‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 228 sur 234 · LXXV. — Guerres particulières. — Asiles. — Châteaux · texte numérisé non relu

LXXV. — Guerres particulières. — Asiles. — Châteaux

L'un des droits dont le^ grands seigneurs furent le plus jaloux dans ces

siècles, Se qu'ils mirent le plus en usage, fut celui de venger à main armée

leurs propres querelles, de se faire la guerre & d'user de marques ^ ou de

représailles. Ces désordres causèrent beaucoup de troubles dans la Province 8c

obligèrent les évêques à renouveler de temps en temps les articles dé la trêve

de Dieu, établie dans le pays vers le milieu du onzième siècle. Mais comme

ces précautions ne produisirent presque aucun effet, on établit des asiles Se

des lieux de sûreté aux environs des églises ou des monastères, ou même dans

quelques châteaux Se villages qu'on fonda. Se à qui on donna le nom de Sal-

vitas en latin, 8c de Sauvetat ou Salvetat en langage du pays, nom qui est

demeuré depuis à plusieurs lieux de la Province. Les églises'* 8c les cloîtres

des monastères servoient aussi d'asile aux malfaiteurs, excepté certains crimes

énormes, comme l'homicide volontaire, dont il étoit permis de prendre les

coupables dans les lieux privilégiés.

Les guerres particulières qui furent presque continuelles dans la Province, durant le douzième siècle, obligèrent, d'un autre côté, les seigneurs 8c leurs vassaux à se fortifier pour se mettre à l'abri des entreprises de leurs ennemis, ce qui donna lieu à la construction d'un grand nombre de châteaux; en sorte qu'on donnoit alors presque généralement le nom de châteaux aux petites villes 8c aux bourgs du pays.

* Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCV. ' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 21 p.

' IhU, n. CCCCLXX. -«- Catel, Mémoires pour ^ Ihid. p. 218.

l'histoire du Languedoc, p. 884.

""TITTôT" ^^^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIL

LXXVI. — Noblesse. — Chevaliers. — Sceaux (/ armoiries des seigneurs

séculiers &• ecclésiastiques,

La noblesse telle qu'elle est aujourd'hui reconnue en France étoit parfaitement établie dans le Languedoc au douzième siècle. Sa principale fonction consistoit dans l'exercice des armes, qu'elle allioit, comme les anciens Romains, avec les fonctions judiciaires. Les plus grands seigneurs présidoient, en effet, aux plaids & rendoient eux-mêmes la justice, assistés de leurs principaux vassaux, qui de leur côté exerçoient les charges de viguier & étoîent souvent pris pour arbitres dans les différends des particuliers. On qualifioit tous les nobles en général chevaliers (milites) : quelques-uns d'entre eux se donnoient eux-mêmes cette qualité dès le commencement du douzième siècle', mais c'étoit assez rare. On ignoroit dans ce siècle le terme de domicellus, damoiseau, qu'on employa dans les suivans, pour signifier un fils de chevalier. Le titre d'écuyer {scutifer) étoit cependant alors en usage pour distinguer les nobles qui n'avoient pas encore reçu la ceinture militaire.

Quoique les familles nobles fussent distinguées des autres dans la Province, au douzième siècle, on a de la peine cependant à suivre leur généalogie, à cause que les noms propres n'étoient pas encore fixés parmi elles : en effet, on voit alors assez souvent le fils & le frère porter un surnom différent de celui de son père ou de son frère, &c les puînés prendre leur dénomination du principal château qui leur étoit échu en partage. C'est ainsi que dans la maison de Montpellier, les cadets*, pour se distinguer de leurs atnés qui avoient le même nom de baptême, s'appeloient l'un Guillaume de Tortose^ Se l'autre Guillaume d^Omelas, & que le fils de ce dernier prit le surnom d'Orange. D'autres de cette maison se donnèrent des sobriquets, comme ceux de Guerrejat & de Burgundion. Dans celle de Sabran, le puîné prit le surnom d'Amici. Raimond^ de Castries se dit, en ii35, fils de Pons de Montlaur; & en ii36, Arnaud de Vergnole, fils de Guillaume d'Asnave^. Une autre difficulté pour distinguer en ce siècle les familles nobles du pays d'avec celles qui éd.oriffin. ne l'étoient pas, c'est que quand les surnoms furent mis en usage, les nobles prirent ordinairement le leur du principal château de leur domaine, ou des villes dans lesquelles ils possédoient quelque fief; de là vient que nous voyons un si grand nombre de gentilshommes de la Province qui prenoient alors le surnom de Toulouse, de Carcassonne, de Béziers, de Narbonne, &c. Or les roturiers prirent alors très-souvent leur surnom de la ville ou du château où ils demeuroient, & ni les uns ni les autres n'ajoutoient communément aucune qualité à leur nom.

' Voyez tome V, Chartes & Dipldmes, nu> méro CCCCXXXV, le i*' acte cité sous ce na-

méro CCCLXXXVII , la i' charte citée lous ce méro. numéro. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, la charte

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- n. CCCCXXXVII.

An ii05

On a remarqué que Roger, vicomte de Carcassonne, se servoit d'un sceau"" en n8o, & on ne sauroit douter que les autres grands seigneurs de la Pro* vince n'en eussent ' aussi alors; mais comme il n'en reste aucun de ce temps-là, on ne sauroit dire précisément quelles étoient leurs armoiries. Qn peut supposer cependant fort vraisemblablement qu'elles étoient les mêmes que celles dont ils se servirent dans les siècles suivans. Les comtes de Toulouse scelloient leurs chartes de leur sceau ou anneau^ dès Tan 1126, & on voit qju'ils avoient une croix pour armes en 1171, ainsi qu'il est marqué dans un vidimus^ d'une de leurs chartes de cette année: On trouve la même croix vuidée, pommetée & clechée sur une pièce de monnoie^ d'argent qu'on attribue à Raimond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, mais qui paroît^ être plus probablement du comte Raimond V, son petit-fils.

Un auteur^ du dernier siècle atteste avoir vu un sceau en plomb de l'an ii35, pendant à un acte de Guillaume VI, seigneur de Montpellier, sur lequel étoit représenté d'un côté un homme assis sur une chaise, )ouant de la harpe, avec ces mots autour : SîgilL GuilL domini de Montepessulano $ & de l'autre un chevalier armé de toutes pièces, sur un cheval de bataille, tenant un bouclier dans sa main, sur lequel paroissoit un besant avec la même inscription autour. Cet auteur a recours ensuite aux fables pour expliquer l'origine des armoiries des seigneurs de Montpellier : il prétend, sans en apporter aucune preuve, que les derniers de ces seigneurs portoient un tourteau de gueules en champ d'argent : il confond les armes que la ville de Montpellier prit longtemps après, avec celles de ces anciens seigneurs, & ajoute que ceux-ci firent quelques autres cliangemens dans les leurs. Tout ce qui résulte de son raisonnement, c'est que ces seigneurs avoient pour armoiries un besant ou un tourteau, qu'on ne sauroit distinguer, parce que le blason n'est pas marqué dans les anciens sceaux.

Enfin nous avons un sceau de Bernard d'Anduze, de l'an 1174, que nous donnerons ailleurs avec les autres de l'ancienne noblesse de la Province. Il ne paroh aucunes armes dans ce sceau. Le seigneur d'Anduze y est représenté à cheval des deux côtés, savoir : dans le sceau, le casque en tête & l'épée à la main. Se dans le contre-scel, sonnant du cor de chasse. Il y a dans l'une & l'autre figure un chien de chasse qui le suit.

Les évêques & les abbés avoient aussi leurs sceaux particuliers, au douzième siècle, mais ils n'y mettoient pas leurs armes j ce qu'on peut voir dans le sceau en plomb qui nous reste ^ de Pierre, archevêque de Narbonne, de

' Duchesne, Recueil des historiens Je France, t. 4, ^ Ducang«, Dissertation ^aatcr^ihne sur Joinyitte

* Gallia Christiana , noY. edit. t. 1, instrum, ^ V^yes ci-dessus, IWr* XIV, n. zcvil.

p. i32. — Voyez tome V, Chartes & Dipl6mes, * Gariel, Idée générale de la ville de Montpellier,

n. CCCCLni, la première & la dernière charte part. 2, p. 141. citées sous ce numéro. ' Bibliothèque du roi. Baluce, Languedoc, n. 19.

^ Bouche, Histoire de Provente, t. 2, p. 1 069 & — Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

suiv. méro CCCCLXXXVI.

"TTHôT" ^^^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIL

Tan ii5i, La grandeur de ce sceau est de deux pouces deux lignes de diamètre. Uarchevêque y est représenté un peu plus qu'à demi corps, avec la chape Se le pallium, mais sans mitre, donnant la bénédiction de la main droite, Se tenant le livre des évangiles de la gauche. Il en est de même du sceau d'Aldebert d'Uzès, évêque de Nimes, de Tan 1174. 11 n'y a d'un côté que l'image de la Vierge, patronne de la cathédrale de cette ville, & de l'autre le simple nom d'Aldebert ' •

LXXVn. — Tiers état. — Origine des communes £• des magistrats municipaux des principales villes de la Province, — Coutumes particulières.

On a vu ailleurs* que les citoyens des principales villes de la Province formoient, avant la fin du douzième siècle, une espèce de corps distingué des ecclésiastiques & des nobles. On trouve la même distinction dans divers monumens du siècle suivant, où il est fait mention des bourgeois des différentes villes du pays, lesquels tenoient le milieu^ entre les chevaliers, ou la noblesse, & les serfs. Ces bourgeois composèrent une nouvelle condition qu'on nomma dans la suite tiers état^ pour le distinguer du clergé 8c de la noblesse.

On rapporte communément l'origine des bourgeoisies à l'établissement des ^Éd. orîçm communes ou associations des principaux habitans des villes, faite en France au commencement du douzième siècle. Nous n'avons rien, en effet, de plus ancien pour celles de la Province, & on ne voit qu'en 1107 des bourgeois^ de Carcassonnej en iii3, des bourgeois de Montpellier; en 1 121, des bourgeois^ de Béziers, & en ii3i, des consuls^ de cette ville j en 1141, des consuls "^ de Montpellier; en 11 44, des consuls^ de Nimes; en 1 148, des consuls de Narbonne, 8c en 1160, des bourgeois de Castres. Enfin nous ne trouvons que vers le milieu du même siècle ce qu'on nommoit à Toulouse le commun conseil ou le chapitre, composé des principaux habitans 8c des capitulaires ou magistrats municipaux, qu'on appeloit consuls dans les autres villes de la Province. Ces magistrats étoient élus tous les ans par les communes 8c les corps des villes, &c ils avoient la principale administration de la police ; ce qui subsiste encore de nos jours. Il y a cependant quelque différence entre l'origine des communes de Languedoc 8c celles de France; car la plupart de ces dernières furent ^ établies par l'autorité de nos rois, indépendamment des seigneurs qui avoient le domaine des villes ; au lieu que

' Voyez, pour la tiçillopraphie de la proTÎnct rosCCCXLVII,CCCLXIII,CCCCXXII,CCCCXXIV,

de Lan^edoc, la note insérée au tome XII de cette DXXI, &c.

édition. On y trouvera le résumé des connais- ^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXCVII.

sances que Tétude des sceaux du moyen âge a pu ' Ihid. n. CCCLXXXVIII.

nous transmettre sur Tétat des personnes. On y * IhiJ, n. CCCCXXII.

trouvera également la rectification de quelques ^ dritl. Séries praesulum Magalonensium. -p. tîl.

erreurs commises ici par les Bénédictins. [E. M.] ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, na-

' Voyez ci-dessus, livre XIV, n. xcvii. méros CCCCLXI, DXXI.

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numé- • Mabillon, ad ann. ma, n. 3i ; tii3, 11.60.

An 1 1 65

les bourgeoisies 8c les communes des villes de là Province furent instituées par leurs seigneurs immédiats, qui leur accordèrent divers privilèges", firent rédiger leurs coutumes particulières & leur donnèrent des lois de police & de gouvernement. C'est ce qui paroît entre autres par les coutumes^ que les vicomtes de Saint-Antonin en Rouergue donnèrent, vers Tan.iiSô, aux habitans de cette ville Se à ses consuls qui étoient au nombre de douze, dans lesquelles ils permettent le duel 8c Tépreuve du fer chaud, du consentement des parties, abolissent les questes 8c toutes les autres impositions qui ne seroient pas volontaires , 8c donnent une entière franchise 8c sûreté à tous ceux qui viendroient à la fête de Saint-Antonin du mois de septembre, huit jours avant, 8c autant après cette fête.

Les villes de Languedoc qui obtinrent de leurs seigneurs immédiats l'établissement de leurs communes, ne firent que rentrer dans l'usage où la plupart avoient été sous la domination des Romains, peut-être même sous celle des Visigoths 8c des rois de la première race, de se gouverner par leurs propres lois 8c leurs propres magistrats : autre différence entre elles 8c les villes du Nord de la France qui n'avoient jamais joui d'une pareille liberté avant le douzième siècle.

Les consuls 8c les bourgeois, depuis leur établissement, prirent part au gouvernement des villes de la Province, sous l'autorité des comtes, des vicomtes 8c des autres seigneurs qui en avoient le domaine. Ils assistèrent^ souvent aux plaids, 8c y prirent séance après les chevaliers. A Toulouse, ils formoient la cour^ des comtes, 8c ces princes ou leurs viguiers en leur absence présidoient à l'assemblée qu'on appeloit du commun^ conseil des bourgeois. Cette assemblée, dont les capitouls ou consuls étoient les chefs, administroit une partie de la justice, surtout dans les matières de police. Enfin rien ne feit tant voir la liberté dont jouissoient les principales villes de la Province, au douzième siècle, que leurs associations pour le commerce avec plusieurs villes d'Italie qui se gouvernoient en républiques, associations dont nous aurons souvent occasion de parler dans la suite, 8c dont l'une des plus anciennes est celle que l'archevêque, la vicomtesse &» le peuple de Narbonne firent^, en iï66, avec la république de Gênes^. Au reste, les bourgeois des villes formèrent, depuis leur établissement, une milice particulière qui étoit obligée à diverses* chevauchées envers les seigneurs, c'est-à-dire à les suivre à la guerre en certains cas.

' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 192» 194, 214 & suiv.; 216 & suir. — Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLXXIII.

* Trésor des chartes de Toulouse, sac 4, n. 58.

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro CCCLXXXIII.

^ Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 192,

^ Duchesne, Recueil des historiens de France, t. ^, p. 71 3 & suiv.

* Voyez tome VIII, Chartes & Diplômes, numéro I.

' Voyez, au tome VII, la Note déjà indiquée sur

IVrigine du consulat dans le midi de la France.—-

Voyez aussi V Histoire de la commune de MontpeUier

depuis son origine jusqu'à son incorporation a la mo^

narchie française, par A. Germain, professeur à la

faculté des lettres de Montpellier, 3 toI. in-8. i85i.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro DXXI.

LXXVIII. — Commerce. — Juifs de la Province. — Rabbins célèbres.

Il résulte de ce que nous venons de rapporter que les habitans du Languedoc étoient distingués, au douzième siècle, en libres & en serfs, &c ceux-là en nobles Se en bourgeois. Ces derniers s'appliquoient ordinairement au commerce, qui étoit florissant dans la Province, & qui y attiroit quantité d'étrangers, entr-e autres les Pisans, les Génois & les Lombards. Ces peuples y avoient des établissemens iîxes & y jouissoient de plusieurs privilèges. Il y avoit aussi beaucoup de Juifs dans les principales villes du pays, où ils occupoient' des quartiers séparés. Nous sommes instruits à peu près de Tétat où étoit alors cette nation dans le Languedoc, par la relation du voyage^ que Éd.origîii. Benjamin, Juif de Tudèle^ en Navarre, y entreprit vers Tan 1170, & avant Tan 1173, pour passer de là en Orient. Cet auteur ayant traversé les Pyrénées, arriva à Narbonne, « ville, dit-il, maîtresse {antistes) pour la loi, doù u elle se répand dans toutes les provinces. On y voit des docteurs fameux, « parmi lesquels est le rabbin Kalonime, fils du grand prince & rabbin tt Théodore de bienheureuse mémoire, de la race de David. Il possède de « grands domaines sous la protection des princes du pays. » Les Juifs de Narbonne possédoient donc alors des fonds de terre, comme anciennement sous le règne de l'empereur Louis le Débonnaire. Benjamin parle encore de trois autres rabbins de Narbonne des plus estimés, qui, de même que plusieurs autres, s'appliquoient, dit-il, à l'étude de la sagesse. Il compte trois cents juifs dans la synagogue de cette ville. De Narbonne notre voyageur se rendit à Béziers où il trouva une synagogue fort studieuse & deux rabbins qui excelloient par dessus les autres. Sa route le conduisit à Montpellier, tt ville, dit-il, (rès-heureusement située pour le commerce, à deux lieues de tt la mer, 8c fort fréquentée par toutes les nations, tant chrétiennes que tt mahométanes. On y trouve des négocians, ajoute-t-il, du pays des Algarbes « (ce qu'on interprète^ de l'Afrique), de la Lombardie, du royaume de la tt grande Rome, de toute l'Egypte, de la terre d'Israël, de la Grèce, de la n Qaule, de l'Espagne &c de l'Angleterre : en sorte qu'on y voit des gens de « toutes les langues, avec les Génois Se les Pisans. Il y a des disciples très- « célèbres de la sagesse, c'est-à-dire des rabbins. » Il parle de cinq des principaux d'entre eux &c dit que parmi les Juifs de Montpellier il y en avoit de très- riches, qui se distinguoient également par leurs libéralités envers les pauvres & par la protection qu'ils accordoient aux affligés^.

' Voycx tome V, Chartes & Diplémes, nu- cent» que Ton peut consulter lur le comnerce du

néro CCCLXIV. midi de la France, VBîstoirt dm commerce de N^r-

* Itinerûrium Benjamini Tuielensis, edic. |633, ^ititf, par M. G. Port. iSSi, in~8; în V Histoire im.

p. 4 & se<(. commerce de MontpeUier eniérieurement a l'om^ertmre

' Constantin TEmpereor, Notée in Benjeminum, du port de Cette, par A. Germain, professeur à U

p. 144. faculté des lettres de Montpellier. 1861, 2 toI.

^ Mous citerons parmi les traraux les plus ré- in-8.

An II 65

Benjamin se rendit ensuite à Lunel, oîi il y avoît une fameuse synagogue qui soccupoit nuit & jour à l'étude de la loi. « Cest là, dit-il, où notre « grand docteur & maître Meschulam, d'heureuse mémoire, a enseigné autre- « fois, 8c où il a laissé cinq fils, tous rabbins, très-sages & très-riches, & dont « le dernier, nommé Ascher, s'est entièrement retiré du monde par dévotion, « pour s'appliquer uniquement jour 8c nuit à la méditation de la loi. Il mène « une vie très-mortifiée, s'abstient de manger de la viande, 8c fait de grands « progrès dans la science du Talmud. » Benjamin parle encore de quatre autres fameux rabbins de Lunel, savoir du grand rabbin Moïse Gisso, de R. Samuel, professeur {praelector)^ de R. Salomon, prêtre, 8c de R. Juda, médecin, fils de Tibbon, Espagnol. Il marque qu'il y avoit un grand concours de Juifs étrangers qui alloient étudier la loi dans l'académie de cette ville, 8c que les jeunes élèves étoient nourris 8c vêtus aux dépens du public, chez les rabbins qui avoient soin de leur éducation. Il compte trois cents juifs dans cette synagogue.

On prétend' que Salomon, rabbin de Lunel, dont parle ici Benjamin, est le même que R. Salomon larchi, célèbre rabbin de cette ville, qui s'acquit une très-grande réputation parmi les Juifs, par ses explications de l'Écriture 8c du Talmud, 8c qui mourut, dit-on, l'an iio5 de J.-C. âgé de soixante-quinze ans. On remarque, à ce sujet, que tous les rabbins dont Benjamin fait mention à l'occasion des villes qu'il rencontra sur sa route, ne vivoient pas de son temps, 8c que quelques-uns étoient déjà morts j mais* d'autres prétendent que Rabbi Salomon larchi ne mourut qu'en i i8o. On ajoute^ que Juda, rabbin de Lunel 8c médecin, eut un fils nommé Samuel, qui traduisit d'arabe en hébreu le livre intitulé le Docteur, composé par le rabbin Moïse Maïmonide, ou fils de Maïmon, Juif espagnol, mort en 1201, à l'âge de soixante-dix ans; que Samuel fit cette traduction du vivant du même Moïse, 8c qu'il composa un livre intitulé Interprétation des mots philosophiques, ouvrage dont on fait beaucoup de cas. Cette traduction du livre du Docteur excita de grandes disputes'* entre les Juifs, vers la fin du douzième siècle : Salomon, fils de Moïse, Juif de Montpellier, s'éleva contre ce livre avec un grand nombre de ses disciples qui le firent brûler. Les partisans de Samuel de Lunel prirent d'un autre côté sa défense , 8c il y eut plusieurs écrits très-vifs de part 8c d'autre, ce qui causa un grand schisme parmi les synagogues de la province 8c du royaume qui s'excommunioient réciproquement. Les Juifs de Narbonne se déclarèrent entre autres pour Samuel 8c pour les Juifs de Lunel , contre Salomon 8c ceux de Montpellier. Enfin le fameux David Kimchi s'étant entremis pour apaiser ces éd. origîn. troubles, 8c ayant écrit pour cela à un Juif de Lunel, la division cessa au bout de quarante ans, 8c le livre du Docteur fut généralement approuvé. Reprenons la suite du voyage de Benjamin dans la Province.

* Constantin l'Empereur, Kotae in Benjaminum, * Constantin l'Empereur, Notae in Benjaminum,

p. I 49 8t st^, p. i5i.

' Buxtorf, Bihliothtca Rahbinica, p. 293. * îbid. p. 143.

An 1 165

Ce rabbin se rendit ' de Lunel à Beaucaire, qu'il appelle une très-grande ville^. On y trouvoît environ quarante Juifs qui y avoient une académie, où enseignoit un fameux rabbin nommé Abraham, aussi recommandable, dit-il, par sa sagesse 8c par son habileté dans l'Écriture & le Talmud, que par ses richesses & par la charité qu'il exerçoit envers les Juifs étrangers qui venoiem se ranger sous sa discipline pour apprendre la loi, & qu'il entretenoit gratuitement. Benjamin parle de cinq autres rabbins de Beaucaire. Il alla de cette ville à Nogres, qu^on appelle, ajoute-t-il, le bourg de Saint-Gilles, on il y avoît une synagogue de cent Juifs, gouvernés par six principaux rabbins qu'il nomme, entre autres Jacob, fils du grand docteur Lévi, de pieuse mémoire. Ensuite, parlant de la ville de Saint-Gilles, il dit qu'elle étoit fréquentée par divers peuples étrangers & insulaires depuis les extrémités de la terre, à cause de l'heureuse situation de son port sur le Rhône, à trois lieues de la mer : les choses sont bien changées aujourd'hui. Benjamin passa de là en Provence pour se rendre en Orient.

Cet auteur ne parle que des synagogues qui se rencontrèrent sur son passage depuis le Roussillon jusqu'à Arles; mais nous apprenons d'ailleurs qu'il y avoit des Juifs, au douzième siècle, dans plusieurs autres villes de la Province, entre autres à Toulouse & à Carcassonne, 8c on a déjà vu que Roger, vicomte de cette dernière ville, avoit un Juif pour baile, ou pour administrateur de son domaine.

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