auterive, de Beaumont, de Marquefave 8c de Montaut, défenseurs du monastère, & leur remontra l'état pitoyable où il étoit réduit par les courses des brigands. Pour y remédier, tous ces seigneurs furent d'avis de ceindre de murailles le lieu de Lézat & d y faire bâtir un château. Le comte de Foix voulut bien renoncer en cette occasion à tous les droits qu'il avoit sur l'abbaye; ce que le comte du CommingesSc les autres seigneurs firent aussi, à son exemple, avec promesse de ne pas se &ire la guerre dans les limites de l'abbaye &c de ses dépendances.

uii,^^2i. Entre ces dernières étoit le prieuré de Saint-Béat, au diocèse de Comminges, où on possédoit' encore alors les reliques de ce saint & celles de saint Privât, comme il paroît par l'acte de leur translation faite en iiSi par Roger, évêque de Comminges. Ce prélat prenoit le surnom* de Nur ; il étoit frère de Bernard de Montaut, qui, en 1 148, offrit son fils Eudes dans la cathédrale de Toulouse pour y être chanoine régulier,

Mariage de Roger, vicomte de Carcasjonne, avec Bemarde, fille

de Bernard, comte de Comminges.

Le domaine du comté de Comminges, partagé auparavant en différentes branches 5, étoit alors réuni sur la tête de Bernard dont on vient de parler. Ce comte avoit épousé Dias, fille 8c héritière de Godefroy, seigneur du château de Muret, au diocèse de Toulouse, Se vassal pour ce château du feu vicomte Bernard-Aton. Il avoit de sa femme, au mois de mai de l'an iiSç, trois fils, nommés Bernard de Comminges, Roger 8c Odon de Samatan, &une fille appelée Bernarde. Il donna alors celle-ci^ en mariage à Roger, vicomte de Carcassonne, de Razès &c d'Albi , avec les châteaux de l'Ile Se de Caselas dans le Comminges. Godefroy, aïeul de Bernarde, lui donna de son coté le château de Muret dont il avoit déjà disposé en faveur de sa fille Dias, 6c qu'il avoua devoir tenir en fief de Roger. Il fit cette donation à condition que si ce dernier mouroit sans enfens de Bernarde, le château de Muret reviendroit au comte de Comminges. Celui-ci appela en même temps Roger, son gendre, tant à la succession de son comté qu'à celle des châteaux de Muret & de Samatan que sa femme lui avoit apportés en mariage , en cas qu'il vint à décéder sans enfans mâles } mais Roger étant mort lui-même sans postérité, ces deux châteaux, situés dans le Toulousain, demeurèrent dans la maison de

* Tome V, Chartei & Diplâmes, n. CCCCXXX, ' Voyez tome IV, ffùte XXII, n. x6 & suW.

la 1" charte citée sous ce numéro. * Voyex tome V, Chartes & Diplômes, n»-

* GaUia ChristUna, nor. edit. t. i , imtrum, méro CCCCXLV. p. 176, col. a.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII. yiS ^^,^3^

Commînges & furent unis au comté de ce nom. Ils ont donné le leur à deux petites villes qui sont Tune & l'autre capitales de deux châtellenies très-considérables du comté de Comminges. La dernière appartient aujourd'hui au diocèse de Lombez. Bernard, comte de Comminges, 6c son fils Odon' donnènèrent*, en 1140, quelques domaines, situés à Muret, à Tabbaye de Lézat 6c à Aton qui en étoit abbé.

XL VI. — Vicomtes de Saint-Antonin.

On vient de voir qu'Amélius étoit encore évêque de Toulouse au mois d avril de Tan iiSg. Raimond lui avoit déjà succédé^ en 1140, ce qui peut servir à fixer à peu près Tépoque des coutumes de la ville de Saint-Antonin, située sur les frontières du Rouergue, du Querci 8c de l'Albigeois } car, suivant l'original^ qui est au trésor des chartes du roi, ces coutumes furent données par Isarn, Guillaume-Jourdain 8c Pierre, vicomtes de cette ville, de l'avis d'Aymar, évêque de Rodez, mort avant^ Tan 1144, 8c de Raimond, évêque de Toulouse, dont le surnom étoit de Lautre^. Les trois frères Isarn, Guillaume-Jourdain 8c Pierre jouirent par indivis de la vicomte de Saint- Antonin jusquesen ii55, qu'ils en firent le partage^. Il paroît qu'ils avoient un quatrième frère } car on trouve, dans une donation^ faite en 1134 par les chanoines de Saint-Antonin, la souscription d'Isarn 6c de Sicard, vicomtes^.

XLVn. — Concile d'U-^ès.

Gui, cardinal-diacre '°, 6c Guillaume, archevêque d'Arles, légats du Saint- Siège, présidèrent en iiSg à un concile quj fut tenu dans la cathédrale d'Uzès par ordre du pape Innocent II. Cinq évêques, dont les noms de la plupart ne sont marqués dans les actes que par leurs lettres initiales, s'y trouvèrent, savoir: P. de Nice, R. d'Agde, G. de Nimes, Jean de Viviers 6c G. d'Uzès; d'autres " lisent Jaucerand de Viviers 8c Everard d'Uzès. Les abbés Pierre de Saint- Gilles 6c Jean de Saint-Allire de Clermont assistèrent aussi à ce concile, qui fut assemblé pour terminer la contestation qui duroit depuis longtemps entre les abbayes de Saint-Thibéry 6c de la Chaise-Dieu, touchant l'église de Bessan, laquelle fut adjugée au premier de ces deux monastères, à condition qu'il payeroit tous les ans à l'autre quinze sols melgoriens de rente.

* Voyez, tome VII de cette édition, la Note sur ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXCVI. les comtes de Comminges. ' Gallia Christian^, nor. edit. t. i, instrum*

* Cartulaire de l'abbaye de Lé^at, p. 46.

* Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc, • Voyer, tome VII de cette édition, la Note sur p. 880. les ricomtes de Sa int-^ Antonin.

** Trésor des chartes de Toulouse, sac 4, n. 58. '" Voyeas tome V, Chartes 8c Diplômes, nu-

' Gallia Christiana, noT. edit. t. 1 , p. 206. méro CCCCXLVI.

« Tome V, Chartes 8t Diplômes, n. CCCCLXIII. " Gallia Christiana, nor. edit. t. 2, p. 334.

•^„j,3p 7'^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIK

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