I. il, p
temporel dans leurs diocèses, dont ils acquirent enfin les comtés particuliers. L'évêque de Viviers profita entre autres de la minorité du comte Raimond V.
An 1 1^9
IL — Èvêques de Viviers. — Ils se soumettent à Vautorité des Empereurs
dont ils obtiennent divers privilèges.
Ce prélat, nommé Guillaume, se trouvoit proche parent de l'empereur Conrad III, qui, se prétendant héritier du royaume de Provence, possédé par l'usurpateur Boson, dominoit de lautre côté du Rhône par la condescendance ou la foi blesse de nos rois, dont le droit sur cette ancienne portion de la monarchie étoit incontestable*. Les prédécesseurs de Conrad avoient borné leur autorité jusques alors à la gauche du Rhône j car quoique l'ancien royaume de Provence s'étendît en deçà de ce fleuve & comprît les diocèses de Viviers & d'Uzès, ces deux pays avoient été réunis à la couronne*, vers l'an 920, par les princes de la maison de Toulouse, qui en possédèrent les comtés particuliers jusques à la fin du onzième siècle, que Raimond de Saint- Gilles & Bertrand, son fils aîné, étoient encore maîtres de la ville 8c du comté de Viviers^, Durant l'absence de ces deux, princes, qui moururent à la Terre Sainte, 81 les troubles arrivés dans la Province à l'avènement d'Alphonse- Jourdain au comté de Toulouse, les évêques de Viviers, qui avoient leurs vues, reconnurent la souveraineté des empereurs d'Allemagne. Enfin Alphonse étant mort aussi à la Terre Sainte en 1148, & Raimond V, son fils, étant alors en bas âge, Guillaume I, évêque de Viviers, acheva dans cette circonstance ce que ses prédécesseurs avoient commencé, & tâcha non*seulement de se soustraire tout à fait de la dépendance des comtes de Toulouse, mais encore de s'ériger en seul seigneur de sa ville épiscopale. Il s'adressa pour cela à l'empereur Conrad, son parent, qui, ravi de trouver une occasion d'étendre son pouvoir à la droite du Rhône, lui accorda d'autant plus volontiers sa demande, qu'il ne lui en coûtoit rien de son domaine. Ce prince donna donc à Guillaume & aux évêques de Viviers, ses successeurs, par un diplôme^ daté de Tannée 1149, la dixième de son règne, les droits régaliens sur cette ville, la monnoie Se le péage sur les grands chemins &c sur le Rhône, 8c enfin le château de Donzère, situé de l'autre côté de ce fleuve. Les évêques de Viviers ne se contentèrent pas de posséder, en vertu de cette concession, le domaine de leur ville épiscopale} ils prétendirent encore, dans la suite, étendre leur domination sur le reste de leur diocèse, ce qui occasionna de grands difiérends entre eux 8c les comtes de Toulouse. Enfin ces prélats se regardèrent depuis comme vassaux de l'Empire, jusqu'à ce que les rois Louis 8c Philippe le Bel les obligèrent à reconnoître leur souveraineté, comme nous le verrons ailleurs.
• Voyez tome IV, IJote I.
■ nu. Note XV, n. 3.
* Tome V, Chartes & Diplâmes, n. CCCXI.
* Columki, Episcopi VivArienies, p. ito & se^. édition de t668.
Guillaume I, évêque de Viviers, ne survécut' pas longtemps au privilège qu'il avoit obtenu de l'empereur Conrad : Thomas lui avoit déjà succédé trois ans après, comme il paroît par le cartulaire dans lequel il fit transcrire les anciennes chartes de son église, 8c qui est daté de Tannée ii52, la quator-jième du règne de Conrad. Ce prince mourut* le i5 de février de la même année. C'est de l'un ou de Tautre de ces évêques de Viviers, & plus vaisemblablement du premier, qu'a voulu parler Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, dans une lettre ^ qu'il écrivit au pape Eugène III pour le prier de révoquer comme suspects Raîmond de Montredon, archevêque d'Arles, 8c Tévêque de Viviers, qu'il avoit chargés d'examiner un différend qui s'étoit élevé entre les évêques de Nimes 8c l'abbé de la Chaise-Dieu, touchant la dépendance du monastère de Saint-Bausile de Nîmes, avec ordre de lui faire ensuite leur rapport, a L'archevêque d'Arles, dit Tabbé de Cluny dans cette lettre, est natif du diocèse de Nimes; il a été offert, dans sa jeunesse, à la cathédrale de cette ville 8c en a été chanoine. Ayant passé ensuite successivement à l'évêché d'Agde 8c à l'archevêché d'Arles, il a toujours embrassé avec chaleur les intérêts de l'évêque de Nimes. Quant à l'évêque de Viviers, il est véritablement religieux de Cluny; mais outre qu'il a été longtemps voisin de « la ville de Nimes, avant que d'être évêque 6c depuis qu'il l'est, il est lié par « une étroite amitié 8c par le sang avec l'évêque de cette ville. » Celui-ci, nommé Aldebert ou Albert, étoit fils de Raîmond-Decan, seigneur d'Uzès 8c de Posquières. Pierre le Vénérable dit ensuite au pape qu'il espère que Sa
An 1 1 49
éd. origiiu t. U, p. 463.
* Les Bénédictins, sur la foi de Columbi {Episcopi Vtvaricnses, p. 210 & suiv.) , ont commis ici une assez grave erreur au sujet des évêques de Viviers* Ils placent sur le siège de cette ville Guillaume I, mort, à ce qu'ils affirment, en iiSoou iiâi, & un Guillaume II cité comme évêque en 1 153, entre ies uels vient se placer Pévêque Thomas II qui, avant le i5 février 1162, aurait fait recueillir & copier les chartes de son diocèse. On sait qu'à la fin de cette copie on lit :
H Ego Thomas episeopus exemplayi istui politicum de aliis yetustissimis chartulis, ^uas invent in chartuîarto S, Vincentii, & nec tertiam partem potui exemplare, propter nimiam vetustatem que sunt consumptae; anno XHJl régnante domino Conrado rege. »
De ce texte il résulte clairement que Tévêque Thomas écrivit le pouillé ou cartulaire de sa cathédrale la quatorzième année du règne de Conrad. Mais trois princes de ce nom ont régné successivement sur le Vivarais, savoir : Conrad le Pacifique, roi de Bourgogne, 937-998 ; Tempereur Conrad le Salique, comme roi de Bourgogne, de io32 à io38, & ^empereur Conrad III, roi des Romains, de 1 189 m I 162. Quel est celui de ces trois princes auquel révêque Thomas fait allusion dans la phrase précitée? Columbi, & après lui la plupart des historiens.
ont prétendu que c'était l'empereur Conrad III; mais si Ton se reporte à la chronologie, on ne peut trouver quatorze années de règne à cet empereur, à moins de prolonger sa vie & son règne jusqu'en 1 153, comme Ta fait Columbi ; mais ce prince était mort le i5 février 1 162, & d'ailleurs, en 1 153, le siège de Viviers était occupé par un évêque du nom de Guillaume. Or, comme il ne peut être question, dans les indices chronologiques de la Charta vêtus, de Conrad le Salique, dont le règne ne fut que de six ans, il faut donc reporter sous le règne de Conrad le Pacifique, avec M. Rouchier, l'époque à laquelle a vécu son rédacteur. La quatorzième année dû règne de ce prince, qui est resté cinquante*six ans sur le trône de Bourgogne & dont on a d'asses nombreuses chartes, correspond à l'année 960. C'est à cette date, en effet, qu'il faut placer Thomas II, ainsi 4]ue Ta parfaitement établi M. le chanoine Rouchier, dans son Histoire religieuse^ civile & po^ liti^ue du Fivarais, Il résulte également de ce qui ' précède que Guillaume II , évêque de Viviers, qui vivait en 1 1 53, n'est point différent de Guillaume I, cité pour la dernière fois par les Bénédictins en 1149. [£. M.]
* Pagi, ad ann. 1 iSz, n. 3.
* Pierre le Vénérable, 1. 5, Epist, 4.
Sainteté maintiendra l'abbaye de la Chaise-^Dîeu dans l'autorité qu'elle avoit depuis si longtemps sur le monastère de Saint- Bausile^ dont, l'église & le$ bâtimens ne sont devenus considérables, ajoute**t-il , qu^ par le^ dépen$es immenses qu'elle y a faites, étant réduit auparavant àt une extrême pauvreté. Cet ancien monastère subsiste encore aujourd'hui sous la dépendaiice de 4'abbaye de. la Cbaise-^Dieu; mais depuis les rayâmes. des caWiotstes. & rietroduGtion des conimendes, il est dans un état encore plus déplomble qu«iMsquil fut uni k cette abbaye*
Guillaume II avoit défà succédé ' , en i.i54, k Thomas II, .évêque de Viviers, 6i Raimoad d'Uzès, frère d'Aldebeirt^ évèqûe de Nîmes, à Guillaume II, en ix57« Uempeteur Frédéric I adcorda un privilège aux habitant* de Vivien sous t'épiscopat du même Raimond^ qui reconnoissoic par conséquent la souve* jraiînetë de ce prince sur sa ville :épiscopale ; ce qui n'enlpêcboit pas qu'il n'eût «des liaisons très-étroite5 avec lé roi Louis le Jeune ; il traitei^.en effets ce roi de uigmur i/ d'amiy dans une lettré^ qu'il lui décrivit» vers l'ian Uj6o, en faveur de Tabbâye de Tournus-sur**Saone, alors désolée^ pas son abbé> qui s^éloit enfui après l'avoir ruinée. Raimc3tnd d'Uzèst^ évêque de Viviers ^ se qualifie dans cette lettre oncle du <omt€ de Taulpuxe,: ce pfélat é^pit par ix>nséquent^ fiière de Faydide, mère de Raidiond V, comte d^ cette ville.
in. — Assemblée de Bé-^iers. — Raimond V, comte de Toulouse, y termine
ses différends avec V abbaye de Montauban.
Un des premiers soins de Raimond V, après avoir succédé à Alphonsc- Joufdain ^on père, fut de gagner la bienveillance de ses principaux vassaux, pour les engager par là à ne rien entreprendre contre lui pendant sa jeunesse. Ce fut sans doute par ce motif qu'il jura^ solennellement k Roger, vicomte de CarcassonnC) de n'attenter ni contre sa vie, ni sur ses domaines, 8c de l'aider contre tous, excepté contre ses propres vassaux 8c les frères de ce vicomte. Raimond £t ce serment dans une grande assemblée qui se tint k Béziers, dans l'église de la Magdelaine, le lundi i mai de l'an 1149, sous le règne du roi Louis qui itoit alors A Jérusalem^ 8c à laquelle se trouvèrent Rigaud, évêque d*Albi, Aldebert, évêque de Nimes, Pierre, évêque de Lodève, Bernard Pelct, comte de Melgueil, Sicard, vicomte de Lautrec, Sicard 8c Guillaben de Lauran, Richard de l'Ile, Bermond d'Uzès 8c plusieurs autres seigneurs de marque.
Amélius, abbé de Saint-Thcodard ou Saint-Audard de Montauban, assista aussi à cette assemblée &c passa alors une transaction ^ avec Raimond, comte
' Col-amU, Bprstopi Fivûrienses, p. su, édition * Veyec tome IV, ATpf» L, A. 14*
ée i669. — 0«//ta CArâtftfMtf, noT.cdit. t. », p. 335. ' Voytt lorat V, Gktrm & Difi^iMt, au-
' Ducliesne, Recueil des historiens de Frmnee, t. 4, Ȏro CCCCLXXIV.
p. 653. * GûUU Ckritifum, t. ï, p* 744. <*• L«br«iy ilis"
* Gmllim Christidoa, nor, edit. t. 4, p. 969. toire de McnUuham, p. 5] 8l suiv.
•' ' An 1149
de Tdulôu$e,'au s:ujet des diffëren<l$ que ce monastère avoit eus avec Alphense- Jourdain^pn père', touchant la consiruotion de ia ville de Montauban^&c qui n avoie^t -pu encore* i§ tce terminés ài eause du voyage &c de la mort de ce prince dans'ia Terre Sainte^ Le comte Raîmond céda pa,r cet. accord. à ï^mélius Sc.à ses reiigfeux ta moitié 'du domaîqe& de la justice de Montauban, dmu il ^ résÊirvà seulement le château; iHeùricéfda aussi les.tetres que^L'âbhayeipbsséh doit avant la don^tructicm de la>villç, la nuoiitiè du ,lΣiu de yi)lemBde &.ck toutes les autres terres 5c seigneuries situées au voisinage de ce.HeUi^ eoitreJ^ Tarn 6c TÂveyroTii^k-ta moitié . de ces dçux rivière^. U leur I donna, dé plus «toiitÈS ^Ids -ègÛses .qu'on' bâltiroit dans la suite «dans ce, canton ,! âcifixempUi Tabba^ye d« tou^ droits^ &c de^oifs: envers lui i&i ses siicce&sei^Sj â\tec penmÂ^ fÂen & l'abbé i d'obliger; lies habîlans de Monta u bah qui avoiefi^ a^b^odonné lW<îien*n;e ville <te IVfontaariol d'y ireyenir Scidy demeurer pendant quinze ans sa4i9'ètre te^m de rieupayen Rogei' de :Bézisr&, vicomte de* Carcaissonne, Sîcard, vicôfnte de Lauirec, Sicard (^"^ Lauràa 8c deu:3t. autres .seign-eurs fureÀt gara<nts kieitette cphvention,' qiii: estidatéeide fiéziers iua vendredi ' du ;moi$ de mai de> Tah ¥149, &' qui (uv paâséie^n pk-ésence de iBerciond) évgquis tde.cellip ville, de Bèrm^nd d-Uzès, dc'^Rkliatîi de rile^ Bec. Le dootte ,dc Toulouse. ijtjt un voyage taitiê^e a^ihée à Uzès &c:y présida iL^un.pdaid',. tenu^ au s^jei^de^ démêlés qui s'étoient renouvelés entre l'évêque 8c les seigneurs de cette ville.
IV. — Retour du. viconite Trenc<i^el de la .Terr^ Suinte . — Archevêques
de Narbonne,
'D&itsr le tcirrps'de ^'assemblée de Bézter^, Raimond-Trencavel, vicomte die ^^^^ ongjin-^ cette ville, n-étoit pas encore revenu de' la TeiTre Sain^t,fOÙ il avait accomr pagné* le comte Alphonse-Jourdain. A $on rertour^ il passa à Rome^obtvni, au moi^ d'octobre^ de l'an 1149^ du pape Eugène III la permission de feirç construire une chapelle dans son paluis, qui ne seroit pas sujette à l'interdit, à moins qu'il n'y cât de la faute de sa part ou des siens* Eugène écrÎTJt làKlessus de Grotta^Kerrate,. lieu situé aupi%6r de Frascati, à Bermpnd, évêque de Bëziers, 6c le pria de permettre la cou^tructioa dfe cette chapelle & dé \^ bénir, sauf les droits ^de son église ^
Ce prélat étoit de là maison de Lèvezt)n bu.Levenon, 8c afvoit succédé à Arnaud dé Lèvezon, archevêque de Nàrbonne, son proche . panent, qui étoft alors parvenu^ à une extrême vieillesse. Arnaud réforma^ le chapitre de Narboune dont lés -chanoines , qui avoicnt eïnbrassé la règle de Saint- Augustin, commençoient à déchoir de la ferveur de leur institut ^ il réglai,
' Manuscrit JL'Auhayt, rt. 68« ^ Pierre le Vénérable, 1. 4, Epist. 1.
^ GaofrUvi, prtorVoftUnsis, dans Labfae, i. 1 1, * Cpttl, Mémo^rmf pmu l'Aufaire ,iu lAfigmeloc,
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLXXIII, ' CartuUire dt l'église de Narbpuae,
la 5* charte citée sous ce numéro*
t. II, p. 464.
en 1149, un différend qui s'étoit élevé entre eux & ie sacristain, au sujet des lits de ceux qui se faisoient inhumer dans le cimetière de la cathédrale : il adjugea ceux des. clercs aux chanoines, & ceux des laïques au sacristain. On prétend ' que le pape Innocent II lui écrivit, en 1 140, 8c à Tévêque d'Elne, pour leur enjoindre d'empêcher que les barons de la province de Narbonne &c leurs officiers ne vexassent les ecclésiastiques; mais cette lettre est du pape Innocent IV, 8c non pas d'Innocent II. Ce n'est pas que les seigneurs séculiers ne maltraitassent 1 église de Narbonne sous l'épiscopat d'Arnaud, comme il paroit en particulier par le différend qu'eut ce prélat^, en 1146, avec les châtelains de Sigean, ses vassaux, qui prétendoient qu'après la mort des archevêques les meubles 8c les effets de ce château leur appartenoient.
Arnaud ^ étott dans le dessein de se démettre de l'archevêché de Narbonne à la fin de ses jours, de se retirer à Cluny 8c d'y embrasser l'état monastique, pour vaquer plus à loisir aux exercices spirituels; mais il n'exécuta pas ce dessein. Il fit son testament^, le mercredi 28 de septembre de l'an 1149, & choisit sa sépulture dans l'église de Saint-Paul où il fonda un anniversaire. II en fonda un autre dans sa cathédrale 8c fit de grands biens à ces deux églises. Il donna le château de Monteil à Arnaud, archidiacre, son neveu, 8c légua ses Sarrasins, c'est-à-dire les esclaves qu'il avoit de cette nation, à Tévéque de Béziers. Il laissa tout le reste de ses domaines à son successeur Se mourut deux jours après.
Pierre, abbé de Saint-Gilles, lui succéda. Il possédoit depuis l'an 1 132 cette abbaye dont il soutint les intérêts après son élévation à l'archevêché de Narbonne, par le témoignage ^ qu'il rendit avec Raimond, évêque d'Apt, au mois d'octobre de l'an ii3i, comme ayant été présens lorsque le comte Raimond, sur son départ pour Jérusalem, céda à ce monastère tous les droits qu'il prétendoit sur la ville de Saint-Gilles. Aldebert, évêque de Nimes, 8c les principaux habitans de Saint-Gilles, parmi lesquels il y en a deux qui se qualifient consuls y furent présens à ce témoignage, suivant lequel il paroit que l'archevêque de Narbonne 8c l'évêque d'Apt qui le rendirent étoicnt déjà religieux de cette abbaye dès l'an 1096.
Pierre, peu de temps après son élection à l'archevêché de Narbonne, eut un différend ^ avec les abbés de la Grasse 8c de Saint-Pons qui mettoient des curés dans les paroisses de leurs dépendances, sans sa participation, 8c communîquoient avec ceux qu'il avoit excommuniés. Le pape Eugène III, à qui il en porta ses plaintes, écrivit diverses lettres à ces deux abbés 8c leur ordonna de se conformer, touchant le premier article, aux canons du concile de Clermont, tenu sous le pontificat d'Urbain II. Quant au second, il leur défendit de recevoir ceux qui avoient été excommuniés par l'archevêque. Eugène étendit cette
' Aguirre, CcneitU Hispûnict, t. 3, p. 348, * Catci, Mémoires p#iir Vkistoirw dm Lamgmtdoc^
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu^ p. 787.
méro CCCCLXIV. > Tome V, Chartes 81 Dîpl6H«t« n. CCCCLXXXVf.
' Pitrre le Vénérable, 1. 4, Epist. i. ' CoiuiUs, x, 10, p. 1846 8t suit.
''' An 1149
défense à tous les religieux du diocèse de Narbonne & confirma ', en ii53, les privilèges de cette église en faveur du même archevêque, qui obligea, en 1 155, le seigneur de Fonjoncouse, son vassal, à se départir du droit qu'il avoit usurpé de s'emparer des meubles & du revenu de ce château pendant la vacance du siège archiépiscopal.
V. — Ermengarde y vicomtesse de Narhonne, épouse en secondes noces
Bernard d'Andw^e.
Comme Pierre, archevêque de Narbonne, se àxtfils de SybilU dans quelques actes, un auteur* conjecture de là que ce prélat étoit frère de Pierre (il devoit dire de Bernard) d'Anduxe, qui se dit aussi fils de SybUUy & qu'Ermengarde, t.^i* p"*?^. vicomtesse de Narbonne, épousa en secondes noces. Cette conjecture, qui parott fondée, prouveroit que la vicomtesse Ermengarde, après avoir perdu le comte Alphonse, son premier mari , qu'elle avoit épousé en 1142 & dont elle n'eut point d'enfans, s'étoit déjà remariée avec Bernard d'Anduze dès l'an 1 145. Il n'y a pas lieu de douter, en effet, que cette dame, qui de même que ses prédécesseurs avoit beaucoup de part à l'élection des archevêques de Narbonne, n'ait favorisé celle de Pierre, abbé de Saint-Gilles; ce qu'elle aura fait à cause de leur alliance, laquelle aura été par conséquent antérieure. Quoi qu'il en. soit, il est certain du moins que cette vicomtesse épousa le seigneur d'Anduze, comme il paroît par un hommage^ sans date, rendu « à « Bernard d'Anduze, fils de Sybille, & à Ermengarde, vicomtesse de Nar- « bonne, sa femme. » On prétend^ que Bernard étoit fils de Raimond II d'Anduze, 8c petit-fils de Bernard dont il est fait mention dans le testament* de Guillaume V, seigneur de Montpellier, de l'an 11 14.
VL — Fondation des commanderies de Béliers &• de Nebian.
Bermond de Lèvezon, évêque de Béziers, ne survécut pas longtemps à Arnaud, archevêque de Narbonne, son parent ; nous n'avons^ rien de lui après l'an 1149, 6c Guillaume lui avoit déjà succédé en ii5i. Bermond donna, en 1143, l'église de Sainte-Théodosîe, 8c en 1148, conjointement^ avec ses chanoines, celle de Saint-Sernîn hors la ville de Béziers, à l'Hôpital de Jérusalem, pour servir de demeure aux frères de cet hôpital, avec pouvoir d'y célébrer l'office divin j à condition toutefois qu'on n'y recevroît que ceux qui , après avoir renoncé à leurs biens, s'y consacreroient à Dieu } qu'on n'y administreroit les sacremens qu'aux mêmes frères hospitaliers ou à leur
' Catel, Mém, pour l'histoire du Lang. p. 787, ' Tome V, Chartes & Dipl6ines, n. CCCLXV.
* Bt9%e^ Histoire de Narèonfie, 'p. S ij^. * Andoque , Catalogue des évé^ues de Béliers,
' Catel, Mém, pourVhist. du Languedoc, p. 58p. p. 62 8c suit. — Gallia Ckristiana, t. 2, p. ^i^
'* Le Laboureur, Histoire manustrite de la maison 8( seq.
d'Anduze, ' Martènc, Thésaurus anecdotorum, t. 1, p. 406*
^^, 778 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIÏl.
iâmille, & qu'on nV entérreroit personne qu'eux, saitis la permission de Tévêque 6c de ion chapitre. C'est ]à rorigine de la Cbmmarideriede Bfeiersde tordre dis Malte* Rafiliond, abbé de Saint-^Ouillém du Détert, b son chapitre, firent quelques années après une donation ' coilsidéiiabIe'à4'Hêpitalde Saint-Jean de Jérusalem ; 8c Pierre*, évêque de Lodève, lui donna, en iiSy, l'église de'Saint-Jiilien fie dô'Saint^Vtncenrde'NebîaTiy'^n^ sbik diocèse, où on établit une commanderie.
L'ivêchè d'Agdè vaqua 'aussiri: vers Han 1 149, par la mort de 4Jét^que Efratngaiid, qui par son testament^, daté du noM de septénibfê' d^ 'tétfê année, laissa emtre^autresrà BeirnaTd^écruyer^de'Soii frère Aaim^nd ^''dequàikré fait chevalitrj iv fit d^es legs à tous 1«8 prêtres ^ à voui^ ^e^diacires^&^a^l pauvres d'Agde. Il fait mention dfe Bèianger, ai»bé 'de :Sairiit^^%ve^id'Agd«i^'&é!ln neveu,
An ii5o
£1» de sa: ^osut Rixiode^ 6c de pl-asieurs autres deëes^ptitèns/^-
VII, — ^ GuiltauTtic VIÏ^ seigneur de. Mont fffllier^ .. ...
On a remarqué ailleurs que Guîllçiume Vl^ seigneur de Montpellier, avoir déjà embrassé la profession monastique dès Tan iï4ç.-Noiis .trQvjv.çns îa preuve de ce fait dans un acte !^ du mois de juillet de cette ann.ée>par lequel. Guillaume VII, son fils 8c son successeur, obtint de la comtesse Béatr.ix, filk £• héritière de Bernard, comte de Melgueil, moyennant la somme de trois mille sols melgoriens, la ççnfirmation de Ja , renonciation au droit d^ naufrage, que ce dernier avoît faite autrefois en faveur des haDÎtans du comté deAIaguelonne 8c de Substantion. Il est marqué, à la fin de l'acte, qu'il fut passé en présence d'Ermesslnde, mère de Guillaume^ seigneur de J^ontpelUer, qià avoit déjà renoncé au siècle^ 6» de Guillemette, JUle de la même Ermejsinde 6» mère de la même comtesse Béatrix. Bernard Pelet^ comte de Melgueilii mari de cette dernière, confirma cette renonciation avec elle> Guillî^ujne VII $e brouilla^, vers le même temps, avec Raimond, évêque de Maguelonne^au sujet des églises de Montpellier dont il prétendoit nommer les çufés & les
f)rêtres; mais ,1e pape Eugène III lui ayant écrit .là-dessus, le g^ d'avril de 'an ii5o, il se désista de ses prétentions moyennant une somme que les prieurs de ces églises lui donnèrent.
Guillaume d'Omelas, oncle paternel de ce seigneur, maria, au commencement^ de l'an ii5o, Tiburge sa fille, qu'il avoit eue de Tiburge, comtesse d'Orange^ sa femme "^j avec Aymar de Murviel, seigneur de consîdçralîondans le diocèse de Béziers, qui donna quinze gentilshommes de ses parens &de
' Tome V, Chartes 8k Dipldmcs, n. CCCCXCII, * Voyg «omt V^ Chartes 8r Diplômes, no-
la 5* charte citée sous ce numéro. méro CCCCLXXVI.
* Plantwrity €kr9$nolo§ia ptmesmlum JLodmfwnfium , * G« riel. Strier ffm9$Mtmm MégktvttenMmmt p. 1 9:
p. (^7. * Voyes tome V, Chartes St Diplômes, flj-
^ ArchiTes de Téçlisc d'A^e. — Gûllia Christiamm, méro CeCXXXl^X. IIOT. e4it* t« 6« ' Voyez tome IV, i^eteXXXVTt^ n. 10.
f«SlX)mE QliNfiRALE D? LANGUEDOC. L!V. XVlIi. 779 ""J^TJ^
SCS amis pour gp^rantsdu douaire «qu'il assigna à $a nouvelle épouse. Raimond- Trencavel , viçorfitç d© Béziefç 6i d'Agde, seigneur suzerain d'Aymar^ fut présent à ce çpptrait de n^riage.&c T^utorisa t il étoit par conséquent alors dç
retour d^ la Terrç Sainte* .
,VIIL '^. S'ecaitd.mariagt. du vicomte- Rainwnd^Ttencavel^
Gci viç^m^ iivoU ^ «nr<:e^ temp^là; un iîls nommt Roger^ dfc Saure sa fem*ie ; ^Éa. origîn. ce qui fait ,voix: qu'il sy^it perdu depuis quelque temps lAdélaïdc, qu'il avoit -épousée en premières noces j il eut de celle-ci une fille, appelée^ Cécile, dont nou» parlerons biein tôt. Oa ignore: également de quelle isaison éjtoiént -ces deuîi. femmps dç Trenc^vel:}, car c'est sans aucun fondement que. les uns* font la seconde de lamaidon de TcmJouse, & quç les auu*es? pilétendent qu'elle étoit ^œur d'Alphonse le Chaste, roi d'Aragon. Tout ce qu'on peut assurer^ c'est que Saure étoit fille ou veuve d'un, comte, puisqu'elle, jprend le titre de comtesse dans tous les acTtes, du vivant de Trencavel son mail, qui ne se quantifia jamais que vicomte, mais dont la maison étoit cependant aussi distinguée &L aussi puissante que celle d'aucun comte dû roj^aurne. Ce'vîcdmté Si Roger son frère comptoient^, en effet, au nombre de leurs vassaux le§ vicomtes de Minerve Ik plusieurs autres seigneurs de marque, tels que ceux de Saîssac &deViritron.
IX. — Fondation des abbayes de Vïllelongue 6» ie Rieun-ête^ au diocèse
de Carcassonne.
< Le vicomte Roger, frère de Trencavel, donna '^ au mois de juillet de
l'an ii5o, à l'abbaye de Bonnefoht, de Tordre de Cîteaùx, aii diocèse de
Comminges, tout ce (ju'îl possédoit dans le territoire de Compagne, çivec le
bois nécessaire pour y construire un monastère, 8c plusieurs pâturages. Cette
donation 8c celle ^ que divers gentilshommes du pays avoîent déjà faite, dès
les mois de mai 8c de juin de Van 1149, à Bernard de Compagne, relîgîeu3Ç
de BoTinefbnt, donnèrent occasion à cette fondation, qui fut faite dans Iç
diocèse de Carcassonne, entre les deux ruisseaux de Sor 8c de Lampi , au
pied de la montagne Noire, au voisinage de Saîssac, vers les frontières du
Toulousain. Isarn -Jourdain, seigneur de Saissac, fut un des principaux
bienfaiteurs de ce nouveau monastère. Jl étoit déjà décédé en ii52 j il
laissa de sa femme Guillemette trois fils, Isarn-Jourdain, Jourdain 8c Guîl-
•TomeV, Charte» & Diplômes, n.CCCCLXXXlX, * Voyex tome V, Chartes & Diplômes, nu-
les i'^, 7* & 8^ extraits cités sous ce numéro. méro CCCCLXXVIII, la 2" charte citée sous ce
' Besse, Histûire 4e Carcmtsontu, f, tz&4 numiro.
' BaluM, Histçire. généalogique de U muison ^ /Ati£» n. CCCCLXXVIII, la i'* charte citée sous
d'Auvergne, t. i, p. 268. ce numéro. [Le donataire est Guillaume de Corn-
^ Voyez tome V, Chartes 8c ï^iplèmn^ nu- pagne Sinon Bernard, comme le ports ict k teiL te.]
néros CCCCLXXI 8c CCCCLiXXV, ^ ArchiTçs de Tabhaye de Villelonyue,
^^^^5o 7^^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIL
laume-Bernard, dont le dernier se fit religieux à Compagne en.i i58. Bernard, abbé de Valseguier ou de Montolieu, contribua aussi à la fondation de cette abbaye", dont les bâtîmens étoient achevés à la fin de Tan ii5o. Elle étoit alors gouvernée par un prieur nommé Arnaud , lequel prenoit la qualité d'abbé au mois d'août* de Tan ii5i. Un gentilhomme, nommé Bernard de Castillon, donna Tannée suivante^ au monastère de Compagne, en présence de Guillaume de Montpellier^ moine, le village de Villelongue, qui en étoit distant de deux lieues vers le midi. La situation de ce village étant beaucoup plus commode, elle donna lieu aux religieux de s'y transférer bientôt après; ce qui étoit déjà exécuté en ii65, comme il paroît par les donations que firent cette année Isarn-Jourdain, Bertrand de Saissac 8c quelques autres seigneurs à Pierre, abbé de Bonnefont, & à Guillaume-Raimond, abbè de Saint'-Jean de Villelongue. TeW^ est l'origine de cette abbaye, qui est de la filiation de Morimond, &c de la dépendance immédiate de Bonnefont. Celle de Rîeunete, qui lui étoit soumise, fut fondée^ pour des filles de Tordre de Clteaux, vers l'an 1162, dans le même diocèse de Carcassonne, vers les confins de celui de Narbonne, à deu^t lieues de l'abbaye de Saint-Hilaire 8tà six de celle de Saint-Polycarpe. Le iponastère de Rieunete ayant été ruiné au seizième siècle par les calvinistes, fut réuni à celui de Villelongue ; il en fut séparé, au milieu du dernier, &c transféré dans la ville de Carcassonne, où il subsiste encore aujourd'hui.
X. — Le x^icomte Roger /ait son testament (/ meurt sans er\fanSn
La donation que le vicomte Roger fit à l'abbaye de Compagne fut une des dernières actions de sa vie. Il tomba malade^ peu de temps après, à Fanjaux, 6c y fit son testament, le vendredi onzième d'août de l'an ii5o, en présence de Pons, évêque de Carcassonne, 8c de plusieurs de ses vassaux. Il avoit été marié deux fois : la première^, avec Adélaïde, soeur de Baudouin, seigneur de Pons en Saintonge, 6c la seconde, avec Bernarde, fille de Bernard IV, comte deComminges, qu'il avoit épousée en 1 189 8c qui lui survécut. Comme il navoit point d'enfans d'aucune de ces deux femmes, il laissa tous ses domaines^, qui consistoient principalement dans les vicomtes de Carcassonne, de Razès 6c d'Albi, à Raimond-Trencavel , son frère, vicomte de BéziersSc d'Agde. Il choisit sa sépulture parmi les chevaliers du Temple, sans désigner l'endroit oii il vouloit être inhumé. Il restitua quelques domaines dont il s'étoit emparé à l'église de Carcassonne, 6c le village de Casillac à labbaye de la Grasse; il abolit le droit qu'il levoit sur le sel & d'autres mauvais usages
' Tom« V, Chartes & Diplâmet» n. CCCCLXXV, ^ ArdiiTes d« Tabbaye de Rieunete.
la 3* charte citée sous ce numéro. ' Voyez tome V, Chartes & Dîpl&mcs, no-
* GaUia Christian^, nor. edit. t. i , p. 1 1 1 5. méro CCCCLXXXI.
>TomeV,Chartes& Diplômes, n.CCCCLXXVIII, « Voyez tome IV, Note XXTI. n. 9.
la 3' charte citée sous ce numéro* ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLXXXI.
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que lui ou son père avoient établis, 8c ordonna k Raimond-Trencavel, son ^Éd.origin. frère, de rendre au comte de Foix quelques villages, à la charge que ce dernier lui payeroit la somme de sept mille sols melgoriens, pour laquelle il les avoit engagés, & lui feroit justice au sujet de la ville de Mirepoix qu^il lui détenoit injustement. Enfin il charge le même Trencavel de donner à la vicomtesse Bernarde, sa femme, la somme de dix mille sols melgoriens, avec la moitié de sçs meubles^^ excepté l'or & 1 argent, & de lui rendre sa dot, à condition qu'elle renonceroit à ses droits sur les châteaux qui lui avoient été assignés pour son douaire. Le vicomte Roger mourut* le lendemain, 12 d'août, à Fanjaux. Raimond-Trencavel, son frère, exécuta fidèlement sa volonté 8c restitua à l'abbaye de la Grasse le village de Casillac, par un acte* daté du mardi 17 de janvier de Van ii5o, 8c par conséquent de l'an ii5i suivant notre manière de compter.
XL — Raimond-Trencavel £» Bernard-Atony frères de Roger, s'accordent
sur sa succession. — Domaine de ces vicomtes.
La disposition testamentaire de Roger causa de la division entre les deux frères Raimond-Trencavel, vicomte de Béziers, 6c Bernard-Aton, vicomte de Nîmes. Le dernier, qui avoit été exclu de la succession, prétendit y avoir part. Enfin les deux frères s'accordèrent^, le i3 de novembre de l'an ii5o, par l'entremise de Rigaud, évêque d'Albi, 8c de quelques seigneurs. Raimond- Trencavel céda à Raimond la ville d'Agde 8c toute la partie du diocèse de cette ville située à la gauche de l'Hérault, 8c se réserva le reste du diocèse. Il lui donna de plus la somme de trente mille sols melgoriens, à raison de quarante-sept sols 8c demi par marc d'argent. Moyennant cette cession, Bernard- Aton renonça, en faveur de Trencavel, à toutes les prétentions qu'il avoit sur la succession de leur père 8c de leur frère Roger. Ils convinrent en même temps : i^ qu'on ne fabriqueroit aucune monnoie dans le diocèse d'Agde, 8c que celle de Béziers y auroit cours; 2^ qu'ils se succéderoient l'un à Tautre en cas que l'un des deux vînt à décéder sans enfans légitimes. Enfin , après s'être promis par serment de s'entr'aider envers tous 8c contre tous 8c d'exécuter fidèlement cet accord , ils se donnèrent de part 8c d'autre des otages 8c vécurent depuis en bonne intelligence. Le domaine de Trencavel fut réduit par là aux vicomtes de Carcassonne, Razès, Béziers 8c Albi, 8c Bernard-Aton eut pour sa part celles de Nimes 8c d'Agde.