XXIII. — Raynariy vicomte de Bé-iiers
On apprend par quelques autres diplômes de Carloman qu'il étoit, le 18 du mois de juillet de la même année, à Choisi {Caucîacum)^ lieu qu'on* dit situé au voisinage de Compiègne, 8c le 29 du mois d'octobre suivant, dans un endroit appelé la Coste. Il fit expédier une charte dans ce dernier palais^, à la recommandation de Vulfard, abbé de Flavîgny, son chancelier, en faveur d'un de ses vassaux nommé Raynard, qui servoit alors dans ses armées, 8c à qui il donna en propriété les villages d'Aspiran 8c d'Alignan, dans le diocèse de Béziers, avec plusieurs autres domaines, en récompense de ses services. Ce Raynard descendoit sans doute d'Ildéric 8c de ces autres Espagnols réfugiés dans la Septimanie, à qui Charles le Chauve '^ avoit confirmé la propriété des mêmes terres que Charlemagne avoit données à défricher^ à leurs ancêtres. Nous trouvons, en 897, un vicomte de Béziers appelé Raynard ^, 8c nous ne doutons pas qu'il ne soit le même que celui dont il est parlé dans la charte de Carloman.
Le Heu de la Coste, d'où elle est datée, est peut-être un village de ce nom au diocèse de Vienne 8c en deçà du Rhône, ce qui pourroit faire croire que le roi Carloman ne fit pas le voyage de France , qu'il ne s'éloigna pas beaucoup de cette ville 8c qu'il se contenta de parcourir les provinces voisines, soit pour soumettre les pays que Boson avoit usurpés, soit pour régler les affaires de la Septimanie 8c de la Marche d'Espagne. Nous trouvons, en effet, dans ces provinces les lieux de Pierrefitte , Caussi , Pauliac, 8cc. , qui sont peut-être les mêmes d'où il a daté les diplômes dont nous venons de parler.
' Lorsque le castrum Rhedus, chef-lieu du Raz^s, * Mabillon, ad ann. 880, n. 36.
eut Clé détruit au septième siècle, la ville de Li- » Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. IV.
moux, construite à ses portes, hérita de son impor- '* Voyez tome II, aux Preuves, Chartes & Diplô-
tance & finit par en occuper remplacement. C*est ce mes, n. LXV.
qui explique comment on a trouvé des antiquités * Voyez tome II, aux Preuves, Chartes & Diplô-
romaines dans un des faubourgs de Limoux. Ce sont mes, n. XVI.
les restes de l'ancienne capitale du Razès. [E. M.] * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XVII.
An 881
-—r — 2 2 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI.
An 052
XXIV. — Suite du siège de Vienne. — Carloman succède au roi Louis UI^
sonfière.
Quoi qu'il en soit, il est certain que ce prince avoît déjà repris le siège de Vienne dès le mois d'août de Tan 882 8c qu'il le poussoit vivement, lorsqu'il reçut la nouvelle de la mort du roi Louis III, son frère, qui, après avoir remporté dans le Vimeu une insigne victoire sur les Normands & signalé sa valeur' dans cette occasion , mourut le 4 d'août de la même année d'une rupture causée par les efforts extraordinaires qu'il avoit faits durant l'action. Sa mort avoit été précédée, au commencement de l'année, de celle de Louis, roi de Germanie, son cousin, ce qui auroitpului faciliter la conquête de toute la partie du royaume de Lothaîre qu'il lui avoit cédée pour un temps, 8c comme en espèce d'engagement {ad locarium)^ s'il avoit voulu l'entreprendre, car les peuples du pays s'offroient alors de le reconnoître pour leur souverain. Mais comme par le traité que lui 8c Carloman, son frère, avoient conclu devant la ville de Vienne avec Charles le Gros , ce dernier s'étoit solennellement engagé de leur remettre, après la mort du roi de Germanie, son frère , cette partie du t.i'i°p.'^4! royaume de Lothaire, Louis n'avoit pas cfu devoir acquiescer à la demande des Lorrains sans la participation de Charles, dans l'espérance que ce prince exécuteroit ses promesses. Ainsi il se contenta de donner sa protection à ces peuples contre les incursions des Normands.
X\W.— Prise de Vienne.
Carloman n'eut pas plus tôt appris la mort* du roi Louis, son frère, qu'il partit de Vienne pour aller recueillir sa succession 8c se mettre en état de tenir tête à ces pirates qui continuoient leurs courses. II chargea le duc Richard, frère de Boson, du soin de continuer le siège, 8c étant arrivé en France, il se fit couronner^ de nouveau, à Kiersi, le 5 de septembre. Il marcha ensuite contre les Normands^, 8c il étoit actuellement occupé à les repousser, lorsqu'il apprit que la ville de Vienne, après une défense opiniâtre de près de deux ans, s'étoit enfin rendue dans le même mois de septembre au duc Richard. Ce dernier emmena prisonnières, dans son comté d'Autun, la princesse Ermengarde, sa belle-sœur, qui avoit défendu la place avec une valeur au-dessus de son sexe, 8c une fille qu'elle avoit eue de Boson.
Carloman fut obligé d'interrompre ses conquêtes contre cet usurpateur, soit parla guerre qu'il avoit à soutenir contre les Normands, soit de crainte que l'empereur^ Charles le Gros ne formât quelque entreprise sur ses États. Il y
' Hariuir. 1. 3, c. 20. — MabiUon, ad ann. 881, ' Mabtllon, ad ann. 882, n. 61.
n. 41 . — Annal, Berlin, p. 420. ^ Ils ravageatent alors les bords de la Loire.
* Annal. Bertin, p. 420. ' Annal. Berlin, p. 420.
eut en effet du refroidissement entre ces deux princes, & le dernier ayant repassé les monts pour se mettre en possession de la succession du roi de Germanie, son frère, tint une diète à Worms le i" de novembre, durant laquelle Hugues Tabbé, suivi de plusieurs autres seigneurs, vint le sommer de la part de Carloman de lui rendre, conformément à ses promesses, la partie du royaume de Lothaire qui avoit été cédée au feu roi de Germanie, son frère ; mais Charles, qui n'étoit nullement disposé à faire cette restitution, évita de donner une réponse positive aux ambassadeurs françois. Il paroît même qu'il exerçoit alors quelque autorité dans le royaume : il est du moins certain qu'en ce temps-là on y datoit quelquefois les actes par les années de son règne, comme nous le verrons bientôt, ou seulement' depuis la mort de Louis le Bègue } ce qui pourroit donner lieu de douter si Carloman fut généralement reconnu. Il est cependant plus vraisemblable qu'on ne datoit ainsi en France les chartes du règne de l'empereur Charles le Gros, qu'à cause de sa qualité de premier prince de la famille royale, 8c parce qu'on le regardoit comme tuteur* ou protecteur du jeune roi Carloman. Parmi ces chartes, on en voit une^ de Bernard, comte par la grâce de Dieu, & d'Ermengarde, sa femme, datée de la septième année de Charles, roi des François &» des Lombards; ainsi elle doit être de l'an 883. Bernard 8c Ermengarde donnent par cet acte à l'abbaye de Conques, située sur les frontières du Rouergue 8c de l'Auvergne , le village de Bautone, dépendant de la viguerie de Sévérac, en Rouergue, qu'il tenoit héréditairement de ses ancêtres. Ce comte est sans doute le même que Bernard III, marquis deGothie 8c comte d'Auvergne, qui vivoit alors, 8c dont la femme s'appeloit Ermengarde^. Nous savons d'ailleurs que S. Guillaume, fondateur de Gellone, son aïeul, 8c Bernard, duc de Septimanie, son père, possédoîent diverses terres en propriété dans l'Aquitaine Se la Septimanie.
XXVI. — Plaid tenu à Carcassonne. — Willerand, évêque, 6* Sicfred, vicomte
de cette ville.
Enfin nous avons ^ un plaid tenu à Carcassonne au mois de février, la troisième année de Vempire de Charles, c'est-à-dire en 883, en présence de Willerand, évêque de cette ville, du comte Acfred, du vicomte Sicfred, de deux abbés 8c de plusieurs autres juges. On y cassa, du consentement des parties, un échange qui avoit été fait quelque temps auparavant , entre Castelan, abbé de Saint-Hilaire 8c ses religieux, d'un côté, 8c un seigneur du pays appelé Ermenards , de l'autre. Recamond étoit alors abbé de Saint- Hilaire. On doit mettre Sicfred au nombre des vicomtes de Carcassonne, 8c
' CapitulaireSfU 2, p. i5i3. vergne, marquis de Gothie& comte de M&con, fils de
' Hincmar, Epist. dans Duchesne, t. 3, p. 464. Berna rd I, comte d'Auvergne, & de Lu itgarde. Voir la
' Voye« tome V, Chartes & Diplômes, n. VI. Note LXXXVll du tome II de cette édition. [E.M.]
^ C'est-à-dire Bernard Plantevelue, comte d'Au- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. V.
An 882
An 883
Éd. origin.
t. II, p. i5.
il devoît avoir succédé dans cette vicomte à Frédarius qui la possédoit vers 1 an 873',
XXVIL — Acfred (y Bencion', comtes de Carcassonne 6» de Ra'^ès.
Quant à Acfred, nous savons qu'il étoit comte de Carcassonne & frère d'Oliba il, avec lequel il possédoit par indivis* ce comté de même que celui de Razès, &, à ce qu'il paroît, dès Tan SyS. On croit? qu'il descendoit de Wifred ou Acfred, comte de Bourges^, qui vivoit sous l'empire de Louis le Débonnaire. On peut^ aussi conjecturer qu'il étoit de la même famille que S, Guillaume, duc de Toulouse & fondateur de l'abbaye de Gellone^, & qu'il étoit par conséquent parent , quoique dans un degré éloigné, de Bernard III, marquis de Gothie & comte d'Auvergne, dont il épousa une fille nommée Adelinde. On ajoute qu'il fut comte de Bourges "7, 8c quelques modernes ont cru qu'il fut comte d'Auvergne & même duc d'Aquitaine 5 mais tout cela est avancé sans aucun fondement. Il étoit sans doute puîné d'Oliba, son frère, puisqu'il n'est plus feit mention de ce dernier après l'an 877 & que nous savons qu'Acfred vécut jusque vers l'an go6. Il paroît qu'Oliba^ laissa deux fils dont l'ainé, appelé Bencion, lui succéda dans sa portion des comtés de Carcassonne & de Razès. Nous en parlerons ailleurs, de même que des enfans d'Acfred. Comme ces deux comtés dépendoient du marquisat de Toulouse, Acfred devoit être soumis à la suzeraineté d'Eudes ou Odon, alors comte de Toulouse.
XXVIII. — Donation de Berthei-^j mère d'Eudes y comte de Toulouse, en faveur
de Vabbaye de Vabres* — Garsinde, épouse de ce comte.
Il est fait mention de ce dernier dans une donation^ que fit à l'abbaye de Vabres en Rouergue la comtesse Bertheou Bertheiz, samère,veuve deRaimond, comte de Toulouse, fondateur de ce monastère, au mois d'avril de Van 883, la première année de la monarchie de Carloman, qu'on doit compter depuis la mort du roi Louis III, son frère. Bertheiz donne à l'abbaye de Vabres plusieurs biens situés dans les vicairies de Camarès & de Brusque, en Rouergue, & il paroît par là qu'elle en étoit originaire. Elle fit cette donation pour le repos de
■ Voyez tome I, livre X, n.cx.
• Voyez tome ll^Note LXXXVII, n. loi 8c suit. ^ Baluze, Histoire de la maison d'Auvergne, t. i,
p. 14 & suiv.
* Acfred , comte de Razès, frère d'Oliba II , comte de Carcassonne, était fils d'Oliba I, comte de Carcassonne. C'est tout ce qu'on peut dire de ion origine. Nous avons déjà dit que Wifred ou Acfred, comte de Bourges, était un personnage apocryphe, inventé par Tauteur de la translation des
reliques de S. Genou. Voir la Note LXXXVII du tome II de cette édition. [E. M.]
* Voyez tome II, Note LXXXVII, n. ici & suiv.
^ La famille de Guillaume de Gellone est absolument étrangère aux personnages dont parle icidom Vaissete. [E. M.]
' Baluze, Histoire de la maison d'Auvergne^ t. i, p« 1 3 8c seq.
• Voyez tome II, Note LXXXVII, n. loi 8c suiv. ' lèid. aux Preuves, ChartesSc Diplômes, n. CXI.
Rémi, son père, Se d'Arsînde, sa mère, de Raimond, son époux, & de Bernard, son fils, qui étoient alors décèdes^ & pour diminuer les péchés d^Odon 0 de Benoityses autres fils. Elle en avoit un * quatrième nommé Fulguald,8c c'est peutctre le même que Fulguald qu on trouve souscrit au bas de cette charte avec plusieurs personnes de considération,entrcautresBernon,évêque de Toulouse, qui ne paroît pas différent de Bernard, évoque de la même ville, dont nous parlerons bientôt, Airbert ou Arbert, qui avoit été nommé Benoît yia dont on voit aussi la souscription, étoit fils de Raimond &c de Bertheiz ; il avoit pris sans doute ce dernier nom quand son père l'offrit, encore fort jeune, à l'abbaye de Vabres pour y être religieux.
Il est encore fait mention du même Arbert dans une donation que Frotaire*, archevêque de Bourges, fit vers Tan 876 à l'abbaye de Beaulieu, dans le bas Limousin, du lieu d'Orbessac dans le même pays, qu il avoit acquis du comte Odon ou Eudes. Ce prélat fait cette donation pour Vâme de Raimond 6» de ses fils Bernardy Eudes &» Airbert, dont il y a lieu de croire qu'il étoit parent, 8c qui ne sont pas^ différens de Raimond, comte de Toulouse, & de ses fils Bernard 8c Eudes, lesquels possédèrent successivement le comté de Toulouse avec celui ^ de Querci, 6c étendirent par là leur domination jusque dans le bas Limousin, où l'abbaye de Beaulieu est située. Au reste, le même Eudes prend le titre de comte, par la grâce de Dieu, dans l'acte de vente qu'il ^ avoit faite peu de temps auparavant du même lieu d'Orbessac, conjointement avec sa femme Garsinde, 8c avec le consentement de son frère Arihert, à l'archevêque Frotaire. L'acte est souscrit par deux comtes, Garsias 8c Guillaume, qui étoient peut-être parens de cette comtesse.